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CHAPITRE PREMIER

De l'hérédité et des maladies héréditaires.

15. D'après la définition précédemment établie (n° 5 ), pour qu'il y ait hérédité, en médecine, il faut que les parents transmettent aux enfants une disposition ou un état organique dont ils sont eux-mêmes atteints. Pour qu'on hérite d'une chose, il faut bien que celui de qui on la lient la possède ou l'ait possédée luimême; mais ceci mérite une explication, et on s'exposerait, si on ne l'établissait pas, à des discussions interminables et sans but utile.

46. Pour être plus clair, cherchons à exprimer les idées reçues à ce sujet, par des exemples.

17. Un père ou une mère tuberculeux donnent naissance à un enfant actuellement tuberculeux : c'est le cas le plus simple d'hérédité morbide.

18, Un père et une mère tuberculeux ont un fils en apparence bien portant, et qui jusqu'à l'âge de 20 ans n'est point atteint de phthisie ; mais alors il en est frappé et succombe. C'est encore là un exemple d'hérédité, non plus delà maladie elle-même, mais bien de la prédisposition qui éclate, lorsque l'âge, aidé peut-être de l'action de quelques autres çirçon-

stances, vient à modifier l'organisation d'une certaine façon.

1 9. Un père ou une mère bien portants, sont issus eux-mêmes de parents phthisiques ; ils parviennent à une longue vieillesse , et voici que leurs six enfants sont atteints de tubercules et périssent. C'est ici un exemple d'hérédité, sinon de la maladie, du moins de la prédisposition à la contracter. Mais, dans ce cas, il y a eu en quelque sorte substitution, et la prédisposition au mal n'a eu d'effet que sur la troisième génération, laissant ainsi la seconde intacte. Déjà ce dernier exemple est bien moins positif que les premiers ; en voici d'autres qui le sont encore moins.

20. Un père bien portant a trois frères, morts de phthisie , et leurs parents en ligne directe étaient tous exempts de cette maladie. Or, le fils de ce père non tuberculeux a un enfant qui meurt par suite de tubercules, l'hérédité devient ici très contestable et serait difficilement démontrée. A plus forte raison en serait-il ainsi pour des cousins tuberculeux, quand les oncles, les tantes et les ascendants seraient exempts de phthisie.

21 . Un père et une mère bien portants, et dont les parents n'étaient pas tuberculeux, ont six enfants qui périssent tous de phthisie ; est-ce là un cas d'hérédité ? Non sans doute , car pour qu'il soit question d'une maladie héréditaire, il faut au moins qu'on en porte le germe, et rien ne prouve qu'il en soit ainsi pour le père et pour la mère. Il s'agit ici de maladies acquises pendant la gestation, ou par suite d'autres circonstances, et il ne sJagit pas d'hérédité.

22. Ainsi, l'hérédité a lieu du père et de la mère à l'enfant, et cela indéfiniment en ligne directe. Ainsi ,

on admet l'hérédité de la maladie ou de son germe , du père, de l'aïeul, peut-être même du bisaïeul (ou encore des mêmes parents du sexe féminin), aux petits ou aux arrières-petits-fils ; les parents intermédiaires étant bien portants.

23. Ainsi,, l'hérédité devient douteuse quand une maladie de semblable nature se déclare chez l'oncle et le neveu, et, à plus forte raison , sur des cousins de la même famille.

24. Ainsi, l'on ne peut regarder comme héréditaire une maladie qui attaque plusieurs frères, lorsque tous leurs parents ascendants n'en étaient pas affectés.

25. Ces gradations^ dans la valeur des faits d'hérédité , sont très importantes , parce qu'elles permettent de mieux apprécier certaines observations recueillies par les auteurs ; et bien que , dans quelques circonstances , la maladie de parents collatéraux puisse faire supposer que des malades soient sous l'influence d'une cause héréditaire , il faut être très en garde contre les interprétations trop positives que l'on pourrait faire de semblables documents. Les questions sur l'hérédité sont assez obscures par elles-mêmes pour qu'on doive s'appuyer, pour les résoudre, sur les faits les plus probants , et non pas sur des données sujettes à de nombreuses erreurs.

26. Remarquons aussi que les faits d'hérédité sont souvent plus contestables du côté des pères présumés que du côté de la mère. Il n'en est pas des questions de médecine comme de celles de droit relativement à la paternité, et on ne peut pas toujours dire : Isestfilius quern nuptiœ demonstrant. De là une série de difficultés et d'erreurs , dont on ne s'est peut-être pas toujours assez garanti.

27. Pour qu'une maladie sait héréditaire, a-t-on dit, il faut que la succession de celui qui l'a reçue ne s'arrête pas là ; il faut qu'elle puisse être transmise à ses descendants , et que cette funeste filiation puisse se propager de génération en génération (4&). Une semblable manière de voir ne peut guère être admise ; car on ne voit pas pourquoi les maladies communiquées par hérédité ne se dissiperaient pas, chez les descendants , sous l'influence de circonstances variées. Cette idée désespérante ^ et qui ferait concevoir l'espèce humaine entière, à tout jamais, sous l'influence de germes de maladies héréditaires , ne paraît pas théoriquement fondée, et la pratique pourrait lui donner plus d'un démenti.

28. Il est une difficulté des plus graves dans les questions relatives à la transmission des maladies par hérédité , et sur laquelle il faut bien insister. On admet généralement que certaines affections dont les parents étaient atteints peuvent se transporter des pères aux enfants, en prenant une forme nouvelle, en se modifiant de telle sorte qu'elles offrent dans les seconds un aspect tout différent de celui qu'elles avaient chez les premiers. Baillou, Astruc, Bouvart , Lalouette (46) , Pujol (47), et surtout Portai (4 8), pensent que la syphilis communiquée par voie de génération dégénère en scrofules ; et que les éerouelles des enfants sont les conséquences de la maladie vénérienne des pères, ou, du moins , que les descendants sont atteints d'une sorte de mélange de syphilis et de scrofules. De cette idée théorique, Portai ne manque pas de tirer des inductions pratiques , et recommande, contre les éerouelles, la réunion des mereuriauxet des amers. Un praticien, dont je m'honore d'être l'ami, et

dont la manière de voir est pour moi une autorité, parce que ses opinions reposent toujours sur des faits bien vus, a observé que, dans certaines familles, des lésions organiques de différentes espèces , des vices de conformation congénitaux, etc., se succèdent les uns aux autres de génération eu génération , de sorte qu'il y aurait ainsi une cause unique , inconnue dans son essence , et qui déterminerait des effets variés dans les différents rejetons d'une même source. Certes, on ne peut nier une semblable manière de voir; elle repose même sur un grand nombre de faits; mais il faut avouer que ce n'est pas sur des observations semblables qu'il est surtout utile de s'appuyer pour admettre l'existence des maladies héréditaires. La transmutation de forme des maladies , sur un même individu, présente, en effet, dans son étude, des difficultés bien graves. II y a encore tant de doutes sur les questions relatives à la transformation des effets de la syphilis en symptômes scrofuleux, tuberculeux ou rachitiques , que l'obscurité de ces transforma lions de maladies par suite, ou à l'occasion de l'hérédité, ne pourrait, dans l'état actuel de la science, être dissipée.

29. Il me paraît doue préférable, à l'occasion de la discussion sur l'hérédité dans les maladies, d'insister principalement sur la communication de ces affections avec les mêmes formes , ou du moins avec des caractères plus ou moins analogues, comme on les admet par exemple pour les scrofules et la phthrsie* pour le rhumatisme chronique et la goutte , pour la manie et l'épitepsie, pour le mal de Pott et le rachitisme, etc.

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