LES TUBERCULEUX
La notion de la virulence du sang des tuberculeux a suivi de près la connaissance de Tinfectiosité de la T. ; elle n'avait pas échappé au génie de Villemïx, comme le prouvent les expériences suivantes (136) si éloquentes dans leur concision :
I. — Le 9 janvier 1866, Villehin prend du sang dans la fémorale d*un lapin tuberculeux et injecle 2 ce. de ce sang défibriné sous la peau d'un aulre lapin, lequel reçoit encore une fois, le 27 février, du sang défibriné de lapin tuberculeux. L'animal est sacrifié le 25 avril et trouvé tuberculeux.
H. — Le 15 février, Villemin extrait des vaisseaux du foie d'un homme mort de phlisie une certaine quantité de sang, dont il injecte environ 2 ce. à un lapin ; celui-ci arrive proniptemenl à un grand état de maigreur et succombe le 31 mars, avec une T. généralisée et une T. locale au point d'inoculation.
III. — Une troisième expérience faite avec du sang extrait chez des phtisiques au moyen d'une ventouse est beaucoup moins démonstrative que les deux premières.
On sait quelle résistance rencontra dans le monde médical la découverte de Villkmin; malgré la précision de ses expériences, malgré la rigueur de raisonnement avec laquelle il réfutait les objections de ses adversaires, il fallut plus de dix ans de lutte incessante pour imposer aux médecins, aveuglés pur la notion
truie tuberculisée par ingestion et morte de T. généralisée dans l'état de miigreur le plus extrême.
Il se forme au poial d'inoculation une tumeur irrégulière, dure et lobulée : 61 jours après Tinjection, on tue Tanimal et on constate une granuiie pleurale, pulmonaire, splénique, hépatique, épiploïque.
III. — En 1881, Baumgarten résume dans le Centralblatt f, d. medic. Wissensch., n» 15, ses recherches sur la question; une première série d'inoculations faites dans la chambre antérieure de Tœil du lapin avec du sang de lapins tuberculeux ne lui donna pas de résultat posilif : une deuxième série d'expériences entreprises avec le sang d*animaux (lapins?) ayant une T. d'inoculation généralisée et intense lui permit d'obtenir presque régulièrement une T. oculaire typique dMnoculalion avec T. généralisée consécutive.
Quand, en 1882, R. Koch eut découvert le microbe de la T., affirmé par Villemin, entrevu par Baumgarten, la virulence du sang devint facile à comprendre et personne ne douta de Texistence fréquente du parasite dans le courant circulatoire. Gomme il arrive toujours, on alla même trop loin dans cette voie, et sur le vu d'expériences mal conduites ou mal interprétées, on finit par admettre un parasitisme latent du sang, qui était fort commode pour expliquer bien des phénomènes morbides. « On sait, dit Haupt (1 ), que le B. peut rester à Tétat latent dans le sang pendant des mois et des années et ne réaliser des lésions spécifiques qu'au moment où il trouve des conditions favorables à son développement. » Des travaux nombreux ont fait justice de cette manière de voir. Quel est donc Tétat actuel de la question ?
On ne peut pas, pour Tétude des processus pathologiques humains, s'abstraire dans la contemplation des seuls phénomènes observés chez l'homme sans connaître les résultats acquis pour les autres espèces animales; s'il est vrai que toute expérience de laboratoire n'entraîne pas nécessairement une donnée dont la clinique puisse faire son profit, encore est-il prudent de ne rejeter qu'à bon escient comme inapplicables à rhomme les enseignements de la pathologie animale. Or, précisément la question de l'infection bacillaire du sang chez les tuberculeux est éclairée d'une vive lumière par les recherches poursuivies chez les animaux, chez certains d'entre eux tout au moins ; je les exposerai tout d'abord.
(I) Cité par Remunger (26).
Trois cobayes reçoivent chacun dans le péritoine 4 gr. du mélange; quatre cobayes en reçoivent chacun S gr. ; deux lapins en reçoivent chacun iï gr. Sur ces neuf animaux, deux cobayes du premier groupe prennent la T. ; les autres restent bien portants.
M. Jeannel ne semble pas avoir cherché les B. chez les cobayes tuberculisés ; or Tun d'eux avait pour toutes lésions une kératite (?) et des points blancs superficiels dans le foie ; l'autre avait une T. mieux caractérisée, sans qu'on puisse affirmer qu'elle fût bacillaire. Enfin l'expérience de M. Jeannel est unique : comment conclure dans ces conditions ?
EXPÉRIENCES PERSONNELLES. — Technique employée. —
Pour recueillir sur les cobayes la plus grande quantité possible de sang à Tabri de toute infeclion accidentelle, j'isolais complètement la carotide et je la sectionnais au niveau du maxillaire, après ligature du bout supérieur el application d'une pince à pression continue sur Tartère à sa sortie du thorax ; le petit tronçon artériel ainsi obtenu était facilement dirigé dans le corps de pompe d'une seringue stérilisée^ dont le piston était conservé à part aseptiquement ; la seringue était entourée d'un manchon déglace destiné à retarder la coagulation du sang. On obtient ainsi la totalité du sang fourni par Touverture artérielle jusqu'à la mort de Tanimal, et on peut Tinjecter immédiatement sans contamination possible et sans aucune perte dans le péritoine d'un autre cobaye.
Les cobayes supportent bien Tinjection de grandes quantités de sang refroidi, à condition d'être à jeun depuis quelques heures : ils éprouvent des coliques, un malaise passager, mais ne tardent pas à se rétablir complètement.
Exp.I. — Cobaye donneur de sang , — Il avait été inoculé le 28 novembre i 896 sous la peau du ventre avec 1 ce. de pus d'abcès coxalgique. Le 6 janvier, apparition d'un petit ulcère suppurant au point inoculé, avec adénopalhies inguinales très marquées. L'animal est sacrifié le H février, n'ayant pas maigri ; au contraire, son poids s'était élevé de 565 gr. à 590 gr.
A l'autopsie, ulcère ventral d'inoculation, accolé à une poche pleine du pus: ganglions inguinaux des deux cétés suppures; un ganglion sous-lombaire est suppuré, mais plus petit que les précédents : T. miliaire typique de la rate et du foie; granulations grises disséminées dans toute l'étendue des poumons ; ganglions du médiastintrachéo-brouchiques hypertrophiés, durs, gris, translucides avec petits points blancs opaques.
Les 6. n'ont pas été trouvés dans le pus des abcès inguinaux ganglionnaires : il n'y avait pas non plus d'autres microbes colorables. Malgré ce résultat négatif de la coloration bacillaire (méthode de Kuhne), on ne peut guère douter de la légitimité de cette T., car: i<> le pus provenait d'un abcès coxalgique non infecté (sans microbes ni B.) ; 2° la marche de la maladie chez le cobaye a été la marche typique de la T. d'inoculation.
Cobaye inoculé dans le péritoine avec le sang du précédent (4 ce). — Inoculé le 11 février, il meurt accidentellement le 7 mai, ayant engraissé notablement (de 370 gr. à 515 gr. en passant par les poids intermédiaires d'une façon progressive). Aucune lésion à l'autopsie ; un lobe de foie, écrasé dans du bouillon, est inoculé en totalité sous la peau d'un autre cobaye, qui reste bien portant (il a été conservé plus de 6 mois).
Résumé. — 4 ce. de sang provenant d*un cobaye alleinlde T. généralisée non cachectique, se sont montrés inofTensirs pour le cobaye; on ne peut pas affirmer avec une complète certitude qu'il se soit agi de T. bacillaire ; cela, néanmoins, est extrêmement probable.
Ezp. II. — Cobaye donneiirde sang. — Inoculé sous la peau le 25 janvier 1897 avec des fongosités provenant d'une fistule pyostercorale tuberculeuse (vaste abcès froid mésentérique ouvert à la peau), il est sacrifié le 15 mars, pesant nOO gr., ayant una vaste ulcération tuberculeuse au point inoculé ; les ganglions des deux aines sont gros et suppures; la rate est très grosse, avec ffranulations : le foie renferme de nombreuses granulations toutes petites ; le péritoine et fintestin paraissent indemnes ; le poumon et les ganglions du médiastin sont granuliques. B. dans le pus caséeux des ganglions de faine.
Cobaye inoculé dans le péritoine avec le sang du précédent (5 ce). — Cobaye de 700 gr. Inoculé le 15 mars, il a été conservé plus de sept mois, et pendant tout ce temps est resté bien portant avec un poids à peu près uniforme, oscillant entre 650 et 700 gr., sauf au début de fexpérience, où pendant 2 mois il a maigri un peu (680, 615, 1^80, 610, 680 gr.). Sacrifié le 28 octobre, il ne montre pas trace de lésion tuberculeuse.
Résumé. — 5 ce. de sang, fournis par un cobaye en pleine généralisation tuberculeuse n'infectent pas le cobaye auquel ils sont inoculés, et pourtant cet animal a été con^rvé plus de sept mois.
Exp. III. — Cobaye donneur de sang. — Inoculé sous la peau le même jour que celui de fexp. II, avec des fongosités provenant du même enfant tuberculeux. Poids : 480 gr. Tué le 20 mars, il présente à ce moment une ulcération ventrale grande comme une pièce de un franc; les ganglions des aines sont gros comme des noisettes, suppures au centre (B. en petite quantité). T. initiale des deux ganglions sous-lombaires (vérification histologique). T. analogue d'un ganglion inter-rénal, d'un ganglion mésocôlique, des ganglions rétrosternaux, et des ganglions p. I. br. g. et d. Les poumons n'ont rien, pas plus que l'intestin, le mésentère, le rein, l'utérus, la vessie. Le foie est parsemé d'un petit nombre de petits tub. (vérification histologique) : il est de plus totalementdégénéré (dégénérescence graisseuse). La rate, volumineuse, est bourrée de tub. du volume d'une lentille.
Cobaye inoculé dans le péi'itoine avec le sang du précédent (17 ce). — Cobaye de 580 gr. ; il reste bien portant jusqu'en décembre, donc plus de huit mois; pendant cette période, il a engraissé progressivement (750 gr. en novembre). Vers la fin de décembre, il maigrit rapidement et meurt (520 gr.).
A l'autopsie, rien d'anormal, sauf quelques nodules blancs, durs, dans le lobe droit du foie, lequel à part cela parait sain. L'un de ces nodules est écrasé sur lames, très difficilement ; pas de B. Un autre nodule gros comme une tête d'épingle est fixé dans l'alcool et examiné histologiquement : il est formé uniquement d'un amas de cellules embryonnaires tassées les unes contre les autres d'une façon très homogène, cet amas étant nettement enkysté par une bande fibreuse infiltrée des mêmes éléments embryonnaires; ni cellules épithélioîdes, ni cellules géantes, ni début de caséification malgré le volume du nodule, ni B., ni dégénérescence cellulaire au voisinage : on peut donc éliminer f idée de T.
Résumé. — Plus de la moitié de la quantité totale (1) du sang d'un cobaye atteint de T. généralisée du système lymphatique, de T. hépatique légère et de
(1) Calcul fait en admettant que la quantité totale du sang d*un cobaye rcpré-
T. splénique avancée, n'infecte pas un cobaye conservé plus de huit mois.
Exp. IV. — Cobaye donneur de sang. — Cobaye de 375 gr. inoculé le 6 avril 189*7 sous la peau du ventre avec 1/2 ce. de pus très liquide d'un abcès ossiilucnt pottique. 11 est tué le 11 mai, pesant 565 gr., donc n*ayant pas maigri.
Au point inoculé, poche caséeuse à centre complètement ramolli, non encore ouverte, reufermant de 1res nombreux B. Ganglions des deux aines, caséeuz, ramollis, du volume d'une noisette. Un ganglion sous-lombaire est partiellement caséeux. Le foie et la rate contiennent de nombreux tub. miliaires de la grosseur d'une tête d'épingle & celle d'une lentille. Le poumon présente un très petit nombre de granulations sous-pleurales translucides : les ganglions i. t. br. et p. t. br. sont hypertrophiés, durs, opalescents, avec de petits points opaques.
Cobaye inoculé avic le sang du précédent (i6 ce). — Le sang estinjectô paitie sous la peau, partie dans l'abdomen d'un cobaye pesant 700 gr., qui reste bien portant jusqu'à fin novembre, soit plus de six mois; il pèse alors 730 gr. : en décembre, il maigrit et meurt le 21 déc. pesant 620 gr. A l'autopsie, pas d'altération pathologique macroscopiquenient appréciable, sauf Texislence dans le foie de plusieurs nodules puriformes gros comme des grains de chènevis. Pas de B. à l'examen sur lames. Histologiquement le foie n'est pas dégénéré ; les nodules qu'il contient sont tout à fait semblables à ceux déjà trouvés dans le foie du cobaye de Texp. Ilf, mort lui aussi «pontanément, de cause inconnue, dans le courant de décembre. La rate examinée histologiquement est tout à fait normale.
Résumé, — La moitié environ de la quantité totale du sang d'un cobaye pré* sentant une T. généralisée non encore arrivée à la phase cachectique est impuissante à infecter un cobaye resté en vie plus de 7 mois.
Exp. V. — Cobaye donneur de sang. — Cobaye de 580 gr. inoculé le 2 jum 1897, avec du pus d*abcès ossitluent de la jambe. Il est tué le 15 juillet, pesant 600 gr.
A l'autopsie, au point d'inoculation, abcès caséeux ^ros comme une forte noisette, avec de très nombreuxB. Dans les deux aines, ganglions volumineux gros comme des haricots à centre puriforme. Un ganglion sous-lombaire est un peu hypertrophié, blanc et dur, sans caséiQcation. La rate et le foie présentent une T. typique. Le poumon offre une granulie généralisée. Les ganglions du médiastin sont tous, jusqu'à l'oriflce du thorax, très gros, durs, fibroïdes et renfermant chacun un ou plusieurs petits points caséeux. Les ganglions du cou sont développés, mais non caséeux. Reins, mésentère, intestin, utérus sains.
Cobaye inoculé avec le sang du précédent (17 ce). — Inoculation intra-péritonéale à un cobaye de 650 gr. le 15 juillet 1897. L'animal reste bien portant, en engraissant un peu jusqu'au 4 janvier ; il est alors sacrifié. Pas trace de T. à l'autopsie.
Résumé, — La moitié au moins de la quantité totale du sang d'un cobaye atteint de T. généralisée non cachectique est inoculée sans résultat à un cobaye conservé près de six mois.
Exp. VI, — Cobaye donneur de sang. — Un cobaye de 650 gr. est inoculé sous la peau du ventre le 3 juillet 1897 avec le pus d'un abcès chronique de l'angle de la mâchoire ponctionné asepliquementchezun phtisique tuberculiné
sente le 1/17 du poids du corps (sans compter le contenu de Testomac et de l'intestin).
avec T-R. Le 6 août le cobaye, vigoureux, noa amaigri (660), porte au point inoculé un abcès ventral sur le point de s'ouvrir. Il est sacrifié.
A Taulopsie, abcès ventral caséeux, dont le pus renferme un très petit nombre de B. Les ganglions inguinaux sont tout petits, non suppures, non caséeax : deux d*enlre eux présentent un petit point tuberculeux. Les ganglions sous-lombaires sont hypertrophiés, durs, jaunâtres (T. histologiquement commençante). Le foie et la rate montrent de petits tub. dontraspect n'est pas suffisant pour entraîner la conviction ; au microscope, c'est bien de la T. L'intestin est indemne. Les ganglions du cou commencent à se tuberculiser. Poumons : granulie abondante : de plus, dans le poumon droit, il y a deux tub. miliaires gros Tun comme une lentille, Tautre comme un grain de millet, blancs, durs ; le plus gros commence à se ramollir au centre. Les ganglions du médiastin sont très gros, durs, renfermant quelques tub. : deux sont plus malades, surlout le p. t. br. dr. qui est complètemeut caséeux avec un centre occupé par du pus très liquide (petit nombre de B.)-
Cobaye inoculé avec le sang du fn^écédent {i6 ce.) dam le péritoine. — C'est un cobaye de 490 gr. Le 30 août, il pèse 520 gr. Le 7 sept., il est trouvé mort pesant 430 gr. A Fautopsie, pas trace de T. ; la raie est petite ; étant donnée la mort précoce de l'animal, l'examen microscopique des viscères s'impose ; le foie, la rate, les reins, les poumons, sont étudiés au point de vue hislologique et trouvés normaux.
Résumé, — Près de la moitié de la masse totale du sang d'un cobaye atteint de T. généralisée non cachectique ne tuberculise pas un cobaye inoculé dans le péritoine et resté 31 jours en vie.
La conclusion évidente qui se dégage de ces expériences, c'est que le sang du cobaye tuberculeux nest pas virulent à la pénode de généralisation cachectique. Chez tous ces animaux Tautopsie a révélé l'existence de lésions qui démontraient Tarrivée à un moment donné des B. dans le courant circulatoire ; mais les B. n'ont fait que passer ; ils se sont rapidement fixés dans les tissus aptes à les recevoir, de sorte que tinfection sanguine a été éphémère et minime, La valeur des résultats négatifs est d'autant plus grande que dans la plupart de mes expériences, les cobayes ont reçu la totalité du sang obtenu en tuant l'animal par hémorragie, et ont été consei^és très longtemps.
2"* Recherches expérimentales chez le lapin.
La marche de la T. chez le lapin est diflFérentc de ce qu'elle est chez le cobaye. « Tandis que chez celui-ci, dit M. Arloing (12), la voie lymphatique est la voie de prédilection du virus, dans laquelle il laisse des traces successives de son passage, chez le lapin inoculé à la cuisse avec de la T. humaine Paccident local est faible ou nul, les ganglions inguinaux ne présentent aucune trace de tuméfaction pendant la rie de l'animal, et lors-
que celui-ci meurt au bout de trois ou quatre mois, le système lymphatique abdominal est absolument normal aussi bien d'un côté que de l'autre ; la rate n'est pas tuberculisée ou Test bien moins que les poumons qui sont, ainsi que les plèvres, le point de l'organisme où la T. a évolué...; il faut donc admettre que chez le lapin le virus tuberculeux prend plutôt la voie sanguine que la voie lymphatique, »
Cette description ne concorde pas absolument avec les résultats de Balmgarten (8) et de son élève Tangl(322), qui ont toujours observé à la suite de l'inoculation intra-oculaire, duremérienne, intra-nasale ou cutanée de la T. au lapin la formation d'une lésion locale bien marquée suivie rapidement de l'infection du ganglion correspondant. Quoi qu'il en soit, il est certain que la T. par inoculation chez le lapin évolue d'une façon moins régulière et moins caractéristique que chez le cobaye, et que le poumon est atteint de très bonne heure ; or le B. ne peut y arriver que par la voie sanguine.
Il ne serait donc pas étonnant que le sang du lapin tuberculeux fût plus fréquemment virulent que celui du cobaye ; il le serait même très souvent^ s'il faut en croire Galtier et Jean.nel (de Toulouse).
Galtier (146) a obtenu « une belle T. généralisée sur le cobaye et le lapin, en injeclanl dans la cavité péritonéale de l'un 1/2 ce. de sang extrait avec toutes Jes précautions désirables d'un cœur de lapin mort de T. expérimentale, et en introduisant dans une veine de l'oreille de Tautre quelques gouttes de sang recueilli dans le cœur ou dans la jugulaire d*un lapin tuberculeux ».
Malheureusement M. Galtierne donne aucun détail sur rintensité et l'âge de l'infection tuberculeuse de ces deux lapins à sang virulent.
Jeannbl (140 bis) a fait de nombreuses inoculations de sang de lapins tuberculeux ; en tenant compte seulement des expériences probantes, il a obtenus résultats positifs et 12 résultats négatifs, soit 2/5 de résultats positifs. 11 ne s'agissait pas de lapins profondément infectés^ arrivés à la période cachectique de la maladie ; bien au contraire, ils avaient été inoculés & la base de l'oreille avec des fragments tuberculeux, et sacrifiés de seize fieures à huit jours après Tinoculation.
D'autre part les cas comptés comme négatifs comprenaient peut-être des cas positifs à évolution lente, à infection minime, attendu que la moyenne de la survie des animaux n'ayant pas réagi à la T. a été de soixante -quinze jours seulement, et que Jeannel s'est servi (à part quelques cas) de lapins et non de cobayes.
Pour avoir les plus grandes chances de révéler une infection sanguine minime, Jeannel a eu soin de recueillir la plus grande quantité possible de sang; dans une expérience, 50 ce. ont été obtenus par blessure de la veine cave et aspiration du sang tombé dans le péritoine, puis inoculés à trois lapins dont Tun est mort, dont un autre est resté sain, tandis que le troisième prenait la T. : dans les autres expériences, la totalité du sang recueilli était inoculée à un seul animal-réactif, méthode évidemment préférable : on injectait ainsi chaque fois de 8 à 30 gr. de sang. Celui-ci a été [obtenu 14 fois par saignée artérielle (4 résultais positifs), 3 fois par saignée veineuse (1 résultat positif). De plus, dans deux cas, Jeannel a eu recours à la transfusion, qui permet d*iDJecter la plus grande quantité de sang que puisse donner le lapin : les deux résultats ont été positifs.
M. Jeannel conclut ainsi : 1° Le sang d'un lapin récemment inoculé par greffe tuberculeuse peut être virulent dès les premières 24 heures;
2^ Les résultats négatifs obtenus concurremment avec les résultats positifs démontrent que la virulence du sang d'un lapin récemment inoculé est difi" cile à mettre en évidence; la raison la plus logique de cette diiliculté est évidemment Tétat de dilution étendue du virus dans le sang au bout de 1,2, 8 jours;
3» La T. inoculée au lapin est déjà généralisée, c'est-à-dire absorbée et transformée en parasitisme microbique latent 10 minutes au moins après l'inoculation, 24 heures au plus. Autant qu'il est permis de conclure de la T. du lapin à la T. de Thomme, la T. n'est pas une maladie locale; au bout d*un temps très court, peu d'heures ou peu de jours après Vinoculation et bien avant le moment où se développe la première T. viscérale, Vinfection générale est accomplie, puisque le sang est virulent, et les T. viscérales, quelles qu'elles soient, constituent uniquement les manifestations localisées d'une infection d'ores et déjà généralisée, c'est-à-dire que la suppression chirurgicale d'une de ces localisations ne saurait avoir pour conséquence laguérisonde la maladie.
Les expériences de M. Jeannel résolvent-elles la question de la virulence du sang chez le lapin ? N'appellent-elles pas au contraire des recherches de contrôle ? On a quelque peine à admettre que l'infection tuberculeuse du saog soit si facile à démontrer chez le lapin ; les résultats positifs de Baumgarten ont été obtenus avec des animaux profondément et anciennement tuberculisés : ceux de Villemin et de Galtier probablement aussi (?) ; ceux de Jeannel, au contraire, se rapportent à la période de début de tuberculoses conférées par inoculation cutanée; malgré la quantité de sang injectée (10 à30gr. en moyenne), étant donné que le lapin a une masse sanguine totale de plus de 100 grammes, et surtout que l'animal réactif choisi par Jeannel n'est pas très sensible à la T, on voit que l'infection bacillaire du sang accusée par ces expériences aurait été assez intense à une époque très éloignée encore de la période de cachexie ! Cela nous ramène à la vieille théorie de Toussaint, suivant laquelle le sang et tous les tissus d'un animal tuberculeux seraient constamment virulents ; les tub. seraient la détermination locale d'une maladie généralisée totius substantiœ.
La défiance qu'inspirent les résultats de M. Jeannel n'est pas diminuée par les intéressantes expériences de Nocard exposées en 1888 au Congrès de la T, et reprises cinq ans plus tard par Gaertner (28).
Nocard, voalanl se rendre compte du sort des B. iutroduils dans le lorrent circulatoire, injecte dans les veines d'un lapin 1 ce. d'une culture de T. dans du bouillon glycérine, culture très riche en B. jeunes : 4 heures après, 1 ce. 1/2 de sang esl recueilli ; les ensemencemenls restent stériles et Tinoculation (1 ce.) dans la veine de Toreille d'un autre lapin laisse celui-ci bien portant (il a été sacrifié au bout de 3 mois).
Il faut observer que Nocard a opéré avec de la T. aviaire et que la quantité du sang prélevée a été très faible (i ce.) : cela ne diminue en rien la portée de Texpérience ; si, en effet, la virulence sanguine doit exister, c'est plutôt dans l'infection du lapin avec de la T. aviaire, puisque la maladie revêt alors le type septicémique, tandis qu'avec la T. humaine une granulie se forme. — Pour ce qui est de la quantité minime du sang inoculé, l'objection tombe par ce fait que l'animal avait reçu dans les veines une dose considérable de B. ; la non-virulence de 1 ce. de sang recueilli au bout de quatre heures montre que les B., bien loin de se complaire dans ce liquide, en sont éliminés fort vite.
Gaertner, à l'inverse de Nocard, injectait dans la veine auriculaire de lapins de petites quantités de culture de T. humaine étendue de bouillon stérile, puis filtrée au papier; il examinait au microscope une goutte du produit de la filtration, y comptait les B., et suivant leur nombre modifiait le degré de concentration de son liquide; il pouvait ainsi opérer chaque fois dans des conditions similaires, en injectant la même quantité de T.
Il inoculait environ 3 500 B.,puis recueillait le sang du lapin de 1 minute à 10 jours après Tinoculation ; 4 à 8 ce. de ce sang étaient inoculés à des cobayes.
Il a vu ainsi que les 3 500 B. injectés ne sont pas encore arrivés au repos au bout d'une heure; même après 2 et 5 heures ils circulent encore dans le sang; mais après 2, 4, 10 jours ils ont disparu du sang; une fois seulement ils purent être retrouvés encore après 6 jours; peut-être, dans ce cas, ont-ils été secondairement mobilisés après fixation temporaire?
Ces résultats ne s'accordent pas très bien avec le parasitisme microbique latent du sang admis par Jeannel. On pourra objecter, il est vrai, à Gaertner, que la quantité de sang injectée était trop peu considérable pour conclure à la non-virulence de la masse totale du sang ; mais les 4 à 8 ce. de sang inoculés au cobaye par Gaertner ne sont-ils pas l'équivalent des 10 à 30 ce. inoculés par Jeannel au lapin ?
Quoi qu'il en soit, du reste, la conclusion générale formulée par M. Jeannel est singulièrement aventureuse; quand même elle serait exacte pour le lapin, ce qui n'est nullement démon-
tré, elle ne s'appliquerait sans doute pas aux autres espèces animales ; nous avons vu qu'elle est en contradiction flagrante avec ce que nous savons de la non- virulence du sang chez le cobaye tuberculeux ; elle est tout aussi contraire aux données qui semblent résulter de l'expérimentation chez les bovidés.
S"" Recherches expérimentales chez les bovidés.
Ici l'étude de la question se complique beaucoup en raison du volume considérable de la masse sanguine'^ on ne peut en inoculer qu'une bien faible fraction, de sorte que les infections bacillaires peu intenses passent volontiers inaperçues; on a, il est vrai, élargi le cadre des recherches en étudiant parallèlement la virulence du suc musculaire : la T. hématogène des muscles est extrêmement rare (si on en excepte la T. du myocarde); quand elle existe, elle est secondaire à Textension d'un processus tuberculeux de voisinage (osseux, ganglionnaire) : d'autre part, comme il re^te toujours une notable quantité de sang dans les capillaires, môme chez les animaux complètement saignés, la virulence du tissu musculaire (dont la richesse vasculaire est si grande), doit être intimement liée à celle du sang : si donc on recueille aseptiquement de la viande privée de ganglions* et qu*on en exprime le suc, on a un moyen indirect d'apprécier la virulence du sang. Mais, comme le fait observer M. Arloing (12), on laisse peut-être dans la trame du tissu soumis à la dilacération et à la presse, un nombre de microbes plus élevé que celui qu'on extrait. De plus, pour le suc musculaire comme pour le sang, on n'injecte jamais qu'une très petite quantité eu égard à la quantité totale que Tanimal pourrait fournir : on ne peut donc attribuer aux résultats négatifs obtenus qu'une valeur très relative (i).
(!) Quant aux expériences d'ingestion de la viandey elles ne peuvent nullement servir pour apprécier la virulence du sang, car Pinge^liou est un procédé extrêmement infidèle: de plus dans ces expériences, on n'a pas toujours séparé de la viande les ganglions qui, eux, peuvent être tuberculeux sans que le liquide sanguin soit le siège d'une infection durable.
A. — Résultats obtenus en inoculant du suc musculaire de bovidés
10 Vaches atteintes de T, généralisée ou saisies aux abattoirs pour T. très marquée. .
N'OCARD (Exp.dc 1885:
NocARD (Ëxp. de 1888)
Peuch (144)
VeYSSIÈRE et HUSIBRRT
Galtier (Ëxp. de 181)1)
Galtier . Ëxp. de 1888;
Stubbe (147)
FOHSTER (150) . .
Perroncito (151).
iMc Fadyean {'2} (Ëxp.
de 1890).
KAST.NRR(Exp. de I8U'2)
lOlBM
DE BOVlDii»
i SBC injfcté.
6 vaches
ftiqufi ao
dernier ûtfx^
de la |.liliiie
pulDonaire.
iréBfraliiées .
T. f,tnén-
iisêei.
T. généralisée.
Vache laisie
mais non
rarhffliqnr.
î) Vaches atec T. avancée.
POSITIFS. •£ w
RiSOLTiTI
1 cob<ive
liibercalisé.
5 lapins lubercnlisés.
i lapins tnberculisés.
1 «' cas :
i cob. tnb.
;:" cas [i):
i cob. tnb.
sur h.
Vaches saisies.
T. pénéralisées.
Bœufs saisi».
T. raséeiises pénéraiiséfs.