III. — OBSERVATIONS DE TUBERCULOSE CONGENITALE
L'existence de tub. à l’autopsie de nouveau-nés ou de fœtus est signalée depuis longtemps. LAENNEc dans son 7raité de l’auscultation médiate, dont la première édition parut en 1819, mentionne le fait «qu’on à vu des fœtus atteints de T. dans le sein de leur mère ».
En 1825, au cours d’une séance de l’Académie royale de médecine(75) plusieurs membres déclarent avoir observé des T. congénitales ; Husson à ouvert le corps de deux enfants, l’un mort né à sept mois, l’autre ayant vécu huit jours, qui lui ont présenté des tub. ramollis et déjà en suppuration, le premier dans le poumon, le second dans le foie. Dupuy a trouvé de semblables tub. dans le foie de fœtus de brebis.
FopÉRÉ (1827) (76) rapporte que son père, dans les nombreuses autopsies médico-légales de nouveau-nés qu’il a eu occasion de pratiquer, a quelquefois rencontré des morceaux de poumon déjà tuberculeux.
A. RicnARD (1833) (77) a observé des tub. miliaires en assez grande quantité dans les poumons d’un fœtus de six mois environ provenant d’une vache phtisique.
Fceury, un des auteurs du Compendium de médecine pratique (1845), a vu chez un enfant mort deux jours après la naissance, les deux poumons présenter une infiltration tuberculeuse des plus remarquables.
KôniG (1) (1851) a signalé plusieurs fois la présence de tumeurs de nature tuberculeuse sur l’estomac et l’épiploon de veaux âgés de six à huit jours.
STIRNIMANN (1) (1851), vétérinaire suisse, a fait des obs. analogues.
Apam (d’Augsbourg) (79) publie en 1857 le fait suivant, dans lequel il s’agit à peu près certainement de lésions pommelières:
Une vache de sept ans, de taille moyenne, présentait les symptômes suivants: respiralion difficile, toux fréquente et pénible, bruits de frottements à l’auscultation, matité. Amaigrissement général. Fièvre hectique. :
Cette vache accouche d’un veau très maigre du poids de 25 livres et d’une
faiblesse telle qu’il ne pouvait se tenir debout. Tous deux moururent après la parturition accomplie. Leur aulopsie fit
constater les lésions suivantes :
Chez la vache, excroissances tuberculeuses sur la plèvre pariétale et pulmonaire, en partie grises ou jaunes tirant sur le rouge, d'aspect charnu et de consistance molle, en partie jaunes, solides et crétacées. Le parenchyme pul-
(1) Cité par Lyprin (47).
monaire élait parsemé d'une infinité de tub. de volume variable, dont les uns de consistance molle, les autres plus durs. Quelques-uns avaient subi la transformation caséeuse, d'autres l’infiltration crétacée.
Chez le veau, les muscles étaient, comme chez la vache, décolorés, flasques, infiltrés de sérosité ; tous les tissus étaient anémiques. Le péricarde renfermait environ 400 grammes d’une sérosité claire et jaunâtre; le péritoine présentait dans le voisinage du rein droit cinq excroissances rouge pâle et molles, dont le volume variait de celui d'une fève à celui d'un œuf de poule.
VERNEUIL (1) a rapporté en 1852 un cas d’arthrite coxo-fémorale congénitale avec fongosités et distension de la synoviale par un liquide épais, sanieux. Broca (1) (1852), Morgz-LavaLLéE (1) (1854), DoLBEAU et Papieu (80) (4865) ont rapporté des faits semblables. Mais rien ne démontre qu'il se soit agi de T. : ce pouvaient être des lésions syphilitiques ou des infections de l'articulation de la hanche par des pyogènes.
Une autre obs. intéressante, dans l’espèce humaine cette fois, est due à HÿüTer (de Marsbourg) (1857) (78).
Femme de vingi-six ans, enceinte du mois d’avril 4844. Au 2° mois de sa grossesse elle preud la variole; au milieu du 8° mois, elle est atteinte d’une
pleurésie : un mois plus tard un fœtus mort et macéré de 5 livres est accouché par version podalique.
Le placenta présente des dépôts calcaires à sa surface. Des concrélions semblables se trouvent dans les tissus du fœtus.
Dans le bord inférieur du lobe supérieur existe une masse dure, blanche, calcaire, qui s'énuclée facilement du tissu pulmonaire en laissant à sa place
une cavité du volume d’un pois, aux parois de laquelle sont adhérentes quelques particules calcaires.
Le foie, sur l'étendue d’une pièce de 50 centimes, dans la région de la fossa
Sylvt, renferme en plein parenchyme, mais tout près de la surface, une masse calcaire semblable à celle du poumon.
Dans la capsule entourant le rein droit se trouvaient çà et là quelques dépôts calcaires.
L'analyse de ces productions y a fait reconnaitre l'existence de la cholestérine, de la chaux et de l'acide phosphorique.
PouLALtON, qui rapporte ce cas dans sa thèse (d’une manière inexacte d’ailleurs) considère qu'il s’agit de calcification d'abcès miliaires (?). Sans qu'on puisse rien affirmer, il est plus vraisemblable d'admettre que Hüter s’est trouvé en présence d'une 7. quérie; l'existence de la cholestérine et du phosphate de chaux rapproche en effet singulièretion ces productions des tub. calcifiés, et nous savons par le cas de Csokor que chez le fœtus les processus tuberculeux peuvent se terminer par crétification.
Hüter ne donne pas de renseignements sur l’état de la mère’; celle-ci
(1) Cités par Panreu (80).
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n'est pas morte après l'accouchement. Nous ignorons si cliniquement, elle paraissait tuberculeuse ; mais l’existence d’une pleurésie, six mois après une variole, la rend bien suspecte à cet égard.
En 1868, DEmxE (84) a observéchez un nouveau-né un fait d'infection pulmonaire, qui se rattache peut-être à la T. mais qui peut-être aussi était un cas de bronchopneumonie non bacillaire.
Enfant malade depuis la naissance (dyspnée, toux, fièvre). La mère était morte en couches de T. pulmonaire. L'enfant succomba à cinq semaines. À l’autopsie, infiltration des ganglions trachéo-bronchiques, nombreux noyaux caséeux dans les deux sommets pulmonaires.
En 1874, le même auteur donne, dans Le 13° Bericht de l'hôpital
Jenner le procès-verbal d’une autopsie où il conclut à la T. congénitale.
Enfant de phtisique, morte à vingt et un jours. Ganglions bronchiques caséeux du volume de petites noisettes : les deux poumons sont parsemés de nombreux foyers caséeux petits et grands; au sommet gauche et à la base droite, plusieurs cavernes de la grosseur d’un pois à celle d’un noyau de pêche. Ganglions mésentériques normaux.
Les observations qui précèdent sont curieuses à rapprocher des faits positifs modernes, mais, bien entendu, elles n'ont aucune valeur démonstrative par elles-mêmes; la T. était alors trop mal connue pour être sûrement diagnostiquée, et probablement une partie des faits anciens ont trait à des lésions où le B. ne jouait aucun rôle. Les tub morveux, les tumeurs vermimeuses (échinocoques, strungles, filaires) chez les animaux, les abcès métastatiques de l'infection purulente, les foyers bronchopneumoniques, certaines néoplasies syphilitiques chez l’homme, auront fait croire maintes fois à tort à la T.
Aussi ConxxEin (4) a-t-il pu écrire en 1879 : « Il existe, sans doute, dans la littérature quelques faits de T. congénitale, mais ils sont tellement rares qu’on pourrait les compter sur les doigts d'une seule main, encore faut-il se demander s'ils sont bien observés et dignes de créance. » Cette phrase, très exacte à cette époque, ne le serait plus à l'heure actuelle; depuis vingt ans, la recherche des cas de bacillose fœtale a été poursuivie avec d'autant plus d'ardeur que la notion nouvelle d’infectiosité et de contagion rendait plus difficile à comprendre l’hérédité tuberculeuse, si bien établie, semblait-il, par une observation séculaire ;
Tr
aussi les tub. congénitaux ont-ils été mieux cherchés, mieux connus et mieux étudiés : et comme les progrès de l'anatomie pathologique, la méthode des inoculations expérimentales et surtout la découverte du B. ont permis de reconnaître à coup sûr la T. dans ses formes les plus diverses, on a réuni un nombre assez considérable de cas avérés de T. congénitale (une quarantaine chez l’homme, une centaine chez les animaux). Le premier cas authentique de T. congénitale a été décrit par Cxarrin (de Lyon) en 1873; le premier cas avec examen bacillaire est de Jouxe (de Dresde)(1885), chez un fœtus de vache; chez l'homme, le premier cas avec examen bacillaire est de Bircn-Hirscarezn (1890). En 1883, Lanpouzy £r Martin ont démontré par des inoculations au cobaye qu'il existe une bacillose congénitale sans lésions à la naissance, fait qui a été révoqué en doute jusqu’au moment où la preuve formelle a été apportée par Brrcu- HirscHreLr.
Les cas de T. congénitale sont fort dissemblables ; il serait d’un intérêt médiocre de les énumérer simplement et d’en faire le total, celui-ci ne pouvant être qu'un nombre quelconque indifférent très éloigné du chiffre réel. Il est indispensable d’entrer dans le détail, de classer les faits, de fouiller les descriptions pour pénétrer dans la mesure du possible le mécanisme pathogénique et la modalité de la T. fœtale; j’ai donc cherché à rassembler la plus grande partie, sinon la totalité des cas publiés, et afin d'éviter toute erreur d'interprétation j'ai tenu à les reproduire d’après le texte original (1); pour la plupart, je me bornerai du reste à donner un résumé contenant les points essentiels ; les cas à peu près certains sont réunis ensemble, les cas douteux seront énumérés à leur suite ; l’ordre d'exposition sera le suivant : 1. Cas de T. congénitale avec lésions d'abord chez l’homme, puis chez les bovidés et chez les animaux de laboratoire. 2. Cas de T. congénitale sans lésions à la naissance. 3. Hérédité de la T. aviaire. Dans chaque série, je mettrai en regard des faits
(1) A l'exception des cas de RinorceiscH, YVAN Hoxz, Ousrinorr, Csokor, RusER, ve REnzI, BAYERSDÔRFER (3 Cas), SEMMER, JESSEN, KÔHIER, SCHLEUSS, GROTHAUS, Lucas, Demxe (3 cas), ScroLLA et PALMIERI, que je n’ai pu me procurer.
=— De
positifs, les faits négatifs qui par leur fréquence restreignent singulièrement la valeur et la portée des premiers.