‹ De L'Hérédité Parasitaire De La Tuberculose HumaineChapitre 37 sur 113 · Cas certains (?) chez les animaux de laboratoire · texte numérisé non relu

Cas certains (?) chez les animaux de laboratoire

Il est évident à priori que chez les animaux de laboratoire la récolte de faits de T. congénitale avec lésions macroscopiques doit être très maigre; la T. spontanée étant chez eux d’une extraordinaire rareté, on n’a occasion d'observer que des T. expérimentales; or pour avoir des chances plus nombreuses de rencontrer des cas héréditaires, on a toujours eu soin de conférer aux animaux une T. grave, évoluant rapidement et par suite ne laissant guère de temps aux B. pour constituer des lésions visibles à l’œil nu: de plus, les femelles sont ordinairement tuberculisées en pleine gestation, ce qui réduit à un bien court espace le délai compris entre l'infection fœtale et la naissance, même dans les cas favorables où les petits ne sont pas expulsés avant terme.

Les seuls expérimentateurs qui aient obtenu des tub. congénitaux visibles sont pe Rewzi et Ausser.

Expériences de DE RENZI (1889) (41 bis).

DE RENZI a choisi pour ses expériences des cobayes, ces animaux portant (1) leurs petits plus longtemps que les lapins, d’où de plus grandes chances d'obtenir une contagion intra-placentaire.

De ses 18 expériences, 5 donnèrent des résultats positifs :

1e exp. — 38 jours après l’inoculation, un cobaye accouche de deux fœtus mort-nés, ayant tous deux une T. caséeuse des poumons et du foie.

2e exp. — 5 cobayes viennent au monde #5 jours après l’inoculation de la mère, tous sont tués ; 4 n’offrent pas trace de T. macroscopique ni microscopique, l’un d’eux présente une hypertrophie des ganglions bronchiques et trachéaux, reconnue tuberculeuse à l'examen bactériologique.

3° exp. — 4 petits naissent 79 jours après l'infection tuberculeuse de la mère, et meurent le jour même. Chez l’un d’eux, on trouve une T. miliaire commençante des poumons.

4° exp. — 4 nouveau-nés (venus au monde 49 jours après inoculation maternelle) sont élevés jusqu'à 2 mois, et sont tous trouvés tuberculeux. 5° exp. — 86 jours après inoculation, un cobaye met au monde 4 petits,

dont 2 meurent le même jour avec une hypertrophie ganglionnaire (?) ; les 2 autres sont tués à 13 jours, on leur trouve une hypertrophie notable, de nature tuberculeuse des ganglions de l’aisselle, du cou, de l'abdomen ; les ganglions du médiastin sont malades de la même manière, mais à un moindre degré.

Les expériences de DE Rewz1 ont été l'objet de la part de GAERTNER (28) de critiques fort judicieuses qui enlèvent beaucoup de valeur aux résultats annoncés par l’expérimentateur italien : voici les principales. D'abord la concision avec laquelle sont relatées les observations les soustrait à tout contrôle; en second lieu, si on veut bien considérer que ces recherches publiées en 1889 ont été faites en 1883 et 1884, et que la démonstration de la T. a eu lieu par la coloration des bacilles, on ne peut manquer d'être surpris de la facilité avec laquelle de Renzi a pu, avec une méthode imparfaite et naissante, déceler des bacilles dans des organes (ganglions tuméfiés) où, depuis, malgré les perfectionnements de la technique, on les a difficilementretrouvés. Il est non moins étonnant de voir la T. congénitale se manifester si souvent sous la forme d’une T. ganglionnaire avec intégrité du foie et de la rate. Tout aussi extraordinaire est cette remarque de de Renzi : « Quand les cobayes sont tenus dans des endroits clos, dans des cages fermées presque hermétiquement, la phtisie héréditaire est fréquente; elle est bien plus rare quand les cages sont spacieuses et bien aérées. » Enfin l'expérience 4° est absolument à éliminer, les jeunes cobayes

(1) Durée de la gestation pour les cobayes 60 à 65 jours, pour les lapins 30 jours, pour les souris 21, pour les chiens 58 à 62.

ayant été trouvés tuberculeux après deux mois de vie extra-utérine passés, en partie tout au moins, au contact de la mère tuberculeuse.

En bonne justice, les expériences de de Renzi devaient donc être classées parmi les cas douteux de 7”. congénitale.

Expériences de AUSSET.

Expériences sur les cobayes (1896) (73). — Exp. I. — Une femelle de cobaye, en gestation, recoit dans la jugulaire une culture tuberculeuse humaine et succombe le {4° jour de l'inoculation.

Deux fœtus extraits de l'utérus présentent tous deux une granulie généradisée, surtout marquée dans le foie et la rate. Le R. fut trouvé sur les coupes.

Exp. II. — Cobaye pleine inoculée dans les veines avec une culture de T. humaine, morte le 45° jour.

Les 3 fœtus montrent des nodules caséeux (avec bacilles), dans le foie, de la tuméfaction des ganglions du hile, et de fines grauulations grises dans les poumons ; la rate paraît saine.

Exp. III. — Cobaye pleine, inoculée comme précédemment, morte au 13° jour.

Les 3 fœtus sont tuberculeux ; l’un présente un nodule caséeux dans le foie, plus des granulations grises discrètement disséminées dans tous les organes.

Chez les deux autres, le foie et les ganglions du hile sont farcis de tub. jaunâtres de 2 à 3 millimètres, dont quelques-uns en voie de caséification.

Le bacille de Koch a été coloré dans les trois cas.

Exp.IV. — Cobaye pleine, inoculée comme précédemment, morte le 46° jour. Un seul fœtus, nettement tuberculeux. Ganglions bronchiques et hépatiques déjà un peu caséeux. Foie, rate et poumons farcis de tub. B.

En résumé, 4 cobayes pleines ayant reçu dans les veines une inoculation tuberculeuse très sévère entraînant la mort en 10 à 15 jours, tous les fœtus, au nombre de 9, présentaient des lésions tuberculeuses indubitables, principalement développées dans le foie. D'autre part 5 cobayes pleines inoculées de la même manière ont fourni 10 fœtus absolument indemnes de bacillose (Voir Cas négatifs). Cette proportion énorme de 4 résultats positifs contre 5 négatifs, attribuables certainement à la gravité exceptionnelle de l'infection maternelle, ne s’est pas retrouvée dans une série d’expériences entreprises avec un virus tuberculeux à virulence atténuée : ici, sur 3 cobayes inoculées, une seule transmit la T. à un fœtus, un autre fœtus de la même portée restant indemne {Voir Cas de T°. congénitale sans lésion, p. 152).

Enfin M. Ausset a obtenu une proportion relativement élevée de résultats positifs en inoculant des femelles pleines dans le tissu souscutané avec des crachats tuberculeux ; 2 cobayes donnèrent la T. à leurs 3 fœtus, tandis que 22 fœtus nés de 8 cobayes inoculées de la même manière ne renfermaient pas de bacilles. Voici le détail de ces deux cas : S

Kuss. 7

STRESS

Exp. V (1). — Cobaye pleine, inoculée sous la peau de la cuisse avec des crachats de tuberculeux cavitaire riches en bacilles.

L'animal maigrit rapidement; un nodule local se forme, puis s’abcède, donnant issue à un pus caséeux où l’on trouve des bacilles ; mort le 45° jour; à l’autopsie, ulcère d’inoculation, lésions ganglionnaires voisines, T. avancée de la rate, moins marquée du foie, discrète dans les poumons ; ulcérations nettes sur la paroi du canal thoracique, avec bacilles à ce niveau.

L'animal avait mis bas, au 42° jour de son inoculation, deux fœtus vivants assez bien développés, chez lesquels on constata, en les sacrifiant aussilôt, de la T. hépatique. Chez l'un d’eux, même il y avait dans le foie un nodule caséenx, gros comme un petit pois (!!). Les bacilles furent trouvés au niveau de ces lésions.

Exp. VI. — Cobaye en gestation, inoculée avec des crachats tuberculeux. Elle succombe le 27° jour avec des lésions extrêmement étendues; en particulier il y a des ulcères tuberculeux au niveau du canal thoracique et des veines pulmonaires des deux côlés.

Cette femelle avait mis bas au 9° jour de l’inoculation (sic) un fœtus mort-né paraissant à terme, qui présentait des granulations grises disséminées dans la plupart des organes, mais particulièrement dans le foie el la rate. Bacilles tuberculeux.

M. Ausser attache une grande importance à la constatation des lésions ulcératives du canal thoracique et des veines pulmonaires; il paraît supposer que ces lésions ont facilité l'infection fœtale en faisant pénétrer une certaine quantité de bacilles dans le torrent circulatoire. Cette hypothèse est peu vraisemblable, car les fœtus ayant été mis bas 9 et 12 jours après l’inoculation maternelle et présentant déjà des lésions tuberculeuses bien constituées, il est à peu près certain que les bacilles générateurs de ces lésions n’ont pu partir des ulcérations du canal thoracique; il eût fallu que celles-ci existassent déjà 1 ou 2 jours après l’inoculation hypodermique!

Dans une 7° expérience M. Ausset a procédé au peu autrement que dans les 2 expériences V et VI : il a laissé vivre les petits.

Exp. VII. — Deux cobayes pleines sont inoculées sous la peau avec des cultures tuberculeuses. Elles donnent (2) simultanément l’une 3, l’autre 2 petits, qui sont immédiatement séparés de leurs mères et allaités dans des cages soigneusement stérilisées par deux femelles saines.

De ces 5 petits, 2 succombent à l’âge de 14 jours, un 3° meurt au 29%, un 4e dans le 4° mois, le 5° reste bien portant.

Chez tous les petits qui ont succombé, il existait des lésions tuberculeuses très manifestes de tous les organes abdominaux et thoraciques.

Les deux mères sont morles tuberculeuses ; les deux nourrices sacrifiées ont été trouvées indemnes.

Expériences sur les lapins (1896) (73). — Exp. I. — Une lapine pleine est inoculée dans la veine marginale de l'oreille avec une culture pure de

(1) Les numéros des expériences ne correspondent pas aux numéros du mémoire de M. Ausser. FE (2) Combien de temps après l’inoculation ?

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