‹ De L'Hérédité Parasitaire De La Tuberculose HumaineChapitre 52 sur 113 · CE LT QE · texte numérisé non relu

CE LT QE

des T. profondes et douteuses. Tel était, en 1892, l'avis de M. ARLOING.

Les persévérantes et remarquables recherches de M. Nocarn ont relevé la tuberculine du discrédit où elle était tombée ; elles ont établi sans conteste que cette substance détermine une réaction générale spécifique parfaitement utilisable pour le diagnostic des T. cachées ; elles ont démontré qu’elle est un moyen 1ncomparable pour déceler les lésions tuberculeuses les plus minimes. Sans doute on voit des bovidés profondément phtisiques ne pas réagir sous son influence, mais dans ces cas le défaut de la réaction est sans inconvénient pratique, puisque les signes cliniques suffisent à affirmer le diagnostic; sans doute aussi on peut trouver chez des animaux n'ayant pas réagi, de petits nodules calcifiés relevant de la T. ; cela encore importe peu, ces vieux foyers ayant très probablement perdu toute virulence; à pari ces quelques exceptions, la tuberculine décèle avec une merveilleuse précision les T. des bovidés, quel que soit leur siège, quelle que soit leur forme.

Banc (de Copenhague) est arrivé de son côté à des conclusions semblables à celles de M. Nocard; d’après l'étude de près de 20 000 injections faites en Danemark, il déclare que la tuberculine convenablement employée permet de faire un diagnostic précis de la T. dans plus de 96 p. 100 des cas.

Aussi la tuberculine est-elle entrée couramment dans la pratique des vétérinaires.

Chez l’homme, il ne peut en être de même ; sans compter que la tuberculine est toujours plus ou moins tenue en suspicion par les médecins à cause de ses méfaits passés, l'application de cette méthode au diagnostic de la T. rencontre des difficultés peut-être insurmontables en raison de l'extrême fréquence des petits foyers tuberculeux latents et insignifiants que la majorité des adultes recèlent dans un coin quelconque de leur organisme, notamment dans leurs poumons et dans leur médiastin. Or MM. Nocard et Bang ont montré que l'intensité de la réaction provoquée par la tuberculine n’est pas en rapport avec l’intensité des lésions ; il semble même que la réaction soit le plus

nette dans les cas où la lésion est très limitée et où l'animal a conservé les apparences de la santé.

Mais cet empèchement n'existe pas chez le jeune enfant; car dans les premières années de la vie, la proportion des T. latentes est assez faible, elle est même négligeable avant 3 ans, ou du moins les T. latentes de cet âge sont-elles constituées par des lésions caséeuses graves dans le présent, redoutables pour l'avenir, et que le médecin a autant d'intérêt à connaître que les T. viscérales.

C’est donc à bon droit que M. Hurnez a pensé pouvoir se servir de la tuberculine pour dépister les T. infantiles qui se dérobent si souvent au diagnostic ; en employant de très faibles doses qu’on augmente progressivement, il a vu qu'on obtient chez le petit enfant des réactions parfaitement caractéristiques sans que dans aucun cas survienne d'incident fâcheux: méthode et résultats ont été indiqués dans la thèse inaugurale d’un de ses élèves, le D:' Garrié (333).

Du reste, ScarelBer (324) a montré que les nouveau-nés supportent très bien des injections même considérables de tuberculine. M. Hutinel n’a jamais eu recours aux doses énormes de Schreiber (jusqu’à deux centigrammes!); il pense et il a prouvé que les doses minimes sont parfaitement suffisantes, et que leur emploi est inoffensif.

Nous sommes donc en possession d’une méthode qui permettra dans certains cas d'explorer à coup sûr et sans dangers l'organisme infanfile au point de vue de l'existence possible de T. héréditaires latentes.

La tuberculinisation des jeunes,bovidés a été pratiquée sur une vaste échelle par M. Nocan», et a fourni des renseignements d’une importance capitale sur l'extrême rareté de la T. héréditaire chez les veaux : celle-ci était déjà bien probable d’après les résultats annoncés par les inspecteurs de boucherie; mais on pouvait répondre que des lésions congénitales minimes avaient passé inaperçues; à la tuberculine la même objection ne peut être faite.

« Or, dit M. Nocarp (4145), dans toutes les exploitations infectées où j'ai opéré, le même fait s’est reproduit : alors que les adultes étaient frappés dans la proportion de 7, 8 ou 9 sur 40, les jeunes, fils de mères tuberculeuses, échappaient à l'infection dans la proportion de 8 à 9 sur 10, et quand je parle de jeunes, j'entends des animaux âgés de 6 mois, 1 an, 148 mois; quand il s’agit dé bovidés ce n’est déjà plus la première enfance. Dans une grande exploitation du Nord de la France où les animaux passent toute la belle saison au pâturage, alors que 46 adultes sur 57 étaient trouvés tuberculeux, 19 veaux ou velles de 4 à 7 mois, tous issus de mères tuberculeuses, étaient complètement indemnes (novembre 1892) ; c’est que l'infection ne se fait bien que dans l’étable infectée à la faveur d’une cohabitation intime et prolongée; le séjour dans le pâturage commun peut être considéré comme pratiquement sans danger; ce qui est redoutable, c’est l’entassement des animaux de l’étable infectée et leur séjour prolongé au contact des malades. Neuf mois plus tard, je suis retourné dans le Nord pour voir ce qu’étaient devenus depuis ce temps les jeunes animaux, fils de mères tuberculeuses, que j'avais reconnus sains en novembre 1892. Eh bien, tous ces animaux sans exception ont subi victorieusement l'épreuve de la tuberculine, cette démonstration éclatante a enfin convaincu le propriétaire, jusque-là imbu de la doctrine de T. hérédilaire (1).

« Partout où j'ai opéré, j'ai pu rassurer les propriétaires sur l'avenir de leur élevage en leur affirmant que les jeunes déclarés sains par la tuberculine resteraient sains, à la seule condition de les tenir éloignés de leurs mères tuberculeuses et de tout autre animal infecté; partout ces prévisions se sont réalisées; nulle part on ne m'a signalé de nouveaux cas de T, parmi les sujets reconnus sains 6 mois, 1 an, 18 mois auparavant. »

Ces expériences sont absolument démonstratives ; il est évident, comme le fait observer M. Nocarn, que si des bovidés âgés de un à deux ans sont reconnus indemnes par la tuberculine, on peut les considérer comme définitivement à l'abri de l’évolution tardive du germe tuberculeux que leur mère aurait pu leur transmettre héréditairement. La seule objection qu’on puisse opposer à M. Nocarn, c’est que les vaches reconnues: tuberculeuses par la tuberculine avaient (une partie d’entre elles au moins) des /6sions minimes, peu aptes à entraîner une contamination du fœtus : le résultat eût été plus probant si on avait opéré sur un lot de vaches cliniquement tuberculeuses dont tous les rejetons auraient été tuberculinisés.

Baxe a communiqué à la Société des Vétérinaires danois, dans la séance du 29 juin 1894 (66), le récit d'une longue expérience

(1) En août 1894, l'épreuve a été renouvelée encore une fois par M. Nocarp : pas un des veaux nés de mères tuberculeuses et pour la plupart de pères tuberculeux, mais conservés isolés des malades, pas un ne manifesta la moindre réaction : pas un n’était devenu tuberculeux. Quelle influence a eue sur eux l’hérédité maternelle ?

qu'il à poursuivie à l’aide de la tubercüline dans une exploitation agricole profondément infectée de T. ; il a obtenu des résultats semblables à ceux de M. Nocard.

Au mois de mai 1892, un troupeau de Thurebylille, composé de 208 têtes de bétail, est tuberculinisé ; quoique à première vue les animaux eussent une apparence saine, cependant 80 p. 100 des vaches laitières réagirent, environ 40 p. 100 des taureaux et 40 p. 100 des génisses et des veaux.

Après l’épreuve, l’étable fut désinfectée à fond et divisée en deux parties par une forte cloison de bois, de manière à isoler les animaux sains des animaux ayant présenté la réaction; un personnel spécial fut affecté aux deux divisions, mais la séparation n’était pas aussi complète que si on avait pu disposer de deux étables à distance l’une de l’autre.

On décida qu’on essayerait d’élever les veaux provenant des vaches qui avaient réagi aussi bien que ceux provenant des vaches saines; en même temps, pour découvrir si quelques veaux étaient nés avec la tuberculose, ils furent tous injectés dans leur jeune âge; l'injection eut lieu en hiver, dans un intervalle de 4 à 6 semaines : durant la période qui s’écoula avant cette première épreuve, chaque veau était tenu isolé dans une petite stalle. Bien entendu les veaux étaient nourris avec du lait bouilli.

Deux fois par an, on tuberculinisait toute la partie saine dutrou peau, afin de pouvoir, aussi vite que possible, éloigner les animaux, qui, malgré toutes les précautions, auraient été contaminés.

Pendant deux ans, on travailla d’après ce système et voici les résultats obtenus pour les veaux :

Aucun des sujets nés dans l'exploitation après le commencement de l'expérience et dont les méres appartenaient pour la plupart à la section malade, n'a montré la réaction fébrile pendant ces deux années.

L'expérience de Banc a une portée doctrinale considérable : elle permet de saisir sur le fait le mécanisme de l'infection des enfants de tuberculeux; voilà, en effet, un troupeau où la grande majorité des animaux étaient bacillisés : 40 p. 100 des veaux provenant de cet élevage réagissent à la tuberculine.

On prend des précautions minutieuses pour éviter toute contagion par la voie digestive comme par la voie atmosphérique; à partir de ce moment éous les veaux sont trouvés indemnes de T., non seulement à la naissance, mais alors même qu'ils sont élevés pendant deux ans dans l'exploitation. Et pourtant, la plupart de ces veaux sont nés de vaches ayant réagi et de taureaux dont beaucoup ont aussi réagi.

J'ai eu occasion de tuberculiniser, sur le conseil de mon cher maître M. Humwet, l'enfant d’une femme atteinte de. granulie vers la fin de la grossesse, en voici l'observation :

Cas négatif personnel. — Ænfunt né d'une mère atteinte de T. miliaire aiguë généralisée, morte 5 jours après l'accouchement. Tuberculinisé dans le deuxième mois, il ne réagit pas. Actuellement il est âgé de deux ans un quart et se porte très bien.

Deiss (Victor), n° 121 065, est amené à l’hospice des Enfants-Assistés six jours après sa naissance, le 22 novembre 1895.

Père inconnu.

Mère morte la veille à Tenon. Des renseignements que j'ai été prendre moimême à l’hôpital, il résulte que cette femme a succombé à une T. miliaire aiguë généralisée, vérifiée à l'autopsie.

L'observation de l’enfant présentait dès lors un grand intérêt, ce nouveauné se trouvant en théorie dans les meilleures conditions pour être tuberculeux, puisque sa mère était morte de granulie le 5° jour après l’accouchement. Qu'allait-il devenir?

C'était, à l’entrée, un petit être débile, malingre, pesant 2400 grammes, subictérique, ayant des selles liquides. Pourtant il avait une température normale et prenait bien le sein. Jusqu'au 27 novembre il a perdu du poids (2330 grammes).

M. Hurinez le confia immédiatement à une bonne nourrice, et quotidiennement lui fit injecter sous la peau 30 centimètres cubes de sérum artificiel.

Bientôt, cet enfant chétif perdit sa teinte jaunâtre et cessa de maigrir; ses selles redevinrent normales, et 10 jours plus tard il était en voie de rétablissement complet, de progrès rapides. Sa courbe thermique est restée constamment au niveau normal : à aucun moment la température rectale n’a dépassé 37°,5. La courbe de son poids à été régulièrement ascendante.

Quand l’enfant a eu un mois, son étal de santé est devenu tout à fait florissant (poids 3 kilos).

A ce moment s’est posée la question de savoir si on pouvait l’envoyer à la campagne en nourrice. Son aspect général, son embonpoint rapide, l’absence de toute réaction thermique, malgré les injections quotidiennes de sérum artificiel, tout cela plaidait contre la tuberculose. Néanmoins sa terrible hérédité le rendait fort suspect.

Le garder dans un service hospitalier à Paris, c'était lui enlever la plupart de ses chances de salut, en l’exposant aux multiples infections qui déciment les nouveau-nés dans les salles d'hôpital.

D'autre part, envoyer en province avec d’autres enfants un petit être suspect de tuberculose, capable de démasquer un jour ow l’autre une bacillose latente et de devenir un foyer de contagion, était bien risqué.

C'est alors que M. HurTinez s’est décidé à soumettre le nourrisson à l'épreuve de la tuberculine et m'a chargé de faire les injections.

J'ai procédé très prudemment, observant attentivement l'effet de la tuberculine et vérifiant les températures rectales avec un thermomètre étalon de Baudin. La tuberculine venait de l’Institut Pasteur.

Première injection (16 décembre) (31° jour). Avec la dose de 1/20 de milligramme qui, dans la méthode de M. Hutinel, est la dose initiale, aucune réaction ni locale ni générale ne s’est produite : les urines sont restées claires comme d'habitude, et non albumineuses. Aucun phénomène d’auscultation.

Deuxième injection (31 décembre) (46° jour). 1/10° de milligramme. Avec cette dose, les petits tuberculeux réagissent souvent. Chez l'enfant Deiss, rien ne se produit, pas plus que la première fois.

Troisième ingection (12 janvier) (58° jour). Celle-ci, faite avec 4/10 de milligramme, n’élève nullement la température, qui se maintient pendant les 3 jours suivants entre 37° et 370,5 (elle était prise toutes les 3 heures). Mais cette fois la tuberculine produit quelques phénomènes ; Le poids cesse d’augmenter pendant quelques jours, et durant 48 heures on note la présence d’une très minime quantité d’albumine ; rien à l’auscultation ; l'enfant paraît

gai et alerte comme auparavant ; il tette bien.

Le résultat négatif de la 3° injection est tout à fait probant; avec cette dose, les jeunes enfants bacillisés réagissent à coup sûr; d’ailleurs j'ai obtenu des réactions nettes chez trois petits tuberculeux (diagnostics vérifiés à l’autopsie) que j'ai inoculés le même jour que Deiss, avec la même solution.

Le 24 janvier, l'enfant paraissant en excellent état est envoyé à la campagne (Etang, Saône-et-Loire). Au départ, c'était un enfant superbe, au teint rose, aux chairs fermes, pesant 4250 gr., ayant donc gagné 1920 grammes

en 2 mois.

J'ai eu depuis plusieurs fois de ses nouvelles par l'intermédiaire du

D' Micuer, médecin des Enfants Assistés de la Seine à Etang, que je remercie

vivement de son obligeance.

En juin 1897, l'enfant a eu la rougeole; il a fort bien supporté la maladie

et la convalescence s’est faite rapidement.

Le 8 janvier, le D' Micuer m’a envoyé le note suivante: « L'élève Deiss (Victor), est en très bon étatet jouit d’une excellente santé ; il n’a jamais été malade (en dehors de la rougeole déjà mentionnée) et n’a jamais présenté le moindre symptôme pouvant faire penser à la tuberculose. »

Gette observation montre donc : 1° Qu’une femme atteinte de granulie à la fin de la grossesse peut mettre au jour un enfant parfaitement

viable, ce qui est rare.

2° Qu'un enfant né dans ces déplorables conditions n’est pas nécessairement infecté ; nous avons une certitude à peu près aussi grande que par l’inoculation aux cobayes des organes fœtaux en totalité.

3° Qu'en soustrayant un tel enfant à la contagion tuberculeuse dès sa naissance, en l’entourant de soins hygiéniques, en stimulant sa nutrition par des injections de sérum, en lui donnant une bonne nourrice, on peut d’un être débile ayant peu de chances de vivre, faire un enfant

vigoureux et bien portant.

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