Autopsies négatives après une survie prolongée
En se reportant à la théorie de Baum@artex de la latence du germe, on voit que même pour Baumgarten, il n’a Jamais été question d'admettre une T. héréditaire absolument occulte, ne devenant anatomiquement appréciable que plusieurs mois, plusieurs années après la naissance. Il peut bien y avoir à la naissance une bacillose occulte, mais au bout de quelque temps, se
constitue un foyer tuberculeux petit ou grand, facilement accessible ou profondément caché, en tous cas possible à découvrir par une autopsie suffisamment minutieuse.
Il a donc grand intérêt à pouvoir examiner les cadavres de descendants de tuberculeux après une survie plus ou moins grande, à condition toutefois que toute chance d'infection extra-utérine ait été écartée. Or cet examen a été fait maintes fois avec résultats négatifs.
Cas de Galtier (1888) (410). — Le 13 février une lapine, est inoculée par injection intra-veineuse avec la matière tuberculeuse d’un cobaye. Elle fait 8 petits le 9 mars, soit 24 jours après, et les élève : elle meurt le 27 mai de T. généralisée, tandis que ses petits, tués Le 23, le 24, le 25 mai et le 4° juillet n'ont présenté aucune trace de la maladie.
Cas de Bang (1888) (9). — « J'ai vu plusieurs jeunes lapins nés d’une mère atteinte de T. expérimentale, nourris par elle-même, qui sont restés parfaitement sains. J'ai obtenu le même résultat chez quelques lapins dont les deux parents étaient inoculés avec du lait tuberculeux avant la conception, »
Aux cas de GaLrier et de BANG on pourrait objecter que les animaux n’ont pas été laissés en vie suffisamment longtemps. Le même reproche ne saurait être adressé aux observations suivantes :
Cas de Koch (1884). — Kocu a observé un grand nombre de cobayes qui élaient pleines au moment de l’infection tuberculeuse, jamais elles n’ont mis bas de petits tuberculeux au moment de la naissance; ces petits demeurèrent sains pendant de longs mois.
Gas de Grancher et Straus (1885) (106). — Srraus el GRaNCHER ont, en 1884 et 1885, inoculé la T. à plusieurs cobayes femelles, avant ou après la fécondation : ces femelles mirent bas des petits, dont quelques-uns, morts presque aussitôt, n'avaient ni tub. visibles ni B. dans les tissus ; plus de 20 petits furent sacrifiés et des fragments assez volumineux de leurs viscères (foie, rate, poumons) furent insérés dans le péritoine de cobayes qui restèrent indemnes. Enfin un certain nombre de petits, allaités pendant quelque temps par leurs mères tuberculeuses, demeurèrent en vie et bien portants; sacrifiés au bout de - b mois, 1 an, 15 ef 16 mois, aucun ne présenta de traces de T.
Cas de Jäckh 1895) (169). — 1°" cas. Ure cobaye inoculée de T. met bas, 53 jours plus tard, 3 petits ; elle est sacrifiée 10 jours après; à l’autopsie, T. disséminée discrète (tub. de la rate, un tub. hépatique, un tub. pulmonaire, 3 ganglions caséeux au hile du foie, un noyau caséeux du grand épiploon). — Des 3 petits, l’un est perdu de vue, les deux autres .sont tués à 6 mois 1/2; ils sont macroscopiquement et microscopiquement Sains ; des morceaux du foie sont inoculés sans succès à des cobayes.
2° cas. Une cobaye met bas 47 jours après une inoculation tuberculeuse ;
elle est tuée 18 jours après, et trouvée atteinte de T, généralisée splénique, hépatique, pulmonaire avec caséification de plusieurs ganglions. Le jeune a été nourri 10 jours par la mère : tué à quatre mois, il est trouvé indemne de T. (l’examen histologique des organes a été fait).
Cas négatif personnel. — Afin d’avoir quelque chance d'obtenir des petits naissant à terme suffisamment vigoureux pour rester en vie un temps prolongé, il est indiqué de donner à la mère, non pas une T. suraiguë, mais une énfection à marche relativement lente ; de plus, pour se mettre dans les conditions les plus favorables à la contagion intrautérine, il faut s'arranger de manière que la généralisation de lu T. maternelle se fasse dans les derniers jours de la gestation. Les petits seront élevés à l’abri de toute contagion (donc soustraits le plus tôt possible à l’allaitement maternel), laissés en vie très longtemps, et tuberculinisés avant d’être tués.
Plusieurs expériences mises en train de cette manière ont été interrompues par des morts accidentelles ; une d’elles seulement a pu être menée à bonne fin : elle répond aux desiderata qui viennent d’être formulés.
Mère. — Cobaÿe pleine, de 455 grammes, inoculée le 25 mai 1897, avec 4/2 centimètre cube de pus d’abcès froid, non infecté, provenant d’un mal de Pott. Gp
Le 1° juin, petit nodule sous-cutané au point d’inoculation. Poids —
Le 12 juin, le nodule en question est à peine appréciable, les ganglions paraissent normaux. Poids — 535.
Le 15 juin, à l'endroit inoculé, légère induration sous-cutanée, avec adhérence de la peau. Les ganglions inguinaux sont tuméfiés. Poids — 520.
Le 16 juin, naissance d’un Jeune vigoureux.
Le 22 juin, mort. (Poids 290.)
Autopsie. — Au point inoculé, plusieurs nodules disséminés, blancs, gros comme des têtes d’épingle, sous-cutanés, renfermant de nombreux B.
Dans les deux aines, ganglions moyennement hypertrophiés, partiellement caséeux et suppurés : dans ce caséum, nombreux B.
Ganglions sous-lombaires tuméfiés, d’un blanc opalescent,
Rate très grosse. Pas de tub. macroscopiques. Au microscope, T. histologique (cellules géantes, pas de caséification, nombreux B.).
Foie manifestement dégénéré en totalité sans tub. apparents ; au microscope, dégénérescence graisseuse étendue et petits tub,
Reins paraissant sains à l’œil nu.
Poumons : congestion intense des lobes inférieurs sans granulie : ganglions médiastinaux et rétro-sternaux normaux.
Intestin grêle et mésentère sains.
Dans la partie cæcale du gros intestin, sur une longueur de 4 à 5 centimètres, plusieurs ulcérations tuberculeuses de la muqueuse (vérification histologique positive) avec adénopathie voisine,
Utérus, mamelles sans T.
Placenta : pas de T. à un examen histologique superficiel.
Kuss. 11
Petit. — Né le 16 juin, il est allaité par la mère pendant 6 jours, puis élevé au biberon avec du lait bouilli : il paraît vigoureux, bien portant et prospère à vue d'œil. Poids successifs : 295 gr. (4 août), 375 (30 août), 505 (13 nov.), 520 (1°" déc.), 585 (16 déc.), 580 (4 janvier), 572 (15 janvier).
A ce moment il est tuberculiné (1/2 cc. de tuberculine brute récemment fournie par l’Institut Pasteur) ; la température a été prise matin et soir avant l’injection et pendant les 8 jours qui ont suivi ; le jour de l'injection elle a été prise toutes les 3 heures. Avant l’inoculation, elle était de 39,2 à 39,6 ; sous l'influence de la tuberculine elle a monté passagèrement à 40°, mais elle est restée les jours suivants à un niveau un peu plus élevé qu'avant l’injection (39,4 à 39,7), puis elle est redescendue à 39-39,4.
Dix jours plus tard, nouvelle injection de tuberculine (1 cc. 1/2) ; au moment de l'injection, temp. — 39,4 : deux heures après, temp. — 40,4, puis elle se maintient pendant deux jours entre 39,7 et 39,9 pour revenir ensuite
à la normale. | - Malgré les fortes doses de tuberculine qu’il a reçues, le cobaye est resté
bien portant et n’a maigri que de 20 grammes. Il est sacrifié le 28 janvier. Pas trace de T. en aucun organe.
En résumé, une cobaye pleine est inoculée de T. au commencement de la seconde moitié de sa gestation ; 23 jours plus tard elle met au monde à terme un petit qu’elle allaite, et meurt 6 jours après, avec des lésions tuberculeuses disséminées (T. commençante de la rate et du foie : T. du gros intestin).
Le petit, vigoureux en dépit de son hérédité, arrive sans encombre à l’âge adulte : à 7 mois 1/2, il est soumis à l’épreuve de la tuberculine, et malgré deux injections abondantes ne réagit pas. Sacrifié, il est. trouvé indemne de T.