INTRODUCTION
La question de l'hérédité de la T. est une des plus troublantes de la médecine; il en est peu sur lesquelles on ait discuté avec plus d’âpreté et de passion, ce qui se comprend très bien par l'intérêt des problèmes de pathologie générale soulevés à ce propos, et, mieux encore, par la gravité et la fréquence de la phtisie (cette maladie de tous les peuples, de tous les milieux, on pourrait presque dire de toutes les familles) et par l'importance des déductions pratiques qu'’entrainerait une connaissance exacte des modalités de la T. héréditaire. Du reste, la réalité de celle-ci ne semble pas avoir été jamais niée sérieusement, depuis Hippocrare qui proclamait « qu'un phtisique naît d’un phtisique », jusqu'aux contagionnistes les plus ardents, qui, lorsqu'ils rejettent l’apport congénital du bacille de Koch, admettent tout au moins que les enfants de tuberculeux sont prédisposés à la maladie. Mais que d’inconnues encore dans ce problème : les opinions se succèdent, les expériences se contredisent, et, non seulement l’accord n’est pas fait, mais il ne paraît pas que de sitôt encore on possède la solution complète. Tout au moins peut-on espérer, dès maintenant, avoir des notions précises, des idées nettes, sur certaines parties de la question.
Le problème de l’hérédité de la T. se décompose, en effet, en
deux autres problèmes plus restreints, jusqu’à un certain point
indépendants l’un de l’autre; l’un reste encore, à l'heure actuelle,
absolument obscur : c’est l’hérédité de la prédisposition; pour
ce qui est de l’autre, l’hérédité de l'infection tuberculeuse, en
prenant ce mot dans son sens le plus large, on possède une Kuss. il
grande partie des données qui permettront de le résoudre complètement dans un avenir plus ou moins prochain.
Je ne tenterai pas d'aborder l'étude de l'hérédo-prédisposition : le moment n’est pas venu de synthétiser les notions éparses qu'ont obtenues sur ce point les efforts individuels des chercheurs ; elles sont encore trop vagues, trop incomplètes ou trop hypothétiques.
Le point important en effet serait de savoir, non pas si la phtisie des ascendants détermine chez l’enfant une aptitude à la tuberculisation, chose évidente, admise par tous les cliniciens et que personne ne songe à contester, mais si cette prédisposition néfaste est le fait de propriétés fonctionnelles ou d’altérations organiques héréditaires appartenant en propre à la T., ou bien si, au contraire, elle est la conséquence d’un amoindrissement banal de la résistance cellulaire, semblable dans son mécanisme et dans ses effets à celui que produit, chez les descendants, toute maladie cachectisante des ascendants, ou tout état pathologique venant troubler les phénomènes intimes de la nutrition cellulaire ou les actes nerveux qui les conditionnent?
« Lorsque nous interrogeons les antécédents héréditaires de nos malades, dit M. Hérarp, nous avons le sentiment intime que la révélation du mal tubcrculeux chez les parents est autrement grave que la constation d’une de ces causes débilitantes vulgaires qui, en diminuant la résistance de l'organisme, favorisent l’action du principe contagieux. »
M. Laxnouzy a exprimé la même idée sous une forme éloquente : « Dans la foule des dégénérés dont le neuro-arthritisme, l’alcoolisme, la syphilis, lesaturnisme, etc., s'entendent à peupler le monde civilisé, les fils de tuberculeux, pour étre mélés, ne sont pas confondus. Dans l’armée des dégénérés, ils forment une cohorte reconnaissable entre toutes; leur air de famille, non moins que leur destinée, ne trompe guère un médecin exercé qui reconnaît en eux autant de candidats à la T. ; c'est qu'en effet ils finissent pour la plupart, tuberculeux. » C'est l'affirmation d'une
prédisposition spécifique. D'autre part, les connaissances modernes
sur l’immunité (qu’on rapporte à des propriétés non pas humo-