‹ De l'herpès récidivant des parties génitalesChapitre 3 sur 9 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

La maladie dont ou va lire la description est à la fois ancienne et nouvelle. Elle existe depuis des siècles ; elle frappe des milliers de personnes pendant une notable partie de leur existence. Elle les tourmente au point de leur faire assiéger le cabinet des médecins avec une persévérance qui aurait dû être pour ceux-ci un avertissement suffisant. Et cependant c’est aux yeux de tous, cliniciens ou doctrinaires, une affection entièrement inconnue; nulle clinique générale ou spéciale ne lui a jusqu’ici fait les honneurs même d’une mention sommaire, et, dans nos traités de pathologie comme dans le cadre de Lenseiguement, elle attend encore sa place.

L'herpès rèàdivanL des parties génitales est la quatrième, par ordre de fréquence, des maladies vénériennes que l’on observe. Elle vient, sous ce

DE l’herpès Récidivant

rapport, immédiatement après la blennorrhagie, la chancrelle (chancre simple) et la syphilis. Il est donc étrange que, au milieu des nombreux travaux dont cette branche de la science est l’objet, une maladie aussi commune n’ait inspiré aucune monographie. C’est cette lacune que je veux essayer de combler ; et je l’entreprends en choisissant pour guide, à l’exclusion de tous autres moyens d’investigation, l’observation clinique. Ce sera là mon critérium unique, comme c’a été mon point de départ : et je m’engage formellement à ne dire que ce que m’ont appris et mon expérience personnelle et les bienveillantes communications des principaux syphiligraphes de Lyon, mes très-estimés maîtres et collègues.

Après un accident vénérien primitif quelconque occupant les parties génitales^ il se produit^ puis se reproduit pendant plusieurs années, tous les deux mois environ, un groupe de vésicules d’herpès. Cette éruption apparaît dans un lieu ordinairement peu éloigné de celui qui a été le siège de l’accident primitif; chaque éruption a une durée moyenne de cinq à six jours et se termine spontanément, sans la moindre réaction fébrile, comme l’herpès vulgaire, par desquamation, sans laisser de cicatrice appréciable.

Reprenons l’un après l’autre chaque trait de ce croquis sommaire; et, pour parvenir à deviner la

cause mystérieuse d’une aussi singulière affection, ne craignons pas d’insister sur le moindre détail de son histoire empirique.

Et d’abord l’antécédent obligé de X herpès récidivant est une lésion vénérienne primitive. Hors de ce cas, jamais l’herpès que nous étudions ne s’observe. Jamais on ne l’a vu, du moins avec les caractères énumérés ci-dessus, s’établir d’emblée aux parties génitales ou y succéder à une lésion simple, non vénérienne, telle que rétrécissement, hydrocèle, phimosis, paraphimosis. Pour qu’il y prenne domicile, il faut qu’il y ait été précédé par un chancre mou (chancrelle), par une blennorrhagie, ou par un chancre syphilitique (chancre).

Mais chacune de ces trois lésions ne possède pas, comme cause productrice de notre herpès, une influence égale. Il est d’observation qu’on le voit beaucoup plus souvent succéder à une chancrelle qu’à une blennorrhagie, et beaucoup plus souvent à une blennorrhagie qu’à un chancre.

Or, de ce fait d’observation, je tire, en passant, trois conséquences :

1° La blennorrhagie étant, et de beaucoup, plus fréquente que la chancrelle, si chez les malades atteints d’herpès l’on trouve plus souvent la seconde «lue la première pour antécédent, cette disproportion

UE l’heupès uécidivant

prouve indubitablement la Force remarquable que la chancrelle possède pour développer à sa suite l’herpès.

2“ Les lésmns qui n’infectent pas la constitution (chancrelle, blennorrhagie) sont celles qui occasionnent le plus d’herpès : la lésion qui infecte, la seule qui infecte (le chancre), n’en occasionne que très-rarement, notion dont on comprend immédiatement l’importance en clinique.

3” Enfin l’accident le plus abortible, celui dont on a, le plus souvent, par les caustiques ou les astringents, l’occasion d’enrayer la marche (la chancrelle), est celui qui s’accompagne le plus fréquemment d’herpès : la lésion inabortible par excellence (le chancre) n’en est jamais suivie. — Mais n’anticipons pas sur les conséquences de ces données et revenons à l’histoire empirique de cette affection.

Dans la plupai't des cas, c’est de deux à trois septénaires, après la fin de la lésion primitive, après la cicatrisation de la chancrelle, par exemple, que naît la première éruption d’herpès. Celle-ci est ordinairement assez mal caractérisée. Située sur l’endroit ou très-près de l’endroit qu’occupait la lésion primitive, apparaissant sous forme d’érosion, de coupure, de simple rougeur, presque tous les malades la prennent surtout à son début, pour une récidive, pour un

nouveau chancre. Le médecin, an contraire, a de la tendance, lui, à n’y voir qu’une déviation accidentelle, passagère et insignifiante du travail de cicatrisation.... Bref, ce premier herpès ébauché s’efface, et l’on en a perdu le souvenir lorsque, dix semaines ou deux mois après, survient une seconde éruption mieux caractérisée.

. Celle-ci s^établit sur l’un des points de la région à' élection que la maladie, durant tout son cours ultérieur, c’est-à-dire durant des années, ne doit plus guère abandonner : après la chancrelle, c’est dans un cercle de 2 centimètres de rayon à peu près autour du siège de l’ulcère primitif, pris pour centre, que les jetées de la fluxion herpétique se concentrent ensuite. Il est à remarquer, d’ailleurs, qu’une chancrelle de la muqueuse est plus fréquemment le point de départ de la complication d’herpès qu’une chancrelle située .sur la peau. Il faut noter encore que plus on s’éloigne du début de la maladie, et plus les manifestations herpétiques ont de tendance à abandonner la région où elles avaient d’abord paru se circonscrire. Mais parmi tous les points où elles se portent, le repli balano-préputial e.st chez l’homme celui qui est le théâtre préféré de leur évolution, de leurs répétitions incessantes.

Ainsi après une chancrelle du reflet balano-prépu-

DE l’herpès récidivant

liai ou de la fourchette, les herpès se fixeront pendant six, huit, dix mois, au reflet, à la vulve ; puis plus tard ils pourront s’étendre jusqu’au fourreau, jusqu’au pénil, mais sans jamais cependant aller plus loin, sans se porter hors la sphère génitale. Ceci est de règle.

J’ai dit (jue l’herpès revient tous les deux mois. C’est, en effet, approximativement, le terme que l’observation m’a révélé, que le rapport des malades m’a appris. Toutefois ce terme habituel n’est rien moins que la règle. Il varie d’abord avec l’ancienneté de la maladie, ses accès devenant plus espacés à mesure qu’on s’éloigne de l’époque de sa première apparition. 11 varie aussi suivant la constitution, suivant le tempérament des sujets, suivant les modifications possibles de leur santé pendant que dure f herpès : il varie surtout suivant leurs habitudes. Ainsi un excès de boisson (principalement de bière et de vin blanc), quelques nuits de veilles, une marche forcée, la nourriture excitante des tables d’hôte, l’omission des soins de propreté, des érections prolongées peuvent amener une récidive d’herpès.

Mais de toutes les causes occasionnelles, la plus influente sans contredit est le coït, et surtout le coït avec une femme nouvelle. Tous les spécialistes le savent, parce que tous les malades le leur ont répété, des rapports habituels avec la même femme

sont, quant à la reproduction de l’herpès, parfaitement innocents, et d’autant plus innocents que ces rapports sont moins espacés. Ce n’est là, du reste, qu’une application de la loi d’ acclimatation^ loi si habilement découverte, si ingénieusement commentée par notre maître Ricord, loi qui, en éclairant l’étiologie de certains écoulements génitaux, a élucidé tant de faits jusqu’alors inexpliqués, dissipé tant de causes de discorde dans les ménages les mieux unis.

Il va sans dire que l’adjonction de quelques-unes, de plusieurs de ces causes, telles que les réalisent certaines nuits passées ailleurs qu’au lit, portent à une puissance double ou triple le degré de la prédisposition de l’individu au retour de l’herpès.

Mais il faut le noter, ces causes accidentelles, avec quelque force qu’elles agissent, en quelque nombre qu’elles soient groupées, ne suffisent pas à remplacer la prédisposition intrinsèque, celle qui résulte du temps plus ou moins long depuis lequel la dernière attaque d’herpès a paru. Comme pour les éruptions furonculeuses, comme pour les érysipèles périodiques des vieillards, comme pour les amygdalites de Tadolescence, il suffit qu’un certain temps se soit écoulé depuis la dernière poussée pour qu’on soit en droit d’en prévoir une nouvelle. Dans de telles circonstances, un écart passager de régime, un bog, une érection

DE l’iierpês Récidivant

inopportune, un rien détermineront la poussée herpétique chez le sujet qui n’en avait pas eu depuis deux mois, tandis que celui qui vient d’être atteint bravera impunément les influences irritantes les plus durables, les plus répétées. C’est un tribut à payer, c’est en quelque sorte un besoin de la nature qui veut être satisfait; et, ainsi que pour toutes les créances, lorsqu’on a payé ou est quitte pour un certain temps. Notons, chemin faisant, la sécurité que cette notion peut donner aux malades ; il ne faut pas la dédaigner, .elle est souvent le seul baume que le médecin soit à même de verser sur leurs inquiétudes renaissantes.

11 est curieux, à ce sujet, d’observer et l’individualité parfaite de notre herpès, comme espèce pathologique, et l’influence que les maladies intercurrentes peuvent exercer sur sou cours. Ces deux notions seront mises en pleine lumière par les détails de l’observation suivante :

Obs. 1. — M. G..., de Lyon, âgé de vingt-cinq ans, d'uii tempérament lymphatique, a eu à différentes époques des éruptions diverses à la peau et notamment un acné simplex de la face, qui persiste encore au moment de son arrivée à Uriage. Il y a aussi chez ce malade, m’écrivait le savant confrère qui me l’adressait , « des écoulements bleimorrha- » giques qui sont passés à l’état chronique et notam-

» ment une bien norrliée qiiej’ai combattue longtemps » sans succès, qui était peut-être due à un dévelop- » pement d’herpès du canal, et qui a fini par dispa- » raître spontanément. Les herpès que je vous si- » gnale sont extrêmement douloureux, très-larges, » très-euflammés ; ils ont amené une fois une adé- » ni te qui a suppuré et dont vous verrez encore les » traces. »

Chez ce malade, les herpès duraient depuis plusieurs années (quatre ou cinq environ) et revenaient toutes les trois ou quatre semaines et avec une intensité exceptionnelle. Dans ce cas même, ils ont déterminé un accident (bubon suppuré) que je n’ai jamais eu occasion d’observer. Accident tellement rare que, sans la déclaration de mon savant confrère j’aurais été porté à croire qu’une chancrelle intercurrente était seule responsable de cette adénite suppurée. Bien que M. G... fût entaché d'une manière très-prononcée de la diathèse dartreuse dont les manifestations s’étaient antérieurement et à plusieurs reprises produites sur différentes régions du corps, ce n’est cependant que peu de semaines après la guérison d’accidents vénériens (chancrelle et blennorrhagie) que la première jetée d’herpès a lieu. A partir de ce moment, les traitements les plus rationnels ont été impuissants à rompre ce mouvement fluxionnaire. Une

DOVON.

DE l’herpès récidivant

première saison à Uriage amena, il est vrai, une certaine amélioration, mais pe ne fut que rannée suivante, et encore après une saison de quarante à cinquante bains, qu’il fut possible de triompher d’une indisposition dont la fréquence et l’intensité constituaient une véritable infirmité.

Il est bon de faire observer qu’ici, malgré une prédisposition dartreuse des plus accusées, les récidives de l’herpès se produisirent toujours sous la forme caractéristique que nous avons décrite, et si les exulcéi'ations qui leur ont parfois succédé ont eu une durée anormale, jamais cependant il n’est survenu une autre variété d’affection cutanée ; en un mot (et ceci à mes yeux est une loi), l’herpès génital récidivant ne ne transforme pas.

Un autre fait digne de remarque, et que j’ai été à même de constater chez notre malade, est le suivant : Ayant contracté une deuxième blennorrhagie, il vit les poussées herpétiques déjà en pleine vigueur subir un temps d’arrêt très- évident pendant toute la durée de la période aiguë de la blennorrhagie ; mais une fois ce moment passé, ils se montrèrent de nouveau avec la même fréquence et la même énergie que précédemment.

Pour l’herpès comme pour les véritables lésions

vénériennes, il faut toujours tenir compte de la simultanéité, dont M. Rollet a montré avec tant d’àpropos et tant d’ingéniosité les conséquences pour la thérapeutique ainsi que pour la clcissification des maladies cutanées, vénériennes et syphilitiques. Ainsi, chez un autre jeune homme sujet à un érythème habituel du prépuce, il était en outre survenu des plaques d’herpès préputialis, parfaitement distinctes des rougeurs antérieures; leur première apparition remontait à trois ans et avait paru succéder à une chancrelle.

Les eaux, employées suivant les règles que j’indiquerai plus loin, firent cesser après une seule saison, et ont fait cesser jusqu’à présent, cet herpès génital.

La durée de chaque éruption est de cinq jours, comptés à partir de la démangeaison qui en annonce le début jusLpi’au moment où il n’y a plus qu’une desquamation sèche et indolente. Ce terme de cincj à six jours se reti ouve dans la bouche de tous nos clients. Il est, on peut le dire, caractéristique de la maladie, et fort précieux pour le diagnostic rétrospectif. (Jue de fois un vénérien rongé d’inquiétudes ne m’a-t-il pas dit, les yeux hagards : « Docteur, je )> dois être certainement infecté, car j’ai eu jusiju’à » cinq fois des chancres dans ces derniers temps. »

DE l’herpès récidivant

Moi je lui répliquais simplemenl : « Ce que vous ap- » pelez chancres ne durait pas plus de cinq ou six «jours, n’est-ce pas?» — «Oui, docteur.» Et dès lors, éclairé moi-même, j’étais en mesure de le rassurer, de l’édifier sur la parfaite bénignité de ces prétendus chancres !

Ce ternie peut cependant être dépassé. Nous allons en voir un frappant exemple :

Ors. 2. — M. S. T..., homme de trente-six ans, récemment guéri d’une chancrelle contractée avant son mariage,' m’en a offert le triste exemple. Trèspieux, ne cohabitant, — j’en suis certain, — qu’avec sa femme, également très-pieuse, il voyait tous les deux mois survenir au môme point vers le limbe, des vésicules qui bientôt faisaient place à de véritables ulcères de 10 à 12 millimètres de diamètre. Ces ulcères avaient, moins la profondeur, la plupart des caractères de la chancrelle; ils duraient une quinzaine de jours. Mais comme j’en ai plusieurs fois inoculé le pus sans succès, comme, d’ailleui’s, il serait ridicule de supposer que, contre ses dénégations formelles, contre toutes les vraisemblances, cet homme, pendant près de dix-huit mois que je l’ai observé, s’exposât tous les deux mois à contracter de nouvelles chancrelles, il faut bien admettre ([ue

c’étaient là de véritables herpès à durée tout à fait

insolite. Notons que su femme avait une leucorrhée des plus rebelles.

Je n’ai que très-rarement vu deux groupes de vésicules exister, à la même époque, sur deux points différents de l’appareil génital.

L’accès d’herpès ne s’annonce par aucun trouble de la santé, par aucun mouvement fébrile. Il a néanmoins un avant-coureur qui bien rarement fait défaut: c’est une sorte de démangeaison, ou plutôt une sensation de chaleur. Cette sensation n"est pas toujours, quoiqu’elle y soit plus intense, circonscrite au point que l’herpès doit envahir. Chez l’homme, elle occupe souvent la totalité du gland, y compris r urèthre jusqu'à la fosse naviculaire. Plus d’un malade s’y est trompé et a pris pour signe d’une uréthrite commençante ce qui n’était qu’un prodrome d’herpès. Les vieux blennorrhagiques seuls ne s'y méprennent plus. Seuls ils savent bien distinguer la cuisson uréthrale, signe précurseur de chaudepisse, cuisson qui ne se produit qiC après la miction^ d’avec l’endolorissement vague et corvitant accompagne l’invasion de l’herpès; diagnostic assez important, car dans le premier cas, on pourrait, en méconnaissant le présage de la blennorrhagie, laisser passer le premier moment, seul opportun pour pratiquer l'injection abortive.

DE l’herpès Récidivant

Bientôt la chaleur se concentre, se localise de plus en plus à l’extérieur, puis clans un seul point; elle se change en un simple prurit, quelques rougeurs apparaissent, leur centre devient papuleux, puis vésiculeux ; l’herpès est établi.

L^accès en lui-même n’a pas la moindre gravité; c’est un mal presque sans douleur, à peine incommode. Un peu de chatouillement, de sensibilité au frottement, à la pression. Aucune fonction, ni la marche, ni la miction, ni l’érection ne sont entravées ; et l’ennui que cette petite fluxion peut causer au malade est d’autant plus supportable qu’il sait, par expérience, que, en quelques jours, tout sera fini.

Mais tout sera fini pour recommencer un peu

plus tard; voilà ce qui le désole; voilà, — même sans compter les fausses et effrayantes idées qu’il se forge parfois sur la nature du mal, — voilà ce qui lui rend ce mal si pénible. On a souvent dit cpi’une série de piqûres d’épingle est plus intolérable qu’une souffrance véritable ; c’est tout à fait le cas de l’herpès. Jugez-en par le tableau suivant, portrait fidèle et portrait banal de presque tous les malheureux soumis à de pareilles épreuves.

Ors. 3. — A propos d’un malade M. L..., qui m’était adressé par un de mes distingués et chers

confrères, M. le docteur Philipeaux, de Lyon, se trouvait cette mention : « Ce malade a l’imagination » encore plus frappée que le gland et le prépuce.

» Malgré toutes mes recommandations, tous mes » etforts, il se donne un mal affreux pour combattre » des récidives qui se manifestent avec une persi- » stance fâcheuse. »

En effet, M. L... m’apprit que depuis trois ans, et peu de mois après la guérison d’un chancre simple du gland, il lui était survenu une petite éruption sur la muqueuse balano-préputiale, éruption à laquelle il iCavait d’abord attaché qu’une médiocre attention et dont la guérison avait eu lieu spontanément après un ou deux septénaires. Mais six semaines ou deux mois après, une nouvelle jetée était survenue dans la même région et avait présenté des caractères semblables à ceux qui avaient accompagné la première éruption. Depuis lors, toutes les sept ou huit semaines, sans cause occasionnelle bien appréciable, M. I^... voyait apparaître en un point de la muqueuse balano-préputiale un petit groupe de vésicules ayant tous les caractères que j’ai signalés ci-dessus, et dont le retour périodique et incessant avait au plus haut point préoccupé son esprit. Ses inquiétudes s’étaient, du reste, accrues en raison de l’impossibilité où il s’était trouvé d’enrayer des récidives qu’il considé-

2/| DE l’heri'ès Récidivant

rait comme le témoignage incontestable d’ime intoxication profoiifle, d’iine syphilis rebelle contre la- (pielle il avait employé à diverses reprises les dépuratifs les plus vantés. M. L..., d’un tempérament lymphatique, avait eu, dans son enfance, des éruptions probablement impétigineuses de la face et du cuir chevelu, et au moment où il se présentait à mon observation il conservait encore des plaques de pityriasis capitis.

C’est dans ces conditions que M. le docteur Philipeaux m’adressa ce malade, très -préoccupé de son état, qu’il considérait comme incurable et comme devant lui interdire à jamais les joies de la famille.

Je soumis ce malade à un traitement très-conqdet : bains d’eau minérale, eau eu boisson à dose purgative, etc... Et ici Uriage guérit k la fois, comme c’est en pareil cas son habitude, et la maladie réelle et la maladie imaginaire.

D’ailleurs, je le répète, pas la moindre réaction fébrile, viscérale ou sympathique. Il faut notamment remarquer, — car c’est encore là un élément important du diagnostic, — que jamais, a aucune période de la fluxion, les ganglions lynqihatiques correspondants ne sont compromis.

Ni par le fait de l’accès, ni par le fail de leur

reprodiictiou, quelque durable et répétée qu’elle soit, je ii’ai jamais vu la santé générale subir la moindre atteinte appréciable.

L’herpès non traité finit-il par cesser? Ceci est un point que la ténacité même de la maladie contribue à laisser obscur. Car, lorsqu’un malade ne se représente plus dans notre cabinet, est-ce parce qu’il a guéri? N’est-ce point plutôt parce qu’il se sera lassé de suivre des médications impuissantes?... Voilcà ce ipii demeure forcément douteux. Ce qu’il y a de vrai, toutefois, c’est que, à moins de nouveaux accidents vénériens venant leur donner une nouvelle impulsion, les manifestations de l’herpès vont en s’éloignant, en s’affaiblissant.

Mais pour réaliser cette atténuation, il finit un temps considérable, il faut compter, non par mois, mais par années. L’observation suivante donne la mesure de ce que les malades peuvent espérer sous ce rapport.

Obs. li. — « C’est affaire à vous, mon cher con- » frère ! Voici un herpès de trente ans de date, et le » porteur parle de se suicider! » Telle est la note cachetée que me remit, au mois de juillet 1860, un malheureux herpétique qui venait de consulter un de nos plus éminents spécialistes lyonnais. Agé d(' cinf{uanli3-cinq ans environ, M. 11... avait eu toute

DE l’herpès Récidivant

sa vie traversée jiar des lierpès dont les récidives continuelles l’avaient plusieurs fois plongé dans le désespoir, comme il l’avait dit à l’honorable confrère (lui me l’adressait, et comme il me le répétait à moi- même.

Voici en deux mots son histoire. Né de parents manifestement dartreux, il avait eu, dans sou enfance, des jetées impétigineuses au cuir chevelu et à la figure. D’un tempérament trc'îs-lymphatiiiue, il avait présenté des engorgements cervicaux et une otorrhée assez persistante. Vers l’âge de vingt-deux ou de vingt-trois ans, il contracta un chancre et une blennorrhagie qui guérirent après un traitement simple. Quelques mois après, il aperçut pour la premièr(3 fois une plaque d’herpès sur le prépuce; ce fut une éruption simple, qui guérit sans aucune médication. Mais depuis ce moment, et cela pendant trente ans, il n’a pas cessé d’avoir plusieurs fois chaque année des éruptions circonscrites sur le gland ou sur le prépuce, et cela malgi'é les traitements les plus rationnels et même les plus extraordinaires. Voyant que la médecine était impuissante à enrayer les récidives de cette désolante affection, il s’était jeté entre les mains des charlatans et avait successivement suivi toutes les médications dépuratives et spécitiques, patentées ou non, que lui offrait chaque

jour la quatrième page des Journaux. Non-seulement l’herpès récidivait toujours, mais depuis un an environ, et cela sans cause appréciable, les plaques ilartreuses, qui autrefois s’éteignaient en quelques jours, persistaient pendant un temps beaucoup plus long, un mois environ, sous forme d’exulcérations légères. Malheureusement la durée nouvelle subie par chaque poussée du mal n’avait en rien diminué leur fréquence.

C’est dans ces conditions qu’il se décida à suivre le conseil de son médecin et à venir essayer si les eaux d’IJriage pourraient donner, malgré l’ancienneté du mal, un résultat sinon complet du moins avantageux.

Le traitement fut régulièrement suivi. Pensant qu’il était nécessaire ici de détourner une fluxion vicieuse eu la dirigeant sur un autre point, j’insistai tout particulièrement sur l’emploi de l’eau d’Uriage à dose purgative. Tous les deux jours ce malade prenait, le matin à jeun, cinq à six verres d’eau minérale; le lendemain, deux ou trois demi-verres, et charjue jour un bain tiède. Le traitement fut ainsi continué pendant trente à trente-cinq jours.

Ln mois environ après son départ, il eut sur le prépuce une nouvelle jetée herpétique, dont la durée ne dépassa pas huit à dix jours. J’ai revu ce malade sept à huit mois après; dans cet intervalle, il avait eu

DK l’hEKI'ÈS IIÉCIDIVAKT

encore iiii nouvel herpès preputialis; il nie dit (iii’il reviendrait à Uriage dans le courant de l’été, et depuis cette époque je ne l’ai jamais revu.

Dans ce cas, il y a eu, au moins momentanément, une amélioration très-évidente; mais il est facile de comprendre que ni une seule saison, ni une saison de trente à trente-cimj jours ue‘ peuvent suffire pour triompher d’une habitude aussi ancienne, et surlout pour combattre avec succès une diathèse dartreuse dont les jetées herpéticjues n’étaient que la manilèstation.

De celte observation on peut encore déduire une conclusion praticpie, que nous développerons du reste plus loin, savoir : que dans les herpès preputialis entretenus par une affection dartreuse ancienne bien évidemment préexistante à l’affection génitale, il importe de continuer beaucoup plus longtemps le traitemen t h y d ro-thermal .

DFS PARTIES GÉNITALES,

Page 1