‹ De l'herpès récidivant des parties génitalesChapitre 4 sur 9 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le (liagTinstic de l’herpès comprend deux objets bien distincts : l’étude des lésions, de nature differente, qui peuvent être prises pour lui, et l’étude des lésions qui, quoique différant d’aspect, 'àmidemêmc nature que lui. Il importe sans doute beaucoup de le distinguer des premières ; mais il y aurait tout autant d’inconvénient à le séparer des secondes, car il s’en rapproche tellement au point de vue, soit thérapeutique, soit étiologique, qu’on peut dire qu’il ne lait qu’un avec elles. Commençons par ces dernières lésions.

Sous l’effet de la même influence qui produit l’herpès, c’est-à-dire après un accident vénérien pi'irnitif, il peut se manifester certaines autres formes d’irritation du tégument génital, cutané ou muqueux, formes qui, (juoique n’ayant pas l’apparence de l’herpès, lui ressemblent cependant en ce qu’elles procèdent de la même cause, ont le môme caractère

(]c chronicité, souvent de périodicité, et sont tributaires des niênies moyens thérapeutiques. II est liien entendu que la forme herph récidivant est de beaucoup la plus fréquente. Mais les autres ne doivent point pour cela être négligées ; car elles ne sont pas un moindre objet d embarras pour le nosologiste, d’alarmes et d’effroi pour le patient. Étudions donc chacune de ces formes, telle que l’observation clinique nous les a présentées.

 la suite d’une lésion vénérienne quelconque (des cbancrelles, le plus ordinairement), la membrane muqueuse des parties génitales acquiert parfois une susceptibilité morbide remarquable. Chez riiomme, sur le reflet du gland, chez la femme, entre les grandes et les petites lèvres, il y a comme un lieu d’élection où cette membrane, dans les circonstances mentionnées, devient rouge, ténue, sujette à se fissurer sous l’influence de la moindre cause et même sans cause. Les malades (les hommes) ne peuvent plus, disent-ils, voir une femme sans se couper. Ce n’est plus, comme dans l’herpès, un état intermittent, c’est une congestion permanente. Le bout du gland, l’angle péno-scrotal, la fourchette, le méat y participent quelquefois. Rien n’égale ordinairement la ténacité de cette affection, surtout lorsqu’elle attaque des sujets d’un certain âge, chez qui alors la

diathèse dartreuse, se fixant sur cette région, donne à la nuiiinense une ininceur, une couleur d’un rose brillant, accompagnées d’un demi- prurit incessant. D’ailleurs son diagnostic séméiologique d’avec l’herpès est on ne peut plus facile : il suffit de remarquer c[ue, ici, la lésion est permanente, tandis que dans 1’hei‘pès elle est intermittente. Du reste, cet état se complique parfois lui -même de véritables accès d’herpès, coïncidence qui suffit évidemment à les différencier.

Une autre fluxion qui 'liait assez communément sous l’action des causes de bberpès est la balanite. Ici, comme pour l’herpès, il s’agit bien d’une lésion revenant par intervalles; sa durée, ses époques deréapparition sont les mêmes que celles de l’herpès, seulement elle occupe de plus larges surfaces et ne se manifeste que sous forme de plaques rouges, quelquefois très-superficiellement érodées et sécrétantes.

Ce ne sont là, je dois le répéter, que des formes, peu communes, .sous lesquelles se traduit l’influence morbide spéciale qui, plus souvent, donne lieu à l’herpès type, (|ue j’ai décrit plus haut. Une antre forme plus rare encore, mais non moins réelle, est l’uréthrorrhée de l’extrémité du canal. Les malades ne s’y trompent pas : ceux qui s’ob.servent de près.

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qui, après plusieurs épreuves, arrivent à connaître la nature de leur mal par la nature de leurs sensatiojis, fournissent, sous ce rapport, au diagnostic des données d une précocité étonnante et d’une justesse irrécusable. Pendant les vingt-quatre ou trente-six heures de prurit, bien reconnaissable, qui marque la période d’invasion de l’herpès, ils sentent ce même prurit spécial s’étendre à l’urèthre, depuis le méat jusqu’à la fosse naviculaire. Puis, après ce temps, ils voient sortir de l’urèthre quelques gouttes d’un liquide séro- muqueux. Or, cette sécrétion uréthrale qui coexiste quelquefois avec l’herpès, qui, dans d’autres cas, comme M. Boucaud en a cité un exemple [Annales des maladies de la peau et de la syphilis, 1858), existe seule, cette sécrétion morbide de l’urèthre ne dure jamais plus longtemps que l’herpès n’aurait duré, c’est-à-dire pas plus de cinq ou six jours, terme auquel elle s’éteint spontanément. Avis aux malades qui, mal instruits du peu de gravité de cet écoulement, lui opposent d'emblée les médications les plus violentes ! Avis à quelques praticiens qu’on entend assez souvent se féliciter d’avoir fait avorter un écoulement uréthral, qui nedemandail qu’à disparaître de hii-môme en quelques jours !

Passons au second objet de notre diagnostic différentiel, aux lésions d’une autre nature que l’herpès, lésions qui, par leurs caractères objectifs, peuvent le simuler. Il suffît d’en examiner deux, les plus fréquentes et celles aussi dont le diagnostic est le plus important, savoir : les gerçures traumatiques et la chancrelle.

Le filet ainsi que le reflet balano-préputial, siège habituel de l’herpès, sont aussi le siège le plus ordinaire des gerçures traumatiques. Comme ces gerçures se produisent à l’occasion du coït, comme, irritées par les manœuvres de tiraillement, de pression auxquelles les malades se livrent pour les examiner, elles durent en général autant que dure l’herpès, cette égalité de durée, jointe au chatouillement qui accompagne, dans cette région, la moindre gerçure, pourrait les faire prendre pour un herpès. Mais tout, la forme en premier lieu et surtout, distingue ces deux lésions : leur durée identique, leur guérison spontanée pourraient seules les faire confondre par un malade inatteiitif ou par un observateur distrait.

C’est le chancre simple (chancrelle) qu’il importe

le plus de distinguer de l’herpès. Ici il n’est pas in-

ilifférent d’établir de bonne heure le diagnostic; car

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DE l’herpès Récidivant

s’il s’agit d’un herpès, ou peut sans crainte le laisser marcher. S’il s’agit, au contraire, d’une chancrelle, il est aisé de s’en débarrasser immédiatement par la cautérisation abortive, de prévenir par là son extension, sa multiplication, sa trauvsmission à autrui, ses déviations possibles, ainsi que la production du bubon. Mais pour atteindre ces buts divers, pour détruire d’emblée cet ulcère, il faut l’avoir reconnu dès son apparition. Or, justement, c’est ce diagnostic-là que, du moins au début de la chancrelle, il est le plus difficile de porter.

N’exagérons pas ces difficultés cependant. Lorsqu’un boum, une rougeur, une papule apparaissent, sur le reflet du gland, je suppose, il est toujours possible, avec un peu d’habitude ou en s’en rapportant aux préceptes que je vais énoncer, de savoir s’il s’E^it d’un herpès ou d’une chancrelle.

Je ne parle pas de l'inoculation. L’effet de ce procédé est certain, mais, dans le cas actuel, trop tardif pour être utile. Effectivement, ce n’est que trois jours après avoir inoculé la lésion douteuse que le résultat de l’inoculation permettrait de juger si elle est herpès ou chancrelle ; or, à ce moment, il serait déjà un peu lard pour appliquer avec succès la méthode abortive. Disons plus : au bout de trois jours, le cours naturel de la maladie aura fourni au médecin des

éléments de diagnostic aussi sûrs que l’inoculation pourrait le faire; car, à cette époque, la physionomie de la chancrelle se dessinera assez tranchée pour n'être plus méconnaissable (1).

11 faut donc pouvoir juger dès le début et d’après les signes actuels seuls. Or, trois caractères sont propres à l’herpès, l’accompagnent dès et avant les premières heures, caractères qui manquent à la chancrelle. Ce sont ; le prurit, puis le nombre et le mode de groupement des vésicules, enfin l’inflammation de leur pourtour. Étudions ces trois éléments de diagnostic.

Le prurit qui annonce une invasion d’herpès a quelque chose de spécial, de sui generis. C’est, pendant les quelques jours qui précèdent, une chaleur sourde mêlée d’une douleur gravative. Cette sensation, d’abord étendue à tout l’appareil pénien ou vulvaire, se circonscrit assez rapidement à l’endroit de cet appareil qui va être le point de décharge de la fluxion herpétique. Ajoutons que cette sensation est continue, avec des redoublements qui n’ont rien

(1) Quelques malades veulent qu’on leur cautérise immédiatement le moindre bouton suspect; et cependant ils ne veulent pas moins impérieusement, — à cause de la recherche dglapaternilé de ce bouton,

être fixés sur sa nature simple ou chancreuse. Ôn peut satisfaire leurs deux désirs, contradictoires en apparence, en leur inoculant d’abord le pus de cette lésion, et en la cautérisant aussitôt après.

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d’analogue aux élancements instantanés de l’urétlirite aiguë, mais qui, au contraire, se prolongent pendant une demi-heure ou une heure. Ces redoublements se déclarent tantôt spontanément, pendant le calme de la nuit, tantôt à l’occasion de la miction ou de l’érection. Le prurit diminue à mesure que l’éruption apparaît ; elle fait alors place à une simple cuisson qui ne se manifeste que lors d’un contact, d’un frottement avec la partie où siège la lésion.

Second caractère : L’herpès se compose toujours de vésicules agglomérées sur un espace très-étroil ; ces vésicules, en effet, sont à peine distantes les unes des autres de 2 à 3 millimètres. Dans le cas de chancrelle, il peut aussi exister plusieurs lésions, plusieurs points qui plus tard s’ulcèrent. Mais ces points sont éloignés les uns des autres, disséminés au hasard sur l’organe copulateur, sans aucune régularité de distribution, surtout sans être groupés sur un étroit espace.

Enfin, troisième caractère : L’herpès est entouré d’un cercle inflammatoire. Et non-seulement le groupe a son aréole, mais chaque vésicule, elle aussi, a autour d’elle comme un petit ourlet rouge et tuméfié. — Dans la chancrelle, au début comme plus tard, il n’y a rien de semblable. Au delà du bord de l’ulcère, le tégument a son aspect normal, sans le moindre indice de phlegmasie.

Je nientioimo pour mémoire deux autres signes propres à différencier l’herpès de la chancrelle, signes réels mais moins importants pour le diagnostic d’ emblée^ dont nous énonçons en ce moment les règles. Jamais l’herpès ne s’accompagne de buhon, pas même d’un engorgement ganglionnaire inflammatoire (1); jamais la sécrétion de l’herpès n’est contagieuse.

Parlerai-je du diagnostic entre l’herpès et les plaques muqueuses?... Il le faut bien, puisque certains auteurs disent qu’on peut confondre entre eux ces deux états pathologiques. Eh bien ! la plaque muqueuse est large, aplatie ; elle soulève l’épiderme ou l’épithélium en le plissant, et non en en faisant une vésicule ; le liquide séreux qu’elle sécrète s’exhale de toute sa surface et n’est jamais réuni en foyer. Elle a son odeur spéciale; elle se forme avec lenteur, sans cuisson; elle ne disparaît, spontanément du moins, qu’avec une lenteur extrême. Ajoutons que la plaque muqueuse sur le pénis est très- rare, et que lorsqu’il en existe là, on en trouve toujours ailleurs, au gosier, surtout, quelques autres dont la coexistence ne laisse au praticien le moins expérimenté aucun doute sur la nature spéciale, virulente, de la lésion.

fl) Ce qui diminue la valeur de ce signe, c’est que beaucoup de chancrelles ne s’accompagnent pas non plus de bubon.

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