DOYON
DE l’jferpès Récidivant
jeter sur la verge plutôt qu’ailleurs. Voilà tout. »
L’étude des fluxions dartreuses ne laisse pas de doute sur la réalité du rôle que joue ici une maladie vénérienne quelconque. Si tme lésion accidentelle, passagère, si un simple traumatisme, ne deviennent que bien rarement l’occasion d’une jetée dartreuse sur le lieu où ils ont existé, il en est tout autrement d’une maladie persistante, d’une maladie qui, pendant un temps toujours assez long, concentre sur un point du tégument la double congestion sanguine et nerveuse. Ce sont là, on le sait, les stimulants les plus ordinaires qui attirent la dartre à se fixer en un endroit plutôt qu’en un autre. C’est sous l’empire de causes pareilles qu’on la voit se porter, se concentrer aux sièges où l’appelle ce genre d’excitants, aux doigts chez les épiciers, à l’anus chez les marcheurs, et — quant au siège — pour l’eczéma, aux plis de la saignée et au jarret pour le lichen .
Or aucune lésion, il faut le remarquer, n’a sous ce rapport la force des maladies vénériennes. Dans la sphère génitale, dans cette région douée d une sensibilité exquise, d’une finesse, d’une vascularisation de téguments si notables, la dartre doit être attirée avec une préférence marquée. Mais pour qu’elle y vienne, il faut une occasion. Or, quelle occasion plus tavorable, quel appel plus actif peut-on supposer, que
celui qu’exercent des maladies qui, durant plusieurs semaines, durant plusieurs mois, mettent en jeu, surexcitent toutes les propriétés vitales, appellent sur un seul point de cet appareil les effets de l’innervation et de la circulation hyperesthésiées.
Il est digne de remarque, en effet, que les maladies vénériennes sont les seules affections des organes génitaux qui présentent réunies les conditions d’acuité et de durée qui sont- propres à susciter une jetée herpétique. Il y a plus : on peut affirmer que, à l’âge où l’on observe l’herpès, les maladies vénériennes sont réellement et presque à la lettre les seules maladies qui attaquent l’appareil génital.
Mais, de ce fait que l’herpès succède toujours tà un accident vénérien, gardons-nous de conclure qu’il est lui-même de nature vénérienne. Non : tout ce qu’il est vrai de dire, c’est que s’il succède à une maladie vénérienne, c’est que, à l’époque de la vie et dans la région où on l’observe, il n’y a pas d’autres maladies auxquelles il puisse succéder,
Un fait d’observation fournirait, s’il en était besoin, d’autres preuves de la justesse de cette interprétation. Si, comme nous le disons, l’herpès est, chez les sujets dartreux, suscité par la présence d’une maladie locale, plus cette maladie sera, de sa nature, longue, douloureuse, aiguë, plus elle devra avoir d’influence
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sur le développement de l’herpès. Eh bien ! c’esl justement ce qui a lieu; c’est pour ce motif sans doute que la chancrelle est beaucoup plus fréquemment suivie d’herpès que la blennorrhagie et surtout que le chancre syphilitique. La chancrelle se distingue, en effet, des deux autres lésions primitives par une concentration plus circonscrite sur un seul point du tégument qu’elle attaque dans toute son épaisseur et par la vive réaction locale qu’elle provoque; elle devait donc aussi, selon rcxplication cidessus, se distinguer d’avec elles par un excès de force de procréation de notre herpès. Et c’est, en réalité, ce qui a lieu.
L’observation suivante est une nouvelle preuve du pouvoir herpétigèiie de la chancrelle; non-seulement elle vient démontrer la réalité du point de vue étiologique que nous avons essayé de faire ressortir, mais encore elle est un nouveau témoignage en faveur de l’eflicacité réelle des eaux d’Uriage dans cette maladie.
Obs. 6. — M. G..., de Paris, âgé de trente-huit ans, voyageur de commerce, d’une bonne constitution, d’un tempérament lymphatico-nerveux , a été, de quatorze à vingt-huit ans, successivement atteint de t[uatrc maladies vénériennes : balano-posthite, deux blennorrhagies, chancre simple. Depuis ce dernier
accident (mais seulement depuis lors), survenu il y a dix ans environ, ce malade est sujet, tous les deux ou trois mois, à des jetées d’herpès prœputialis^ siégeant tantôt sur le fourreau de la verge, tantôt sur la muqueuse balano-préputiale. Ces plaques d’herpès se produisent plus intenses et plus fréquentes à la suite de voyages, d’excès de table, après des veilles.
Depuis cinq ou six ans, sous l’influence probable de chagrins et de contrariétés de tous genres, il est survenu un pityriasis sur toute la face antérieure des cuisses et sur le cuir chevelu, dont le système pileux commence à s’éclaircir d’une manière trèsnotable.
Après l’emploi de différents traitements dépuratifs, arsenic, etc., bains sulfureux artificiels, qui amenèrent une amélioration notable dans son affection pityriasique, mais qui ne parurent pas avoir d’influence appréciable sur les récidives de l’herpès, ce malade se décida, sur le conseil de son médecin ordinaire, à venir prendre les eaux d’Uriage.
Au moment où je le vis pour la première fois, M. G... n’avait pas eu de plaques d’herpès depuis un mois environ ; la peau des membres inférieurs, et spécialement de la partie antérieure des cuisses, était sèche, rugueuse, recouverte de squames légères comme on en voit dans le pityriasis. — On
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pouvait constater les mômes altérations sur le cuir chevelu, les cheveux étant déjà en grande partie tombés.
Je crus devoir lui conseiller le traitement suivant : Bains tièdes d’eau minérale tous les deux jours. Deux fois, chaque semaine, cinq ou six verres de la môme eau ; les autres jours, deux demi-verres seulement; enfin, bains locaux fréquents et lotions souvent renouvelées d’eau minérale.
En dehors des résultats favorables obtenus par l’emploi des eaux d’Uriage, ce fait tend à prouver le pouvoir herpétigène supérieur de la chancrelle, car seule elle produisit l’herpès, que, précédemment, deux ou trois accidents vénériens avaient été impuissants à déterminer.
Reste à expliquér pourquoi le chancre infectant est, de tous les accidents primitifs, celui qui est le plus rarement suivi de notre herpès récidivant.
Quelle raison peut-on donner de cette immunité, compensation bien légère, sans doute, à côté de l’intoxication profonde de l’organisme, qui est la conséquence du chancre huntérien ?
Cette immunité paraît exclusivement due à l’absence des phénomènes inflammatoii’es, le chancre induré, infectant se présentant souvent sous forme
d’une simple érosion ; et, dans tous les cas, c’est de tontes les ulcérations celle qui est, localement parlant, la plus bénigne.
Obs. 7. — M. X..., jeune homme de vingt ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin, contracte un chancre induré suivi d’une syphilis constitutionnelle, mais sans qu’il se produise une seule fois de l’herpès præputialis. Quatre ans après, il a une blennorrhagie des plus intenses, qui dure trois à quatre mois, et, peu de temps après sa guérison, il survient des herpès sur le gland, qui ont récidivé pendant trois ou quatre ans et dont la guérison n’a été définitive qu'après deux saisons aux eaux d’Uriage. Chez ce malade, je constatai en môme temps du pityriasis capitis, mais je ne retrouvai pas chez lui ni dans ses ascendants d’autres témoignages de la diathèse dar~ -treuse. Son grand-père seul avait la goutte à un degré très-prononcé.
Une autre cause, toute spéciale, ajoute encore, lorsqu’on la fait intervenir, à la propriété herpétigène trèsr-prononcée, supérieure, que possèdent les chancrelles ; c’est leur abortion ou leur cure trop rapide.
Voilà comment, au congrès de Bordeaux, M. Diday a résumé avec un laconisme dont la circonstance
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lui faisait un devoir, scs idées (développées, un an auparavant, à la Société de médecine de Lyon) sur cette cause, selon lui l’une des principales, de production de riierpès récidivant :
« Rappelons-nous les lois de l’éclosion des végé- » taux. Si plusieurs graines sont semées les unes à » côté des autres, celle qu’on laisse se développer » épuise à son profit et au préjudice des autres la » propriété nutritive du terrain. Au contraire, l’ar- » rôte-t-on dans son cours? Alors, en périssant, » elle permet un certain développement aux autres » graines, qui sans cela auraient avorté.
» Eh bien! pour moi, les poussées d’herpès ne » sont autre chose que l’éclosion imparfaite, ébau- » chée, des graines de chancrelle, qui, déposées lors » du coït, auraient été complètement étouffées par » la végétation de rime d’elles si l’on avait laissé » celte végétation suivre son cours sans entraves. » — Parmi beaucoup de faits dont les circonstances paraissent confirmer la justesse de cette explication, je relate le suivant :
Ors. 8. — En juin I86/1, j’ai reçu la visite d’un employé de commerce qui, depuis trois ans environ, voit, trois ou quatre fois chaque année, apparaître de petites éruptions sur le gland ou le prépuce. Il ne se rappelle pas avoir jamais eu d’autres érup-
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lions, si ce n’est quelques démangeaisons à l’anus. — Rien, dit-il, dans sa famille. — La première apparition de riierpès est survenue quelques semaines après la guérison d’une chancrelle qui avait été cautérisée, avec la pâte de Canquoin, par un médecin de Lyon, et depuis lors les récidives se sont produites à des intervalles plus ou moins réguliers.
Le traitement thermal a donné ici les résultats les plus satisfaisants, car à part une poussée qu’il a eue deux mois environ après les eaux, ce malade, qui est encore revenu cette année à Uriage, n’a pas constaté d’autres réapparitions de son herpès.
Deux faits cliniques que je vais rapporter me paraissent de nature à prouver que cet herpès, comme il vient d’être dit, peut être favorisé dans son développement par l’éclosion de germes de chancrelles avortés.
D’abord, l’éruption dans ses retours successifs occupe presque toujours invariablement le même siège, une zone de 2 ou 3 centimètres carrés autour de la cicatrice de la chancrelle, siège qu’elle s’est pour ainsi dire choisi; et c’est dans cette sphère limitée que .se produisent les éruptions avec une prédilection bien digne de remanjue.
En second lieu, bien que l’éruption soit ordinaire-
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nient très-légère quant à l’étendue, à la profondeur et à la durée de l’altération anatomique i[ui la constitue, les choses ne se passent constamment d’une manière aussi simple. On a vu, en effet, des cas où de véritables ulcères larges etpersistant plus de quinze à vingt jours, se développent chez des sujets atteints d’herpès récidivant, sujets qui ne peuvent se rappeler absolument aucun rapport contagionnant, soit volontaire, soit accidentel, capable d’avoir été la cause de ces ulcères. Je citerai l’un des plus remarquables qui se soient présentés à mon observation.
Ors. 9. — M. X. avait eu une chancrelle que je détruisis le cinquième jour parla pâte de Canquoin. Dc))uis lors et pendant trois ans, il a eu des retours, tous les deux ou trois mois, d’une maladie que je ne pourrais appeler du nom d’herpès, sans sacrifier aux conventions syphiligraphiques toutes les exigences de la nomenclature des dermatoses. C’étaient en effet de véritables ulcères, se manifestant toujours au même endroit, et se cicatrisant d’eux-mêmes après avoir duré plus de trois semaines. Ils avaient l’aspect physique d’une chancrelle, moins cependant le décollement des bords. J’inoculai une fois le pus d’un de ces ulcères à la cuisse du malade, le résultat fut négatif. Je dois ajouter que ce malade, veuf et trèspréoccupé de sou état, ne voyait pas de femmes.
Un autre fait non moins significatif sous ce rapport, et qui démontre en môme temps la non-contagiosité de l’herpès, est le suivant :
Obs. 10. — Au mois d’août 18G3, je vois un monsieur de quarante-cinq ans, éprouvé anciennement par toutes sortes d’accidents simples et infectants, et qui est marié depuis huit ans. Il a depuis quatre à cinq ans, tous les mois, des boutons que, dans une nomenclature inspirée par son observation, il divise en chancres volants et en boutons â! échauffement : les premiers durent de quinze jours à trois semaines, les autres de cinq à six jours. Il a souvent fait cautériser les premiers par prudence. Ils viennent les uns et les autres après coït ou sans coït étranger; mais quoiqu’il ait souvent vu sa femme, en ayant des uns ou des autres, il ne lui a jamais rien donné.
Nous allons voir dans le fait suivant l’épreuve et la contre-épreuve se succédant d’une manière aussi sai- .sissante qu’on le puisse désirer.
Obs. 11. — Un malade eut en juin 1862 une chancrelle qu’il laissa guérir sans autre pansement que du vin aromatique ; elle dura six semaines. En octobre de la même année il en eut une au même endroit, sur le repli du gland, et qu’il traita immédiatement par des attouchements avec une forte solution
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do nitrate d’argent; celle-ci ne dura qii’unc vingtaine de jours. Ce n’est que peu de temps après la cicatrisation de cette dernière cbancrelle qu’il vit apparaître des éruptions d’herpès qui se succédèrent de mois en mois autour du siège de la chancrelle, éruptions dont la dernière a été constatée par moi et présentait tous les caractères du véritable herpès jwœputialis.
Un fait tout opposé prouve dans le môme sens. S’il est vrai que, en réprimant une chancrelle, en en abrégeant artificiellement la durée, on la rende cause d’herpès ultérieur, cette cause, bien entendu, cessera d’exister si au contraire la chancrelle a suivi son libre cours. Allons plus loin dans cet ordre de déductions : on peut dire que les chances de voir l’herpès se développer sont en raison inverse de la durée de la chancrelle. Eh bien ! l’observation confirme ces prévisions, car je n’ai jamais vu, je n’ai jamais ouï parler d’herpès succédant au chancre phagédénique. Ici la nature s’est pleinement satisfaite sur place; et en conséquence, elle ne montre plus par aucun signe qu’elle sente le besoin de décharges ultérieures.
Le nisus formativus de notre herpès peut sembler difficile à comprendre, en raison des deux éléments qui y ont chacun un rôle distinct, pour des esprits peu versés dans l’étude des lois pathologiques. Ce mécanisme étiologique n’a cependant rien qui répugne.
TIES PARTIES GÉNITALES
L’observation nous le montre à chaque instant en action dans la genèse des maladies dyscrasiques; et sans quitter le domaine de la spécialité, nous pouvons en citer deux exemples.
Les plaques opalines qui récidivent dans la bouche des fumeurs syphiliticjues , cette peu dangereuse mais si tenace incommodité, dont l’histoire est à peine éhauchée, dont le spécifique est encore à découvrir, constitue, sous le rapport étiologique, le parfait analogue de notre herpès. Qu’un individu soit syphilitique ; que, étant ainsi prédisposé, la fumée du tabac vienne à exercer sur sa muqueuse buccale une action irritante habituelle, et les plaques opalines se manifesteront, s’établiront là sous cette double influence, diathésique et irritative^ comme l’herpès génital sous l’influence dartreuse^ puis fluxionnaire locale.
11 en est de même d’une autre maladie, mieux connue, dont l’étude nosologique est toute d’actualité. Je veux parler du rhumMisme blennorrhagique. Quelque obscurité qui plane encore sur la cause de cette singulière complication, les praticiens du moins s’accordent sur un point : c’est que, dans un nombre donné de blennorrJiagiens elle n’apparaît que sur quelques-uns, c’est à-dire sur ceux qui sont prédisposés. Donc, ici comme pour les plaques des fumeurs, comme ])Our notre herpès, il y a, il faut deux choses :
la prédisposition d’abord; puis la cause d’appel cpii met en jeucette prédisposition pourdétcrminerlacongestion locale. Seulement, dans l’arthrite blennorrhagique, la blennorrhagie uréthrale n’appellepas les jetées tluxionnaires sur Turèthre, mais sur les tissus organiques avec lesquels ce canal est en correspondance physiologique, sur les séreuses articulaire, cardiaque, oculaire.
En résumé: 1° une cause individuelle préexistante, prédisposante, la dartre; 2“ une cause accidentelle occasionnelle, la congestion locale déterminée par une lésion vénérienne quelconque ; voilà le mécanisme de la formation de l’herpès génital récidivant. Simple explication qui nous enseigne à la fois pourquoi notre herpès n’apparaît que chez les vénériens et pourquoi il n’apparaît que chez quelques vénériens, les vénériens nés dartre ux.
DES PAUTIES GÉNITALES.