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HISTORIQUE

QiTest-ce donc que l’herpes preputialis ? Problème fort peu étudié jusqu’à ce jour, et qui mérite cependant toute notre attention, en raison soit des sérieuses et vives inquiétudes que sa présence jette dans l’esprit de beaucoup de malades, soit du silence non moins inexplicable gardé sur ce sujet par tous les écrivains médicaux, môme spécialistes.

Du petit nombre d’auteurs qui en ont parlé, la plupart se bornent à consacrer à sa description une mention sommaire. Quant à son point de départ, ils attribuent cette éruption à diverses causes.

Pearson pense que cette affection peut être occasionnée par j’usage des préparations mercurielles. (Or, justement on ne commence à l’observer un peu - fréquente que depuis l'époque où il n’est plus d’usage d’administrer du mercure contre celle des maladies vénériennes à la suite de laquelle on la voit le plus ordinairement apparaître, c’est-à-dire la chancrelle.)

Copeland assure qu’elle est quelquefois sympto-

matique d’une phlegmasie ou d’un rétrécissement du canal de l’urèthre. — Autre étiologie imaginaire.

Évans et Plumbe affirment, au contraire, que le plus souvent son existence est liée à une affection des organes digestifs. — H y a bien là quelque vérité; mais l’influence de ce trouble, influence que nous avons constatée plusieurs fois nous-môme, contribue plutôt à entretenir l’herpès qu’à le faire naître.

Selon Rayer, l’excitation continuelle des organes de la génération, le 'contact des fluides sécrétés par le vagin ou l’utérus atteints d’inflammation chronique sont, de toutes les causes assignées à cette maladie, celles dont l’influence lui paraît la mieux démontrée. — Ce que dit là Rayer est vrai, si l’on veut le faire servir à expliquer la cause occasionnelle de chaque poussée de l’herpès; mais il n’en est plus ainsi, comme nous le démontrerons dans un instant, s’il s’agit de la cause intime de l’herpès récidivant.

Rayer dit également avoir vu cette affection se produire plusieurs fois sur un même individu; mais il se borne à cette seule remarque ; encore la mention spéciale qu’il en fait semblerait - elle prouver que, aux yeux de notre illustre confrère, ce trait, — qui est le caractère pathognomonique

ÛO DE l’hehpès Récidivant

de riierpès, — était une rareté cligne de toute son attention.

Dans \‘à lieniœ ))iédicale àii ]\\m 1830, page /i55, le docteur Bartels écrit que les rétrécissements calculeux de l’iirèthre, chez l’homme, sont une des causes de l’herpès prcputialis. « Parfois, dit-il, la membrane B interne de l’ urèthre est resserrée et plissée autour » du rétrécissement, ou bien elle a acqins plus » d’ampleur au devant ou en arrière, ou enfin toute » la région est un peu enflammée, ce qui donne fré- » quemment lieu à des excoriations et exanthèmes » au gland ou à la peau, quelquefois à l’herpès pre- » putialis de Bateman, et souvent aussi à une sécré- » tion abondante de liqueur prostatique, qui s’observe » parfois dans l’urine sous la forme de petits fila- » ments ronds. » — A moins d’une coïncidence dartreuse, purement accidentelle, il ne peut s’agir ici que de cet état de macération de la membrane muqueuse du gland et du prépuce par l’uriné, étal qui, chez les vieillards surtout, simule d’autant plus une maladie que, sa cause agissant incessamment, il devient permanent.

Un des savants syphiligraphes de Lyon, M. Diday, dans un travail publié dans la Gazette médicale de Paris^ aimée 18/|6, page 303 {Mém.oirc sa?' /m état

inflammatoire simple, etc.), a le premier appelé l’attention des praticiens sur les fluxions intermittentes qui se développent sur le tégument des orifices muqueux, tà la suite des accidents vénériens primitits , tluxions qu’il distingue avec soin des lésions de syphilis constitutionnelle, avec lesquelles presque tous les malades et beaucoup de médecins les confondent.

Selon MM. Cazenave et Schedel (1), l’herpès preputialis est une variété de l’herpès phlycténodes, dont il ne diffère que par son siège. Les causes de cette affection, qui ne s’observent, disent ces auteurs, que chez l’adulte, sont : « le frottement des vêtements » de laine, certains écoulements chroniques dn vagin, » l’action de cette matière qui est si abondamment » sécrétée entre le prépuce et le gland, lorsqu’on la -) laisse s’y amasser, peuvent déterminer le développe- » ment de cette éruption, qui le plus souvent apparaît » sans cause appréciable. Les rétrécissements de » l’urèthre, qui peuvent exister en même temps, sont » des accidents avec lesquels l’herpès ne paraît avoir » d’autres rapports que la présence simultanée. » Un traitement émollient est toujours suffisant pour faire disparaître cette légère affection. Cependant, dans quelques circonstances, ajoutent-ils, l’herpès pre-

(1) Abrégé pratique des maladies de la peaur iS28, p. 99.

DE l’herpès Récidivant

putialis devenu chronique résiste aux moyens les plus énergiques. M. Biett en a vu plusieurs exemples.

On ne peut pas dire que MM. Cazenave et Schedel aient mal décrit l’herpès récidivant; il serait plus vrai de dire que ce n’est pas lui qu’ils ont décrit. Tout, dans la courte Indication qui précède, se rapporte à la balanite commune, et rien au véritable herpès récidivant. Il est surtout assez curieux de voir le contact de la flanelle, cause constante, inhérente s’il en fût, être accusé de produire une maladie essentiellement intermittente, et de la produire, — notons-le, — sur une région où ce contact ne peut pas s’exercer, sur la région balano-préputiale, région qui est plus particulièrement exposée à devenir le siège des herpès chez les sujets qui l’ont habituellement recouverte, non par de la flanelle, mais par le prépuce.

M. Dcvergie (1) décrit l’herpès preputialis comme une variété de l’herpès à grosses vésicules.

« Voici, dit-il, une maladie fort légère, et qui doit » cependant fixer toute l’attention du médecin au » point de vue du diagnostic et du traitement. Cette » affection se montre très-souvent chez des personnes » qui ont été atteintes d’accidents primitifs ou secon-

(1) Devergie, Traité pratique des maladies de la peau. 185A, p. 292.

» daires de la syphilis, et par conséquent chez des » malades qui sont encore sous la préoccupation de » la vérole. Or, cet antécédent et la persistance du » mal peuvent bien souvent être pour quelque chose » dans le diagnostic que le médecin porte de cette » maladie; de sorte que malade et médecin qui ne » connaissent pas l’herpès preputialis sont tous deux » conduits à l’erreur du diagnostic, et, ce qu’il y a » de plus fâcheux, ce dernier est amené à l’erreur » thérapeutique

»... L’éruption met sept à huit jours à se guérir ; » mais durant cette période de temps, ou quelquefois » huit jours, quinze jours, trois semaines après, une » nouvelle éruption d’herpès se développe, et ainsi » de suite pendant des mois entiers... »

C’est alors que se soulève la question de cause syphilitique. On se demande si le traitement mercuriel a été suffisant, et bon nombre de personnes se traitent à nouveau, soit spontanément, .soit avec le concours de leur médecin. C’est que ces éruptions ne sont garanties de récidive qu’à la condition que, durant six semaines à deux mois, le malade tiendra sa verge enveloppée d’un petit linge, qui évite ainsi tout frottement susceptible de réveiller la sensibilité qu’à sa suite et après sa guérison laisse la préputiale....

Evidemment, M. Devergie a vu le véritable herpès génital récidivant; mais, évidemment aussi, il ne l’a pas regardiî d assez près. D’abord, il n’en admet rexistencc que chez des sujets « qui ont été atteints d’accidents primitifs ou secondaires de la syphilis » . Or, nous savons qu’il est beaucoup plus commun à la suite de sinqdes chancrelles. Cette première erreur a conduit M. Devergie à s’exagérer les difficultés du diagnostic entre l’herpès et la syphilis. Ces difficultés sont réelles, il est vrai, sont parfois insurmontables [)Our l’esprit prévenu du malade ignorant et terrorisé. Mais pour le médecin, elles n’ont rien de sérieux ; et d’ailleurs il a d’autant moins à s’en préoccuper que, comme nous venons de le dire, la syphilis et l’herpès ne coexistent presque jamais.

Nous dirons, dans le chapitre relatif à la thérapeut}(fue^ ce qu’il faut penser du petit procédé topique dontM. Devergie préconise tellement l’efficacité qu’il fait presque de l’infaillibilité de son succès un élément de diagnostic.

Gibert (1), après avoir décrit la marche de l’herpès prcputialis, se borne à dire que la malpropreté, des causes irritantes locales, le séjour de l’ urine

(1) Gibert, Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis. 3» édit., 1860, t. I, p. 217.

causé par un rétrécissement, de l’urètlire, elc., peuvent favoriser le développement de cette affection, ({ui guérit d’elle-môme lorsqu’elle n’est point exaspérée par un traitement intempestif.

11 nous est tacile d’épargner la critique à cette appréciation succincte, qui, incontestablement, dans la pensée de M, Gibert, était relative n une affection toute autre que celle dont nous nous occupons ici.

M. Bazin (1) range l’herpès preputialis dans la classe des artbritides pseudo-exanthématiques vésiculeuses. Pour notre habile confrère, il ne forme qu’une variété du genre herpès^ et ne présente de remarquable que le siège et le groupement de l’élément éruptif. Après avoir établi le diagnostic différentiel de l’herpès preputialis d’avec le chancre et la plaque muqueuse, le savant médecin de l’hôpital Saint-Louis se demande à quels caractères on pourra reconnaître la nature arthritique de l’herpès.

« On soupçonnera, dit-il, l’origine arthritique de » cette affection si elle survient périodiquement, si » elle est causée par les variations de température ; « si elle se montre sur les parties découvertes ou les » parties .sexuelles; si les vésicules ont un volume

(1) Bazin, Leçms théoriques et cliniques sur les alfcclions cutanées, etc. 1860, p, 117 et suiv.

DE l’herpès Récidivant

» inégal, ou si les unes renferment du pus et les autres » simplement un fluide séreux ; enfin si les groupes » vésiculeux sont accompagnés de picotements ou » d’élancements plus ou moins vifs. 11 n’est pas néces- » saire de dire qu’on devra chercher encore des indica- » lions dans l’examen des antécédents du malade. »

En écrivant une telle étiologie de l’herpès, iM. Bazin n’avait sans doute nullement la pensée d’y rattacher les causes de production de l’herpès récidivant des parties génitales. Ces données étiologiques cadrent assurément à merveille avec la nosographie des autres variétés du genre herpès, mais elles ne sauraient nullement se rapporter à l’affection que nous étudions. H en est évidemment de môme des variations de température, qui n’exercent pas la moindre intluence pour favoriser le retour de notre herpès. D’autre part, au point de vue analogique, on ne le voit point coïncider habituellement avec les autres manifestations de l’arthritis. Jamais, par exemple, il ne figure parmi les effets de cette disposition particulière, si souvent observée par les spécialistes, qu’ils ont appelée rhumatisme blennorrhagique.

!\1. Hardy (1) est le premier et le seul (pii donne à

(1) Hardy, Leçons sur les afj'eclious cutanées darireuses, etc. 1862,

DES PARTIES GÉNITALES. kl

cette affection son véritable caractère : « La maladie » qu’on a improprement appelée herpès preputialis, » dit-il, n’est autre chose qu’une variété de l’ec- » zéma aigu; elle dénote d’ailleurs, chez le sujet » atteint, ainsi que j’ai eu mainte occasion de m’eu » convaincre, l’existence de la diathèse dartreuse, » qui ne tardera point à se révéler plus clairement » par des manifestations plus graves et plus nettes, » dont on ne saurait cette fois mettre en doute la » nature. »

Mais, néanmoins, est-ce réellement le même être pathologique que M. Hardy et moi avons en vue ? Le doute, sur ce point, est bien permis. En effet, l’herpès, tel que nous le décrivons, a un caractère graphique essentiel ; il est toujours constitué par un groupe de quatre ou cinq vésicules distinctes, ne se réunissant point par leurs aréoles, restant parfaitement reconnaissables pendant toute leur durée. Si -M. Hardy mentionne une forme semblable à X eczéma^ forme dans laquelle d’imperceptibles et innombrables vésicules agglomérées se transforment promptement en une surface érodée sécrétante, c’est que ce n’est point notre véritable herpès récidivant.

Autre différence : Les démangeaisons de l’eczéma sont très-incommodes, persistent pendant toute sa durée; celles de l’herpès ne sont réellement sensibles

DK l’herpès récidivant

qu’à la période de début. Enfin, l’eczéma persévère au moins deux ou trois septénaires; l’herpès, ou du moins chacune de ses éruptions, ne dure que cinq à six jours.

En conséquence, il est permis de se demander si la maladie qu’un dermatograplie aussi expert que M. Hardy a décrite sous le nom à' eczéma est bien réellement l’herpès récidivant.

Dans tous les cas, au lieu d’ôtre, comme semble l’indiquer M. Hardy, une première manifestation dartreuse suivie ultérieurement d’autres manifestations plus graves et plus nettes, X herpès génital récidivant a ordinairement été précédé de quelques jetées dartreuses bien distinctes sur d’autres points de l’économie. Et, loin qu’il soit lui-même un indice révélateur de la diathèse, qui se traduira par d’autres éruptions sur tel ou tel point éloigné de la sphère génitale, ce sont, au contraire, ces éruptions-là, ayant paru antérieurement sur d’autres régions, qui éclairent le praticien sur la nature psorique de l’herpès génital.

Le professeur Hébra s’exprime ainsi au sujet de l’herpès, herpes ])rogenitalis, præputialis ou psmidosyphilitiiiue (l) :

(1) Maladies de la peau du professeur Hébra. Erlangen, 1860, p. 251, traduites par le docteur A. Doyon, traduction qui doit paraître procliainement.

« Le plus souvent au prépuce, assez fréquemment » aussi au dos de la verge et au gland, non moins souvent aux organes génitaux de la femme, aux » grandes lèvres et au mont de Vénus, par exemple,

» apparaissent des vésicules agglomérées, groupées,

» à contenu clair comme de l’eau, la plupart du » temps en petite quantité (souvent il ne se déve- » loppe qu’un groupe). Ces vésicules se produisent D subitement, précédées ou non, accompagnées » ou non d’impressions désagréables (douleur, brû- » lure); elles ne durent que quelques jours (si, en » se grattant ou en se frottant, le malade ne les » déchire pas), et, après la dessiccation de leur con- » tenu, elles se changent en croûtes minces, après » la chute desquelles on aperçoit la peau saine » ou quelque peu rougie. Lorsque le malade gratte » ces croûtes, ou lorsqu’elles apparaissent à la B fece interne du prépuce, il reste une surface » excoriée, dépouillée d'épiderme ou bien recou- » verte d’un amas aplati et blanchâtre d’épiderme B macéré, qui a l’aspect d’un petit ulcère; mais B alors, dans tous les cas, après le dessèchement B de l’épiderme, ces amas se changent en croûtes B minces, et après leur chute on ne trouve point de B cicatrice.

» Bien que les caractères que nous venons d’as-

BOYON.

» signer à ces vésicules et à ces excoriations soient » tracés d’après la nature môme, il ne faut pas se » dissimuler que le diagnostic de la maladie présente » parfois, dans la pratique, des difficultés, et que, » en fait, on ne peut affirmer dans chaque cas si » l’on a affaire à un herpès simple, à une affection » syphilitique , à des excoriations ordinaires ou » enfin à des ulcères chancreux. Les difficultés du » diagnostic ont conduit les syphiligraphes Hunter » et Ricord à établir l’inoculation comme base du » diagnostic.

» S’il était facile de différencier dans tous les cas » un chancre, un ulcère syphilitique d’un herpès ou » d’un ulcère non syphilitique, les auteurs que je » viens de citer n’auraient eu aucune raison d’établir » la réussite de l’inoculation et la production d’une » pustule comme condition sine qua non du dia- » gnostic du chancre. Mais je dois attirer l’attention » sur cette particularité, car l’expérience nous a » appris à différentes reprises que, sur ce point, l’er- » reur avait été commise ex qwofesso par les syphi- » ligraphes eux-mêmes. La voie la plus sûre pour se » garder de l’erreur est sans doute l’inoculation ; » toutefois, on peut arriver au but dans le même es- » pace de temps, et sans elle, si l’on a pour principe » de suspendre le diagnostic jusqu’à ce qu’une ob-

» servation attentive de la marche de la maladie ait » démontré que plusieurs phénomènes pathologiques » ont disparu sans laisser ni cicatrices, ni indurations,

» — dans ce cas on a affaire tà un herpès, — ou que » la cicatrisation exige un temps long, que l’exco- » riatiou ou petit ulcère conserve pendant longtemps » un mauvais aspect, ou qu’après la cicatrisation il » reste une base indurée; c’est par tous ces carac- » tères que se trouve caractérisée l’affection syphi- » litique.

» Quant aux récidives, il faut mentionner qu’elles » se comportent pour l’herpès progenitalis comme » pour l’herpès labialis ou facialis; que particulière- » ment il est des individus chez lesquels ce genre » d’herpès se montre quelquefois (cinq à six fois par » an) sans cause connue, et se répète ainsi plu- » sieurs années de suite avant de disparaître pour » jamais. »

Quant au traitement, comme quant au diagnostic, Ilébra ne conseille pas, pour cette variété d’herpès, d’autre règle de conduite que l’expectation.

Plus la description qu’Hébra fait de l’herpès est saisissante, lumineuse, plus son tableau nous rappelle les toiles vivantes d’Arétée, et plus aussi nous sommes surpris d’avoir cà y signaler l’omission, sur plus d’un point important, des données ainsi que des

52 DE l’herpès récidivant

exigences de la clinique. Il nous sera facile de le prouver.

Ce n’est pas, en effet, au bout de quelques jours, après les phases plus ou moins douteuses d’une évolution plus ou moins lente qu’on a besotn d’un diagnostic précis. C’est au moment môme de la consultation que le client le réclame ; et, à ce moment-là, nous l’avons vu, le praticien est toujours en mesure de le lui fournir. Nous n’avons jamais, quant à nous, trouvé entre l’berpès et la syphilis, voire môme la chancrelle, des difficultés de différenciation aussi ardues qu’Hébra les allègue ; et il n’est presque jamais nécessaire, pour les surmonter, d’avoir recours à l’inoculation.

D’ailleurs, quoiqu’il laisse tous nos auteurs loin derrière lui pour la description de la marche d’une poussée de l’herpès, Hébra a totalement passé sous silence d’autres points non moins importants de son histoire, savoir l’exposé du cours entier de la maladie, le chapitre de l’étiologie et celui du traitement. — Nous ne saurions non plus partager son avis lorsqu’il avance que « les récidives de l’herpès » preputialis se comportent comme celles de l’herpès » labialis ou facialis. » Sans doute, l’analogie de dénomination indique que les choses devraient s,o, passer ainsi. Mais, en fait, on voit bien rarement, — à part

les cas de mentagre, — un groupe de pustules ou de vésicules s’aclmruer à reparaître, tous les deux ou trois mois, aux lèvres pendant plusieurs années, sans qu’aucune cause irritante soit venue chaque fois provoquer de nouveau cette fluxion.

DE l’herpès Récidivant

ÉTIOLOGÎE.

Quel est donc ce mal à la fois si redouté et si bénin, qui s’éteint spontanément comme la fluxion la plus simple et montre dans ses récidives l’opiniâtreté des diathèses les plus invétérées; ce mal qui, parmi les porteurs de chancrelle, de blennorrhagie, de chancre, en choisit quelques-uns et laisse les autres indemnes; ce mal qui peut se reproduire toute la vie sans jamais abandonner le siège où il a primitivement apparu?... Il est temps d’examiner toutes ces questions, qui, à la fois, commandent et dictent une réponse.

Établissons d’abord un point qui domine et éclaire le débat. A ne le juger qu’en lui-même, abstraction faite des antécédents qui se lient à lui et des craintes que ses manifestations provoquent, l’herpès, tel qu’on l’observe, tel que nous l’avons décrit, appartient à la classe des dermatoses, des dartres. Il avait déjà, sous le nom à'herpès preputialis^ sa place dans tous les traités consacrés à l’étude des maladies de la peau ; et si j’ai insisté plus qu’on ne l’avait fait jusqu’ici

sur les précédents de cette éruption, sur sa durée, sur ses récidives, sur sa gravité particulière, je ne l’ai pas, pour cela, déplacé de la classe pathologique à laquelle il appartient si légitimement, de la classe des dermatoses. Les caractères objectifs que je lui ai tracés sont ceux, et ne sont que ceux attribués par tous les dermatologues aux affections de cet ordre. En un mot, il importe de le rappeler, c’est bien du classique herpes preputialis que j’ai entendu ici traiter.

Donc, l’herpès que nous décrivons a été considéré par tous les pathologistes comme une dermatose simple. Et la clinique confirme de toute sa puissance ce témoignage univoque de la tradition. Si une observation superficielle, égarée par le préjugé, y croit voir quelque chose d’analogue à la syphilis, l’observation vraiment médicale, indépendante, dissipe sans peine cette erreur. L’éruption d’herpès n’a ni les antécédents, ni l’aspect, ni la durée, ni le type essentiellement chronique, ni la propriété contagieuse des lésions syphilitiques. Il ne coïncide que tout à fait fortuitement, que très-rarement avec elles; ~ les topiques spéciaux, qui effacent si promptement les plaques ou papules syphilitiques, le laissent, lui, suivre librement son cours ; — enfin le traitement général mercuriel ou iodé , qui met

fin à chaque récidive de la syphilis, n’entrave jamais en rien les poussées de l’herpès. (C’est là un fait dont l’ignorance de certains malades avides de mercure nous a bien souvent permis de nous assurer.)

L’herpès n’est donc pas un symptôme de syphilis. Mais ne peut-il pas, néanmoins, quoique étranger à la maladie vénérienne virulente, appartenir à la classe des autres maladies vénériennes?

On évitera de tomber dans cette erreur si l’on considère : 1° qu’il n’est pas contagieux ; 2“ qu’il a un siège d’élection, hors duquel on ne le rencontre jamais ; 8“ et surtout qu’il ne se développe pas à la suite du coït, mais bien et seulement à la suite d’une maladie vénérienne.

— « Et cependant, — dira, et assez spécieusement, quelque clinicien subtil, — est-il rationnel, pour ces seuls motifs, de refuser une place à l’herpès récidivant parmi les maladies vénériennes? Est-ce que le bubon n’est pas décrit par les auteurs spéciaux, quoiqu’il apparaisse, non après le coït, mais après la chancrelle? Êst-cc que l’épididymite ne rentre pas, elle aussi, dans le domaine des Ciillerier, des Ricord, bien qu’elle ne soit qu’une phlegmasie simple, et bien quelle ne naisse jamais qu’à la suite d’une blennorrhagie? »

Sans doute, répondrions-nous. Mais l’herpès a,

dans son histoire séméiologique, deux points par lesquels il s’éloigne encore davantage des maladies vénériennes. Dans les exemples qu’on vient de citer, le bubon (je parle du vrai bubon suppuré, cà pus inoculable) ne se lie qu’à la chancrelle, de môme que l’épididymite ne se lie qu’à la blennorrhagie. Premier point. Puis, second point, une fois l’affection principale (chancrelle, blennorrhagie) terminée, celle qui en avait été la conséquence, le bubon, l’épididymite s’éteint aussi. La complication suit le sort du principal, sans renaître jamais, à moins que le sujet ne contracte à nouveau soit une chancrelle, soit une blennorrhagie.

Avec l’herpès rien de semblable. D’abord il peut survenir, et en réalité il survient après toute espèce de maladie vénérienne ou syphilitique primitive. En second lieu, une fois établi d l’occasion d’une lésion vénérienne ou syphilitique, il s’enracine, vit de sa vie propre, et continue à subsister sous sa forme particulière, c’est-à-dire à récidiver, quoique la lésion à la suite de laquelle il s’est montré soit finie depuis des mois et même depuis des années.

Nous touchons, ce me semble, à force d’éliminations, à la .solution que nous poursuivons en ce moment. Déjà il est acquis que les diverses maladies vénériennes ne sont, pour l’herpès, qu’une occasion

DE l’herpès récidivant

do se développer; qu’elles agissent en ce sens comme elles font, par exemple, chez d’autres sujets, pour donner lieu aux végétations, à la balanite, à l’intertrigo, à la leucorrhée...

Mais si la maladie vénérienne ne joue ici que le rôle de cause occasionnelle, quelle est donc la cause déterminante? Quel est l’état individuel en l’absence duquel l’éclosion de l’herpès récidivant n’aurait point lieu?

Cette cause, il ne faut ni ingéniosité d’esprit pour la découvrir, ni longs efforts d’observation pour la démontrer. Et si elle a échappé jusqu’ici à l’attention des cliniciens, c’est qu’aucun d’eux n’y avait encore sérieusement songé.

11 suffit, en effet, d’interroger, môme du bout des lèvres, souvent de laisser parler, — et comment leur imposer silence? — les malheureux sujets atteints d’herpès pour constater la présence chez eux de la diathèse dartreuse. Tous, bien entendu, nient d’abord que leurs parents en aient eu le moindre vestige. — « Oh ! monsieur, dans ma famille, nous sommes d’un sang pur ! » — Telle est leur invariable réponse à toute question indiscrète sur l’état cutané de leurs auteurs. Et ce n’est que lorsqu’on leur a fait avouer, qu’on leur a révélé qu’ils portent eux-mêmes un eczéma à l’anus, aux bourses, à l’aisselle, un lichen

dans la région sternale, des fnrfnrs épars entre les cheveux, qu’ils conviennent que lenr père pourrait bien, sans qu’ils s’en fussent, eux, doutés, avoir porté l’une de ces lésions, lésion qu’on sait si bien cacher à tout le monde que, parfois, on se la cache à soi-même.

Mais si la recherche de l’hérédité est quelquefois obscure, celle d’un herpétisme existant ou ayant existé chez le sujet lui-même donne, an contraire, un résultat à peu près constant. Ainsi ;

A. Dans quelques cas, les symptômes cutanés ont existé jadis, anciennement ; puis ils s’étaient éteints avant que l’herpès ne parût. Mais la prédisposition diathésique n’en est pas pour cela moins avérée ; seulement, il faut au médecin beaucoup de patience, de ténacité interrogeante, pour arriver, sur ce point, à la vérité. D’emblée, le client répond invariablement parla négative ; ce n’est qn’après qu’il a été retourné, examiné, pressé, tourmenté, mis à la question plutôt que soumis aux questions, qu’il finit par avouer une dartre, par dire où cela le démange.

Ihî voici un frappant exemple, littéralement transcrit de la conversation du malade et communiqué par M. Diday :

Ous. 5. — Un monsieur de trcnte-cin([ ans, négociant, a eu, au commencement d’octobre 186fi,

DE e’hERPÈS nÉCIDIVANï

un chancre qu’on lui a traité, à Besançon, par la cautérisation, faite d’abord avec le crayon, puis avec la solution de nitrate d’argent. L’ulcère dura près d’un mois.

A la fin de décembre, il y a une petite éruption insignifiante vers le filet, qui passe en quelques jours.

> Le *27 février 1867, il vient me consulter pour deux plaques, l’une au limbe, l’autre au fourreau, })laques excoriées, croûteuses, qui datent de cinq jours, et qu’il a mises dans cet état en les touchant à plusieurs reprises avec l’alcool camphré.

Mais il sait très-bien me dire que, au début, il avait aperçu un groupe de petits boutons, contenant une eau claire.

C’était donc une deuxième poussée d’herpès type. Voulant vérifier l’étiologie, je demande à mon client :

« Et... n’avez-vous jamais eu de démangeaisons?

— Non, monsieur, jamais.

— Voyons! rappelez-vous bien... à l’anus!

— Ab ! si fait, docteur, vous m’y faites penser Depuis cinq ou six ans, j’ai au fondement, et même aux bourses, une démangeaison rpii est parfois intolérable !... »

,1’y découvris, en effet, les marques, actuellement à l’état de vestiges, mais indubitables, d’un eczéma chronique de l’anus.

DES PARTIES GÉNITALES. * Cl

Vous l’entendez, voilà un homme raisonnable qui, lorsque je l’y fait penser, accuse une démangeaison mmpportable, existant depuis cinq ou six ans^ et qui, à ma première question : « Avez-vous des démangeaisons? » n’en avait pas moins répondu nettement ; « Non, monsieur, jamais ! »

B. Le plus souvent, au contraire, on peut, hic et ?mnc^ au moment même de l’examen, vérifier l’existence de symptômes irrécusables de l’alfection dartreuse; l’eczéma, le lichen, le pytiriasis sont les plus ordinaires. Parfois les coïncidences habituelles sur le tégument interne se laissent aussi constater, telles que l’angine spéciale, les aphthes, le coryza; des croûtes à l’entrée des narines, l’eczéma podicis, une conjonctivite tarsienne, forment l’intermédiaire entre les deux domaines, interne et externe, de la diathèse. En voici un instructif exemple :

M. Pi..., avocat, a, tous les deux ou trois mois, des herpès préputiaux survenus à la suite de chancrelles qui ont été cautérisées abortivement par M. Diday. Ce malade est également sujet, depuis son enfance, à des jetées eczémateuses sur le cuir chevelu et les doigts, mais avant sa maladie vénérienne, il n’avait jamais eu de manifestations herpétiques du côté des organes génitaux. Ce malade est venu aux eaux

d’Uriage au mois de juillet 1863, et après une saison prolongée (/lO jours 'environ) pendant la([uelle il a eu une nouvelle attaque d’herpès, ce malade a été complètement guéri d’une indisposition qui persistait depuis trois ans maigri'' les médications les plus

diverses qu’il avait employées.

C. Chez certains sujets, le rapport éclate encore plus saillant, plus indéniable, entre l’herpès récidivant et la disposition constitutionnelle : car ils racontent que leur dartre a cessé, mais qu’elle n’a cessé que depuis l’invasion de l’herpès. L’identité de nature entre les deux maladies ne saurait avoir de meilleure démonstration; car évidemment l’une n’a pu ainsi remplacer l’autre, la nouvelle n’a pu se substituer à l’ancienne que si elle avait les ijualités d’un équivalent.

1). Enfin, cette détermination, comme toutes les autres, compte quelques cas embarrassants. Parfois, rarement il est vrai, on cherche vainement la dartre. Mais l’analogie éclaire l’investigateur; et, à la lumière des surabondants exemples où cette coïncidence s’accuse évidente, palpable, il arrive à comprendre, que si l’hei’pès récidivant est parfois la seule manifestation du principe dartreux, ce n’est pas là une

raison pour nier, lorsqu’il en est ainsi, l’existence de ce principe.

E. Du reste, la vérité sort parfois spontanément de la bouche des malades :

Chez un jeune sujet à qui je cherchais à faire comprendre ce mélange habituel, et difficile à bien expliquer, de contagium et d’herpétisme, qui préside à l’engendrement de l’herpès, il m’interrompit en s’écriant : « Je sais ce que c’est, c’est un mal de » famille : mon frère a eu un herpès à la môme place, » à la suite d’un chancre. »

Toutes les variétés de la dartre peuvent être causes suffisantes du développement de l’herpès. Ainsi chez un malade qui m’était adressé par M. le docteur Rollet, je constatai que depuis dix-huit à vingt ans il était sujet à l’herpès récidivant des parties génitales, dont la première poussée avait paru quelques semaines après un chancre simple. Il avait depuis longtemps un psoriasis siégeant surtout aux mains. L’herpès, il est vrai, avait beaucoup perdu de son intensité, car,

au lieu de se reproduire quatre ou cinq fois par an,

on ne le voyait plus depuis deux ou trois ans survenir qu’une fois environ chaque année.

Ici encore la cause occasionnelle est parfaitement évidente. Comme toujours, elle a été une maladie

DE L’iIERPftS RÉCIDIVANT

vénérienne ; et jamais auparavant, bien que la diathèse dartreuse fût des plus manifestes, il n’y avait eu de mouvement fluxionnaire du côté des organes génitaux.

Dans ce cas également, les eaux d’Uriage donnèrent les meilleurs résultats, l’herpès n’a plus reparu et le psoriasis même fut sensiblement amendé, du moins pour un certain temps.

Comme les autres jetées dartreuses, celles de \ herpès preputialis peuvent être provoquées par l’application de vésicatoires, de frictions à l’huile de croton, agents qui suscitent quelquefois des fluxions (surtout chez les sujets dartreux) dans des parties antres que celles où l’on a appliqué ces exutoires.

Le 23 septembre 1867, je vois un monsieur de vingt-sept ans qui, chancrelleux il y a vingt mois, avait eu ensuite trois ou quatre poussées d’herpès espacées tous les mois ou tous les deux mois (vus et traités par moi). Il était, depuis lors, resté près d’un an sans en avoir, lorsque il y a près de quatre semaines il prit une bronchite grave pour laquelle on lui mit un vésicatoire, un emplâtre de thapsia et on lui fit faire des frictions avec l’huile de croton, le tout sur la poitrine.

A la suite de cette médication, il revint un herpès assez intense, accompagné à son pourtour de balanite

avec cxulcératioii de la imiqiieuse. Je lui conseillai de ne pas guérir cette éruption qui pouvait remplir un but révulsif ulile à l’état de sa poitrine. C’était la plus forte poussée qu’il eût encore eue, et elle était venue après un intervalle d’au moins six mois, à la suite des emplâtres, qui n^avaient produit dans leur voisinage aucune éruption.

Ainsi deux éléments distincts rendent compte de l’herpès récidivant : d’un côté, une prédisposition constitutionnelle antérieure ; de l’autre, un accident local. Selon le point de vue doctrinal où l’on se place, l’un de ces éléments peut être réputé plus important que l’autre; mais leur existence simultanée à tous les deux est également nécessaire pour la production de l’herpès.

La maladie vénérienne n’agit ici qu’à titre de cause d’évolution. Elle ne détermine point une modification générale de l’organisme; elle ne fait en quelque sorte qu’établir un point d’élection pour la décharge locale d’une diathèse déjà préexistante. Ainsi que j’aime à le dire aux malades dans un langage à leur 'portée : «Le principe dartreux existait dans votre corps, et ne demandait qidà faire irruption (juelque part. Votre chancre, votre cliaudepisse l’ont décidé à paraître à présent au lieu de plus tard, à se

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