DOYON
m? l’iIERPÊS RÉCiniVAlNT
plutôt jusqu’à ce que le luédeciu soit à môme de reconnaître ces caractères; ce qui n’est pas la môme chose : car, le plus souvent, un malade qui voit apparaître, après un coït suspect, une lésion douteuse, n’a pas de plus grande hâte que d’y appuyer fortement le crayon de nitrate d’argent. Et alors, les effets de la cautérisation masquant la marche naturelle de la maladie, il en a pour huit jours tout au moins avant de savoir au juste quelle était la nature de celle-ci ; huit jours de mortelles incertitudes, de transes que, eu pareil cas, le coup d’œil du médecin le plus expert est inhabile à calmer avant que refîet de la cautérisation se soit effacé.
Il est une face plus délicate de la question, qu’on ne saurait laisser de côté, quand on a été à môme d’envisager tous les inconvénients de cette petite maladie. L’herpès n’est pas jugé seulement par le médecin et par le malade. Le conjoint de ce dernier a aussi son droit d’appréciation : et de là naissent souvent des désagréments inattendus, des conflits qui ne laissent pas d’avoir leur côté sérieux. Une femme qui, à un moment donné, se voit, contre toute habitude, négligée par son mari, en recherche la cause. Si elle la découvre, quoique ce ne soit qu’un très-innocent herpès, qu’une affection développée spontanément, peuton affirmer qu’elle ne prendra pas le change ; qu’elle
n’accusera pas son époux d’infidélité ; qu’elle ne le déclarera pas coupable, alors qu’il n’y aurait qu’à le plaindre comme récidiviste?
Or, comme, malgré toutes les assurances du médecin, le malade voit ordinairement dans son herpès un mal contagieux, il redouble de précautions à l’égard de sa femme ; et celle-ci, qu’on délaisse par prudence, n’a que plus de raisons de s’apercevoir de cet abandon et d’en incriminer le motif.
Au résumé, notre herpès n’est rien, et il est tout. Il ne soulève, en fait, qu’une parcelle de l’épiderme; et il soulève, eu droit, les questions pratiques, doctrinales, morales, les plus graves. Il est facile à un médecin de se convaincre de l’innocuité de ce bobo : mais il lui est bien autrement difficile d’en convaincre son malade. Et lorsqu’il croit, à force d’explications, y être pan'enu, il s’aperçoit trop souvent que l’effet de son discours expire sur le seuil du cabinet ; car, à l’accès suivant d’herpès, il voit ordinairement son client revenir lui faire part des mêmes craintes qu’il croyait avoir détruites sans retour. Qu’il ne se décourage pas plus que le malade, pas plus que l’herpès. Ne nous lassons pas de dire la vérité. Arrosons sans relâche, arrosons à pleines mains ce sol ingrat. Qui sait .si la sciule goutte ([ui pénètre n’est pas celle qui fei’tilisera !
DE l’herpès Récidivant