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THÉRAPEUTIQUE

Le traitement de X herpès 7'êcidivant trois

indications, d’importance inégale, mais que le praticien doit toutes avoir en vue, ainsi :

Il faut, lorsqu’une maladie vénérienne se déclare, la traiter de façon qu’elle ne soit pas accompagnée ultérieurement d’herpôs; — traitement prophylactique.

H faut rendre chaque récidive d’herpôs aussi courte, aussi simple que possible ; — traitement palliatif.

H faut empêcher, ou tout au moins retarder les récidives; — traitement curatif.

§ 1. — Traitement prophylactique.

Règle générale, plus une maladie vénérienne dure, plus il y a chances qu’elle se complique ensuite d’herpès. L’expérience le prouve, et nous avons tout à l’heure cherché à expliquer, d’après la physiologie pathologique, pourquoi il eu est ainsi.

Partant de ce fait d’ohservation, on serait donc

DES PAUTIES GÉNITALES.

conduit à abréger le plus possible le cours de ces maladies; et l’emploi de la méthode abortive serait, en vue de la production de l’herpès, le moyen prévenlit par excellence !...

3Iais l’élément durée ne joue dans cette étiologie ni le seul, ni le principal rôle. Et pour bien juger de ce qu’il y a de vrai dans la proposition précédente, il faut décomposer les éléments auxquels elle s’applique; et examiner successivement, à propos de chacun des trois accidents vénériens primitifs (chancre, blennorrhagie, chancrelle), jusqu’à quel point il est opportun d’appliquer à tel ou tel d’entre eux le traitement ahortif, en vue d’empêcher le développement de l’herpès consécutif.

Pour le chancre, d’ahord, j’entends pour le vrai chancre, le chancre syphilitique, autrement dit chancre infectant, on sait que l’abortion n’est pas possible. Il n’y a donc pas lieu de discuter si elle serait avantageuse. Mais, sans étouffer sur place le chancre avec ses conséquences, on peut bien s’arranger de manière à en abréger le cours autant que possible. Dans ce but, on ne le pansera qu’avec des médicaments simples, incapables d’y développer soit de l’irritation, soit du phagédénisme. De la charpie, soit enduite d’une pommade au calomel, soit mouillée de liqueur do Van Swieten, ou simplement de vin arornaticpie, consti-

DE l’herpès Récidivant

tue le meilleur topique. En traitant ainsi le chancre, certes, on ne peut dire qu’on l’enraye; mais du moins on ne le prolonge pas.

Quant à la blennorrhagie, comme on e.st e.\posé, si on ne l’arrôte pas dès son début, à la voir persister pendant des mois et des années, h devenir, une fois guérie, cause prédisposante de nouvelles blennorrhagies, il est toujours indiqué d’essayer, quand le malade a consulté assez tôt, de la faire avorter à sa première période. En la coupant dès son début, on peut, il est vrai, dire en principe qu’on court les risques d’une répercussion susceptible d’engendrer des herpès. Mais en la laissant continuer, on aurait à appréhender d’autres inconvénients plus positifs, et, à notre point de vue, plus sérieux. Cette inflammation fixée sur les organes génitaux, y persévérant longtemps, les rendrait le centre, le foyer d’une congestion habituelle dont la nature aurait, même après guérison, quelque peine à perdre bhabitude. Et c’est dans un tel ensemble de conditions vitales, on le sait, que l’herpès trouve les causes qui l’engendrent le plus sûrement.

Tout bien pesé, en face d’une blennorrhagie commençante, il vaut donc mieux, en vue de la prophylaxie de l’herpès, couper que laisser couler.

La chancrelle prête à des conclusions moins théo-

riques. Ici, cc ne sont plus des présomptions qu’on peut alléguer, mais des faits qui s’imposent. D’abord, il est bien certain qu’on ne commence, en médecine, à s’occuper de l’Ac/pè^ récidivant^ qu’on n’a été amené à le regarder comme une maladie avec laquelle il faut compter, que depuis que la cautérisation abortive des chancrelles a pris faveur auprès des spécialistes, depuis surtout que cette méthode a été simplifiée par l’emploi, dans ce but, de la pâte de Canquoin. (Diday, 18/i9.)

En second lieu, je puis certifier que, parrniles cas nombreux d’herpès récidivant qui ont passé sous mes yeux, une proportion très-considérable, bien positivement plus de la moitié, m’a été offerte par des malades dont lachanerelle avait été d’emblée réprimée au moyen de la cautérisation destructive.

Eh bien ! ou ce rapport de proportion implique un rapport de causalité ; ou il sera désormais interdit, en médecine, de s’appuyer sur l’analogie! Pour moi, et j’ajoute pour tous les médecins qui sont en position de voir et qui voudront y regarder d’un peu près, le fait, non plus que ses conséquences, ne saurait être l’objet d’un doute.

Voilà donc comment les choses se succèdent dans la plupart de ces cas. Dix ou douze jours après la cautérisation, une cicatrice fei'rne et solide a remplacé l’ulcère. Le malade est satisfait, le médecin

DE l’herpès Récidivant

triomphe... Mais quinze ou vingt jours se passent, le client reparaît attristé ; « Voyez donc, docteur, mon chancre est revenu ! » Et, en effet, à côté de la cicatrice, quelques vésicules ou de légères érosions apparaissent. Ce iVest point une chancrelle, c’est l’herpès qui commence ainsi, et en général par une première éruption assez mal définie, la série de ses interminables retours.

Mais, le fait étant démontré, la méthode abortive, l’abortion étant reconnue coupable de produire l’herpès, faut-il pour cela la condamner? Faut-il, en raison de ce seul grief, proscrire une médication qui empêche les chancrelles de durer, de s’étendre, de se multiplier, de produire des bubons, de devenir phagédéniques; une médication surtout qui, en abrégeant le cours de celte maladie contagieuse, met obstacle à sa transmission à d’autres individus?... La question est délicate.

Au point de vue social, pas d’hésitation possible. En cautérisant la chancrelle naissante, on tarit une source dangereuse de contagion; donc, il faut le faire toutes les lois qu’on le peut. Par conséquent, je nebalancerais pas à agir ainsi, soit sur les filles publiques etconsortes, soit sur les jeunes gens qui me paraissent plus accessibles à raiguillon des sens qu’à la voix du devoir.

DliS PARTIES GÉNITALES.

Mais, d’autre part, eu me plaçant au point de vue de l’intérêt individuel, en ne prenant en main que la cause du client qui me consulte pour une chancrelle au début, j’avoue qu’il ne m’apparaît aucune règle de conduite bien fixe. Il est certain qu’un bubon, que le phagédénisme, évités par l’abortion, sont des accidents bien autrement graves que l’innocent herpès. Mais ces accidents n’ont qu’une durée limitée, et celle de l’herpès est indéfinie. Mais, avec des soins, on peut espérer de les conjurer, tandis que l’herpès menace, sans défense possible, tous les chancrelleux dont on fait avorter l’ulcère.

En somme, si j’avais à prendre mon parti pour un malade que je connusse parfaitement, lui et sa famille, qui lût exempt d’antécédents dartreux, je pratiquerais sur lui Tabortion de la chancrelle ; dans le cas contraire, j’aimerais mieux réprimer l’ulcère peu à peu par les pansements avec des caustiques affaiblis (la solution de nitrate d’argent au trentième). Je laisserais ainsi la maladie parcourir ses périodes normales en m’opposant par ces pansements à une durée excessive ; en surveillant avec soin les déviations et les extensions du mal local; en empêchant le saignement du chancre, cause de bubon (Diday)... et le malade, une fois guéri, au bout de quatre ou cinq semaines, me saurait gré, j’en suis sûr, de l’avoir, au prix d'un

DE l’herpès Récidivant

assujettissement rFaussi peu de durée, soustrait aux anxiétés qu’engendrent, pendant une notable partie de l’existence, les incoercibles réapparitions de l’berpôs.

§ 2. — Traitement palliatif.

Chaque récidive d’berpès contribue, pour sa part, à attirer de plus en plus vers l’appareil génital l’afflux sanguin et nerveux. Fille de la fluxion, elle en devient tà son tour la mère.

Il importe donc, soit pour délivrer aussi vite que possible le malade d’un désagrément sensible quoique circonscrit, c’est-à-dire de la poussée d’herpès, soit afin de décourager l’habitude tluxionnaire, il importe de réprimer aussi promptement, aussi énergiquement qu’on le peut chaque nouvelle récidive. Appliquons avec soin cette médication palliative ; car elle ne remplit pas seulement un rôle d’utilité actuelle contre . chaque éruption, elle est un des éléments indirects mais efficaces de la médication curative.

Chaque malade a son topique de prédilection pour triompher des réapparitions de l’herpès : chacun vante le sien comme souverain, et cela avec d’autant plus de confiance que, prenant son mal pour tout autre chose que ce qu’il est, il se persuade de très-bonne foi, à chaque nouvelle poussée, avoir fait avorter, en

quelques jours, un véritable chancre!... L’eau blanche, une solution de tannin ou d’alun, l’eau étendue de vinaigre de toilette, d’alcool camphré, le vin aromatique, sont les remèdes les plus usités dans ce but. Lu des meilleurs topiques que l’on puisse employer contre l’herpès prœputialis est sans contredit l’eau d’Uriage : j’ai déjà vu de nombreux malades se louer de son action à la fois astringente et tonique.

M. F..., de Lyon, s’est guéri immédiatement d’une balanite chronique avec gerçures se compliquant parfois d’herpès et d’uréthrite herpétique de la fosse naviculaire, revenant au moindre coït, par l’application d’eau d'Uriage, qui lui a toujours donné de meilleurs résultats que les autres agents cathérétiques ou astrina;ents.

Mais faut- il se borner à la classe des simples astringents, lesquels n'abrégent que d’un quart environ la durée de la fluxion herpétique?... Je ne le pense pas. Une cautérisation légère remplit mieux notre objet ; elle le remplit plus simplement, et sans faire acheter sa supériorité par le moindre inconvénient.

C’est exclusivement au nitrate d’argent que je donne la préférence. Mais il faut l’employer avec ménagement et avec discernement. D’abord, je proscris absolument l’usage du crayon, de la pierre. Son principal désavantage est de donner lieu à une plaie qui

DE l’iIEKDÈS r.ÉClDlVANT

dure tout autant, pour le moins, qu’aurait duré l’herpès lui-mème. Je lui reproche aussi de défigurer pour plusieurs jours la lésion, au point que ni le malade, ni le médecin lui-même ne peuvent, au moment où ils y auraient le plus d’intérêt, savoir s’il s’agit bien d’un herpès ou si ce n’est pas une chancrellequi, forcément méconnue durant ce temps, échappe ainsi aux moyens abortifs.

Il faut donc recourir à une préparation dans laquelle le caustique soit convenablement affaibli : de ù à 8 décigrammes du sel lunaire sur 20 grammes d'eau ou d’axonge, selon la sensibilité des sujets et celle des régions, me semble une proportion suffisante.

Quand le mal siège sous la muqueuse, on imbibe de la solution un peu de charpie qu’on dépose à la surface malade , et que les plis naturels de la région, en revenant sur eux-mêmes, maintiennent en place.

S’agit-il au contraire d’un herpès siégeant sur le fourreau de la verge, en dehors des grandes lèvres? Le tégument externe veut être attaqué plus activement que le tissu muqueux. Il fiiut, dans ce cas, s’adresser à la pommade ; la friction fera pénétrer le remède plus profondément.

Mais, dans quelque lieu, de quelque façon, et sous quelque forme médicamenteuse qu’on procède, je recommande, par-dessus tout, de ne pas insister sur

la médication. Il serait absurde que les effets irritants du remède pussent se prolonger au delà du temps que la maladie, abandonnée à elle-même, aurait demandé* pour guérir.

En conséquence de ce principe, je ne fais jamais plus de quatre ou six applications, soit du caustique liquide sur de la charpie, soit de la pommade en frictions ; et comme je les répète à douze heures d’intervalle l’une de l’autre, mon client a toujours fini, en deux jours avec le remède, en trois avec la maladie : j’entends avec les traces visibles de la maladie ; car ses effets sensibles, le prurit, la chaleur, la cuisson, ont cessé dès la première application du caustique.

Parmi les moyens palliatifs qui ont été encore préconisés, sinon contre l’herpès prœpiitialis , du moins pour en atténuer les poussées, nous trouvons mentionné dans [Heidelberg klinische Annalen, tome V, 2® cah., page 277 ) un travail sur le lactucarium, par le docteur Rothamel, que ce médicament procure parfois du soulagement dans certaines affections de la peau, et que dans V\\QY\ib^prœputialis entre autres il a été utile pour diminuer la douleur qui existe habituellement.

§ 3. — Traitement curatif.

Il existe plusieurs ordres de moyens pour s’opposer aux reproductions de l’herpès. Ainsi :

DE l’herpès Récidivant

On peut se proposer de rendre moins sensiljle, moins impressionnable la partie du tégument sur ‘laquelle ont lieu ces reproductions.

On peut se proposer de détourner la fluxion de ce lieu en l’attirant, par des dérivatifs, sur d’autres points de rorganisme.

On peut se proposer de rendre aussi peu fréquentes, aussi peu actives que possible les causes occasionnelles qui semblent le plus intluer sur la répétition de l’herpès.

On peut se proposer de tonifier Forganisme, de le modifier dans le sens de la recomtihiüon^ afin de le rendre moins accessible à l’influence morbide dont l’herpès est une manifestation.

On peut enfin, la cause intime de l’herpès étant connue, s’attaquer directement à cette cause, chercher à la neutraliser par les spécifiques desquels elle est justifiable.

f^tudions successivement, d’après notre expérience, l’espèce, le mode d’application et surtout la valeur curative des agents qui se rattachent à ces cinq ordres d’indications.

1“ Le durcissement, la tannification de la région tégumentaire où l’herpès s’enracine, est une méthode dictée par la nature elle-même. En effet, l’herpès s’observe rarement sur le tégument externe; et.

quant à la uiiiqiiense pénienne, il se rencontre avec une tréqiience marquée sur la partie où cette membrane, adossée à elle-même, offre, à leur summum, les conditions de ténuité, de frottement, de chaleur, d'humidité qui sont le propre de cette sorte de tissus organiques, c’est-à-dire sur le reflet balano-préputial. Transformer, autant que possible, cette muqueuse en peau, est donc une idée qui vient à l’esprit de tout médecin, comme de tout malade un peu soigneux et un peu intelligent.

On en tente la réalisation par divers moyens. Le plus simple est d’interposer, à demeure, entre le gland et le prépuce, ou entre les deux côtés de la vulve, un linge de toile A demi usée, ou un peu de charpie sèche, qu’on renouvelle deux ou trois fois par jour.

Quelques individus essayent, dans ce même but, de tenir le gland constamment découvert : mais il est rare qu’ils résistent à la sensation pénible que les frottements de la chemise déterminent sur une partie qui n’est pas conformée de manière à les supporter. C’est le moyen en apparence le plus simple ; c’est en réalité celui (jui échoue le plus souvent.

Au lieu de porter la charpie sèche, on peut la mouiller d’astringents divers, solution de tannin, d’alun, de sulfate de zinc, d’acétate de plomb, vin aromatique, perchlorure do fer, alcoolé de guaco, .so-

DE l’herpès Récidivant

lutioii d’extrait de ratanliia. Tous ces topiques ont leurs partisans : leur efficacité est à peu de chose près identique.

Un autre moyen, non moins'préconisé et qui convient parfaitement aux surfaces Irès-sécrétantes, consiste à saupoudrer tous les matins la région herpétifiable d’un peu de calomel, ou de camphre, plus simplement de poudre de lycopode ou même d’amidon.

Je réalise le même but, en recommandant aux malades d’étendre une fois par jour sur le reflet, avec le bout du doigt, un peu du liniment suivant ;

Glycérine 30 grammes.

Tannin 1 gramme.

Los moyens, on le voit ne manquent pas à la méthode. Mais la méthode répond-elle à l’indication ?

Quoiqu’elle' ne soit pas absolument sans effet, et qu’on ne doive jamais se priver sans motifs du secours qu’elle prête, il faut avouer que la médication tannifiante ne remplit guère les espérances que l’on a fondées sur elle. Employée avant la première apparition de l’herpès, au moment où l’accident vénérien qui lui donne naissance ne s’est pas encore déclaré, il est assez présumable qu’elle en entraverait le développement ; car on voit encore beaucoup plus rare-

ment l’herpès chez les circoncis que chez les autres. Mais une fois l’herpès déclaré, il devient, par lui-même, un obstacle à l’action, au succès des topiques dessiccatifs. Chaque fluxion ramène la congestion, l’habitude de la sécrétion sur cette membrane d’où l’on s’efforcait de les chasser. Est-ce assez de quelques modifications imprimées à la superficie du tégument pour lutter contre une force intérieure, contre un besoin incessant et profond de décharges tel que celui que crée dans la constitution l’existence d’une diathèse? Les armes ne sont rien moins qu’égales :

aussi le résultat de la lutte ne saurait-il être douteux.

2“ La méthode dérivative ne compte pas moins de partisans que la précédente, j’entends de partisans parmi les malades. « Si nous détournions cette humeur ! » répètent-ils au médecin avec une insistance croissante, à chacune de leurs nombreuses visites. Et les mouches^ les vésicatoires, les toiles souveraines et autres; d’autre part, les purgatifs tantôt violents, tantôt salins, à doses perturbatrices ou réfractées, les sucs d’herbes, etc..., sont les agents ordinaires de cette médication. En effet, c’est sur le tégument et sur le tube intestinal que la dérivation est ordinairement pratiquée. Je n’ai pas vu l’appareil uri-

DOYOS, 7

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iiaire ou sudoripare ôtrc choisi pour cii devenir le théâtre.

J’ai essayé, prodigué iiioi-mônie ces tentatives, soit à la pressante demande des malades, soit de mon propre mouvement ; eu désespoir de cause, j’ai souvent employé les révulsifs cutanés, les purgatifs surtout, avec une énergie, une persistance incroyables. J’ai varié ces remèdes, leurs doses, leurs formes, leur temps d’application, selon toutes les combinaisons que m’inspiraient alternativement le découragement et l’espoir, que me permettaient, je ne dirai pas seulement la docilité, mais les pressantes provocations des malades.

Eh bien ! je le déclare hautement, s’il est dangereux de refuser cet essai aux clients qui le réclament, il serait compromettant d’y fonder le moindre espoir de succès. Dans cet ordre de moyens, je crois avoir tout tenté, et tout tenté sans résultat. Mais ce n’est pas le souvenir de ces échecs multii)liés qui m’inspire seul un jugement aussi sévère.

En eiîet, la plus puissante des dérivations est bien assurément celle que la nature elle-même produit sous forme d’une maladie intercurrente... Eh bien ! celle-là même partage l’impuissance de nos méthodes artificielles. Que de fois n’ai-je pas vu un malheureux herpétique cesser, pendant plusieurs mois, ses visites

dans mon cabinet. Déjà je le croyais guéri. Mais, revenant alors : « Docteur, me disait-il, j'ai eu un fort rhume, j’ai eu une courbature, un mal de gorge, une attaque de rhumatisme, des furoncles, etc..., et pendant quelque temps je me suis bien cru débarrassé de mon maudit herpès : mais je suis guéri et le voilà maintenant qui reparaît. »

Or, quand la nature échoue, nous pouvons bien nous consoler de notre impuissance : mais il faut au moins la constater, et, dans tous les cas, régler notre conduite sur la connaissance trop avérée que nous avons des lacunes de notre arsenal dérivatif.

Je ne veux pas, néanmoins, nier que l’organisme modifié ne puisse voir cesser cette tendance à la répétitmi, dont M. Baumès a si bien fait ressortir le pouvoir morbigène. Mais il faut, pour opérer de tels effets, une perturbation profonde telle que les impriment, par exemple, la variole, la fièvre typhoïde, ou tout au moins le développement de l’état hémorrhoïdaire, de la lithiase. J’ai vu, en effet, l’herpès cesser ses récidives chez deux sujets à la suite d'une variole chez l’un, et chez l’autre d’une congestion hémorrhoïdale devenue permanente.

Mais, tout en admettant la puissance dérivative de troubles organiques semblables, je refuse d’y voir un remède. D’abord, ils ne sont point à notre portée.

DE l’herpès Récidivant

Puis, alors môme que nous pourrions en user, serait-il rationnel, serait-il vraiment médical d’échanger,, pour notre client, une incommodité passagère dont son imagination alarmée sans motif fait presque toute la gravité, contre une affection aiguë, parfois mortelle, ou contre une infirmité dont les suites, les complications, compromettent parfois directement l’existence ?

3“ L’influence des causes d’évolution sur les récidives d’herpès est manifeste. C’est, le plus ordinairement, après un coït, après une nuit d’insomnie, après un excès de boissons, que la fluxion périodique reparaît. H semble donc rationnel, et en effet il est indiqué, de supprimer, tout au moins d’atténuer ou d’espacer l’action de ces diverses causes.

Mais, sous ce rapport, comme on s’adresse à la classe, à l’âge le plus réfractaire aux leçons, aux conseils de tempérance, il n’est pas inopportun de donner ici un petit avis qui, nous le croyons, pourra être profitable aux malades. Aucun des agents réputés dangereux ne l’est réellement en soi r il ne le devient que s’il est mis en œuvre sans mesure et surtout sans régularité.

En termes plus clairs, ni les alcooliques, ni les veilles, ni les rapports sexuels ne sont pernicieux.

L’excès seul, ou mieux ce qu’on nomme vulgairement les excès recèlent un péril.

Il y a plus : si par l’habitude vous vous êtes acclimaté à l’impression excitante que produit chacun de ces agents, vous pouvez désormais — dans une certaine mesure, bien entendu — les braver impU’ néinent.

C’est donc la modération et non l’abstinence qu’il faut recommander aux malades. J’insiste sur ce point, non pas pour me donner le renom d’un médecin accommodant avec les exigences de passions blâmables, mais parce qu’il y a, en fait, plus d’inconvénients, au point de vue spécial qui fait l’objet de cette étude, à être sobre ou continent avec excès qu’à user modérément de tout ce qui rentre dans le plan normal du fonctionnement physiologique. Les exemples à Tappui de cette thèse surabondent dans la pratique.

Ainsi, il n’est pas d’ouvrier, de paysan surtout qui, atteint d’herpès, ne croie bien faire en renonçant entièrement à l’usage du vin, même coupé. Il faut voir avec quel air de triomphe ils se vantent, devant vous, de ce retranchement opéré sur leurs habitudes antérieures !

Or, qu’en résulte-t-il? D’abord, pour le présent, une chloro-anémie, qui rend leur hypochondric aussi

DE l’hekpès Récidivant

tenace que profonde. Puis, pour l’avenir, au moindre oubli, au plus léger écart de régime, alors même que la quantité de vin qu’ils boivent ne dépasse point celles qu’ils consommaient précédemment à leurs repas, l’herpès reparaît. Pour une constitution déshabituée aux excitants, une cause de moitié moins intense produira le même effet. On voulait guérir par la renonciation aux excitants : on y devient plus sensible; voilà tout ce qu’on a gagné. Le bûcher est desséché; jadis il aurait fallu une torche, il suffit maintenant d’une étincelle pour l’allumer !

Autre exemple non moins frappant de l’acclimatation, exemple qui peut servir de type à des cas extrêmement nombreux :

Obs. 12. — Un négociant de Lyon, dartreux de famille, âgé de vingt-sept ans, menait à grandes guides son existence de jeune homme. 11 prit une, deux blennorrhagies, puis une chancrelle. Délivré enfin de ces accidents, il conserva un herpès.

Il avait successivement, parfois simultanément, de nombreuses relations avec ce que le demi-monde offre de plus séduisant. Pas une fleur fraîchement éclose sous l’engrais de ce potager, qu’il ne s’empressât de cueillir. Mais, à chaque nouvel amour couronné, un nouvel herpès venait, envahissant la couronne, assombrir les joies, entraver les fruits de

la victoire. 11 consultait immédiatement son médecin, taisait examiner par lui la femme, qui toujours était reconnue saine. Puis, au bout de quatre ou cinq jours, tout était terminé,.... jusqu’à une prochaine conquête.

Notre malade avait bien cru observer que tant qu’il restait, non pas continent mais fidèle^ l’herpès ne reparaissait pas. Seulement, voltigeant sans cesse, il n’avait pas eu bien souvent l’occasion de vérifier complètement la portée de cette remarque.

Cependant, tout a un terme, même la jeunesse.

Le négociant en question, ayant dépassé de quelques années la trentaine, se maria. Il fit plus, il demeura constant. Et, dès lors, sans autres médications, sans • même qu’il ait, sous d’autres rapports, réformé son existence toujours émaillée de divers extra^ de veilles, de voyages, d’insomnies, l’herpès n’a pas reparu.

Ain.si l’hygiène préventive de l’herpès est beaucoup moins sévère, moins onéreuse que ne se le figurent les malades et les médecins. Il n’est point nécessaire de se priver, et ceci expose même indirectement à des dangers, l’abstinence absolue entraînant presque immanquablement, tôt ou tard, une grave infraction ; il suffit d’user avec une certaine réserve, et surtout avec une certaine périodicité.

DE l’herpès Récidivant

Or râgc étant le réfrigérant par excellence, c’est en adoptant peu à peu un genre de vie plus tempérant, plus uniforme, que finissent par guérir beaucoup il’herpétifiues. J’ajoute, pour formuler en un conseil applicable le fruit de ces observations médicomorales, que la vie de ménage substituée k la vie de garçon est le plus efficace en même temps que le plus doux moyen d’accomplir sûrement cette utile transformation.

Ne nous abusons point toutefois sur le pouvoir de cette hygiène, môme appliquée ainsi que je viens de le dire. Elle peut bien ajourner, espacer les récidives, dans quelques cas rares les faire cesser, en supprimant l’occasion accidentelle qui préside au développement de chacune d’elles. Mais hélas ! ce fait heureux est l’exception. Le plus ordinairement on n’obtient ainsi qu’un apaisement, qu’une diminution du mal, mais non son extinction complète. Il en est de cette diathèse, d’ailleurs, comme de toutes les autres. Empêcher les jetées en évitant toute influence excitante : vous le pouvez. Mais peu k peu la force morbide s’accroît en se condensant. L’absence d’occasion de décharge ne fait qu’augmenter sa puissance d’expansion, et au premier moment elle éclate.

Aussi avons-nous fait observer, en traçant ci-dessus l’histoire empirique de l’herpès récidivant, ([ue lorsque

l’époque usuelle de sou retour périodique est arrivée, à plus forte raison quand cette époque est dépassée de quelques septénaires, la moindre cause suffit pour provoquer le retour de la fluxion. Il arrive môme souvent alors qu’elle s’opère sans que le malade le plus attentif puisse se rappeler y avoir donné lieu par le plus léger écart de régime.

4° Les organismes débilités sont particulièrement accessibles aux influences morbides. Je ne prétends point, par cette remarque banale à force d'ètre juste, insinuer que l’affaiblissement d’un sujet suffise pour créer chez lui une dyscrasie spéciale, une diathèse- Non : il faut, pour que la diathèse naisse, un germe, une cause spécifique, que les influences morbigènes vulgaires ne sauraient suppléer.

Mais il n’en est pas moins vrai que f individu, une fois au pouvoir de la diathèse, verra les manifestations de celle-ci sévir sur lui avec d’autant plus de fréquence, avec d’autant plus d’intensité, que sa constitution opsera moins de résistance, en d’autres termes, qu’il sera plus débilité.

On observe cette coïncidence de la façon la plus saisissante dans la syphilis. Comme les divers symptômes de cette diathèse suivent d’ordinaire une marche assez réglée, comme d’ailleurs le degré d’in-

DE l’herpès Récidivant

tensité de ses accidents consécutifs répond en général au degré d’intensité de l’accident primitif, on peut dès le début de la maladie prévoir quelle doit être sa gravité (à ne la considérer, en ce moment, que dans sa cause seule), et il est par conséquent aisé de faire ensuite la part de ce qui tient à l’individu infecté, d’apprécier dans quelle proportion la force ou la faiblesse, antérieures ou acquises, de sa constitution, diminuent ou augmentent l’intensité des accidents généraux.

Eh bien ! tous les syphiligraphes sont d’accord sur ce double point :

A. Que la syphilis déploie d’autant plus de rigueur, de ténacité, que le sujet qu’elle atteint était préalablement plus affaibli ; B. que chez le même sujet on voit, durant le cours de la syphilis, les manifestations constitutionnelles, qui étaient pendant plus ou moins

longtemps demeurées latentes, réapparaître justement au moment où quelque cause affaiblissante, un chagrin, des veilles, une maladie fébrile intercurrente, sont venues porter atteinte à ses forces.

La syphilis, bien entendu, ne figure dans cette argumentation que comme terme de comparaison ; car, nous le savons, il n’y a rien de moins syphilitique que l’herpès. J’ai voulu seulement montrer — par l’exemple d’une autre diathèse bien connue et très-

lacile tà suivre clans son évolution, à cause de la lenteur, des longues intermissions de sa marche, — quelle influence les variabilités de résistance de l’organisme peuvent exercer sur la fréc[uence et la gravité des poussées herpétiques.

Un mot ici sur ce qui s’observe de semblable dans le cours des affections dartre uses.

Mon observation directe a plusieurs fois confirmé ce que l’analogie suggère. Plusieurs fois, c’est en rétablissant Téquilibre dans les fonctions réparatrices, en régularisant la nutrition, en veillant à ce que le travail de recomposition s’opère normalement, qu’on réussira à guérir l’herpès récidivant.

Ods. 13. — J’en ai eu tout récemment un exemple , chez un jeune Allemand. Arrivé à Lyon depuis huit mois pour tenir un mince emploi chez T un de nos banquiers, il avait, dès les premiers jours, été atteint d’une chancrelle, puis d’herpès qui se reproduisaient presque tous les mois. Après les moyens astringents locaux employés sans succès, je remarquai que le pauvre jeune homme avait dépéri. Vivant seul, mal' nourri, tué de travail, rongé, quoi que je pusse dire, par l’appréhension de la syphilis, il avait maigri, pâli, était devenu sujet à l’essoufflement, aux palpitations, à l’insomnie. Mais plus il s’étiolait, plus fleurissaient répétées et obstinées les poussées de l’herpès.

DK l’herpès Récidivant

J’entrepris résolûment, d’abord, sa conversion morale, cl dépensai pour le tranquilliser le peu d’allemand que je possède et tout le français qu’il pouvait comprendre. Je le persuadai, non sans peine, que l’argent avec lequel il payait à son pharmacien les innombrables bouteilles d’un inutile sirop dépuratif, serait bien mieux employé en déjeuners dans un bon restaurant, arrosés de bon beaujolais coupé d’eau de Saint-Alban. Je le mis au lait d’ànesse et en rapport avec quelques-uns de ses compatriotes. Bref, régénéré, reprenant des couleurs, son ancien appétit et quelque gaieté, il vit peu à peu les récidives de

l’herpès s’éloigner Je n’ose dire quelles aient

disparu pour toujours; car je pense bien qu’une saison d’Uriage sera nécessaire pour en venir tout à fait à bout.

L’enseignement à tirer de ces cas ne se borne pas à un précepte positif : il renferme aussi une interdiction. Ceci nous apprend, en effet, que les toniques, les reconstituants, administrés, soit par le pharmacien, soit selon les règles de l’hygiène, sont un adjuvant toujours utile, quelquefois indispensable de la médication principale, que nous examinerons tout à l’heure. Mais ceci prouve, non moins clairement, que les purgatifs, les boissons délayantes, dont on gorge

DES PAUTIES GÉNITALES.

nos malheureux herpétiques ne sont pas seulement inutiles; que, en qualité d’agents spoliateurs débilitants, ils vont directement contre le but que tout médecin doit se proposer.

Il importe de formuler catégoriquement cette sentence, de la faire entendre aussi haut que l’empirisme, l’ignorance, la cupidité, répètent leurs annonces. Il faut qu’on sache que, — hors leurs indications véritables suggérées exceptionnellement par un état saburral des voies digestives, — les purgations qui, entre les mains des charlatans, constituent l’antidote banal de toutes les maladies un peu tenaces, de l’herpès en particulier, ne servent jamais à rien, peuvent souvent nuire, et concourent à entretenir la maladie plus qu’à la faire disparaître. Ce n’est pas seulement au nom des vraisemblances théoriques, c’est au nom d’une vérité pratique bien souvent rendue évidente sous mes yeux par l’interrogatoire ou par le récit spontané des malades, que j’énonce cette conclusion, partie importante quoique purement négative de la thérapeutique de l’herpès.

5’ Écartons avant tout, écartons formellement, sans restrictions ni réserves, l’indication des antisyphilitiques. 11 ne saurait être en aucun cas question d’opposer à l’herpès une semblable médication; et si

dü: l’herpès récidivant

jadis, en présence de lilennorrhées rebelles, on a cru pouvoir conseiller l’emploi des mercnriaux, nous répugnons à croire cpie les récidives fréquentes de l’herpès elles sollicitations réitérées des malades puissent aujourd’hui être aux yeux d’un praticien ([uelconque une raison suffisante pour le décider à conseiller l’emploi des spécifiques.

(Cependant le plusgrand nombre des individus affectés (ïherpespmputialis^oni profondément convaincus de l’idée que la vérole est seule capable de déterminer ces jetées qui, tous les deux ou trois mois, se reproduisent sans aucune nouvelle cause appréciable. C’est parmi les porteurs de cette pénible incommodité que se recrutent la plupart des syjihilimanes; tristes victimes qui, repoussées par les spécialistes consciencieux, deviennent les meilleurs et les plus fructueux clients de tous les prôneurs de tisanes et de sirops sans mercure, dont les annonces s’étalent sur les murs de toutes les villes, des moindres hameaux et sur la quatrième page de tous les journaux.

Or, il n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire de faire renoncer ces malheureux au traitement antivénérien. Nul raisonnement ne peut trionqiher de l’inquiétude que laisse dans leur esprit ce mal : J" qui reparaît sans cesse à deux ou ti'ois mois d’intervalle, époque habituelle des poussées successives de la sy-

philis; 2“ dont les éclosions tiennent toujours aux parties génitales, dont le mercure seul, par conséquent est, selon eux, capable de vaincre la persistance. Ou ne sait pas assez jusqu’où la persuasion qu’ils sont vraiment affectés de la vérole peut pousser ces pauvres syphiliphobes qui rencontrent si rarement dans le cabinet du médecin la pitié dont ils sont si dignes.

Ors. \[\. — M. de H., âgé de quarante ans, d’une constitution robuste, d’un tempérament lympathicosanguin, né, dit-il, de parents parfaitement sains et n’ayant jamais eu d’affections cutanées, contracte en juin 18613 des ulcérations du gland, pour lesquelles ou lui fit suivre pendant un mois un traitement par les pilules de Dupuytren.

Six semaines après la guérison de ces premiers accidents, il survint sur le prépuce une éruption parfaitement circonscrite et dans laquelle, d’après la description du malade, il serait impossible de voir autre chose qu’un, herpes prœpuiialis.

A partir de ce moment jusqu’au mois de j uillet 1 86û , c’est-cà-dire pendant un an, il est survenu régulièrement tous les deux mois des jetées herpétiformes s<3mblables en tout à la première. Et cela, malgré les précautions les plus minutieu.ses, les soins de propreté les plus exagérés et les médications les plus variées.

DE l’herpès RÉCID1VAN.T

Profondément convaincu par les retours successifs de ce mal que le traitement mercuriel du début avait été insuffisant (et cependant il est plus que probable que le malade avait eu simplement des chancrelles), il suivit, dans le courant de l’année, une nouvelle médication spécifique dont les résultats furent entièrement négatifs.

Très-affecté de son état, n’ayant pas revu de femmes depuis ce moment et croyant que le mariage lui était dans ces conditions à jamais interdit, il se décida, sur le conseil du docteur Demarquay, à se rendre aux eaux de Luchon. Après un traitement thermal de vingt- cinq jours parfaitement suivi, il obtint un premier résultat; les plaques d’herpès, au lieu de revenir tous les deux mois, ne se montrèrent plus que tous les quatre mois, et encore remarqua-t-il une diminution dans leur intensité.

L’année suivante il vint à Uriage : et, en présence des résultats déjà obtenus aux Pyrénées, je conseillai une saison prolongée. Le malade prit quarante bains, se purgea régulièrement deux fois chaque semaine et les autres jours prit de l’eau à petite dose. Vers le dix-huitième jour, il survint une éruption légère sur le gland, mais elle fut très-éphémère, et depuis cette époque, il y a de cela deux ans, la guérison ne s’est pas démentie.

Avant de se rendre aux eaux de Luchon, M. de 11. était tellement désespéré de son état, qu’il considérait comme la conséquence d’une infection générale et incurable, que, à plusieurs reprises, il avait eu des idées de suicide.

Mais c’est assez combattre l’erreur; il faut maintenant édifier après avoir démoli, il faut enfin formuler les indications de la médecine curative.

Or, l’indication fondamentale, chez les porteurs d’herpès génital récidivant, est de combattre le vice dartreux ; et je ne serai pas plus démenti par les médecins que par les malades, pas plus par le raisonnement que par l’expérience, si j’affirme que certaines eaux minérales, celles d’Uriage en particulier, constituent le moyen par excellence de remplir ce but essentiel.

Comment agissent-elles dans ce cas ?. . . En scrutant leurs propriétés comme en les voyant opérer, on reconnaît en elles plusieurs modes d’action distincts. Soit par leur pouvoir dérivatif, soit par leurs qualités reconstituantes, elles se montrent efficaces à divers degrés, utiles dans telles ou telles circonstances qu’il importe de bien analyser.

Ainsi, d’abord, prises en boisson à dose purgative, elles déterminent une révulsion salutaire qui, répétée

DÛÏON, 8

DE l’herpès récidivant

deux ou trois fois chaque semaine, augmente notablement les sécrétions de l’intestin sans provoquer d’irritation, et par suite déplace le mouvement fluxionnaire.

Mais, si cet acte dérivateur est incontestablement d’un précieux secours, s’il offre dans beaucoup de cas la valeur d’un agent principal, dans presque tous celle d’un adjuvant des plus utiles, il est certain aussi que, bues à petite dose (deux ou trois demi-verres dans le cours de la journée), les eaux d’Uriage devront être un puissant auxiliaire pour modifier l’organisme dans le sens de la reconstitution, base indispensable du traitement chez certains malades. L’effet produit de celte manière est d’autant plus décisif, qu’il est plus lent, plus incessant. C’est presque le procédé de l’absorption'naturelle. Le médicament est ainsi introduit dans l’économie sans provoquer par la pénétration plus de réaction que n’en provoque l’aliment.

Sous forme de bains généraux, ces eaux sont également très-avantageuses, surtout chez les individus dont la peau a été antérieurement ou est encore le siège de manifestations dartreuses. H y a ici effet de contact et effet d’absorption.

D’ailleurs, ces bains, pris à une température modérée, sont essentiellement reconstituants. Ils ont toujours une action fortifiante; la stimulation simplement

tonique qu’ils déterminent se traduit par une vigueur plus grande et une activité plus marquée de toutes les fonctions.

Mais, si l’eau d’Uriage employée à l’extérieur exerce sur les sécrétions et les exhalations une influence des plus manifestes; si, par exemple, les sécrétions de l’appareil digestif peuvent, sous l’influence de ces bains, être augmentées ou modifiées au point, comme je l’ai vu quelquefois et comme l’avait déjà signalé M. Gerdy, de produire une légère purgation, n’est-il pas évident que, même par ce mode d’administration, elle doit déterminer sur les fonctions digestives et nutritives une modification aussi réelle qu’elle est bienfaisante?

Cette même influence ne s’exerce-t-elle pas aussi, et à un degré encore plus prononcé, plus évident sur le système urinaire?... La réponse est donnée par l’observation la plus vulgaire. Tous les baigneurs d’Uriage ont depuis longtemps remarqué qu’ils urinent plus abondamment, pendant et après les bains minéralisés, que lorsqu’ils prennent des bains d’eau commune.

Enfin, les phénomènes les plus importants, les plus apparents se produisent sur l’enveloppe tégumentaire. Les fonctions de la peau s’accroissent notablement, sans que pour cela on ait, au début du traitement.

IIG

DE l’herpès Récidivant

à redouter celle vive excitation qui, dans d’autres thermes, survient toujours au tégument sous l’intluence des eaux simplement sulfureuses. Grâce à la composition mixte de nos sources, on voit les inflammations cutanées les plus intenses supporter parfaitement les bains d’Uriage et guérir le plus souvent sans que, à aucune période du traitement, l’irritation ait dépassé les limites habituelles d’une substitution sans durée et sans péril. — Dans une autre étude plus générale consacrée à l’emploi des eaux d’Uriage pour le traitement des affections cutanées, je reviendrai sur ce mode particulier d’action propre à nôtre important agent thérapeutique.

Or, dans le cas spécial dont il s’agit, ne résulte-t-il pas évidemment des notions précédentes que l’eau d’Uriage, intùs et exlùs, répond à toutes les indications qui découlent de l’étude de l’herpès génital récidivant?... Et si nous sommes entré si longuement dans l’appréciation de toutes les questions que soulève ce point intéressant de pathologie spéciale, c’est que nous avions à cœur de montrer que les faits cliniques et le raisonnement basé sur la considération des effets physiologiques et thérapeutiques de nos eaux sont d’accord pour justifier le seul mode de traitement qui, jusqu’à ce jour, ait donné des résultats satisfaisants.

Les bains locaux, les douches, au besoin, concourent aussi à la guérison de l’herpès préputialis. Ils peuvent réaliser ce but de deux manières : soit à faible dose, par une action topique antipsorique qui affaiblit les poussées existantes, ou prévient celles à venir en atténuant la susceptibilité morbide de la muqueuse balano-préputiale ou vulvaire ; soit à plus forte dose, en excitant dans la région une suractivité vitale qui précipite les poussées herpétiques et fait, si je puis ainsi dire, que le génie morbide est forcé de dépenser là, coup sur coup, dans l’espace d’un ou deux mois, tout ce que, au grand désespoir du malade, il aurait parcimonieusement laissé sortir en un ou deux ans, à intervalles éloignés. Je reviendrai tout à l’heure sur l’explication ainsi que sur les conséquences de cet effet particulier des eaux.

D’ailleurs ces propriétés diverses ne doivent être ni isolées arbitrairement, ni groupées selon la loi banale d’une formule identique, ni surtout provoquées au hasard. Bien au contraire, le traitement minéral a toujours été appliqué par nous suivant les indications présentées par chaque malade en particulier. Les antécédentsdu sujet, sa constitution, son tempérament, la marche et la résistance variables de sa lésion génitale,' ses autres maladies habituelles, fluxions ou dispositions morbides antérieures, etc., suggèrent suffisamment au

DE l’herpês Récidivant

médecin la voie que celui-ci devra suivre; et il sera toujours facile de discerner de quel côté et sur quel système la médication hydro-minérale devra être de préférence dirigée. Est-il besoin d’ajouter qu’ou ne doit pas pour cela renoncer à s’éclairer plus complètement, par l’observation des effets qu’on voit les premières applications de la médication thermale produire tant sur la maladie que sur le malade?

Enfin, en dehors de l’effet, soit purgatif, soit dépuratif, soit reconstituant de l’eau d’Uriage, j’ai observé un autre mode d’action dont je tiens à dire un mot. J’ai vu, tant pendant la saison qu’ immédiatement après, une recrudescence positive de l’état local. Les éruptions sont alors plus fréquentes, plus actives, plus durables; elles affectent alors un caractère plus franchement eczémateux ou dartreux. Ce changement est dû à l’excitation thermale, à cette activité nouvelle que les eaux impriment à toutes les fonctions et particulièrement à celles de la peau. C’est là une espèce de crise irritative voulue par la nature ; crise défavorable en apparence, mais au fond salutaire, car le plus souvent une guérison solide a été la conséquence définitive de cette exacerbation temporaire.

Enfin, une condition essentielle pour le succès c’est d’exécuter des traitements prolongés; règle, d’ailleurs, indispensable toutes les fois qu’il s’agit d’affections

dartreuses anciennes. On ne parvient à transformer les dispositions de l’organisme, — qui sont ici à la fois héréditaires et acquises, — qu’en continuant la médication pendant un temps convenable.

Or, c’est-là, il faut l’avouer, une des plus grandes difficultés et en même temps une des plus délicates questions de la médecine thermale. Quelque intelligents qu’on les suppose, les malades ne comprennent pas toujours que, pour une affection datant de plus de deux ans, il faille consacrer au traitement plus de vingt jours ; ou, s’ils se l’avouent tout bas à euxmêmes, bien rarement ils mettent, sur ce point, leur conduite d’accord avec leui* conviction.

Ici, surtout, la maladie que nous combattons est essenliellement rebelle ; et c’est même sa tendance constante à la récidive, qui constitue un des côtés les plus pénibles et les plus fâcheux de cette affection. Disons-le donc hautement : si nous avons obtenu des résultats satisfaisants, nous le devons, pour une bonne part du moins, à l’administration longtemps continuée des eaux.

Comment, en effet, rompre une habitude vicieuse, détourner un mouvement fluxionnaire que tant de motifs sollicitent à se diriger sur un point, si nous ue créons pas une dérivation durable, et surtout si nous ne modifions pas profondément l’état général sous

l'-io

rcnipirc duquel se renouvellent les décharges herpétiques?

L’observation suivante viendra à l’appui de ce précepte, à la fois si simple et si souvent enfreint : que le traitement doit avoir une durée proportionnée tà celle de la cause occasionnelle.

Obs. 15. — M. P. eut en 1857 et en ^1858, plusieurs blennorrhagies qui se succédèrent presque sans interruption ; peut-être môme n’en eut-il qu’iinc seule sans cesse ravivée par de nouvelles contagions.

Vers la fin de 1858, il vit pour la première fois

apparaître une petite éruption sur le gland, pour

laquelle il consulta M. Diday, qui, ayant reconnu un

herpès préputialis, lui conseilla quelques moyens locaux. A partir de ce moment, il eut à plusieurs reprises, tous les trois ou quatre mois, des jetées herpétiques, dont il avait bien vite appris à reconnaître la nature, mais dont les retours successifs le désespéraient. 11 s’adressa de nouveau au savant chirurgien de l’Antiquaille, qui lui conseilla une saison aux eaux d’Uriage.

M. P. arriva à Uriage au mois de juillet 1859, et à ce moment il se trouvait justement porteur d’une . plaque d’herpès siégeant cà la face interne du prépuce. Je ne constatai chez lui aucunes traces de la diathèse dartreuse; il était seulement doué d’un tempérament

très-lymphatique et me raconta que depuis sa première blennorrhagie, il avait conservé une trèsgrande disposition aux inflammations de la muqueuse uréthro-préputiale. U ignorait complètement si ses parents présentaient des signes de maladies cutanées.

Les bains minéraux, l’eau en boisson à dose purgative et réfractée furent régulièrement pris pendant un mois. 11 ne survint pas de nouvelles jetées pendant le traitement, ni même deux ou trois mois après. Cependant, dans le cours de l’année 1860, il eut encore deux poussées de l’herpès génital récidivant et cela chaque fois après s’être exposé à des rapports suspects. Voulant à tout prix se débarrasser d’une aussi fâcheuse incommodité, il vint de nouveau àUriage en 1860, et cette fois la guérison a été définitive, car depuis cette époque (et j’ai encore revu M. P. cette année) c’est à peine s’il a eu une ou deux récidives en sept ans. Cette fois, il est vrai, le malade prit les eaux pendant quarante à quarante-cinq jours, et je suis convaincu que ce n’est qu’à cette saison prolongée qu’il dut sa guérison complète. Je ne doute pas du reste, que s’il eût agi ainsi dès la première année, le résultat n’eût été encore plus satisfiiisant.

Ors. 16. — .M. S., âgé de quarante ans, d’un tempérament lymphatiiiue et nerveux, a eu, en 1851 , un

DE l’herpès Récidivant

chancre, qu’il dit avoir été induré, mais qui, également selon son propre témoignage, n’a pas été suivi d’accidents constitutionnels ayant nécessité un traitement. Ln 1857, il contracte une blennorrhagie qui se compliqua quelque temps après d’une épididymite. Trois ou quatre mois après, il survient pour la première fois un herpès preputialis dont les récidives se succèdent à d’assez longs intervalles. En 1859, M. S. est atteint d’une irritation pharyngienne, pour laquelle il se rend à Aix, et dont le traitement thermal, combiné à celui des eaux de Marlioz, fait bonne et prompte justice ; les herpès ne paraissent pas sensiblement modifiés dans leur évolution. En 1861, à la suite de préoccupations d’affaires, de veilles, d’un régime excitant, il survient un eczéma du front et des paupières pour lequel M. S. se décida, la même année, à venir faire une saison à Uriage. D’ailleurs sous l’influence d’écarts de régime l’épétés, l’herpès revient plus fréquemment qu’auparavant, mais en conservant toujours sa forme caractéristique, malgré le réveil de la diathèse dartreuse, dont la préexistence ne saurait être niée , car le malade est en outre atteint depuis son enfance d’un pityriasis capitis, qui a déterminé la chute presque complète des cheveux.

Je conseillai àM. S. de faire une longue saison, et j’eus la satisfaction, après qu’il eut pris quarante-cinq

bains, d’enregistrer une guérison complète, dont la solidité n’a été que confirmée par le temps, malgré les épreuves d’une vie assez agitée.

Obs. 17. — Un homme du monde, très-intelligent, était devenu syphiliphobe à un très-haut degré, sous l’influence d’un herpès génital récidivant, dont les continuelles réapparitions autour de la région contaminée lui paraissaient une preuve irréfutable d’infection générale, et cela malgré tous les raisonnements et les conseils de son médecin.

P^ns ces conjonctures, et après avoir inutilement essayé les dépuratifs les plus variés, les sucs de plantes, les robs de toute nature, ce malade vint faire une saison à Uriage.

Un traitement de trente-cinq jours, suivi avec la plus scrupuleuse régularité, fit disparaître cette fâcheuse et si pénible tendance aux répétitions de la fluxion herpétique. Depuis cette époque, aucune inflammation de la peau n’est venue rappeler au malade les angoisses par lesquelles il avait passé. Du moins pendant les deux années qui ont suivi l’emploi des eaux, ce malade n’a pas eu de rechute; depuis je ne l’ai pas revu.

•l’ai toujours remarqué à Uriage, — et cela est vrai,

DE l’hERPÎîS récidivant

je crois, pour la plupart des eaux minérales, — qu’il y a tout avantage, dans un premier séjour, à continuer l’emploi des eaux pendant le temps nécessaire, temps que l’expérience seule peut établir suivant les indications. Dans une seconde année, on ne voit pas ordinairement ces changements profonds et rapides qui surviennent chez ceux dont l’organisme n’a pas encore été influencé par les eaux minérales. Les manifestations diathésiques sont alors beaucoup plus longues à disparaître et elles ne cèdent souvent qu’avec une grande difficulté. Tandis que, torque dès le début en y mettant la persévérance nécessaire, on a profondément modifié l’organisme, si plus tard il y a des rechutes, des récidives, elles ne se produisent qu’avec bien moins d’intensité, et sont dans tous les cas beaucoup plus faciles à faire disparaître. 11 n’y a donc ici qu’avantage à frapper tout d’abord un grand coup.

Ainsi, par exemple, dans le fait suivant, une saison plus prolongée, ou même deux saisons dans la même année, eussent probablement amené un résultat définitif, au lieu d’une simple amélioration.

Obs. 18. — M. D., d’une bonne constitution, n’ayant jamais eu d’affections cutanées et dont les parents sont parfaitement sains, contracte en 1858 des chancres simples, qui sont pansés avec une solution concentrée de nitrate d’argent. Sous l’influence de cette médica-

tiûii, il survint un érythème très-intense et très-pénible, qui eiiA^ahit toute la région génitale. Toutefois, sous l’influence d’un traitement émollient, l’inflammation érythémateuse disparut, mais il survint à sa place des plaques d’herpès très-circonscrites siégeant dans le sillon balano-préputial et dont les fréquentes récidives devinrent bientôt un sujet d’incessantes préoccupations.

Comme tous les traitements semblaient impuissants à enrayer ce mal, son médecin , M. le docteur Morel, praticien distingué de Lyon , se décida à l’envoyer à Uriage. Une première saison de vingt-cinq jours produisit une notable amélioration ; l’herpès, au lieu de reparaître tous les mois ou toutes les six semaines, ne se montra dès lors plus que deux ou trois fois dans le cours de l’année suivante.

Les choses restèrent en cet état pendant toute l’année 1859. Mais voyant que l’amélioration obtenue n’avait nullement progressé, il se décida à venir faire une longue saison qui, cette fois, fut couronnée d’un succès complet.

Si dans certains cas, il y a avantage à partager le traitement thermal en deux fois dans la même année et à un intervalle convenable, il n’en est pas ainsi pour la maladie dont nous parlons.

DE l’héepès Récidivant

En général, on doit interrompre la médication thermale lorsque des poussées trop violentes rendent le traitement douloureux pour le malade et que l’inflammation tégumentaire semble entretenue par la continuation des moyens employés, ou bien encore lorsque la maladie reste stationnaire malgré la persistance du traitement et surtout malgré les changements qu’on peut lui faire subir. Dans ces cas, il y a souvent opportunité à laisser les malades se reposer quelque temps, et surtout à donner à l’économie la possibilité de devenir de nouveau impressionnable à l’action des eaux. Mais, je le répète, ceci peut être applicable aux dartres très-étendues et non aux maladies dont il est actuellement question. Il n’y a donc lieu de tolérer le fractionnement du traitement en deux saisons que chez les personnes que leurs occupations mettent dans l’impossibilité de faire autrement, c’est-à-dire de faire mieux.

Comme contre-partie de l’observation précédente, je rapporterai le fait suivant. Il sera la preuve de l’eflicacité d’une seule mais longue saison, dans un cas rebelle, mais où, il est vrai, il n’y avait pas d’antécédents dartreux, du moins apparents.

Obs. 19. — M. G..., de Marseille, d’une bonne constitution, d’un tempérament lymphatico-sanguin, contracte une blennorrhagie simple au mois de novem-

bre 1861 qui persiste jusqu’au mois d’août 1862. Pas d’autres accidents vénériens. Depuis la guérison de son écoulement, apparition environ tous les mois d’herpès preputialis siégeant spécialement dans un point du sillon balano-préputial. État général satisfaisant; pas d’autres manifestations cutanées qu’un acné des épaules. Au moment de son arrivée à Uriage, l’herpès durait depuis 18 mois et, ajoutait le médecin qui me l’adressait : « Si l’herpès va s’atténuant un » peu, sous le rapport de la largeur et de la durée » des vésicules ulcérées, il ne s’est nullement mo- » difié sous le rapport de la fréquence de leurs » réapparitions. Dans les premiers temps, l’exulcé- » ration consécutive aux vésicules simulait une chan- » crelle. »

Notons encore, bien que cela ne soit plus nécessaire, que la cause de production de l’herpès est ici des plus évidentes. Lafluxiou qui, pendant plusieurs mois, s’est trouvée dirigée vers la sphère génitale, est incontestablement la cause occasionnelle de l’herpès. Sans cette circonstance, on peut affirmer qu’il n’aurait jamais eu lieu chez ce sujet.

I.es eaux d’Uriage sont très-bien supportées; et on pourrait presque juger des tourments et des ennuis que donne l’herpès génital récidivant par la bonne volonté, je dirai même par l’empressement avec les-

DE l’herpès récidivant

quels les malades se résignent à faire de longues saisons, — que je regarde, dans ce cas, comme indispensables, — du moment on on leur fait entrevoir la possibilité d’une guérison radicale.

Chez M. G.., la récompense de sa docilité ne s’est pas démentie plus qu’elle ne s’est ftiit attendre ; et depuis son séjour a Uriage, depuis six ans, les herpès ne se sont plus reproduits.

La théorie qui attribue l’berpès à la germination successive de germes de chancrelles, qui n’avaient qu’inconqdétement avorté, trouve dans de pareils faits un argument plausible en faveur de sa justesse. L’efficacité du pouvoir excitant des eaux s’y dévoile dans toute son évidence. Si donc, après cette exaspération momentanée, la maladie est soit guérie, soit très-notablement atténuée, c’est parce que la propriété stimulante des eaux a précipité l’éclosion de tous les germes qui, à ce moment, étaient presque mûrs, et a ainsi débarrassé la région de la présence de ceux qui auraient ensuite mis un temps plus ou moins long à éclore (1).

(1) L’auteur de la théorie que je mentionne, M. Diday, avait pressenti cette conséquence, ou plutôt il l’avait déduite de l’observation de quelques cas heureusement modifiés par l’excitation minérale d’Uriage. Et c’est d’après un raisonnement tout semblable à celui-ci qu’il avait, dans son mémoire, conseillé, sur la région où reviennent les herpès, l’application

J.’observatioii suivante semble venir cà l’appui de l’opinion professée par notre savant maître ; en ce que les eaux auraient eu un etfet favorisant l’éclosion des

o-ermes semi -avortés.

Obs. 20. — « M. P., de Lyon, a eu une syphilis constitutionnelle en 185Û, dont il n’a été traité (vu une grande disposition au ptyalisme) que par des doses peu considérables de mercure. Il a néanmoins guéri , solidement selon moi; et il n’a besoin des eaux d’Uriage que pour un herpès, à retours assez rares, venu à la suite des lésions locales qui précèdent la syphilis , mais n’ayant aucun rapport étiologique avec cette dernière affection. »

Le malade, qui m’était.recommandé en ces termes par un de nos plus éminents spécialistes, présentait seulement un pityriasis du cuir chevelu. En raison des circonstances spéciales qui n’avaient pas permis un traitement prolongé par les préparations mercurielles, je crus devoir pousser un peu énergiquement à la peau en conseillant quelques bains de vapeur pour voir si la guérison était complète. Il ne survint rien de spécifique; mais après un traitement thermal d’un

d’un vésicatoire, afin de décider la germination immédiate de toutes les graines de chancrelle qui y sont déposées et qui y attendent parfois si longtemps le moment de leur éclosion, quand celte éclosion est abandonnée aux soins de la nature, au hasard des causes occasionnelles vulgaires.

noYO.v. 9

DE l’hERPÊS RÉClOrVANT

mois, ce malade eut, une fois rentré chez lui, trois ou quatre poussées d’herpès qui se succédèrent à deux ou trois semaines d’intervalle, et depuis cette époque il n’a pas eu de nouvelles manifestations de l’herpès récidivant dont la première apparition remontait à six ans, puisque c’est seulement au mois de juillet 1860 qu’il vint à Uriage.

J’avoue que dans cette circonstance, s’il est possible d’admettre que les eaux ont provoqué l’éclosion des germes de chancrelle, il me paraît plus naturel cependant de considérer ces jetées consécutives comme des poussées ou des phénomènes critiques déterminés par la médication antérieure. Sous l’influence du traitement hydro-minéral d’Uriage, il n’est pas rare, en effet, de voir survenir de pareilles fluxions tantôt pendant l’emploi des eaux, tantôt après qu’on en a cessé l’usage. Mais il est certain que ces phénomènes de poussée peuvent aussi revêtir des formes très-diverses ; qu’on les observe principalement chez les personnes affectées de maladies de la peau ; que souvent enfin elles se développent avec une assez grande énergie après la cessation des bains; soit que pendant le séjo»’” d^s malades aux eaux, il n’y ait point eu de recrudescences, soit que ces manifestations ne se soient produites qu’incomplétement.

Dans le cas suivant, nous allons voir, en effet, chez

DES PARTIES GÉNITAL ES

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un malade affecté de diathèse dartreuse , un herpès survenir comme toujours après un accident vénérien , la guérison se produire après une saison à üriage et dans les conditions que nous signalons.

Obs. 21. — M. F..., âgé de vingt-cinq ans, d’un tempérament lymphatique, a eu à plusieurs reprises, et sur diverses parties du corps, des éruptions de nature eczémateuse. Son père, mort il y a plusieurs années, avait, dit-il, des démangeaisons à la peau, sans cependant qu’il lui soit possible de nous préciser s’il avait une affection cutanée proprement dite.

Il y a deux ans, il contracta une blennorrhagie qui persista pendant près de quatre mois. Peu de temps après la guérison de son écoulement, il vit survenir, tous les deux ou trois mois, tantôt sur la muqueuse balano-préputiale, tantôt sur le fourreau de la verge, des plaques parfaitement circonscrites de petites vésicules dont la durée ne dépassait pas huit à dix jours. Malgré les soins de propreté les plus minutieux et les moyens locaux les plus variés, cette pénible incommodité n’a pas cessé de se reproduire pendant près d’un an et demi. Les récidives sont fréquentes, opiniâtres, aussi M. F..., eu présence de l’insuccès de tous les autres traitements, se décide-t-il à venir à Uriage.

La iiKîdication thermale (bains, purgations, eau

DE l’herpès récidivant

en boisson à petite dose) est suivie pendant près de quarante jours avec le plus grand soin. Pendant le traitement il ne survient aucune poussée, mais environ deux mois après son retour, M. F... m’écrit pour me dire qu’il lui est survenu, dans l’espace d’un mois, trois poussées d’herpès qui se sont succédé presque sans interruption. Depuis ce moment, il n’a jamais éprouvé de rechute.

N’est-il pas rationnel de considérer ici la guérison comme due à une de ces crises salutaires comme les eaux minérales, et en particulier celles d’Uriage, en occasionnent souvent? Ici, c’est l’organe contaminé qui est le siège de ces jetées énergiques et réitérées par lesquelles se juge la maladie. N’est-ce pas là un mouvement fluxionnaire qui vient en quelque sorte débarrasser l’économie d'un principe morbide qui menaçait de se perpétuer? Ne peut-on pas, en un mot, assimiler cette poussée aux évacuations critiques que les anciens avaient notées comme la phase salutaire d’affections graves?. . . Mais quelle que soit l’interprétation qu’on adopte, la théorie des crises ou celle des germes, le fait subsiste dans toute son importance et s’accompagne toujours de résultats définitifs, essentiellement favorables.

Je pourrais rapporter un plus grand nombre d’observations qui toutes démontreraient et l’utilité des

eaux d’Uriage, et riiiiportaiicc de saisons suffisamment prolongées. Je me bornerai à cette dernière.

Obs. 22. — M. V. E. . ., de Marseille, âgé de vingtcinq ans, d’un tempérament lymphatico-saTiguin, n’a jamais eu d’affections cutanées ; « ses parents sont d’un sang très-pur » , se plaît-il à répéter. Il y a deux ans, à l’occasion d’un chancre, il lui est survenu sur le prépuce des jetées herpétiformes dont les nombreuses récidives ont été particulièrement désagréables à ce malade par les inquiétudés aussi vives que mal fondées dont elles devenaient pour lui la cause incessante.

L’accident vénérien avait été un chancre perforant (par conséquent chancrelle) dii filet. A partir de ce moment, un herpès accompagné de gerçures se produisit, tous les quinze ou vingt jours, sur la muqueuse balano-préputiale. Cet état persista pendant un an environ, malgré les soins les plus minutieux.

Étant alors venu tàLyon, il suivit pendant plusieurs mois un traitement par le nitrate d’argent et le glycérolé de tannin que lui conseilla M. le docteur Diday. Sous l’influence de ces agents cathérétiques et astringents, l’herpès ne revint plus que toutes les six semaines.

Sur le conseil de notre distingué confrère, M. V. E. se décida à venir le printemps suivant à Uriage où l’usage des eaux, prises à dose altérante, à dose pur-

m DE l’herpès Récidivant

gative et eu bains, fut suivi des effets les plus sensible.^ et les plus avantageux.

Vers le milieu de La cure il se produisit une nouvelle plaque d’herpès, mais ce fut la dernière.

Notons que dans ce cas encore, la saison fut trèsprolougée : aussi le succès a-t-il été complet.

J’ai résumé toutes les explications; j’ai fait tour à tour intervenir toutes tes probabilités théoriques, je me suis adressé aux divers modes d’action de nos eaux pour rendre rationnellement compte de rinlluence si favorable, si manifestement favorable qu’elles exercent sur la marche -de l’herpès génital récidivant. Mais dépuration, dérivation , reconstitution, sédation directe, hypérémie substitutive, ce ne sont là que des explications, vraisemblables sans doute mais en réalité hypothétiques, de la guérison par Uriage de l’herpès preputialis ; et je ne voudrais pas que la démonstration du fait expérimental souffrît de l’insuffisance di; la théorie qui se propose de l’interpréter. Cette théorie, en effet, se ressent toujours plus ou moins de l’habileté de la plume qui la formule ; or, il ne faudrait pas, j’aurais trop à regretter, qu’une médication, qui possède une valeur irrécusable, jiériclitât par la faute de sou préconisateur. Disons-le donc nettement ; en dehors, au-dessus de toutes les hypothèses.

il y a ce fait brut, co grand fait : l’horpès, qui ne guérit pas par les médications ordinaires, guérit tà Uriage.

C’est à Lyon, dans cette école syphiligraphique dont rautorilé est aujourd’hui si universellement acceptée, que la nature de l’herpès a été étudiée, reconnue; c’est dans la conversation, dans les pressants conseils, les affectueux encouragements de mes maîtres que j’ai moi-même puisé l’idée d’entreprendre la monographie qu’on vient de lire : et si j’ai pu tracer avec ressemblance le tableau de cette affection, ce n’est que d’après les nombreux échantillons qui, sur leur recommandation expresse, viennent chaque année affluer à Uriage. Et il faut véritablement que l’appropriation du remède au mal soit bien intime, bien tranchée pour que , mus par le seul désir de se débarrasser d’une incommodité en réalité aussi faible, on voit, chaque année, tant de personnes interrompre, pendant cinq ou six semaines, leurs occupations pour venir suivre le traitement minéral !... Un motif bien simple peut seul rendre , rend effectivement compte ce cette conduite: contre leur herpès, ils ont déjà essayé de tout, et de tout sans succès. Ils savent qu’Uriage, par sa vertu anti-dartreuse directe, les guérira; et ils y viennent avec une confiance que presque jamais l’événément jusqu’ici n’a trahie.

130 DE l’herpès récidivant des parties génitales.

En résumé :

Pas d’autre cause de la persistance de l’herpès que le vice dartreux ;

Et pas d’autre traitement curatif pour cette affection que les eaux minérales, notamment que les eaux chlorurées sodiques, sulfureuses, d’Uriage.

Voilà deux propositions dont chacune est à la fois démontrée par la physiologie pathologique, par les faits bruts, ainsi que par les faits rationnellement interprétés.

Ces deux propositions , essentiellement corrélatives , s’appellent, s’appuient, se corrobent mutuellement. Il m’est donc permis de conclure en toute assurance que, en s’étayant sur elles, la pathogénie et la thérapeutique de l’herpès génital récidivant sont aujourd’hui constituées.

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