‹ De l'histoireChapitre 10 sur 32 · Guillaumin · texte numérisé non relu

Guillaumin

s'est bien gardé d'une ambition si haute et si vaine. Il est de la race de ces esprits qui ne craignent pas de serrer Thistoire d'une époque autour d'un ou deux personnages qui la centralisent. Il aime mieux la creuser dans un espace resserré, d'un point à un autre, que de l'embrasser à vaste et pleine ceinture, par conséquent de la mal étreindre. L'idéal de ces sortes d'esprits est en Angleterre, le pays du Fait par excellence. Pour cette raison, sans nul doute, la littérature anglaise, plus qu'aucune autre littérature, abonde en biographies, en vies historiques précises, tranchées, prises plus profond et plus fin que l'histoire même. L'Angleterre, ce pays pratique avant tout, aime cette manière de concevoir l'histoire et de l'écrire. Qui ne se rappelle qu'avec sa seule Vie de Nelson Robert Southey fixa définitivement sa fortune et sa gloire?... Clément est un de ces biographes à la manière anglaise, ayant pour quahté dominante cette recherche du détail et du point juste où les choses commencent et où elles finissent qui donne à un livre historique la clarté souveraine qu'aucun nuage de métaphysique, aucune audace de théorie, ne pourront désormais troubler. Nous le répétons : par le temps qui court, une telle qualité d'esprit, tout ensemble solide et aiguisée, est fort rare. Quand on la possède, l'écueil à éviter serait la sécheresse. Mais Clément n'est pas sec. Il n'étrique point l'histoire dans la biographie. Au contraire, il découpe plutôt, et très largement, la

biographie dans les événements de Thistoire. Et quand il a taillé dans tout ce marbre, on n'en regrette pas les éclats tombés aux pieds de la statue... car on les retrouve autour du socle même, dans des notes de la plus vigilante et de la plus sûre érudition.

Tout est donc profondément historique dans cette histoire, que Fauteur appelle une Étude. Tout y atteint la réahté, sans la dépasser jamais. On y chercherait en vain autre chose que des faits, — mais des faits tamisés par la critique et les conclusions que ces faits dictent forcément et naturellement à l'esprit. Nous, que l'histoire comme on l'écrit depuis vingt ans (1) a lassés et un peu blasés sur les généralisations à perte de vue qui s'y mêlent, nous aimons cette saveur étrange, parce qu'elle est pure et vraie, que nous donne Thistoire écrite ainsi, et nous pensons que la voilà, impartiale et sincère, autant, du moins, qu'il est permis à la pauvre main humaine de la tracer. Pierre Clément, que nous croyons un économiste, sauf erreur toutefois, est peut-être allé de Colbert à Jacques Cœur en vertu d'une préoccupation d'études habituelles. Mais, si cela est, on peut dire que Téconomiste s'est heureusement perdu en chemin, et qu'en face de l'illustre commerçant du xv* siècle il n'est resté qu'un historien, un historien exact avec scrupule, inquiet de la noble inquiétude du vrai,

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