‹ De l'histoireChapitre 26 sur 32 · Gaume · texte numérisé non relu

Gaume

où il nous mène, c'est ua ultramontain net et conséquent.

Absolu de principes comme tous les esprits qui croient à une vérité, Segretain n'en a pas moins les qualités de l'historien : le calme du regard qui voit, sans sourciller, même ce qui le blesse; la main droite qui sait dépouiller les faits ; et la ferme qui sait les peser. Son livre est un débutheureux, auquel ne manque même pas ce qui assaisonne si bien les débuts, — un peu de surprise. Segretain est d'hier dans les lettres. Il a commencé de s'y distinguer par des articles spirituels, écrits pour un journal fameux qui n'est plus, mais dans lesquels il imitait trop, selon moi, son rédacteur en chef, dont le talent, très admiré, à juste titre, de ceux qui l'entouraient, leur imposait à tous des formes... originales pour lui seul.

L'admiration est souvent un écho, et on sentait que l'écho, dans Segretain, pouvait être une voix. Eh bien, voilà la surprise ! la voix est venue. Des premières formes de son talent, il n'a gardé que l'esprit, que je lui conseille bien de garder toujours. Le livre qu'il intitule Sixte-Quint et Henri IV est une vue nouvelle, pour conduire par un chemin de plus à une conclusion déjà ancienne dans beaucoup d'esprits, c'est que la Réforme ne réforma rien, mais détruisit tout du monde qu'elle devait réformer...

LaRéforme, en effet, pour tous ceuxqui l'ont étudiée, fut la destruction complète et violente du monde catho-

lique, si unitairement constitué, tel qu'il était au Moyen Age, destruction consommée par une minorité qui ne Peut jamais accomplie si les gouvernements n'avaient donné mieux que le nombre en donnant les forces organisées de leur pouvoir à cette minorité sans eux vaincue. Un tel résultat, dans l'état présent des connaissances historiques, ne se discute plus, tant il est visible, mais il peut s'éclairer encore. Segretain l'a éclairé. Il a eu une manière à lui de la démontrer qui a sa vigueur et sa beauté particulières, — sa vigueur dans l'étude et le rapprochement des faits et des textes de son livre, et sa beauté — sa beauté littéraire — dans l'accent étrange qui y respire, d'un impassible désespoir.

Car Segretain est un désespéré. Originalité douloureuse ! C'est un désespéré profond, qui, comme tous les désespérés profonds et complets, n'a plus de colère, et qui dit les choses dont il est le plus navré sans se passionnerouse plaindre. Pour lui, qui n'a pas d'autre conception de la vérité politique que celle-là que le monde du Moyen Age avait réalisée, la Réforme a introduit dans le monde moderne un mal sans compensation et sans remède, et par delà ce mal, qui n'est pas près d'être épuisé, et qui, dans sa conviction, sera la fm de tout, non seulement il ne voit rien, mais il ne regarde même pas... Que cette tristesse désespérée ait ou n'ait pas sa raison d'exister, je ne veux point l'examiner. Mais il est certain qu'elle est impo-

santé, et qu'elle donne au livre à travers lequel elle est répandue la désolation immobile et saisissante des figures tumulaires, sobres de gestes, et une solennité sans emphase qui touche presque à de la grandeur.

Et Ton est saisi d'autant plus que l'homme dans Segretain est absolu, qu'il appartient à une opinion extrême, et que c'est une coutume, assez sotte, il est vrai, mais une coutume, de croire qu'être dans une opinion extrême c'est être, de nécessité, un fougueux. L'auteur du Sixte-Quint et Henri /F, qui fait de la critique ici plus qu'il n'écrit l'histoire, ou, pour parler avec plus de précision, qui fait de l'histoire contre de l'histoire et répond personnellement à Poirson et à Michel ; l'auteur du Sixte-Quint, ancien rédacteur de Y Univers, n'a dans son livre ni flammes, ni dureté, ni morsure, ni amertume ulcérée... 11 est doux comme un condamné à mort ; car il en est un au fond de sa pensée. Il fait partie d'une société qui, dans ses prévisions, faillibles ou infaillibles, mais siennes, est parfaitement condamnée à périr.

Je supplie qu'on me comprenne bien ! Segretain, n'a, certes ! pas manqué d'appeler les choses par

ce qu'il croit leurs noms, et ces noms sont terribles. Mais le sentiment qui les lui fait écrire n'est plus la passion du combat. Non ! c'est bien plutôt la noire résignation de l'homme accablé par ces circonstances qui sont les conséquences inévitables du mal commis. Voilà surtout le sentiment qui circule et teint tout de sa sombre nuance dans son livre I On voit bien qu'il serait violent, s'il le fallait. Mais à quoi bon? On n'est plus violent quand il n'y a plus d'espérance... Le calme de l'historien ? J'ai dit qu'il l'avait, mais il a bien plus! Il a le calme des choses finies. Il l'a tellement que, les faits montrés, il conclut à peine dans l'expression contre les hommes coupables de ces faits, et qu'il épargne à Henri IV, par exemple, ce que certainement un autre catholique, moins terrassé que lui dans son espérance, n'eût jamais voulu lui épargner ! En effet, si la Réforme est une destruction, et une destruction abominablement criminelle, surtout au point de vue des idées et de la conscience modernes, puisque cette destruction n'était pas seulement celle d'une certaine organisation, mais de l'organisation de la majorité d'un peuple, brisée par la minorité, Henri IV, qui fut le plus près d'un tel événement et qui pouvait le mieux élever une digue contre le fleuve, Henri IV a, dans cette destruction, la main qu'il n'y a pas mise pour l'empêcher, en supposant (supposition pure !) qu'il n'y en ait pas mis une autre... Henri IV a donc commis là bien évidemment une des plus

grandes fautes que souverain pût commettre, même la question religieuse écartée, queTHistoire cependant n'écartera pas, car, je le dis, en regardant bien en face les révolutions futures, ou du moins le chemin par lequel elles peuvent venir, les gouvernements doivent toujours venir à bout, quand ils le voudront, eux qui sont la force organisée, de la force qui ne Test pas...

Segretain a par des exemples nombreux et frappants fait toucher du doigt dans son histoire la bévue des gouvernements du xvi^ siècle quiprécédèrentcelui de Plenri IV, lequel paracheva et fixâtes conséquences de cette énorme faute, en la commettant à son tour ; et on se demande vraiment pourquoi, en lisant Segretain, qui nous met en lumière une chose qu'avant lui on n'avait pas assez vue, ce qui prouve son extrême bonne foi et son désir de justice : c'est qu'à toutesles époques de sa vie Henri IV, quelles qu'aient été ses apostasies, avait toujours été au fond de sa pensée plus catholique que protestant !

Tel est l'un des plus curieux éclairs de cette histoire, qui en a d'autres... Henri IV fut toujours plus catholique que protestant, et c'est un catholique qui le dit et qui nous l'apprend. Oui ! Henri IV, qui a laissé dans l'histoire deux paroles à travers lesquelles on l'a vu jusqu'ici, — et pas très beau : — « Je vais faire, ma mie, le saut périlleux! » et : « Paris vaut, ma foi 1 bien une messe! » Henri IV n'était pas l'hypocrite ca-

tholique qui jetait si légèrement son masque aux pieds de sa maîtresse.

Selon Segretain, s'il y avait un hypocrite, il était plutôt de Tautre côté. L'hypocrite, en Henri, fut le protestant. Cela déconcerte un peu les idées reçues, mais voyez si avec la nature de Henri, cette nature indifférente aux idées religieuses pour elles-mêmes^ son bon sens qui touchait au génie, son ardeur de cœur et de sens, son esprit politique, pratique et si bien fait pour le commandement, voyez si le catholicisme, cette religion de l'unité et de Tordre et qui était encore la force dans le pays, ne devait pas être préférée à l'anarchie des doctrines protestantes, scindées déjà de son temps par plusieurs communions. Assurément, l'apparence y est, mais Segretain a prouvé, avec la finesse d'une vue attentive qui prend garde à tout, que l'apparence fut une réalité. Aux pages 136 et suivantes de son histoire, il cite, d'après Tempesti, une lettre envoyée au pape Sixte-Quint par Henri de Béarn, frappé d'excommunication, et dans laquelle « il « assurait Sa Sainteté qu'ilavait toujours été vrai ca- « tholique et qu'il voulait mourir dans la vraie foi, a mais que lestramesdes ligueurs l'avaientcontraint à « suivre la marche qu'il avait prise ». Et en écrivant cela, Henri, qui venait de protester publiquement contre l'excommunication du Pape, ne trompait p^ws, — il disait son secret.

« Ce qui ressortira de tout ce travail avec une certi-

« lude historique, — écrit Segretain, — c'est que « Henri n'a pas cessé un seul instant d'associer à « l'idée de son couronnement (qui fut l'idée de toute sa « vie) l'abjuration de ses erreurs protestantes. » Avec la nouvelle foi de sa mère, et cette grande et populaire figure de Henri de Guise, jetant sur le trône l'ombre de son éclat, Henri de Béarn, qui craignait que ses droits à la succession des Valois ne fussent ni assez puissants ni assez assurés, crut, dit spirituellement Segretain, « que le chemin de traverse de la Réforme « était le seul qui pût le conduire au Louvre... et il fit u ce crochet stratégique,.. » Ce crochet est un mot heureux, car il contient un blâme, — le blâme que mérite toute tortuosité, — mais véritablement les plaisanteries d'un homme à sa maîtresse, avec qui on est toujours un peu fanfaron de vices, ne prouvent rien, et tout ce qu'on sait de la vie de Henri et de sa persistante ambition politique, appuie cette idée du crochet.

Seulement, je l'ai dit, c'est un éclair sur Henri IV, ce n'est pas une réhabilitation. Qu'importe que la casaque d'hypocrite fût rouge ou blanche, catholique ou protestante ! il n'en fut pas moins endommagé d'hypocrisie, ce joyeux et « petit compagnon », qui finit par en devenir un grand ! H n'en reste pas moins, aux yeux deTHistoire, qui ne plaisante pas, elle! cette espèce de Robert Macaire héroïque à qui la France, qui aime à rire, a passé ses duplicités et ses manquements

de foi et de sincérité, comme si c'étaient des plaisanteries. Mais si Segretain, comme je le crois, a bien vu dans Henri, par-dessous les gasconnades du protestant, le catholique par le tempérament, par le sens pratique, par la connaissance qu'il avait des instincts du génie et du passé de la France, sa faute, que Segretain et les catholiques absolus lui reprochent, est d'autant plus grande et devient à peu près incompréhensible !

Toute Thistoire de Segretain est Thistoire de cette faute incompréhensible de Henri IV, qui s'immobilisa dans l'Édit de Nantes et resta sur le pays, dont elle brisa l'unité. S'il avait été protestant comme le prince de Condé ou Jeanne d'Albret; s'il y avait eu en lui une fibre qui eût saigné de protestantisme sacrifié, sous son lourd manteau du roi catholique, accepté au prix d'une abjuration, je comprendrais que lui, l'homme de la politique ambidextre, eût favorisé ses anciens coreligionnaires, étant le Roi, et eût fait encore ce crochet... Faiblesse de cœur, généreux souvenir de ses compagnons d'armes ! Mais l'histoire de Segretain nous adonné le mot du protestantisme de Henri. Rien de tout cela n'eut lieu.

D'un autre côté, Fidée de l'égalité de toutes les religions devant le pouvoir politique et civil n'était point née. L'Hôpital lui-même n'était allé que jusqu'à un simple édit de tolérance : or, TÉdit de Nantes reconnaissait un droit... Enfin, il y a plus encore : les idées modernes existaient si peu sur Tégalité des cultes et la liberté religieuse, que ces idées, maintenant en possession de tous les esprits, sans TÉdit de Nantes n'auraient peut-être jamais existé. L'une des plus belles discussions de ce livre de Segretain est celle-là, dans laquelle il démontre la fausseté delà thèse de l'émancipation de la pensée et de l'homme esclave brisant ses fers, que des écrivains de parti ont toujours soutenue avec succès à propos de la Réforme, et fait admettre à l'ignorance, non pas gobe-mouche, mais gobe- montagne de ceux qui les lisent.

Il prouve admirablement, au contraire, qu'au xvi^ siècle les novateurs, à commencer par Luther luimême, ne surent d'abord où aller, voulant une réforme des mœurs, mais tenus en respect par le dogme et l'opinion des peuples qui aimaient encore la « Sainte

mère TÉglise ».

La faute de Henri fut donc incroyable. Si on en lave son caractère, on en tache son génie, et c'est en lui tout Ihomme d'État qu'il faut accuser. Si catholique que soit Segretain, n'allez pas croire pourtant qu'il ne fasse pas tout aussi bien qu'un autre la part du temps et des situations, qui ne sont jamais quel'engagement

des fautes commises par nous-mêmes ou par ceux qui nous ont précédés... Il ne lui répugne nullement que Henri, venant après une guerre civile, eût accordé aux protestants la tolérance à laquelle seule ils avaient droit. Mais cela suffisait. Cela était assez pour un pouvoir généreux et habile.

La faute, la grande faute de Henri fut moins l'Édit de Nantes que sa teneur, qui replaçait en vis-à-vis de guerre, dans la société et dans la loi, les anciens vainqueurs et les anciens vaincus du champ de bataille. Cette faute, Richelieu la paya pour Henri plus que Henri lui-même. Il reprit, il est vrai, la Rochelle aux protestants aidés de Fétranger, mais il ne put jamais refaire, comme elle l'avait été, Tunité française. Il y usa sa vie. Il y échoua sublimement. Il nous faut la faute de Henri IV pour nous faire voir combien Richelieu est grand ! Quant à Louis XIV, qui exagéra Richelieu, il vint trop tard. L'heure était passée. Il y a une étoile du berger qu'il ne faut pas plus manquer en politique qu'en amour!

Telle est la trame d'idées et telles sont les conséquences qui ressortent de la très lucide dissertation de Segretain, qui coupe si nettement le courant troublé des histoires contemporaines sur le xvi^ siècle,

comme Tangle d'un cristal coupe un flot fangeux. Au milieu des raisonnements politiques, appuyés de faits, qui sont le fond de cet ouvrage, évidemment écrit pour des lettrés qui savent ou doivent savoir l'histoire, et où il n'y a jamais le terre -à-terre d'une narration, se dressent, peintes^, deux à trois figures, auxquelles l'auteur attache l'éclair qu'il a mis à la figure de Henri IV, ce sensé, qui n'eut jamais, en faisant le huguenot, une seule des passions huguenotes, qui voyait clair en se cachant, et honora toujours lÉglise, même quand il l'insultait!

Par exemple, maintenant que j'ai lu Segretain, je connais mieux Henri de Guise, cet ambitieux non par lui-même, mais par influence de famille, trop négligemment et fièrement grand pour être ambitieux, s'il n'avait pas eu des parents qui le poussaient vers le pouvoir comme les mauvais Génies de son génie, et qui, pour le faire roi, auraient été forcés de le porter à bras, lui et son cheval, jusqu'au milieu du chœur de la cathédrale de Reims! Gracieux grand homme delà race des César et des Alcibiade, dédaigneux de la mort comme du pouvoir, parce qu'il se sentait si puissant! et qui n'en fut pas moins tué par Henri HI, ce ver de terre, ou plutôt de boue, redressé enfin sous le mépris!

Mais de toutes les figures que Segretain nous a peintes, celle qui domine, à dessein, toutes les autres, est la majestueuse figure de Sixte-Quint, opposée à la

figure de Henri IV, dans ce livre qui porte leurs deux noms, mais non dans un but d'antithèse. C'est autour de la figure de Sixte-Quint que l'allumeur d'éclairs que Segretain est dans l'Histoire en a fixé quelquesuns, que le préjugé ou la mauvaise foi, nous l'espérons, n'éteindront plus. Sixte n'est guères connu que comme un justicier, une espèce de Richelieu sous la tiare, plus grand pourtant que ce Richelieu que je m'obstine à trouver grand, quoiqu'il manque de charme, — oui! plus grand de toute une hauteur de ciel. Richelieu disait qu'il n'avait jamais eu pour ennemis que les ennemis de l'État ; Sixte, qu'il ne craignait que le péché, et non les hommes.

Toute la différence entre ces deux hommes est dans ces deux mots. Grandeur consentie d'Ordre temporel, on n'a jamais pensé à considérer Sixte comme une grandeur d'Ordre divin. Le Justicier terrible a caché le Saint.

Mais, ne nous y trompons pas! Sixte-Quint est bien moins un pape de génie que LE PAPE, dans son indéfectibilité. Rien ne montre mieux ce qui mène la barque de saint Pierre sur les flots des tempêtes humaines que le récit fait par Segretain de cette vie inébranlable et inaltérable, la seule qui fut calme quand tout était agité autour d'elle, au temps effroyable où elle fut. L'admirable histoire des rapports de Sixte avec Henri IV, avec l'Espagne, avec la France, avec la Ligue, est racontée par le nouvel historien, et ces rap-

ports sont, hélas! le dernier magnifique spectacle que la Papauté ait donné au monde qu'elle avait fait, dans ces derniers jours oii il allait lui échapper!

Qu'on lise cela! Que surtout les ennemis du catholicisme apprennent d'un homme qui ne déclame point une seule fois, qui ne crie point et qui s'est peut-être comprimé le cœur pour ne pas crier, en écrivant ces choses désespérées qui, pour lui, sortent de son livre ; qu'ils apprennent ce que fut ce Sixte-Quint qui aima la France, et même Henri IV, mais qui sut résister à Henri, à la France, à la Ligue elle-même, à l'Espngne, la catholique Espagne, qu'il finit par impatienter, — car, chose curieuse ! un prêtre espagnol, en pleine chaire, demanda que Sixte fût déposé comme fauteur d'hérétiques, — et cela pour avoir voulu rester LE PAPE, et n'incliner d'aucun côté les droits de sa paternité sublime. Le détail dans lequel nous ne pouvons entrer, on le trouvera dans Segretain, qui a peint cette figure de Sixte, impersonnelle comme la Sagesse, la Justice et la Charité, avec l'intelligence d'un homme qui a le sentiment delà Papauté.

Dans un tel sujet, qui élève l'artiste au-dessus de ses vaines fantaisies, on regrette pourtant, au nom de l'imagination, mais de l'imagination catholique, que le gardeur de pourceaux dans Sixte n'ait jamais existé, — pas plus que la scène tonitruante de YEgo sum papa! ce cri de combattant pour l'Église à qui sa force était, par l'élection, tout à coup révélée. L'auteur du

Sixte-Quint nie absolument ces deux circonstances que nous aimons comme des légendes; caries légendes sont Fidéal du vrai, et non pas le faux, comme le croient d'imbécilles philosophes. Segretain traite de scurrilités ces histoires de Leti et les dédaigne. C'est la seule chose sur laquelle nous ne sommes pas d'accord avec le spirituel historien. Même humainement, toute cette poésie de haillons, comme il dit, nous a toujours semblé très belle ; mais religieusement, c'est une pourpre. Cela ne rabaisse point Sixte-Quint d'avoir été un de ceux que Jésus-Christ appelle « ses membres » avant d'avoir été son représentant sur la terre, et, au contraire, la grandeur d'un si grand homme se voit mieux quand on la mesure à la profondeur d'abjection dont il est sorti.

(ij

D'après le titre général qu'il a placé au-dessus du titre particulier de son livre sur Gustave III, LéouzoQ-Leduc a le projet de nous donner une série d'histoires, sans autre lien entre elles que la catastrophe qui les termine. Les Couronnes sanglantes ! (2j annonce-t-il. Bon diable de titre en librairie, provoquant admirablement l'abonné du cabinet de lecture, qui voudrait que toute l'histoire du monde fût une Gazette des tribunaux. Pourquoi ne Ta-t-on pas écrit, ce titre-là, en grandes lettres rouges, sur la couverture du volume, ou même surmonté d'une couronne au vermillon, qui dirait encore mieux la chose?...

1. Léouzon-Leduc. Les Couronnes sanglantes: Gustave IH. {Pays, 12 juin 1861.)

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