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qu on fonde sur elles ne sont point de nature à être conservés. G est par cette raison que nous 11e pourrons admettre le genre globicéphale de M. Lesson, qui, jusqu à présent, nous paraît se confondre avec celui des marsouin s.
Mais, si des différences sensibles dans les formes de la tête, telles que nous les envisageons ici, doivent être des raisons suffisantes pour séparer dans des genres distincts les espèces qui se présentent avec ces caractères , il ne faudrait pas en conclure que les ressemblances, à un certain degré, doivent toujours conduire à former des genres naturels. En ce point la simple observation extérieure des animaux est trop grossière pour être un bon guide , et les dauphins me paraissent en offrir la preuve. Si à 1 époque où Lacépède écrivait son histoire naturelle des cétacés , il eût eu une connaissance plus scientifique de ces animaux , ou s’il eût pu les étudier dans l’esprit de la méthode naturelle, il est hors de doute qu’il n aurait pas appelé dents les tubercules de nature plus ou moins cornée que Baussard observait sur le dauphin qu’il a eu occasion de décrire , et il 11e lui serait vraisemblablement pas venu à Fesprit de fonder une division générique sur ce seul caractère. Considérant alors les autres traits, les autres particularités de l’organisation de ce dauphin, il aurait vu que, s’il n’avait pas les nombreuses dents de plusieurs espèces de ee genre, il avait du moins la tête sphérique de quelques-unes , et, en s’arrêtant à ce caractère , il aurait pu le rapprocher du marsouin et de l’épaulardj et, lorsque, plus tard, Fesprit de la méthode naturelle dominait la science, et qu’on avait pu reconnaître la grande variabilité du nombre de dents chez les dauphins des espèces à tête sphérique , il est peu probable qu’on eût pensé à le séparer des marsouins } mais alors la grande impor-
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tance des formes de 3a tête osseuse était appréciée, et la figure que Baussard avait donnée de l'ostéologie de la tête de son dauphin , en faisant voir combien cette ostéologie différait de celle de la tête de tous les autres dauphins , s'opposa à une réunion qu'appelaient des caractères d'une autre nature , mais d'une importance moindre , et le genre hyperoodon fut maintenu malgré l’illégitimité de son origine. On est donc autorisé à conclure , de ces diverses considérations , qu'aujour d'hui encore la sphéricité de la tête pourrait conduire à réunir une espèce de cétacé aux marsouins , si cette espèce n'était connue que par ses formes , que par son organisation extérieure , sans que cependant elle appartînt à ce genre , et que, par conséquent , la ressemblance extérieure des formes de la tête n'est pas suffisante pour fonder un bon caractère générique chez les dauphins.
L'examen critique que nous venons de faire des aifférens caractères qu'on a mis en usage pour fonder et faire distinguer les genres dans la famille des dauphins , en nous montrant qu’aucun d’eux ne présente toutes les conditions que de tels caractères exigent pour former des genres naturels , nous a conduit aussi à faire pressentir que , si les caractères propres à servir de fondemens à de tels genres ne se rencontrent ni dans les organes du mouvement , ni dans ceux de la mastication, ni dans les formes extérieures de la tête , ils se rencontreraient dans la structure osseuse des têtes, devant laquelle disparaissent toutes les ressemblances de formes extérieures qui ne reposeraient pas sur elle. C’est en effet sur les modifications de cette structure que nous avons fait reposer nos distinctions génériques parmi les dauphins. Elles entraînent avec elles , comme il est aisé de le sentir, des conséquences assez grandes pour
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modifier les fonctions des parties où elles se présentent, et changer le naturel des espèces où elles ont lieu. Il résulte de l'application de ces derniers caractères aux dauphins cpie pour nous ces animaux se divisent en sept genres : les delphinorhynques , les dauphins , les inias , les marsouins , les hyperoodons > les narwals et les sousous.
Les delphinorhynques y dont nous avons fait connaître Fostèologie de la tète dans ce discours général , en la présentant comme un type duquel nous rapprocherions les autres tètes osseuses de dauphins, pour en faire sentir les différences , se caractérisent surtout (pl.vn) par un museau excessivement étroit, et d'une longueur comparativement très-grande, qui est quatre fois celle du crâne*, par la courbure, en avant, de l'extrémité postérieure des intermaxillaires (ii), courbure qui entraîne celle des maxillaires (kk), des frontaux (b) et de l'occipital (e)*, par les os du nez (a), enchâssés dans les frontaux et les intermaxillaires *, par l'extrême petitesse de la fosse temporale, l'état rudimentaire des dents, etc.
Les dauphins y proprement dits , dont le museau étroit n'a à peu près que trois fois la longueur du crâne (pl. ix, fig.4et 5), dont les intermaxillaîres(ii), les maxillaires (kk) et les frontaux (c) se relèvent sans se recourber en avant, dont la fosse temporale, fort étroite dans quelques espèces, s'étend sensiblement dans d'autres par le développement qu'acquiert chez celles-ci l'apophyse zygoma tique, et dont les dents sont étroites, coniques et crochues.
Les Inias , qui se distinguent (pl. xi, fîg. i et 2) des dauphins proprement dits parleurs dents mamelliformes, par la grande étendue de la fosse temporale (aa), bordée supérieurement d'une forte crête (bb) , et par îa brièveté de îa fosse orbitaire (cc).
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Les marsouins , caractérisés par la grande largeur du museau (pl. xiv), qui résulte de celle des intermaxillaires (aa), ou des maxillaires (bb), qui ont augmenté la leur en prenant une situation plus horizontale-, par sa briève, qui ne surpasse pas une fois la longueur du crâne , et par les intermaxillaires, les maxillaires et les frontaux (ce), qui se relèvent postérieurement , comme chez les dauphins , sans se recourber en avant comme chez les delphinorhynques. Les dents sont coniques ou comprimées.
Les narwals, très-rapprochés des marsouins par la largeur de leur museau , mais qui se distinguent de tous les genres de dauphins par une ou deux longues défenses horizontales qui sortent de l'extrémité antérieure de leurs maxillaires (pl. xvn , fig. 3) (bb), lorsque les germes de toutes deux se développent. Ordinairement il ne s'en développe qu'un.
Les hyperoodons , dont la tête (pl. ix, fig. i, 2 et 3) acquiert son caractère particulier du développement en crête verticale de la partie moyenne des maxillaires, crête qui descend obliquement en avant , et plus rapidement en arrière. Les dents sont coniques, et il ne s'en développe qu’un très -petit nombre.
Enfin les sousous , qui, outre leur museau long et fort étroit (pl.xvin), se caractérisent par leurs maxillaires (bb), produisant chacun une grande paroi osseuse qui se redresse en forme de voûte au-dessus des narines. Leurs dents sont coniques et crochues (1).
C’est entre ces sept divisions génériques que nous paraissent separtager les dauphins, mais non pas, à beaucoup près , en nombre égal pour toutes. Les genres inias, hyperoodons , narwals et sousous, ne sont fondés chacun que sur une seule espèce-, et, si l’on en rapporte plusieurs
(1) Voyez pour les détails de ces tètes l’explication des figures.
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au genre delphinorhynque, on ne connaît cependant encore que la tête dumicroptère. Les seuls genres dauphin et marsouin sont formés de plusieurs espèces Lien connues-, aussi sont-ce les seuls qu'on puisse regarder comme à peu près définitivement caractérisés ; non pas que les caractères génériques chez ces animaux soient identiques chez toutes les espèces : on trouve des dauphins dont le museau est tout d'une venue avec le crâne, et qui ne présentent point la dépression du bas du front qui caractérise le dauphin commun , par exemple -, et chez les marsouins la sphéricité de la tête a plusieurs degrés, et il en est qui ont des dents coniques, tandis que d'autres les ont comprimées. Or il pourrait arriver que quelque jour ces espèces présentassent dans ces caractères, ou dans d’autres qui s'y ajouteraient, des motifs suffisans pour qu'on en formât des groupes distincts. Ce sont des questions qui, avec bien d'autres, sont réservées aux solutions de l’avenir. Quant à nous, notre but n'a pu être que de faire usage des faits qui aujourd'hui sont acquis à la science, de manière à en faire connaître les rapports, et à faciliter l'appréciation de ceux qu'elle est destinée à acquérir encore.
LES BELPHINORHYNQUES. — Delpliinorhyncus .
Ces dauphins paraissent arriver à une très-grande taille. Une des espèces atteint jusqu’à trente-six pieds de longueur. Ils se distinguent d’abord par leur tête bombée et leur museau étroit et fort long , qui peut ou non être armé de dents coniques et crochues. Le delphinorhynque couronné se trouve abondamment dans les mers du Nord; on ignore quelles sont les mers qu’habitent les deux autres espèces de ce genre. Leur caractère générique principal réside dans la structure de la tête osseuse , comme nous l’avons indiqué dans nos généralités précédentes,
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ïî4
LE DELPHINORHYNQUE MICROPTÉRE.
D. Micropterus,
Cette espèce (pî. g, fig.i) n’est connue que depuis 1825. Jusqu’à cette époque elle n’avait été indiquée par aucune observation | aucune trace* aucune partie de dépouilles, n’avait fait soupçonner son existence $ et c’est sur nos côtes , à l’embouchure de la Seine , qu’elle a été découverte. Depuis , aucun' fait n’est venu se rattachera son histoire. Un seul individu a été vu , et quelques-uns des restes de cet individu sont aux mains de la science. Quelles sont donc les régions éloignées, naturelles à cette espèce, pour qu’elle n’ait été vue qu’une seule fois depuis qu’on étudie les productions de l’Océan ? Et , si en effet elle appartient a des mers lointaines , quelles sont les causes qui ont coucouru à amener sur nos rivages l’individu qu’on y a trouvé? Si, au contraire, elle appartient aux mers voisines, quelles sont ses mœurs, pour qu’elle ait pu se dérober aussi long-temps a nos curieuses recherches ? Car il ne s’agit point d’un animal de nature à échapper , par la médiocrité de sa taille , a la vue des navigateurs , ni que l’on puisse confondre par ses formes et ses proportions avec des espèces déjà connues : ce dauphin doit arriver à une très-grande taille : l’individu très-jeune qui nous l’a fait connaître avait quinze pieds de longueur , et , à l’exception du dauphin couronné , et du dauphin Geoffroy presque aussi rares que lui , aucun autre ne lui ressemble.
M. de Elainville (1) a fait connaître les circonstances de la découverte de ce cétacé. Ce fut le 9 septembre 1825 , en plein jour, que cet animal vint échouer à l’embouchure de la Seine , à un demi-quart de lieue au-dessus du Havre. Il fut aperçu se débattant pour se remettre à flot ; mais, la marée le laissant toujours de plus en plus à sec , il ne tarda pas a être attaqué et tué par ceux qui l’avaient découvert. Il fut transporté au Havre , et pendant quelques jours montré au public. Bientôt on fut contraint , par la mauvaise odeur qu’il répandait, d’enlever ses intestins et de le dépouiller de sa graisse et de ses chairs ; malheureusement ce travail ne fut point dirigé par un naturaliste, et les parties jiepu-
£i) Non y. Buffet, des Sciences, septembre 1820, p, i3g.
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rent être ni observées ni décrites. La peau , contenant la tête , fut cependant conservée ; on lui rendit grossièrement sa forme première, et c’est dans cet état qu’elle arriva à Paris, où elle fut d’abord exposée à la curiosité publique , et enfin acquise par le Muséum d’Histoire naturelle. M. de Blain ville fit au Havre , de ce dauphin , une description que nous rapporterons plus bas, et il le considéra comme appartenant à la même espèce que celui de Dale.
Ayant moi-même reçu une description sommaire et un léger croquis de cet animal , j’en donnai une figure , et je le décrivis sous le nom qu’il avait reçu de M. de Blainville, dans la 33e livraison de mon Histoire naturelle des mammifères.
C’est mon frère qui , après avoir pu observer les formes de la tête osseuse de ce cétacé , reconnut qu’il appartenait à une espèce très-différente de celle du dauphin de Dale , et lui donna le nom de Microptère (i), à cause de la petitesse de sa nageoire dorsale.
M. de Blainville fit la description de ce dauphin , pendant que ceux qui en étaient devenus propriétaires s’occupaient à le dépouiller ; et, comme il n’en a point été fait dans des circonstances plus favorables , nous devons la transcrire.
« Le corps de ce cétacé , dit M. de Blainville , était fusiforme* La ligne dorsale était plus relevée et plus bombée vers l’occiput et au milieu du dos ; au-delà de la nageoire elle se relevait en carène , qui était d’autant plus marquée qu’elle était plus voisine de la nageoire caudale. On remarquait aussi de chaque côté de la queue une indice de carène , mais bien moins longue et bien moins sensible ; le ventre était un peu plus arrondi que le dos. La longeur totale était de quinze pieds , et la circonférence de sept pieds et demi , en arrière des nageoires pectorales. La tête , assez distincte par un rétrécissement du reste du corps , avait deux pieds sept pouces de long de l’extrémité du museau à l’occiput. Le front était aussi fortement bombé à son origine nasale ; l’évent, situé à deux pieds trois pouces de la pointe des mâchoires, avait trois pouces de largeur; il était peu courbé , les cornes en avant. L’œil était assez grand ; il avait deux pouces de diamètre longitudinal , et un peu moins de vertical ; l’ouverture des pau-,
CO Bègne animal , édit, de 1829 , t. j, p, 288,
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pièces n’était cependant que de quinze lignes \ sa supérieure était assez distincte. On n’a pu voir l’ouverture du tympan , ni pendant la vie, ni après la mort. Les mâchoires, prolongées en forme de bec subcylindrique, n’étaient pas séparées du reste de la tête par une sorte de pli radical , comme dans les véritables dauphins ; la supérieure était un peu plus courte et plus étroite que l’autre ; elle offrait en dedans , tout le long du palais , une rigole latérale dans laquelle pénétrait le bord gencival de l’inférieure , tandis que le sien pénétrait dans une rainure semblable de celle-ci. L’ouverture de la bouche était extrêmement grande (deux pieds environ) ; il n’y avait aucune trace de dents sur le bord des mâchoires (i) , non plus que de rugosités au palais ; tout était parfaitement lisse. Les nageoires , ou membres antérieurs, étaient fort petites proportionnellement, puisqu’elles n’avaient que dixhuit pouces de longueur sur six pouces de largeur ; leur forme était ovale , allongée, un peu angulaire vers le milieu du bord postérieur $ leur racine était à trois pieds quatre pouces de l’extrémité du museau. La nageoire dorsale était également fort petite, surbaissée, triangulaire, arquée et recourbée à l’extrémité j elle commençait à neuf pieds onze lignes de l’extrémité du museau , avait dix pouces de bord et onze de hauteur à son sommet. La nageoire caudale était fort large ; ses deux cornes, assez arquées et un peu pointues , comprenaient entre elles une longueur de trois pieds. L’ouverture de la vulve avait presque huit pouces de longueur ; l’anus en était à environ un pouce en arrière : de chaque côté de la première était le pli des mamelles, qui avaient trois à quatre pouces de long.
» La couleur générale était d’un gris luisant , plus foncé en dessus et blanchâtre en dessous 5 la peau , qui offrait la structure de celle des cétacés , était lisse partout, si ce n’est sous la gorge, où M. le docteur Surriray m’a dit avoir observé quatre fentes parallèles , longues de cinq à six pouces , et de trois ou quatre lignes dans leur plus grande largeur. »
M. de Blainville n’a rien observé des viscères 5 il sait seulement, par M. le docteur Surriray , qu’il y avait trois estomacs , comme dans la plupart des espèces de ce genre , et que le reste du canal intestinal était très-grêle et très-long.
(1) Quelques-unes, à l’état rudimentaire, ont été trouvées dans les maxillaires inférieurs après qu’ils ont été dépouillés de leurs chairs.
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Il a pu examiner une partie du squelette et le crâne assez incomplètement. Le système osseux de la colonne vertébrale était, comme dans toutes les espèces de ce groupe, très-solidement établi. Les vertèbres , peu mobiles entre elles , et réunies par un. tissu fibreux , court et serré , avec une petite quantité de matière comme graisseuse , mais réellement mucoso-gélatineuse au milieu, étaient au nombre de neuf au dos, quinze à vingt à la queue, et sept disposées comme les dauphins , au cou. Les côtes n’étaient qu’au nombre de neuf, dont six sternales.
La tête osseuse de cette espèce se trouve décrite en détail dans nos généralités sur les dauphins. Elle montre des rapports nouveaux entre les os qui la composent , rapports sur lesquels nous avons cru devoir fonder les caractères du groupe dont le delphinorhynque microptère présente le type.
LE DELPHINORHYNQUE COURONNÉ.— D. Coronalus.
C’est à M. de Fréminville , officier de marine et savant fort distingué , que l’on doit la découverte de cette espèce de dauphin ; et la seule description originale qui en ait été donnée date de 1 8 1 8 (8). C’est cette description en effet qui a été copiée dans tous les ouvrages oiil’on fait connaître ce dauphin (2) ; je la tirai d’un mémoire que M. de Fréminville communiqua en 1818 à la Société Philomathique. Je puis heureusement donner aujourd’hui ce mémoire lui-même; et, quoiqu’il contienne des observations étrangères à l’espèce du dauphin couronné , je ne les retrancherai pas. Des observations d’histoire naturelle , quelles qu’elles soient, sur les cétacés, sont trop précieuses pour qu’on ne doive pas les conserver avec soin, quand elles viennent d’un marin et d’un observateur aussi éclairé que M. de Fréminville.
« L’histoire des mammifères cétacés est une des parties les moins connues delà zoologie; et, malgré les progrès que lui ont fait faire Linné, Bonnaterne, Lacépède, etc., elle offre aux naturalistes un vaste champ, où restent encore beaucoup d’observations nouvelles à recueillir, de faits importans à constater, d’espèces inconnues à décrire.
(0 Bulletin des Scienees , p. 6,9.
(2) Dcsmarets , Mammal., esp. 754,p. 5 1 2. G, Cuvier, Ossem. foss., I. v, p. 278. tesson , Cétacés , p. i5i.
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» Mais l’étude de ces animaux présente un si grand nombre de difficultés , tant d’obstacles se réunissent pour s’opposer aux efforts et au zèle de l’observateur, que de long-temps encore elle ne pourra être suffisamment approfondie. En effet , comment examiner et décrire avec l’attention et les détails indispensables pour les progrès de la science , des êtres vaguant sans cesse dans l’immensité de l’Océan , évitant l’approche des domaines de l’espèce humaine, habitant de préférence les mers les moins fréquentées , celles surtout qu’enchaînent les plaines de glace de l’un et de l’autre pôle ? Comment observer en naturaliste des animaux qui ne s’offrent aux yeux du navigateur que par hasard, ne lui offrent le plus souvent qu’une partie de leur énorme masse, et disparaissent ensuite pour jamais à ses regards ?
3» Aussi, si l’on excepte les espèces extrêmement communes, telles que le dauphin commun , le marsouin , etc. , et celles que le hasard a fait échouer quelquefois sur les côtes, tout le reste, de ce qui concerne les cétacés, n’est que confusion et qu’erreurs, les naturalistes n’ayant eu à leur égard d’autres bases de leurs travaux que les relations tronquées et souvent absurdes des pêcheurs baleiniers ; et même quand les rapports de ceux-ci ne seraient pas tout-à -fait sans fondement, ils sont toujoursbien insuffîsans pour ’histoire naturelle, étant faits par des hommes qui n’approfondissent rien, et n’ont d’ailleurs aucune teinture de cette science. Toutes leurs connaissances , sous ce rapport , se bornent à savoir distinguer les baleines d’avec les autres cétacés. Ils savent fort bien que les baleines ont seules des fanons, parce que cette partie est un objet de spéculation pour eux. Ils reconnaissent même deux espèces de baleines , les grosses et celles dont le corps est allongé ; tout ce qu’ils ont rapporté au sujet de ces deux sortes de baleines a été généralement appliqué par les zoologistes à la baleine franche , balœna mysticetus et au gibbar balccna phy salus .
j) Il est néanmoins certain que parmi ces deux espèces de baleines , les pêcheurs confondent beaucoup d’autres espèces distinctes, et dont la plupart nous sont inconnues. J’ai eu occasion de m’en convaincre par le fait suivant. Pendant l’expédition de 1806 au pôle boréal, durant laquelle j’ai été à bord de plusieurs navires baleiniers, j’ai remarqué que, parmi les queues des baleines qu’ils avaient prises , et qu’ils ne manquent pas d’attacher
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à l’avant comme un trophée, témoignage de leur courage et de leur adresse , il en était de formes très-différentes, et qui avaient appartenu sans doute à des espèces encore inconnues. On ne peut donc rien statuer sur les récits des pêcheurs ; mais il serait à désirer que des observateurs plus judicieux fissent avec eux une ou deux campagnes; leurs travaux répandraient un jour tout nouveau , sans doute , sur l’histoire des cétacés.
» Pendant l’expédition autour du pôle boréal , de laquelle je faisais partie , je m’étais promis défaire sur ces animaux toutes les observations qui seraient en mon pouvoir ; et, malgré l’insuffisance de mes moyens, j’espérais pouvoir mieux au moins que les pêcheurs baleiniers rendre quelques services à la zoologie; mais j ’avais d’autres difficultés à vaincre : le bâtiment que je montais , spécialement destiné à des travaux géographiques et à des opérations militaires , ne pouvait employer à la pêche des animaux marins un temps précieux pour le succès de sa mission : ce ne fut donc qu’au hasard que je dus la rencontre des différens cétacés que j’ai été à même d’observer ; et, quoique nous en ayons quelquefois harponné plusieurs, ils furent presque toujours perdus pour nous ; la forme défectueuse et la faiblesse de nos instrumens de pêche, bien inférieurs sous tous les raports à ceux des Anglais , les rendant incapables de résister aux efforts violens que font ces animaux dès qu’ils se sentent blessés.
» La seule espèce que je puisse décrire avec certitude est un dauphin qui paraît n’avoir pas été connu jusqu’à présent, et qui surpasse en dimensions toutes les autres espèces de ce genre.
w Sa forme générale est allongée ; sa longueur totale , la plus ordinaire, est de dix mètres ; mais j’en ai vu qui pouvaient en avoir près de douze, depuis l’extrémité de la mâchoire inférieure jusqu’à l’extrémité de la nageoire caudale. La circonférence est de cinq mètres un décimètre ; la tête est petite relativement au volume général du corps ; le front est convexe , obtus ; les mâchoires sont prolongées en un bec fort pointu ; l’inférieure est la plus longue , et elle est armée de quarante-huit petites dents coniques , très-aiguës; on en compte seulement trente à la mâchoire supérieure.
)) La nageoire dorsale , en forme de demi-croissant , se trouve placée plus près de la queue que de la tête ; la caudale forme un croissant entier; les deux pectorales sont de médiocre grandeur.)
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» La couleur de ce dauphin est d’un noir uniforme , tant en dessus qu’en dessous ; mais ce qui le caractérise principalement, sont deux cercles jaunes concentriques placés sur le front : cette particularité le distingue éminemment des espèces déjà décrites. Le plus grand cercle a neuf décimètres de diamètre, l’intérieur en a à peu près sept. Cette circonstance m’a déterminé à donner à cette espèce, que je crois nouvelle, le nom de dauphin couronné , delphinus coronatus.
3> Le dauphin couronné est commun dans la mer Glaciale. J’ai commencé à le rencontrer vers le 74e degré de latitude nord; mais ce n’est qu’entre les grandes îles de glace qui avoisinent le Spitzherg , entre le 77e et le 80e degré de latitude , qu’on le trouve en troupes nombreuses : souvent, pendant les calmes , qui , en été , sont fréquens dans ces parages, nous en étions environnés. Ces animaux paraissaient si peu déhans, qu’ils venaient jeter le long du bord l’eau qu’ils lançaient parleur évent. Ils lancent cette eau avec bruit, et avec une force telle, qu’elle en est divisée aussitôt au point de n’avoir que l’apparence d’une légère vapeur. Leur jet ne s’élève pas à plus de deux mètres. Ils nagent en décrivant des arcs de cercle comme les autres espèces du même genre.
3j Ce dauphin m’a paru tellement répandu autour du Spitzberg , que je ne puis douter qu’il n’ait été vu souvent par les pêcheurs baleiniers ; il serait même possible qu’il eût déjà été mal décrit et confondu avec le D. Nesarnak, figuré dans l’Encyclopédie méthodique, planche 2 des cétacés, figures 1 et 2 : c’est au moins la seule espèce avec laquelle il ait quelque rapport; mais la forme de la tête , celle du museau et des nageoires, les bandes jaunes de la tête suffisent pour l’en distinguer.
3) Le temps et les circonstances, qui ne m’ont pas permis de joindre à cette description aucuns détails anatomiques, la rendent sans doute très-incomplète ; mais elle suffira du moins pour signaler désormais cette espèce, et la famé reconnaître à des observateurs qui , plus heureux, la termineront de manière à ne plus rien laisser à désirer aux naturalistes. «
DELPHÏINOEHYNQUE DE GEOFFROY. — D. Fvontatus.
Cette espèce n’est encore fondée que sur les dépouilles d’un individu.
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M. Geoffroy , ayant été chargé en 1810 de visiter, a Madrid et à Lisbonne, les collections d’histoire naturelle appartenant aux gouvernemens d’Espagne et de Portugal, afin de recueillir les objets propres à enrichir les collections du Muséum de Paris, découvrit ces dépouilles dans la dernière de ces villes, et y reconnut les caractères d’une espèce nouvelle. Mais ces restes de dauphin ne présentent point par eux-mêmes les couleurs naturelles de l’animal, ils sont recouverts d’une couche de peinture, et, pour les admettre comme représentant les caractères de leur espèce, il faut supposer cpie ces couleurs ne sont que la fidèle imitation de celles qu’avait l’animal de son vivant. On voit combien est étroite la base sur laquelle repose cette espèce de dauphin, dont on ne connaît d’ailleurs l’origine sous aucun rapport : cependant ces restes gardent un caractère que leur préparation, pour les conserver, n’a pu altérer : c’est la forme de la tête et le nombre des dents ; et ces caractères, ne rattachant l’individu qui les présente à aucune espèce connue , fondent les caractères d’une espèce nouvelle.
Toute l’histoire de cettç espèce de dauphin ne peut donc consister aujourd’hui que dans les formes de la tête, les mesures proportionnelles et les couleurs des différentes parties de l’individu que nous avons à décrire.
A la vérité, on pourrait penser avec mon frère que la figure qui fut envoyée du Canada à Duhamel, sous le nom de marsouin blanc (i), et qui en effet représente un animal à front trèsbombé et à museau mince et allongé , est celle d’un individu de l’espèce qui nous occupe : alors on dirait dé plus dans son histoire qu’elle est américaine ; mais Duhamel se borne à ajouter a ce que nous venons de rappeler que cet individu avait douze pieds de longueur : il ne dit rien de ses autres caractères ; et la figure tronquée qu’il donne est si défectueuse, qu’on ne peut y avoir confiance : d’ailleurs le dauphin de Geoffroy ne pourrait , dans aucun cas, être considéré comme un animal blanc.
Nous pensons donc qu’il est prudent de n’attribuer a cette espèce que les caractères qu’on peut tirer du seul individu qui la représente, et qui, par lui-même, prête suffisamment aux con-
(i) Trait 3 des Pêches, 11e partie, section x, chapitre 2, page 4i, planche x, figure 4.
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jectures, sans qu’il soit besoin d’y ajouter celles qui pourraient être suggérées d’ailleurs.
Le dauphin de Geoffroy est remarquable par la forme de sa tète et par l’allongement et l’étrécissement de ses mâchoires; son front, très-bombé et très-arrondi, forme presque, avec le dessus de la mâchoire supérieure, un angle droit. Les mâchoires minces et étroites, c’est-à-dire comprimées dans tous les sens, rattachent ce dauphin aux delphinorhynques. Ses dents sont au nombre de vingt-quatre à vingt-cinq de chaque côté de l’une et de l’autre mâchoire, et les dernières paraissent plus émoussées que les antérieures. La nageoire dorsale ne paraît consister qu’en un pli de la peau, qui a deux pieds de long et dix-huit lignes seulement de hauteur; les pectorales sont longues d’un pied, et elles sont en forme de faux; la caudale, échancrée dans son milieu, a dixhuit pouces d’une de ses extrémités à l’autre; la commissure des mâchoires est à dix pouces de leur extrémité, et la nageoire dorsale commence à deux pieds du sommet de la tête, qui porte l’ouverture de l’évent, laquelle se trouve immédiatement audessus des yeux, et sa partie concave est du côté du dos.
La longueur totale de l’animal est de sept pieds; ses couleurs connues, nous l’avons dit, sont artificielles ; mais il ]est permi de supposer qu’elles représentent celles de l’animal avant sa mort. Cependant une crainte nous arrête î la couleur du dos ne doitelle pas représenter celle que les naturalistes sont convenus de désigner par ces mots : plombé ou gris plombé ? Si mon doute était fondé, les couleurs artificielles de cet animal ne seraient plus fidèles. Quoi qu’il en soit, ce dauphin a toutes les parties supérieures du corps elles mâchoires d’un gris peu foncé, et toutes les parties inférieures, remontant au-dessus des yeux, d’un blanc pur; les nageoires sont d’un blanc roussâtre , même celle du dos.
LES DAUPHINS PROPREMENT DITS. — Delphi nus.
De toutes les espèces de ces dauphins qui sont connues par des descriptions et des figures , aucune ne présente une très-grande taille. Celle dont le corps est le plus long a de huit à neuf pieds. On les reconnaît comme appartenant à
DES DAUPHINS
ce genre au bec dont se forme leur museau, bien moins allongé et bien moins étroit que celui des delpliinorhynques, et chez quelques espèces séparé de la partie cérébrale, qui est bombée par une dépression marquée. D’autres espèces ont leur bec tout d’une venue avec ces parties cérébrales et sans dépression; enfin il en est une qui manque de l’appendice cutané qu’on a appelé nageoire dorsale , tandis que toutes les autres en sont pourvues. Ces dauphins se rencontrent dans toutes les mers. Nous avons fait connaî- Ire dans nos généralités sur ces annimaux les principaux caractères ostéologiques de leur tête. (Pl.x. fig. 1.)
LE DAUPHTN VULGAIRE. — D. delphis.
Cette espèce est celle qui se montre le plus communément près de nos rivages; on la rencontre dans la Méditerranée comme dans l’Océan et dans les mers du Nord, comme dans celles qui se rapprochent de l’équateur. Son corps fusiforme, la couche de graisse dont elle est revêtue, les muscles vigoureux de sa queue, concourent pour les mouvemens a en faire une espèce essentiellement aquatique. Elle vit en troupes nombreuses, et semble ne rencontrer dans la nature aucun obstacle a son activité ; les mers du globe entier lui sont ouvertes, et on ne lui connaît point d’ennemis auxquels elle ne paraisse pouvoir échapper.
Lorsque ces animaux rencontrent un vaisseau voguant à pleines voiles, on dirait qu’ils se complaisent à lutter de vitesse avec lui, et a se faire un jeu de leurs efforts, par la variété et la légèreté de leurs mouvemens, par leurs bonds rapides, leurs culbutes multipliées, par tous les caprices enfin d’une activité qui paraît sans but , et surtout sans utilité pour ceux qui l’exercent. Les dauphins remontent aussi quelquefois dans les fleuves, et les individus qui y ont été observés y sont demeurés assez longtemps pour qu’il ait été permis de penser qu’ils vivraient aussi facilement dans les eaux douces que dans l’eau de la mer, s’ils y rencontraient une nourriture suffisante.
Malgré l’abondance de ces animaux, et la sécurité au milieu de laquelle ils paraissent constamment vivre ; quoique de toutes les espèces du genre des dauphins ce soit celle qu’on est à portée
de mieux observer chez nous, et que des individus isolés viennent fréquemment échouer sur nos côtes, ou se prendre dans les filets de nos pêcheurs; quoique cette espèce enfin ait été connue des anciens, qu’on la trouve gravée sur leurs monumens, et qu’ils en parlent dans leurs ouvrages , nous ne possédons encore que bien peu d’élémens de son histoire : on en a tracé de bonnes figures; ses couleurs, les formes et les proportions de ses différentes parties ont été décrites ; on à étudié son organisation; 011 a expliqué quelques-unes des fonctions qui lui sont spécialement propres, et que la connaissance des autres animaux ne pouvait point expliquer ; mais plusieurs de ces fonctions restent encore cachées sous un voile épais, et l’on ne sait à peu près rien d’assez précis, d’assez vrai, sur son naturel, sur ses mœurs, pour avoir pu déterminer les causes efficientes de ses actions. On a vu l’enveloppe du mécanisme, plusieurs des rouages dont il se compose ont été étudiés, on a déterminé les effets de quelques-uns d’entre eux, mais on nJa point pénétré jusqu’à la force qui les met en mouvement, ni par conséquent jusqu’aux rapports de ces raouvemens avec ceux du mécanisme général de la nature, dont ils font partie, et à l’harmonie duquel ils paraissent prendre une si grande part.
Les anciens, malheureusement, commeon le sait, ne décrivaient pas les animaux dont ils parlent. O11 dirait qu’ils n’eurent l’intention d’écrire sur l’histoire naturelle que pour leur nation ; qu’ils supposèrent que leur langue ne pouvait point s’altérer, que la tradition conserverait toujours aux noms des animaux la même signification, qu’aucune révolution sociale en un mot ne viendrait creuser un abîme entre leur siècle et ceux qui lui succéderaient. Cette erreur si grave des anciens, et qui rend la science qu’ils avaient acquise si peu profitable aux modernes , eux-mêmes en ont été les victimes, en ont subi les conséquences, et le dauphin en est un exemple. Aristote applique incontestablement ce nom à de véritables dauphins ; car on a trouvé, dans ce qu’il en rapporte, des particularités qui ne peuvent pas convenir à d’autres animaux. Ï1 connaissait aussi les requins: il les caractérise comme genre, et en distingue plusieurs espèces, auxquelles il donne des noms particuliers : eh bien, malgré l’étendue et la profondeur de sa science, nous le voyons donner aux dauphins un des caractères essentiels des requins, en supposant que les premiers
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sont obligés de se renverser pour saisir leur proie, parce qu’ils auraient la bouche ouverte en dessous du museau (i); ce qui ne peut convenir qu’aux seconds. Aristote même assimila, sous ce rapport, ces deux genres d’animaux ; ce qui ferait supposer que le nom de dauphin était aussi appliqué à quelques-uns des genres de poissons dont l’ouverture de la bouche est en dessous ; mais çette circonstance elle-même serait une preuve des graves inconvéniens qu’il y a, en histoire naturelle, à ne point décrire et à ne point nommer avec exactitude les êtres dont on parle. Ces inconvéniens se font encore plus fortement sentir lorsqu’on s’éloigne d’Aristote, et qu’on descend aux auteurs qui lui succédèrent, soit comme compilateurs ou historiens, soit à tout autre titre. Pline (2) ne se contente plus de placer la bouche des dauphins au-dessous de leur museau; il leur donne une nageoire épineuse, arme puissante, au moyen de laquelle ils combattent et domptent le crocodile, et qu’ils savent abaisser et rendre inoffensive quand ils pourraient craindre d’en faire usage.
Pour Oppien, les cétacés, genre si bien caractérisé par Aristote, et auquel le dauphin appartient, ne sont plus guère que des requins (3) ; le dauphin n’en fait plus partie, il dépend d’un genre différent; mais Oppien a une idée si peu exacte de cet animal qu’il ne voit aucune difficulté a le faire sortir de la mer, au son de la flûte des bergers, pour accompagner les brebis et goûter avec elles le repos et l’ombre des bois (4).
Cependant il faut reconnaître que, sous quelques rapports, ce que ce poète attribue au dauphin , dans plusieurs chants de ses halieutiques, mérite toute l’attention des naturalistes, par les notions justes qui s’y trouvent.
OElien ne se soustrait point entièrement à la confusion que font ses prédécesseurs, en donnant le nom de dauphin à une espèce de cétacé et à une espèce de requin ; ce qui altère grossièrement quelques-unes de ses intéressantes histoires relatives aux actions des dauphins : et ces histoires, répétées sans critiques par ceux qui sont venus depuis, n’en sont pas devenues plus
(1) Hist. Anim. , lib. vm , cap. 2.
(2) Histoire naturelle , liv. ix , chap. 8.
(3) Halieutiques , chant Ier.
(4) Chant 5.
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vraisemblables pour avoir été admises par un plus grand nombre d’historiens.
Il ne suffirait cependant pas de rassembler, des récits des anciens , ce qui appartient évidemment à des dauphins , pour composer l’histoire de cette espèce. Par là on s’exposerait à appliquer; à une même espèce des notions qui appartiennent k plusieurs; car il est trop évident que, sous ce nom de dauphin, même quand il ne s’agit que d’animaux de ce genre, les anciens ont dû confondre des espèces étrangères l’une à l’autre.
En effet, quoiqu’ils aient distingué des dauphins par des noms différens, tels que ceux de delphis , de tursio, d 'curies marinus, il leur aurait été bien plus difficile qu’à nous de ne jamais rapporter les notions qu’ils acquéraient sur une espèce qu’à cette espèce elle-même. Or un des travaux des naturalistes modernes qui présente le plus d’obstacles, qui exige les connaissances les plus étendues, et la pénétration la plus grande, est celui qui consiste à faire la part de chaque espèce dans les observations de toute nature où ils sont obligés de puiser les élémens dont ils constituent la science ; et cependant nous avons sur les anciens l’avantage d’une méthode plus rigoureuse dans l’observation des faits et dans l’établissement de leurs rapports.
Pour ce qui concerne les caractères et le naturel du dauphin proprement dit, les observations des anciens ne peuvent pas être d’un très-grand secours aux naturalistes modernes. Tout ce qu’ils ont vu, tout ce qu’ils ont rapporté, sous des couleurs plus ou moins vraies, n’est guère propre à répandre quelques lumières que sur l’histoire générale des dauphins : c’est pourquoi nous avons fait à peu près mention de tout ce qu’ils nous ont appris sur ces animaux , dans la partie de notre travail où nous les envisageons d’une manière générale : mais, sous ce point de vue, et en ce qui concerne surtout le naturel et les mœurs de ces cétacés, les anciens ne doivent point être négligés, car, malgré leurs exagérations, malgré leurs erreurs mêmes , ils rapportent du moins des faits , et à cet égard ils nous paraissent aussi supérieurs aux modernes que ceux-ci le sont aux premiers en ce qui concerne les caractères physiques et l’organisation.
Toutefois , si ce que les anciens ont écrit des dauphins ne peut être attribué avec certitude au dauphin proprement dit, il n’en
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est pas de même souvent des représentations qu’ils ont données de cet animal. Certaines de leurs figures du dauphin rappellent très-exactement l’espèce que nous entendons désigner par ce nom. Ainsi la dénomination de dauphin avait pour eux comme pour nous un sens bien déterminé , mais seulement quand ils l’appliquaient à l’animal que représente certaines de leurs figures de dauphinj et c’est Belon , je crois, qui le premier a fait connaître quelle était véritablement l’espèce à laquelle cette dénomination appartenait chez les anciens ; ce qui l’a conduit à établir la synonymie de cette espèce, du moins en ce qui concerne les noms qu’elle reçoit chez les modernes, et surtout en France.
C’est par le nom d’oie de mer que nos pêcheurs ont désigné le dauphin : l’espèce de bec aplati , déprimé , que forment ses mâchoires , est le caractère qui les a portés à donner un nom si singulier à cet animal , nom qui se conserve encore aujourd’hui sur quelques-unes de nos côtes. Il a également reçu celui de cochon de mer, de marsouin , qui sont , l’un , la traduction du nom allemand mer swein ; l’autre , la contraction de ce nom que l’on trouve dans la plupart des langues germaniques, et dont le sens fait allusion à la couche graisseuse qui s’accumule sous la peau des dauphins , comme sous celle des cochons.
Depuis le travail si lumineux de Belon sur le dauphin , les naturalistes n’ont plus fait de confusion relativement à cette espèce ; ils se sont assez généralement entendus sur les caractères qui devaient la distinguer des autres 5 mais les observations dont elle a pu être le sujet ont été bien peu nombreuses , et l’on s’est généralement moins attaché à en faire de nouvelles qu’a présenter celles qu’on avait acquises , conformément à l’esprit qui dominait la science, au moment où l’on écrivait. Ainsi Rondelet , mais surtout Gesner , Aldrovande , ne parlent guère du dauphin qu’en érudits ; et les auteurs modernes se sont principalement attachés à en faire connaître les organes; mais ils se sont livrés à leurs recherches dans des vues différentes ; ce qui est cause de la diversité des résultats de leurs travaux : les uns n’ayant guère eu d’autre but que d’établir entre les espèces des caractères distinctifs , les autres ayant eu de plus pour objet la connaissance de l’organisation et des rapports qui peuvent être fondés sur elle.
A l’époque çle la renaissance des lettres , les naturalistes se
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Seraient trouvés dans une fort heureuse situation , si la science eût été alors assez avancée pour les porter à se livrer à l’étude de l’espèce qui nous occupe , mais surtout à l’étude de son organisation ; car à cette époque la chair du dauphin était aussi recherchée qu’elle est dédaignée aujourd’hui 5 son prix était fort élevé ; elle ne paraissait que sur la table des riches , et était préférée à la chair de tous les poissons. C’est ce que tous les auteurs du seizième siècle qui ont écrit sur ces animaux nous apprennent , et ce qui a mis plusieurs d’entre eux dans le cas de nous parler des dauphins d’après leurs propres observations.
Mais c’est en France surtout que la chair du dauphin était goûtée , et le temps du carême était celui où il s’en consommait le plus ; car, dans ces siècles si peu avancés dans les connaissances naturelles , tous les cétacés étaient considérés comme des poissons. (£et usage ne paraît pas s’être établi dans tous les autres pays catholiques, lesquels, conséquemment, n’auraient pas procuré aux naturalistes l’avantage de pouvoir se livrer à l’étude des dauphins , comme la France. Les motifs de ces différences ne sont -pas partout les mêmes. D’après les recherches spéciales de Belon , il paraît que le dauphin était trop rare dans les mers d’Italie pour que l’usage de s’en nourrir eût pu s’introduire dans ce pays , et les Grecs , à l’imitation de leurs ancêtres, avaient des idées si particulières sur le naturel du dauphin , éprouvaient pour cette espèce un sentiment si affectueux, et croyaient si fortement que cette affection était partagée par elle, qu’il n’a jamais pu venir dans leur esprit de s’en nourrir. Il paraît qu’à l’époque où Belon visita la Grèce toutes ces histoires des rapports sympathiques du dauphin avec l’espèce humaine, que l’imagination des anciens Grecs sut revêtir de si brillantes couleurs , se racontaient et s’écoutaient encore avec toute la confiance qu’011 leur accordait à leur origine ; et si mettre à mort un dauphin n’était pas, aux yeux des Grecs modernes, un sacrilège , c’était peut-être autant qu’un homicide. Ces croyances, tout- à-fait opposées à celles qui en France auraient été si favorables à l’étude organique des dauphins , se trouvaient au moins très-favorables à leur étude morale , si aucune espèce de science à cette époque eût pu être cultivée en Grèce. Nous ignorons si aujourd’hui l’histoire d 'Arion, celle du lac
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Lucrin , etc. , ont conservé sur les esprits , dans cette belle contrée , l’empire qu’elles exercèrent si heureusement autrefois sur eux 5 mais , dans le cas où les mêmes croyances s’y seraient perpétuées , où les mêmes sympathies pour les dauphins s’y retrouveraient , on doit faire des vœux pour que l’étude morale de ces animaux attire l’attention des hommes éclairés qu’elle doit produire sous le gouvernement plus humain qui s’est aujourd’hui chargé de sa prospérité.
Belon a donné, d’après nature , des parties extérieures du dauphins et de ses dents , une description presque aussi détaillée et aussi exacte que celle qu’on pourrait en donner aujourd’hui , et la figure qui accompagne cette description donne elle-même de cet animal une idée assez précise. C’est aussi d’après nature, et en en donnant une figure originale , que Rondelet parle du dauphin , et il expose sur cet animal des faits anatomiques et des explications physiologiques dont Belon ne s’était point occupé.
Les faits anatomiques , tout incomplets que sont plusieurs d’entre eux , ajoutent cependant quelques connaissances positives a l’histoire naturelle de cette espèce. Ceux qui ont pour objet les fonctions sont beaucoup moins heureux -, ainsi, ayant cru, comme Aristote , observer chez une femelle deux orifices a l’endroit que devaient occuper les mamelons , il s’exprime ainsi, à l’imitation du philosophe grec (i) : « A VenLour de sa nature ell’ha des mamelles sans bout ou papillons , au lieu desquels ha deux petits tuyaux , un deçà , Vautre delà, par lesquels sort le laictj qui est reçu par les petits suivant leur mère (2). » Cette erreur, Rondelet ne l’aurait ni répétée ni commise s’il eût examiné plus attentivement les tuyaux dont il parle j car alors il aurait reconnu que ces prétendus tuyaux ne consistaient qu’en deux plis au fond desquels se trouvaient les mamelons, plis qui s’effacaient, et laissaient h découvert ces mamelons lorsque les mamelles se trouvaient gonflées par le lait ; et cette première observation l’aurait dispensé de donner de l’allaitement des petits cette explication singulière , dont il n’a pas même osé aborder les difficultés : que les petits reçoivent le lait en suivant
(1) Arist., lib. n, cap. xm.
(2) Hist. entière des Poissons, p. 346,
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leîtr mère. A plusieurs erreurs de ce genre Rondelet joint , sans critique, ou en les expliquant arbitrairement, les faits qu’il trouve chez les anciens ; ce qui le place , comme naturaliste , fort au-dessous de Bélon , si remarquable par la droiture de sens qui préside à tous ses récits.
Gesner (i) compile les anciens, et donne des extraits de Belon et de Rondelet avec leurs figures du dauphin , et en évitant quelques-unes des erreurs de ce dernier.
Il en est à peu près de même d’Aldrovande (2), qui donne deux figures originales de dauphin dont il serait difficile de déterminer les caractères. Johnston (3), compilateur moins éclairé que ses prédécesseurs, les copie sans les rectifier. Worinius (4), que l’on cite encore au nombre des premiers auteurs qui ont parlé du dauphin, ne dit rien qui puisse ajouter le moins du monde a l’histoire de cette espèce ; et l’on peut en dire autant de Charleton (5), et même de Sibbald (6), qui ne fait guère que nommer le dauphin, et comparer sa taille à celle du marsouin. Willughby (y) copie Rondelet, et donne pour figure du dauphin celle que celui-ci en a donnée. Rai caractérise le dauphin comparativement avec le marsouin (8), etc.
Martens, Eggede, Anderson, Oth-Frid-Muller, Oth-Fabricius, et la plupart de ceux qui ont écrit sur l’histoire naturelle des contrées maritimes du Nord, parlent du dauphin avec plus ou moins de détails , mais sans rien ajouter d’essentiel à ce que leurs prédécesseurs avaient fait connaître ; et tous , conformément à l’esprit de leur temps , se sont attachés à décrire les organes , plutôt qu’à retracer le naturel et à peindre les mœurs : mais , sur cette organisation elle-même , c’est aux anatomistes modernes qu’il faut avoir recours pour en prendre une connaissance quelque peu exact,
(ï)De Aquatilibus, p. Srg.
(2) De Cetis, p. 701.
(3\Des Piscibus, p, 218.
(4) Musæum, p. 288.
(5) Exerc. pisc. p. 47.
(6) Scotia illustrale, 1. 11, p. 11, p. 28*
(7) De Historia Piscium, etc., p. 22, t, 1, fîg. A, 1,
(8) Synop, mat. pise., p. 12.
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Des diverses notions que l’on peut puiser dans les sources nombreuses et variées que nous venons d’indiquer , ne résulte donc qu’une histoire bien imparfaite encore de l’espèce de cétacé à laquelle les anciens donnèrent le nom de dauphin.
Ce nom est celui qu’on donne aujourd’hui chez nous à cette espèce en histoire naturelle* et que notre langue a adopté. Il n’est, au reste, que le nom grec <fsx®/v , que les Latins avaient déjà traduit par delphinus , d’oii il paraît être immédiatement passé dans la langue italienne, qui l’écrit et le prononce delfino .
Ce nom n’était point encore français au quinzième siècle. Les pêcheurs de nos côtes, qui avaient besoin de désigner le dauphin, avaient tiré son nom des analogies qu’ils trouvaient en lui avec les animaux qu’ils connaissaient; nom qui , par conséquent, a pu différer suivant les populations : d’autres l’empruntèrent aux nations qui les avaient précédées dans la connaissance de cette espèce.
Tels ont été , par exemple , les noms d 'oie de mer et de bec d 'oie , donnés au dauphin à cause de la forme de son museau , et celui de marsouin , dérivé des langues germaniques, qui , comme nous l’avons dit plus haut, signifie cochon de mer, et a été donné à cet animal à cause de l’épaisse couche de lard qui se développe sous sa peau , etc.
Le dauphin ne paraît jamais acquérir au-delà de six à huit pieds de longeur. Son corps , fusiforme , est plus effilé du côté de la queue que du côté de la tête, et sa plus grande épaisseur se trouve un peu en avant de l’appendice adipeux, qu’on nomme nageoire dorsale, et est de seize à dix-huit pouces. Des membres antérieurs en forme de nageoires se trouvent sur les côtés de la poitrine , et l’on ne voit à l’extérieur aucune trace de membres postérieurs, à l’exception de la queue. La tête n’est point distincte du cou ; le front se termine en s’arrondissant et en descendant sur le museau, qui est déprimé, et qu’on a généralement comparé à un bec d’oie.
La nageoire dorsale est située un peu en arrière du milieu du dos; son bord antérieur se courbe d’avant en arrière, et son bord postérieur est légèrement concave ; sa hauteur en ligne droite est d’environ neuf pouces. Les nageoires pectorales , à vingt-deux pouces du bout de la mâchoire inférieure , un peu plus longues que la nageoire dorsale, mais plus étroites, sont;
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arrondies à leurs bords antérieur et postérieur , et légèrement vers l’extrémité de celui-ci. La nageoire caudale, en forme de croissant, est] divisée en deux parties par une échancrure moyenne, et sa largeur est d’environ un pied.
L’œil , d’une grandeur médiocre , ayant une pupille en forme de cœur, et la membrane nommée ruichienne d’une brillante couleur d’or, est garni de paupières, et situé au-dessus et à trois pouces en arrière de la commissure de la bouche ; il est à quatorze ou quinze pouces du bout du museau. L’évent, simple , en forme de croissant ayant les cornes dirigées en avant , se trouve au sommet du front et à la même distance du bout du museau que les yeux.
L’oreille ne se montre au dehors que par une ouverture à peine assez grande pour qu’une épingle puisse y être introduite.
La langue, douce, peu étendue, est frangée : on voit à sa base quatre fentes dont l’usage n’a point encore été déterminé.
Le bec , de son extrémité à sa base , a environ six pouces de longueur, et il est séparé du front par un bourrelet qui vient se perdre insensiblement sur les côtés.
Les organes génitaux et l’anus ne se montrent au dehors que par une fente longitudinale , ouverte aux deux tiers à peu près de la longueur de l’animal, et à la partie postérieure de laquelle s’ouvre l’anus. Les femelles , outre cette fente , présentent deux petits plis, un sur chacun de ses côtés, qui cachent le mamelon quand les mamelles sont inactives et sans lait. La peau est entièrement nue , lisse , brillante ; les parties supérieures sont d’un noir grisâtre , et les parties inférieures blanches ; mais le noir s’étend irrégulièrement sur celles-ci : il descend plus bas , vis-à-vis de la nageoire dorsale , où il fait un angle, qu’aux parties antérieures et postérieures 5 et quelques lignes grises isolées se mêlent à la couleur blanche. Les nageoires sont noires. Telles sont les formes des parties extérieures, les proportions et les couleurs du dauphin.
Ses mâchoires, très-grandes, ne sont recouvertes que de lèvres minces et peu mobiles , et elles sont garnies de trente-deux à quarante-sept dents de chacun de leurs côtés, suivant l’âge des individus ; ces dents coniques , pointues, un peu crochues , légèrement renflées dans leur milieu , plus grandes dans la partie moyenne des maxillaires qu’à leurs extrémités, sont aussi simples
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dans leur racine que dans leur couronne ; et , lorsque les mâchoires se ferment, les dents de Tune se logent dans les intervalles que laissent entre elles les dents de l’autre. Ces dents ne servent point à mâcher , mais simplement à retenir une proie que les dauphins avalent entière 5 et ils avaleraient peut-être l’eau qui pénètre avec elle , s’ils n’avaient pas la faculté de la faire sortir au moyen du mécanisme particulier de leurs évents.
Les organes de ces animaux ne semblent point annoncer de délicatesse dans les sens. On dit cependant qu’ils ont la vue trèsperçante, et l’ouïe fort bonne. Quanta l’odorat, on n’en connaît point encore le siège. Dans l’état actuel de nos connaissances, la bouche et la langue seraient le seul siège du goût chez les dauphins. La nudité absolue de la peau , l’épaisse couche de graisse dont le corps entier de cet animal est revêtu , l’extrême minceur et brièveté de ses lèvres, l’état, en quelque sorte, rudimentaire de ses membres, ne permettent pas de douter que le sens du toucher ne soit chez lui très-obtus.
Ce qui distingue le dauphin est la force et la vivacité de ses mouvemens , qu’il doit tout entiers aux muscles vigoureux de sa queue ; car sa nageoire dorsale n’y prend aucune part, et ses nageoires pectorales ne pourraient que les modifier, et peut-être encore seulement lorsqu’ils sont faibles ou modérés.
La manière de nager du dauphin , surtout quand il le fait avec rapidité , a un caractère tout particulier ; pour cet effet il se ploie en demi-cercle et se redresse ensuite ; et, quand il est à la surface des flots, on voit , à chacune des impulsions qu’il se donne , son dos se montrer au-dessus d’eux et se cacher ensuite , comme s’il s’amusait à faire ce que les nageurs appellent des têtes , tant ces deux sortes de mouvemens ont en apparence d’analogie. Cet animal ne peut porter sa tête ni à droite ni à gauche : elle est absolument fixée a la partie antérieure de son corps ; ce qui résulte de l’immobilité des vertèbres du cou les unes sur les autres. Lorsqu’il veut la diriger dans un sens, tout le corps doit la suivre , ou plutôt elle ne peut s’y diriger que quand le corps l’y conduit.
C’est sûrement la prédominance de la nageoire de la queue dans les mouvemens du dauphin , l’instinct par lequel il est porté à faire principalement usage de cette nageoire , qui déter-
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minent la forme de ces mouvemens quand ils ont de la rapidité, qui forcent le corps de l’animal à se ployer quand il veut s’élancer et précipiter sa marche. Alors, en effet , devant opposer à l’eau sa nageoire caudale , et ne pouvant le faire qu’en la ramenant de haut en bas , il est obligé de ployer dans ce sens toute la partie postérieure de son corps : lorsqu’il la redresse ensuite, il frappe l’eau dans la direction convenable , c’est-à-dire apposée a celle dans laquelle il veut se porter.
L’évent est, comme nous l’avons déjà dit, l’orifice du conduit aérien , au moyen duquel le dauphin respire , et qu’il élève hors des flots lorsqu’il éprouve le besoin de respirer ; mais ce besoin se fait sentir bien moins fréquemment chez le dauphin que chez la plupart des mammifères terrestres j car il lui arrive souvent de rester sous l’eau pendant un temps trèsconsidérable ; ce qui tient à une disposition organique toute particulière, que l’étude des parties intérieures a fait assez bien connaître , et dont nous parlons dans notre discours général sur les dauphins.
Cet organe de la respiration , qui est absolument l’analogue des narines des autres mammifères , ne contient point les lammes osseuses nommées cornets qui garnissent l’intérieur des narines proprement dites 5 il forme un double conduit dont les parois sont revêtues d’une membrane lisse et sèche , peu sensible sans doute, et qui peut entrer en contact avec l’eau sans que l’animal en souffre. Ces conduits sont garnis chacun à leur partie supérieure d’une soupape qui se ferme par sa propre élasticité, et qui ne s’ouvre qu’à l’aide d’un fort muscle. Entre ces soupapes et l’orifice de l’évent, se trouvent des sacs membraneux d’une certaine étendue, et susceptibles de contraction par l’effet de muscles propres. A leur partie inférieure ces narines se lient avec le prolongement postérieur de l’œsophage , et communiquent avec le larynx par la forme pyramidale de celui-ci , qui l’élève de manière à pouvoir être embrassé par les muscles annulaires du voile du palais.
Ce sont ces dispositions qui permettent au dauphin de respirer sans que l’eau qui entrerait alors dans sa bouche pût s’introduire dans sa trachée-artère, et de se débarrasser, dit-on, de l’eau qui pénètre dans sa bouche lorsqu’il l’ouvre pour saisir une proie, et qu’autrement il serait obligé d’avaler avec elle. Dans
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le premier cas, il lui suffit d’embrasser le larynx avec le voile du palais; dans le second, de contracter son pharynx et une partie de l’œsophage : dans ce dernier cas, il forcerait l’eau à s’élever dans les narines et à s’accumuler dans les sacs qui les surmontent , lesquels, se contractant à leur tour, forceront cette eau à sortir par l’orifice extérieur de l’évent ; ce qui produit les jets aqueux dont les dauphins donnent souvent le spectacle. Ce mécanisme fort compliqué , qu’a dévoilé et expliqué mon frère , est une des modifications les plus curieuses que la nature ait imprimées à un organe pour qu’il remplisse ses fonctions dans des circonstances extraordinaires et difficiles. Cependant, si nous comprenons ce mécanisme, jusqu’à un certain point, nous ne comprenons pas encore les causes qui l’ont rendu nécessaire. Cette nécessité en effet ne vient pas de la respiration : les phoques exposent hors de l’eau une moins grande partie encore de leur tête que les dauphins, et ils ont des narines comme les autres mammifères; et ces mêmes phoques , comme je l’ai vu cent fois, prennent aussi leur nourriture au milieu des eaux, sans pour cela avoir des moyens particuliers de se débarrasser de ce liquide. C’est que sans doute sous cet appareil restent encore cachés pour nous quelques-uns de ces mystères qui font de l’étude de la nature vivante la science à la fois la plus curieuse et la plus difficile de toutes celles que nous pou«? von s cultiver.
Il paraît que le dauphin a la faculté de rendre des sons, mais sa voix ne ressemble qu’à un léger mugissement.
On dit que, pour opérer leur accouplement, ces animaux se couchent sur le côté et se rapprochent ventre contre ventre. Aristote porte à dix mois le temps de la gestation, phénomène que certainement il n’avait pu constater, et que cependant on rappelle encore aujourd’hui, comme s’il était fondé sur les expériences les plus précises. Mais ce qui ne peut-être mis en doute, c’est qu’à l’époque de la mise bas , qui paraît avoir lieu vers l’automne, les femelles ont leurs mamelles remplies de lait, que le gonflement de ces organes efface, en tendant la peau, les dépressions où sont logés les mamelons , qui alors deviennent saillans , et que le jeune dauphin saisit ces mamelons avec ses lèvres pour téter. Sa mère, ainsi que lui , se couche alors un peu sur le côté, afin de pouvoir tous deux élever leurs tête au niveau de l’eau pour respirer.
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On dit aussi, d’après Aristote, que la vie de cette espèce est d’environ trente ans, se fondant sur une expérience ingénieuse, et qui aurait consisté à faire des marques aux nageoires des jeunes individus, lesquelles, après ce nombre d’années, auraient été retrouvées sur des dauphins adultes qui ne pouvaient être que les premiers j mais ce fait peu détaillé date d’une époque où. les expériences entraient si peu dans l’esprit des sciences, et où les observations étaient si imparfaites, qu’il serait difficile d’y ajouter une foi entière.
Le dauphin n’est aux yeux des modernes qu’un des animaux carnassiers les plus avides, qui n’éprouverait que le besoin de se nourrir, de se reposer et de se reproduire , et dont l’instinct n’auraitpour objet que de satisfaire ces besoins. Pour les anciens, au contraire, c’était un animal doux, bon , intelligent , sensible à la bienveillance, qui se familiarisait avec ceux qui lui fesaient éprouver de bons traitemens, leur obéissait, s’attachait à eux, et s’en faisait même un tel besoin , qu’il périssait quand , par une cause quelconque, il en était abandonné.
Pour porter un jugement entre deux opinions aussi contraires, il faudrait des observations que dans les temps modernes personne n’a même pensé à entreprendre. Mais , si pour porter ce jugement les observations directes manquent, on peut du moins, pour cet effet, avoir recours a des inductions etàdesraisonnemens qui, sans conduire à une solution complète du problème, permettent au moins des conjectures raisonnables sur le plus ou le moins de vérité des deux opinions que nous venons d’exposer.
D’abord , on sait que les animaux qui sont doués de plus d’intelligence sont ceux qui ont le cerveau le plus étendu : or il est peu de mammifères qui soient à cet égard mieux partagés que le dauphin ; son cerveau se compose des mêmes hémisphères que celui de l’homme ; ces parties bien arrondies présentent aussi de nombreuses circonvolutions ; elles recouvrent un grand cervelet , et leur largeur, considérable , est à peu près double de leur longueur. Les singes eux-mêmes, sous le rapport du développement du cerveau, ne pourraient prendre rang qu’après les dauphins.
Ce seul développement de l’organe, qui est le siège et le premier instrument de l’intelligence , suffirait déjà pour conclure en faveur des facultés intellectuelles et morales des dauphins ;
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car il est contre toute vraisemblance qu’un tel développement soit toujours accompagné d’effets chez l’immense majorité des mammifères, et soit sans aucun résultat chez quelques autres seulement. Or, comme le cerveau du dauphin est composé au moins d’autant de parties que celui des chiens par exemple , nous ne pouvons pas nous refuser à reconnaître à l’un autant d’intelligence, autant de qualités morales qu’aux autres; et l’on sait jusqu’où peut être portée, par la culture, l’étendue de ces qualités chez ces derniers animaux !
Sans doute, les individus de l’espèce du dauphin qu’on a rencontrés en mer ont pu ne montrer qu’une stupide gloutonnerie. Ce sont des animaux qui paraissent pourvoir sans peine à leurs besoins, et n’ont que de rares ennemis ; circonstances, comme on sait, peu favorables au développement intellectuel. Mais l’homme lui-même , dans de telles conditions, et à pius forte raison les animaux, qu’est-il autre chose qu’une machine vivante, susceptible de perfectionnemens par son expérience et sa raison, mais à peine capable, quand il est dépourvu de besoins, de rivaliser d’industrie avec le singe, qui le surpasse parle développement de plusieurs de ses organes ?
D’ailleurs une des conditions auxquelles paraît attachée en partie l’existence du dauphin est l’état de sociabilité : or cet état est fondé sur le besoin de vivre auprès de ses semblables , de s’attacher à eux , de les aimer , de les défendre ; et c’est ce besoin , modifié dans des conditions particulières et artificielles, qui a donné naissance à toutes nos races d’animaux domestiques.
De ces faits seuls nous croyons qu’on serait en droit de conclure que le dauphin est un animal fort intelligent, doué de précieuses qualités morales , et qui , placé au milieu de circonstances convenables, devrait éprouver, dans ses facultés en général, un développement au moins égal à celui de plusieurs de nos animaux domestiques.
L’imperfection de quelques-uns de ses sens et de ses organes du mouvement ne pourrait point nous être opposée. Le temps n’est plus où l’on prétendait faire dépendre d’une manière absolue l’intelligence de l’organisation : les causes efficientes des actions peuvent être sans proportion avec les organes qui agissent ; comme les phoques , comparés sous ce point de vue avec
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les animaux les plus heureusement organisés, nous en ont donné la preuve dans les recherches spéciales que nous avons faites à ce sujet.
Les faits curieux que les anciens rapportent du dauphin , l’idée qu’ils avaient que cet animal était l’ami de l’homme, les fables riantes dont il était le sujet , l’affection réelle qu’ils cultivaient pour lui, ne peuvent, il est vrai, se justifier entièrement; mais ils nous semblent au moins venir a l’appui des conséquences que nous avons tirées de l’état des organes et de l’observation des penchans naturels.
On a , nous devons l’avouer , singulièrement abusé de cette idée , que les croyances fabuleuses des anciens n’étaient en réalité que des sj^mboles sous lesquels se cachaient les vérités les plus profondes et les plus étendues ; mais, si l’on ne peut admettre , pour l’explication de ces croyances , des idées modernes , dont les anciens ne firent évidemment jamais l’application , et si l’explication de la plupart de leurs fables ne sont que des suppositions sans fondement, ou qu’on fait reposer sur d’autres suppositions moins fondées encore , il n’en est pas moins constant qu’un grand nombre des erreurs auxquelles ils ajoutaient foi avaient pour origine des faits réels; et nous ne doutons pas que ceux dont les dauphins étaient l’objet n’aient été de ce nombre. Ce que nous avons dit précédemment des organes nous y autorise ; et les procédés naturels à l’esprit humain dans la génération des idées , vraies ou fausses, sont à nos yeux une confirmation de notre pensée.
On comprend que les singes de toute espèce aient offert un vaste champ a la liberté capricieuse des imaginations ; leur ressemblance avec l’espèce humaine était pour cela une cause bien suffisante : on conçoit même qu’on se soit plu à rassembler de toutes les manières les différentes formes sous lesquelles la force, l’adresse, l’intelligence ou la grâce se présentent dans la nature, et qu’on ait créé des centaures , des griffons , des sphinx, etc. Rien de plus simple encore que de faire traîner par des dauphins le char d’Amphitrite , ces animaux se plaisant à suivre les navires ; mais rien, ni dans les formes extérieures du dauphin, ni dans les actions dont il nous rend habituellement les témoins, ne conduit a l’idée d’un animal presque raisonnable, ami de l’homme, qui peut se familiariser avec lui, et même se conformer
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à sa volonté et le servir. Il faut donc chercher ailleurs l’origine de cette idée ; et rien ne nous paraît moins caché. En effet , parla même raison que les singes sont devenus des espèces d’hommes , à cause de leurs mains et de leur figure plus ou moins approchantes des nôtres , les dauphins ont transporté des hommes au travers des mers , et sont morts de douleur en perdant ceux qu’ils aimaient , parce qu’ils avaient eu occasion de montrer une intelligence et un besoin d’affection qui ont d’autant plus frappé les imaginations qu’on ne s’attendait pas à les trouver en eux, et que rien ne permettait de les prévoir.
On ne doit donc pas rejeter , comme des contes faits entièrement à plaisir , ce que les anciens nous ont raconté d’extraordinaire des dauphins. A notre sens , nous devons trouver, au contraire , dans ces contes , la preuve que ces animaux sont , sous le rapport intellectuel, tout autres que nous ne le croyons, et qu’ils procureront à ceux qui les observeront une source de vérités importantes pour la connaissance de l’espèce du dauphin et pour le perfectionnement de la psychologie générale.
Nous avons vu , dans ce que nous avons eu à dire sur les dauphins, quelle est la structure générale de la tête osseuse chez ces animaux. Sous ce rapport, le dauphin vulgaire (pl. ix, fig. 4 et 5) se caractérise par l’étroitesse de son museau et l’allongement des maxillaires (kk) et des intermaxillaires (ii), qui ne se recourbent point à leur partie postérieure, comme chez les delphinorhy nques. La mâchoire supérieure est un peu plus courte que l’inférieure. La première, légèrement convexe en dessus, est plate en dessous; une légère dépression sur les intermaxillaires se remarque en avant des narines. De chaque côté du museau , en avant de l’orbite, est une légère saillie obtuse, déprimée, formée du jugal (h), recouvert du maxillaire et distinct du reste du museau par une échancrure peu profonde. L’occiput (f) est à peu près hémisphérique. Les tubercules représentant les os du nez (dd) sont un peu plus larges que longs, et situés au-dessus des intermaxillaires.
En dessous la tête osseuse du dauphin vulgaire se distingue par son palais^ dont le milieu forme une saillie longitudinale qui s’étend , en s’effaçant par degré , depuis la pyramide des arrièrenarines jusque presqu’à sa pointe , et est accompagnée de chaque côté d’un enfoncement longitudinal et par les ailes ptérigoïdien-
DES DALPHirsS.
nés qui sont d’une médiocre étendue et formées de deux lames.
Nous prendrons entièrement de mon frère la description du reste du squelette.
« Les vertèbres cervicales , au nombre de sept comme dans les quadrupèdes , sont réunies en un seul corps. L’atlas s’y montre cependant avec tout son développement et des apophyses transverses coniques assez fortes. L’axis est très-mince de son corps , mais son apophyse épineuse, soudée à l’atlas, est encore assez marquée. Les quatre suivantes sont minces comme du papier , et leur partie annulaire s’unit en dessus à la face inférieure de l’épine de l’axis. La septième cervicale seule reprend du volume et des apophyses distinctes assez fortes.
■» 11 y a treize dorsales et treize côtes. Les trois premières côtes seulement ont une tête et un tubercule , et s’articulent à la fois sur le corps de deux vertèbres et sur l’extrémité de l’apophyse transverse de l’une des deux. Les dix suivantes ne s’articulent qu’à l’extrémité de l’apophyse transverse.
» La dernière cervicale , et les six premières dorsales ont leurs apophyses articulaires unies l’une à l’autre par des faces horizontales , dont l’antérieure est en dessus.
î> A la sixième elles commencent à devenir obliques ; à la septième elles sont presque verticales , l’antérieure en dedans.
« A commencer de la quatrième, l’apophyse transverse donne une petite pointe de son bord antérieur. Cette pointe se rapproche de l’apophyse articulaire antérieure , et s’y confond à la septième.
Ensuite il n’y a plus que ces pointes pour toute apophyse articulaire ; celles d’une vertèbre embrassent le bas de l’apophyse épineuse de la vertèbre précédente.
Vers la vingt-deuxième vertèbre ou deuxième lombaire, elles n’y atteignent plus ; mais elles restent irrégulièrement marquées jusque fort avant sur la queue.
)) Les apophyses transverses de la région lombaire sont fort longues, et les épineuses très-hautes ; sur la queue elles se raccourcissent ; les épineuses s’y élargissent ; les transverses s’y dirigent un peu en avant.
33 Elles disparaissent à la quarante-neuvième vertèbre.
33 Les épineuses, à la cinquante-unième ou cinquante-deuxième.
33 11 y en a soixante en tout , sans compter les cervicales.
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» Les os en Y du dessous de la queue commencent sous la trente-huitième.
» Les corps des’ vertèbres sont ronds , un peu anguleux en dessous, plus comprimés et plus épais dans la région du dos, plus courts dans celle des lombes et de la queue , où ils prennent en dessous une espèce de carène. Leurs épiphyses antérieures et postérieures demeurent long-temps distinctes.
3) Le sternum est composé de trois os.
« Le premier, très-large, est écbancré en avant, et donne de chaque côté , entre la première et la seconde côte , une pointe aiguë dirigée en arrière. Il a au milieu un trou.
» Le second est simplement rectangulaire. Entre le premier et lui s’articule la seconde côte ; la troisième s’attache entre lui et le troisième , qui reçoit sur ses côtés la quatrième , et vers sa pointe la cinquième et la sixième , qui est la dernière vraie. Les parties sternales des côtes sont toutes ossifiées.
3> L’omoplate est en forme de large éventail , à face externe légèrement concave , et son bord spinal en segment de cercle. Les deux autres bords sont un peu concaves et presque égaux.
» L’antérieur se bifurque , et donne ainsi deux bords, l’un externe , l’autre plus voisin des côtes.
» L’externe est I.e seul vestige d’épine : il donne une apophyse plate , dirigée en avant , élargie à son extrémité , qui représente l’acromion.
» L’autre bord , qui est le véritable bord antérieur, donne aussi, mais tout près de la face articulaire, une apophyse plate, moins grande que l’acromion, descendant un peu, également élargie au bout, et qui est le bec coracoïde.
3> L’humérus est extrêmement court et gros. Sa tête supérieure porte antérieurement une tubérosité aussi grosse qu’elle. Sa tête inférieure est élargie et comprimée d’avant en arrière , et ne se termine point par une facette qu’on puisse appeler articulaire , mais s’unit par synchondrose et sur une ligne brisée en angle obtus au radius et au cubitus.
3) Ces deux os sont courts et comprimés. Le radius est en avant et le plus large ; sa forme est presque rectangulaire. Le cubitus est en arrière et plus étroit ; son bord postérieur est concave , et il donne à sa tête supérieure un angle saillant , seul vestige d’olécrane.
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» Les os du carpe sont plats , anguleux , et forment ensemble comme une sorte de pavé.
J’en trouve trois au premier rang , dont l’antérieur répond au radius , le postérieur au cubitus , et l’intermédiaire à tous les deux ; et quatre au second, dont l’antérieur est plus petit.
j) Sous cet os antérieur, que l’on pourrait aussi prendre pour un métacarpien , est un os pointu , seul vestige de pouce. Le doigt suivant , qui est le plus long et répond à l’index , est composé de neuf articulations qui doivent représenter son métacarpien , ses phalanges et leurs épiphyses ; je n’en compte que sept dans le troisième doigt, et quatre dans le quatrième ; le cinquième est réduit à un seul très-petit tubercule. »
LE NÉSARNAK. D. Tursio.
Les Groënlendais donnent le nom de nésarnak ou nisarnak, au rapport d’Othon Fabricius (i) , à un dauphin fort rare , habitant la haute mer, ayant les dents obtuses , le corps épais , le museau aplati en dessus , une nageoire dorsale , et tout le corps noirâtre, à l’exception d’une petite partie de l’abdomen qui est blanchâtre, etc. 11 le distingue du dauphin proprement dit , celui-ci ayant le museau plus allongé que le nésarnak, les mâchoires garnies d’un plus grand nombre de dents , et les parties inférieures plus blanches ; et il le distingue encore de son delphmus orca , qui est l’épaulard.
Jusqu’à Fabricius , l’espèce du nésarnak avait été confondue assez généralement avec celle de l’épaulard , qui , elle-même , l’avait été avec celle du globices ; confusion qu’on ne parvient à éviter avec quelque assurance, en tout ce qui tient à la détermination des espèces , que quand on peut éclairer les descriptions par de bonnes figures Aussi n’a-t-on commencé à avoir une idée un peu nette de ce dauphin que lorsqu’on l’eut reconnu dans la figure que Hunter donne de son bottle-nose-whale (2) , ou dans celle queBonnaterre(3) a publiée sous le nom de nésarnak : car, en ce point, je partage entièrement la dernière opinion de mon
(1) Faun. groënl., p. 4g.
(2) Trans. philos., 1787, pl. ï8,fig. 4 et 2,
(3) Gétologie, p, 21, pl, ii; fig. 1,
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frère (1), qui réunit ces deux animaux à l’espèce du nésarnak de Fabricius 5 et je ne pense pas que ni lui (2) ni M. Desmarets (3) aient jamais eu des motifs sufïisans pour les en séparer. On ne peut guère admettre, comme mon frère l’avait d’abord fait, que ce soit une ou deux dents déplus à l’une ou à l’autre mâchoire qui, chez les animaux de cette famille, doivent motiver des distinctions d’espèces , ni surtout les différences de terminologie qu’on observe entre les descriptions des auteurs que nous venons de citer. Il faut apprécier la nature de ces différences , e t , lorsqu’elles ne sont pas trop caractéristiques , les rejeter dans un ordre secondaire. Sans doute , ces comparaisons, qui n’ont elles-mêmes pour objet que d’autres comparaisons , ne conduisent pas à de grandes certitudes ; mais malheureusement le naturaliste est trop souvent obligé de se contenter de probabilités , et c’est nécessairement le cas oii nous sommes pour plusieurs des espèces qui doivent nous occuper dans cet ouvrage 5 ce n’est même que parce que le rapprochement du nésarnak et du bottle-nose-whale nous paraît fondé sur do plus grandes probabilités que nous les réunissons dans la même espèce.
ïïunter avait pris son bottle-nos-'whale pour un dauphin commun , et ni Bonnaterre ni Lacépède ne paraissent avoir reconnu les rapports qui se trouvaient entre cet animal et leur nésarnak.
C’est M. Desmarets (4) qui nous semble avoir le premier reconnu ce rapport , et réuni dans la même espèce la figure donnée par Hunter et celle que Bonnaterre a publiée.
Le mérite de ce dernier est d’avoir saisi les traits de ressemblance qui existent entre l’individu qu’il faisait représenter et la description peu circonstanciée que Fabricius donne de son nésarnak. Mais ce nésarnak avait été représenté et décrit longtemps avant Hunter et Bonnaterre ; seulement il avait été confondu , avec d’autres dauphins , dans cette espèce artificielle ou l’on croyait reconnaître l’orca des anciens , et qui se composait principalement de notions relatives soit à l’épaulard ? soit au
(1) Rech. sur les ossem. foss., t. v, pi. ï , pag. 277.
(2) Annal du Mus. d’Hist. nat.,t. xix, b. 9.
(3) Maram.jp. 5i4 et 5i5, esp. n° 761 et 762.
(4) Mamm., p. 5i4. esp., n° 761,
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globiceps. Nous voulons parler de -Foudre de Belon (i) , que lui-même regardait comme cet orca , qu’on ne peut rapporter aujourd’hui avec quelque apparence de fondement qu’à un cachalot.
Je crois que, jusqu’à mon frère, la véritable espèce de cet oudre avait été méconnue ; et il ne pouvait guère en être autrement , tant que l’espèce formée par les modernes pour représenter Y orca ne serait pas décomposée, et que ses élémens hétérogènes ne seraient pas associés de nouveau plus naturellement. La distinction précise de l’épaulard et du globiceps ont facilité cette association nouvelle,, et il n’a plus été possible de rattacher l’oudre ni à l’une ni à l’autre de ces espèces. Or, de toutes celles qui sont décrites de manière à être à peu près caractérisées , c’est du nésarnak que l’oudre se rapproche le plus intimement ; il n’est même guère possible de méconnaître l’identité spécifique de cet animal avec le nésarnak de Bonnaterre et le bottle-nos- ' whale de Hunter.
Bonnaterre et quelques auteurs après lui ont pensé qu’on devait rapporter à ce dauphin ceux dont parle Duhamel (2) , et que les pêcheurs de la Méditerranée nomment coudieux ou coudin. Cet animal a , en effet , la taille , les couleurs du nésarnak , ainsi que des dents émoussées.
Si ce rapprochement était fondé, la note où Duhamel parle des coudieux nous apprendrait que cette espèce vit dans la Méditerranée et en très-grande troupe ; circonstances de son histoire qu’on ne rencontre dans aucun des auteurs qui en ont parlé ; mais il faudrait d’autres détails que ceux que rapporte Duhamel pour faire regarder comme certaine l’existence du nésarnak dans la Méditerranée.
Si l’on pouvait admettre ce que M. Risso dit du nésarnak , comme d’une espèce qui se rencontre quelquefois sur les côtes de Nice (3) , nous aurions une confirmation de ce que dit Duhamel ; mais le rapport de M. Risso ne nous semble point original; sa description ne paraît être qu’un extrait de celles qui ont aupara-
(1) Hist. nat. des Poissons marins étrangers, chap. 45, p. 3o, fig. fol, 82 verso.
(2) Traité des Pèches, sect. 10, chap. 3, p. 44.
(3) Hist. nat. de l’Europe niérid., t. ni, p, 21.
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vant été données de ce dauphin ; et ce qu’il ajoute d’un cétacé échoué près de Nice en 1768 , sur lequel il possède des notes , et qu’il ne fait que supposer pouvoir être rapporté au nésarnak , serait , à ce qu’il nous semble, son seul motif pour admettre cette espèce dansla Méditerranée. Il nous fait connaître, à la vérité, l’usage où sont les pêcheurs de se livrer à des réjouissances lorsqu’ils se sont emparés du dauphin qu’ils nomment caudues et capidoglio ; dauphin que M. Risso regarde comme étant le nésarnak. Mais, si ces réjouissances font supposer qu’une espèce particulière y donne lieu , elles ne prouvent pas que cette espèce soit le nésarnak. Il est donc fort à regretter que cet estimable naturaliste n’ait pas donné une description détaillée de ces dauphins, nommés caudues , en écartant de sa pensée tout ce que ses prédécesseurs avaient pu dire du nésarnak, afin de se trouver par là dans la situation où il faut être pour tracer avec originalité le portrait d’un animal.
Beilon nous apprend que son oudre , qu’il rapportait, comme nous l’avons dit, à l’orca des anciens, avait été pris dans le voisinage de Tréport, et envoyé à l’hôtel de Nevers, à Paris, où il en fit un examen très-détaillé. La longueur de ce dauphin était de neuf pieds et demi; sa circonférence, dans la partie la plus grosse, était de sept pieds; le diamètre de la nageoire caudale était de vingtdeux pouces ; ses nageoires pectorales et sa nageoire dorsale étaient petites proportionnellement à la grandeur du corps ; son museau se prolongeait moins que celui du dauphiu commun ; sa mâchoire inférieure dépassait un peu la supérieure ; son dos était noir et son ventre blanc ; l’évent était au-dessus des yeux 3 et ceux-ci étaient très-petits ; l’orifice du conduit auditif s’ouvrait extérieurement ; les dents , au nombre de quarante-deux dans chaque mâchoire, n’étaient point aiguës comme celles du dauphin, mais émoussées à leur pointe.
Cet individu était une femelle qui, au commencement de mai, se trouvait pleine ; et son petit avait environ trois pieds de longueur. Elle avait une mamelle de chaque côté de la vulve 3 terminée par un mamelon caché dans un léger pli de la peau.
Hunter, en 1787, eut à étudier deux individus de son bottle nos-whale , une emelle et son petit , qui échouèrent sur la côte à quelques lieues de Glocester. La femelle avait environ dix pieds de longueur, quarante-six dents à la mâchoire supérieure ;
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et cinquante à l’inférieure ; soixante vertèbres , six au cou , dixsept au dos, et trente-sept à la queue ; dix-huit côtes de chaque côté; point de cæcum, et un estomac divisé en sept parties, avec un duodénum très-volumineux et semblable lui-même à un estomac.
C’est à Pline (i) que Fabricius a emprunté le nom de tursio , pour en faire le nom latin de l’espèce du nésarnak ; mais pour cela il ne faudrait pas conclure que les tursions de Pline étaient des nésamaks. En effet , l’auteur romain de l’histoire naturelle ne dit autre chose des tursions , sinon qu’ils ressemblent aux dauphins , mais qu’au lieu d’avoir leur vivacité ils sont tristes et lourds. Or nous sommes enc ore dans la plus profonde ignorance sur le naturel des nésarnaks.
Bonnaterre avait donné la description de cette espèce d’après un individu que l’on conservait empaillé dans le cabinet de l’école vétérinaire d’Alfort. Ce dauphin avait neuf pieds quatre pouces depuis le bout du museau jusqu’à l’extrémité de la queue ; ses nageoires pectorales avaient dix-huit pouces de longueur et six pouces dans leur plus grande largeur ; la nageoire dorsale avait dix-huit pouces de hauteur et quinze de base ; la distance de cette nageoire à l’extrémité de la queue était de quatre pieds trois pouces, et le diamètre de la nageoire caudale était de vingttrois pouces. Le plus grand diamètre de cet animai se trouvait entre les nageoires dorsales et les pectorales. L’évent était situé presque au-dessus des yeux, qui étaient eux-mêmes situés à quatre pouces et demi des coins de la bouche. La oartie antérieure de la tête , élevée au-dessus de la partie antérieure des mâchoires , se terminait en s’arrondissant , et cette partie des mâchoires , ou le bec , avait vingt- cinq pouces de largeur à sa base et quatre pouces de longueur. La mâchoire inférieure dépassait un peu la supérieure , et l’une et l’autre étaient garnies de quarante-deux dents , vingt et une de chaque côté ; ces dents étaient cylindriques et émoussées à leur sommet. Toute la partie supérieure du corps était noire , et le ventre était blanchâtre. Bonnaterre paraît entièrement avoir ignoré l’origine de son nésarnak.
Il résulte de ces diverses sources, les seules où l’on puisse tirer quelque chose de l’histoirenaturelle de cette espèce, que ce dau-
(i) Bisti aat., ljb. is, cap. g
phin appartient à la section des dauphins à museau long et déprimé , se séparant nettement du front; qu’il atteint à une longueur de dix à quinze pieds; qu’il a de chaque côté des deux mâchoires de vingt-et-une à vingt-cinq dents ; que sa couleur est noire en dessus et blanche en dessous, et qu’il habite l’Océan dans le voisinage de l’Europe , en s’élevant fort avant dans les mers du Nord.
Son museau est moins allongé que celui du dauphin vulgaire ; sa mâchoire inférieure s’avance un peu plus que la supérieure ; ses dents (même dans ceux qui n’ont point encore acquis toute leur croissance) ont leur pointe émoussée. Ses nageoires pectorales et sa nageoire dorsale sont petites , proportionnellement à sa taille, et de la même longueur ; l’évent n’a qu’un orifice ; le canal auditif a une petite ouverture extérieure , et la partie blanche du ventre est bien moins étendue dans cette espèce que dans celle du dauphin vulgaire. Enfin la femelle a deux mamelles, et paraît au mois de mai peu éloignée de l’époque de la mise bas ; elle ne porte qu’un seul petit. On voit par ces détails que l’histoire naturelle de cette espèce n’est encore que bien peu avancée. Quant au nom de tursio, qui est aujourd’hui pour les naturalistes le nom scientifique du nésarnak, c’est, comme nous venons de le dire, assez arbitrairement qu’il a été appliquée cet animal; car ce que Pline (i) dit en deux mots du caractère triste du tursio comparé à la gaîté du dauphin est loin assurément de désigner avec clarté le nésarnak.
LE DAUPHIN DU CAP.~£. Capensis .
M. Gray a donné sous ce nom la description et la figure d’un dauphin du cap de Bonne-Espérance , d’après un individu qui se trouve aujourd’hui dans le muséum des chirurgiens de Londres (2). Mais nous devons faire remarquer qu’il y a entre cette description et cette figure une contradiction qui semble indiquer une erreur dans celle-ci. Le dauphin du Cap est représenté avec un bec fort long , et l’auteur nous dit qu’au contraire
(1) Hist. nat., lib. ix, cap. xi.
(2) Spic. Zool, p, 2, pî. n, fig. 1.
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&ette espèce est remarquable par la brièveté de son museau. Quoi qu’il en soit , M. Gray nous apprend que ce dauphin a le corps lancéolé avec une nageoire dorsale très-élevée, en forme de faux; que les nageoires pectorales ont la même forme, mais qu’elles sont d’une grandeur médiocre ; que le dos, les lèvres et les nageoires sont noires ; que le ventre est blanc , et que chaque mâchoire a cinquante dents. La taille de cette espèce est d’environ sept pieds. La distance du bout du museau à la base de la nageoire dorsale est de trois pieds ; la hauteur de la nageoire dorsale est de plus de neuf pouces. Les nageoires pectorales ont près d’un pied de longueur, et leur largeur approche de cinq pouces. La largeur de la nageoire caudale est de seize pouces et demi.
Ges dimensions ne sont pas absolument les mêmes sur les figures : ainsi la nageoire dorsale est représentée beaucoup plus grande que les nageoires pectorales ; mais nous admettons l’exactitude dans la description plutôt que dans le dessin , en ce qu’elle <est due à un naturaliste savant et expérimenté,