LE DAUPHIN DE LA NOUVELLE ZÉLANDE
D. novœ Zélandiœ.
MM. Quoy et Guaimard donnent la description de ce dauphin dans la partie zoologique du Voyage de V Astrolabe, sous le commandement de M. Dumont d’ U r ville (i).
Ce dauphin , qui fut pris sur la côte orientale de la Nouvelle- Zélande, près du cap Gable, et non loin de la baie Tolaga , avait cinq pieds six pouces de longueur et deux pieds onze pouces de circonférence au milieu du corps. La distance du bout du museau à l’évent était d’un pied un pouce, et de deux pieds huit pouces six lignes du même point à l’origine de la dorsale. La dorsale avait deux pouces de plus en hauteur qu’en largeur. La distance des deux extrémités de la caudale était d’un pied deux pouces, et les pectorales étaient longues de neuf pouces et larges de quatre et demi.
Voici la description que M. Quoy donne de cette espèce :
« Ce dauphin , dont la forme est allongée, arrondie en avant, a le museau cylindrique , subapîati du haut en bas et pointu. Le maxilaire inférieur dépasse un peu le supérieur ; le front s’abaisse insensiblement en s’arrondissant et vient former, sur le milieu du museau , une arête ou un promontoire très-saillant et coupé net. Les flancs sont bien arrondis, le lobe de la queue
(0 P. rig, pi. ïvviii.
D£S DAUPHINS
aplati à mesure qu’ôn l’examine vers le bout , où il est tout-àfait comprimé, et où il offre une arête très-sensible, laquelle va joindre la nageoire dorsale. Celle-ci est grande , triangulaire , arrondie à la pointe ; la caudale est petite , écbancrée en cœur au milieu ; les pectorales sont médiocres et falciformes.
■» La couleur en dessus est d’un brun noir qui ressemble beaucoup au cuir bouilli ; le ventre , ainsi que le bord de la mandibule supérieure et toute l’inférieure , sont blanc mat. Une large bande jaune isabelle commence à l’œil et va se terminer, en s’amincissant sur les flancs , au-dessous de la dorsale ; le reste de la queue est ardoisé , devenant plus clair a mesure qu’on l’examine plus inférieurement ; les pectorales sont blanc de plomb , ainsi que le milieu de la dorsale, dont les contours sont noirs. Une ligne noirâtre prend en dessus du museau, et va en s’agrandissant jusqu’à l’œil, qu’elle entoure: elle est accompagnée en haut et en bas d’une ligne blanche. L’œil, assez grand, est noir. On remarque , sous la mâchoire inférieure , des pores formant de petits anneaux , et sur le corps de petites plaques de stries blanches assez régulièrement contournées. Tout le corps est luisant. Les dents , petites et pointues , sont au nombre de quarante-trois en haut de chaque côté , et de quarante-sept en bas , également de chaque côté* ce qui porte le nombre total des dents à cent quatre-vingts. »
LE DAUPHIN MALAIS, — D . malayanus.
La Coquille , dans son voyage sous le commandement de M. Duperrey, s’empara , entre Java et Bornéo , du dauphin qui a servi de fondement à l’établissement de cette espèce que M. Lesson a décrite , et dont il a donné la figure dans la partie zoologique (i) de la relation de ce voyage. On retrouve sa description dans son Histoire naturelle des cétacés (2) ; mais il fait de ce dauphin, dans cet ouvrage , un delphinorhynque. Il ne nous a pas été possible de suivre en cela M. Lesson , car il n’y a rien ni dans la description ni dans la figure de ce dauphin qui rappelle le bec étroit du delphinorhynque ; cette figure
(1) T. j, p. i84, pl, xxv, fîg, 5.
DES DAUPHINS
même , par son museau aplati et large , ne peut être que celle d’un dauphin. Au reste , la différence qui existe sur ce point entre la manière de voir de M. Lesson et la nôtre tient vraisemblablement à ce que nous n’ajoutons pas tous deux la même idée a la dénomination de delpbinorhjnque. Quoi qu’il en soit , voici la description qu’il donne de ce dauphin :
« Ce dauphin avait cinq pieds onze pouces de longueur totale, et quinze pouces d’épaisseur vis-à-vis les nageoires pectorales. La hauteur de la dorsale, placée au milieu du corps , et échancrée au sommet, était de huit pouces, la longueur de la pecto * raie de treize pouces ; la tête était longue de seize pouces sur dix de largeur; la nageoire de la queue avait vingt-trois pouces, et cinq de diamètre à sa base ; une forte carène , comme celle de certains scombres , occupait les parties latérales et postérieures du corps; l’évent, en croissant, était placé un peu en arrière des jeux, qui étaient très-petits ; la tête, grosse et arrondie , trèsconvexe sur le front , qui s’abaisse subitement , présentait à la base du museau une forte rainure ; celui-ci , mince et allongé , garni de dents nombreuses, offrait une plus grande longueur que la mâchoire inférieure. La couleur de ce dauphin était uniformément cendrée. Sa chair, qui fut mangée par les marins de la corvette la Coquille , était noire, huileuse et désagréable pour tout autre que pour des navigateurs avides de viande fraîche. La couche de graisse dense qui leur sert d’enveloppe était revêtue d’une peau parfaitement lisse , sur laquelle seulement paraissaient parfois quelques cicatrices d’anciennes plaies. »
LE DAUPHIN PLOMB plumbeus.
Nous commençons, par cette espèce, à faire connaître celles du genre dauphin que l’histoire naturelle doit au zèle et aux lumières de M. Dussumier. Ce navigateur, dans ses nombreux voyages, a mis à profit toutes les occasions qu’il a eues d’enrichir la science des objets qui lui paraissaient dignes d’attention , mais surtout des animaux nouveaux qu’il se trouvait à portée de recueillir; et parmi ces animaux nous devons surtout signaler les dauphins , espèces si imparfaitement connues , et dont l’histoire ne peut être due qu’aux navigateurs éclairés qui sauront
DES DAUPHINS
les observer et les décrire. M. Dussumier est du nombre de ceux: qui auront mis le plus d’application à étudier les espèces de ce genre de mammifères : il a figuré et décrit tous ceux que le hasard lui a offerts , et le hasard l’a heureusement servi ; car ses notes et ses figures de dauphins que nous avons vues paraissent se rapporter à dix ou douze espèces. Cependant nous serons loin de les tous publier : pour le faire avec fruit dans cet ouvrage, il faudrait pouvoir joindre à l’histoire de ces espèces des détails que nous ne possédons point encore , et que sans doute M.Dussumier fera connaître quand ses entreprises commerciales lui en laisseront le loisir.
Le dauphin plombé a été publié par nous dans la 5je livraison de notre Histoire naturelle des mammifères ; nous en avons donné la figure d’après des individus conservés dans la saumure , et les esquisses faites par M. Dussumier lui-même au moment de la prise de ces animaux.
Cette espèce, dit M. Dussumier, a été harponnée sur la côte de Malabar , où elle est abondante ; elle se tient près du rivage, où elle poursuit les bancs de sardines. Ses mouvemens n’ont pas la vélocité de ceux des dauphins qu’on rencontre dans les hautes mers. Ces animaux se prennent dans les filets, mais difficilement 5 ils se défient des préparatifs qu’ils voient faire aux pêcheurs , et savent éviter les pièges qu’on leur tend. Le bruit du fusil les effraie ; ils fuient en plongeant , et on les voit reparaître à quelque distance dans une direction contraire à celle qu’ils avaient prise.
L’individu adulte que nous décrivons avait environ huit pieds de longueur, et toutes ses proportions rappelaient celles du dauphin commun. Ses dents étaient au nombre de soixantedouze à la mâchoire supérieure, et au nombre de soixante-quatre à l’inférieure. Le corps entier avait une teinte uniforme d’un gris plombé, à l’exception du bout et du dessous de la mâchoire inférieure , qui sont blanchâtres.
Les jeunes individus sont blanchâtres sur le bord de la mâchoire supérieure, à l’inférieure et aux parties inférieures du corps jusqu’à la moitié de la queue 5 mais leurs nageoires pectorales sont du gris du corps.
Mon frère pensait que cette espèce ne différait point de la précédente. Leur différence en effet ne consiste guère que dans
DES DAUPHINS
lê)D
la carène de la queue, très-marquée chez la première et peu sensible chez la seconde.
DAUPHIN DOUTEUX. — D. dubius.
On a eu l’idée de quelques-uns des caractères de cette espèce long-temps avant de la connaître en entier par une description complète et de bonnes figures.
Ces premières notions avaient été tirées de quelques têtes osseuses qui se trouvaient dans le cabinet d’anatomie du Muséum, et qu’on ne pouvait rapporter d’une manière absolue à aucune des espèces connues. Ces têtes avaient le museau déprimé comme celui du dauphin commun, mais un peu plus court, et chaque maxillaire était garni de trente-cinq dents petites et aiguës, ce qui faisait soixante-dix dents à chaque mâchoire , ou cent quarante en tout : or on sait que le nombre des dents du dauphin commun est de cent quatre-vingts. Ces caractères incomplets déterminèrent mon frère à distinguer les dauphins qui les présentaient sous le nom de delphinus dubius (i).
C’est à ce dauphin que nous avons cm pouvoir rapporter un invidus entier, découvert par M. Dussumier, et harponné à la hauteur du cap Yert. Cet individu paraît avoir servi de fondement à une espèce établie par ce navigateur éclairé sous le nom de Frontalis (2), avant qu’il connût l’existence de l’espèce nommée dubius. Cet individu a en effet le même nombre de dents, à deux ou quatre près, que les têtes dont nous venons de parler ; chacun de ses maxillaires en porte trente-six qui sont semblables à celles de ces têtes.
Sa longueur totale est de quatre pieds six pouces. Son diamètre, dans la partie la plus épaisse du corps, est de dix à onze pouces. La nageoire dorsale est un peu plus rapprochée de l’extrémité de la queue que du bout du museau ; elle est grande et fort arquée en arrière. Les pectorales sont larges , longues et en
(1) Annales du Mus. û’fiist nat., p. 9 et i4.
(2) Règ. anim., p. îs88»
DES DAUPHINS
forme de faux. La nageoire caudale est fortement échancrée dans son milieu, et le bord de ses lobes est peu courbé.
Tout le dessus du corps et les flancs, ainsi que la queue , en dessus et en dessous, sont d’un noir profond. Le ventre est blanchâtre. Une bande large et plombée descend de l’angle de la bouche a la base de la nageoire pectorale. Cette nageoire est entièrement noire.
On voit que la connaissance de cette espèce laisse encore beaucoup à désirer, et que son nom spécifique ne lui convient guère moins aujourd’hui qu’il ne lui convenait à l’époque où elle l’a reçu .
LE DAUPHIN LÉGER. — I). velox.
M. Dussumier s’est emparé de ce dauphin entre l’île de Ceylan et l’équateur. Cet animal faisait partie d’une troupe innombrable qui disparut aussitôt qu’il fut blessé. La rapidité de ces dauphins dans leurs mouvemens surpassait celle de tous les autres dau-» phins que M. Dussumier avait vus , ce qui le porta à donner à l’espèce le nom de léger , sous lequel nous l’avons publiée (i).
Les dents de cette espèce sont au nombre de quarante-et-une de chaque côté des deux mâchoires, c’est-à-dire de cent soixantequatre en tout. Le museau est très-allongé, et l’évent est à l’aplomb de l’œil. Sa couleur est entièrement noire, et non marbrée de noir sur un fond verdâtre foncé, comme le porte la première description que j’ai donnée de cette espèce. Je fais cette rectification d’après les renseignemens nouveaux que je dois à la complaisance deM. Dussumier.
Sa longueur totale est de quatre pieds neuf pouces; sa hauteur vis-à-vis de la dorsale est de dix pouces, et son épaisseur au même point est un peu moindre. En général, les nageoires sont longues et larges. Celle du dos est à peu près placée à égale distance de la partie antérieure delà tête et de la nageoire de la queue; sa hauteur, de cinq pouces, est égale à sa base. La nageoire caudale a plus d’un pied de largeur, et la iongueur des pectorales est de neuf pouces sur trois, dans leur partie la plus large. Ces nageoires ne présentent rien de particulier dans leurs formes, elles ressemblent tout-à-fait à celles de l’espèce qui précède.
(0 Hist. nat. des Mamni., 67e liv. , sept. 1829.
DES DAUPHINS
La troupe au milieu de laquelle fut pris ce dauphin a présenté la même observation que celle où se trouvait le dauphin bridé: elle a fui tout entière dès qu’elle a eu lieu de craindre un danger et que le signal lui en a été donné. Tout porte à conjecturer que l’individu qui fut harponné n’était pas le chef de cette troupe. La rapidité de la fuite et le concert de tous les dauphins qui la composaient, pour s’éloigner, en seraient la preuve, s’il nous était permis d’induire ce qui doit être pour ces cétacés de ce qui s’observe chez les troupes des mammifères teirestres. Dans tous les cas, il serait très-curieux de savoir si ces animaux, dans le cas où leur chef serait pris en pleine mer, se conduiraient comme le font quelquefois ceux dont les chefs viennent échouer au rivage , si l’instinct de la sociabilité serait plus puissant chez eux que la crainte du danger.
LE DAUPHIN BRIDÉ. D. frœnatus. PI. x, fig. i.
M. Dussumiera donné ce nom à un dauphin qui fut pris par son équipage à trente lieues au sud des îles du cap Vert , et que j’ai publié (i).Tl faisait partie d’une troupe nombreuse qui s’éloigna du navire aussitôt qu’il fut pris , effrayée sans doute par les efforts vioîens qu’il fit pour se défendre , et qui fut pour elle le signal d’un danger. Cette fuite précipitée des dauphins , au moment où l’un d’entre eux se débattait pour échapper k ses ennemis , semble annoncer k la fois de l’intelligence et de la timidité, et sans doute aussi le signal d’un chef , dont une troupe n’est jamais dépourvue , quand elle ne résulte pas d’une cause fortuite, et qu’elle est la conséquence d’un penchant naturel et instinctif.
Ce dauphin avait dans son estomac un grand nombre d’exocets et de calmars.
Il était noirâtre sur le dos ; cette couleur pâlissait sur les flancs , et le ventre était blanc jusqu’à la moitié de la queue , qui, dans sa partie postérieure, était entièrement noire. Sa tête , noire en dessus , avait sur sés côtés une teinte cendrée , et une bande plus sombre formait sur les joues une sorte de moustache qui s’étendait de l’angle de la gueule jusqu’au-delà des yeux.
(i) Hist. nat. des Mamm. , liv. 58. La figure n’est pas exactement enluminée, la description seule est fidèle.
DES DAUPHINS
Sa longueur totale était de quatre pieds six pouces ; sa hauteur, vis-à-vis de la partie antérieure de la nageoire dorsale , était de neuf pouces. Cette nageoire s’élève à peu près au milieu du corps, et est triangulaire. Les pectorales sont longues et étroites, et la caudale est fort large. L’évent est situé à l’aplomb des yeux.
Les dents étaient nombreuses 5 mais leur nombre n’a point été déterminé.
Il faut espérer que ces premières notions, sur une espèce de dauphin que les navigateurs doivent avoir souvent occasion de rencontrer, ne seront pas perdues pour la science ; c’est-à-dire que la connaissance de cette espèce ne restera pas bornée à ce que nous venons de rapporter, et que des observations nouvelles viendront bientôt s’ajouter aux notions recueillies par M. Dussumier , pour les compléter et leur donner toute l’importance qu’elles sont destinées tôt ou tard à acquérir.
Les espèces qu’il nous reste à décrire dans ce genre se distinguent extérieurement des précédentes par une tête sans front , où le bec est tout d’une venue avec le crâne ; et nous les aurions séparées des dauphins proprement dits , sous le nom de céphalorhynques , si ces différences extérieures eussent entraîné des différences intérieures plus marquées. Un examen de ces espèces pl us approfondi que celui que nous en avons pu faire déterminera peut-être plus tard cette séparation.
LE DAUPHIN A LONG BEC. — D. Rostatus . PL x, fig. 2.
On connaissait depuis long-temps la tête osseuse de ce dauphin (1), sans que les caractères de l’espèce elle-même fussent connus. Mon frère supposa d’abord que ces têtes osseuses provenaient d’un dauphin dont il devait la connaissance au conseil de santé de la ville de Brest et à M. Dorbigny, et dont le front était bombé, ce qui l’avait porté à lui donner le nom de frontatus ; et il regardait comme appartenant à la même espèce un individu rapporté de Lisbonne par M. Geoffroy, que M. Desmarest avait décrit sous le nom de delphinus Geffroyi parmi ses delphinorhynques (2).
(1) Recherches sur les Ossemens fossiles, t, v, p. 2:8 et 4oo, planche 21, %. 7 et 8.
(?) Nouv. Dict. d’Hist. nat,, t, ix, p.-i5r, et Mamm. p. 5i2. ;
DLS DAUPHINS.
Mais mon frère ayant reçu de M. Van Breda, professeur d’histoire naturelle à Gand, le dessin d’une tête semblable à celles dont nous venons de parler, et celui de l’animal d’où, elle avait été tirée , il reconnut que l’espèce à laquelle cet animal appartenait, différait essentiellement de son delphinus frontatus , et du delphinus Geffroyi de M. Desmarest, et il le prit pour type d’une espèce nouvelle qu’il nomma rostratus (i). Depuis , le Muséum a reçu une peinture de cette même espèce faite très-soigneusement à Brest, d’après un animal qui était venu échouer sur la côte.
C’est ce dessin que nous avons publié dans la soixante-septième livraison de notre Histoire naturelle des Mammifères, sous le nom de dauphin à long bec.
Mon frère , comparant la tête osseuse de cette espèce à celle du dauphin vulgaire , dit qu’elle a le museau plus comprimé vers le bout et un peu plus élargi vers le quart supérieur; que le lobe du devant de l’orbite est plus marqué et séparé du museau par une plus grande échancrure ; que les os du nez sont plus larges, moins saillans et touchant aux maxillaires; que la crête occipitale est plus effacée, la tempe beaucoup plus grande, et l’occiput en conséquence plus étroit ; qu’enfin le nombre total des dents est de quatre-vingt-quatre à quatre-vingt-douze.
L’individu envoyé en dessin par M. Van Breda avait huit pieds de longueur.
Dans cette espèce la nageoire dorsale s’élève en demi-croissant à peu près vers le milieu du corps. Les pectorales sont en forme de faux, et la caudale, taillée en croissant, est échancrée à son milieu.
Toutes les parties supérieures de cette espèce sont d’un noir de suie, et les parties inférieures d’un blanc rosé; mais ces parties ne se distinguent pas par une ligne uniforme : cette ligne, au contraire, est fort découpée, et quelques petites taches isolées se voient sur les parties blanches. Le bord de la lèvre inférieure est du blanc rosé des parties inférieures du corps.
Le museau , qui est presque tout d’une venue avec la partie crânienne, montre assez qu’elle s’éloigne également des dauphins à bec étroit, qu’on a plus particulièrement désignés par le nom
(i) Cette espèce entre pour beaucoup dans le dauphin à bec mince de mon frère. Règ. anim., édit, de 1817, p. 278.
DES DAUPHINS
de delphinorhynqnes , et des dauphins à bec large séparé du front, comme le dauphin commun en donne l’exemple.
Le nom de rostratus est sans doute celui que ce dauphin conservera dans les catalogues méthodiques, quoiqu’il ait été donné par Schaw à l’espèce du Gange ; mais ce dauphin du Bengale a lui-même changé de nom et comme genre et comme espèce.
Le dauphin dont Johnston donne la figure sous la dénomination d e delphinus alius (i) se présente avec le trait caractéristique du dauphin à long bec ; mais cet auteur ne donne point les moyens d’en reconnaître les caractères spécifiques.
LE DAUPHIN CÉPHALORHYNQUE. -D. cephalorhyncus.
Cette espèce ne présente sans doute pas absolument la même forme de tête que la précédente ; mais c’est de cette espèce qu’elle se rapproche le plus ; car elle n’a ni le bec étroit des delphinorhynques, ni le bec allongé des dauphins proprement dits, ni enfin le front élevé et arrondi et le bec court des marsouins : elle a , confine l’espèce dont nous la rapprochons , un museau conique et tout d’une venue avec le crâne , ce qui donne à cet animal, plus qu’à aucun autre dauphin , cette forme de fuseau dont quelques auteurs ont fait un des caractères du genre j mais un des caractères particuliers de cette espèce est la hauteur de sa mâchoire inférieure, qui sous ce rapport l’emporte sur la mâchoire supérieure et le crâne. Si cette disposition de la mâchoire inférieure est réelle, et ne résulte pas d’une faute du dessinateur, on doit supposer dans la partie postérieure de cette portion de la tête, ou à sa suite, quelque particularité d’organisation que ne présenteraient pas les autres dauphins. C’est à M. Dussumier que l’on doit la découverte de ce cétacé : il le trouva dans la rade du cap de Bonne-Espérance, où cet animal paraît se rencontrer rarement, et n’eut pas occasion de le revoir pendant le reste de son voyage. 'Cette espèce n’a pas dans les mouvemens la vélocité des dauphins; sous ce rapport elle se rapproche des marsouins ; et c’est un des motifs qui avaient déterminé M. Dussumier à lui donner le nom de marsouin du Cap.
Ce dauphin avait la mâchoire inférieure plus avancée que la
(i) De Piseibui , pl. 43.
DES DAUPHINS
supérieure ; la première avait quarante-six dents (vingt-trois de chaque côté), et la seconde cinquante -deux (vingt-six de chaque côté).
Sa couleur était noire aux parties supérieures comme aux parties inférieures du corps, à l’exception d’une tache blanche qui se voyait de chaque côté, en arrière de la nageoire dorsale.
La longueur de cet animal était d’environ quatre pieds , sa hauteur d’environ dix pouces.
La commissure de la bouche se rapproche beaucoup de l’œil. L’évent est un peu en arrière de l’oeil, et consiste dans une seule ouverture.
La nageoire dorsale est un peu plus rapprochée de la queue que de la tête, et a plus de longueur à la base que de hauteur.
La distance du bout du museau à la nageoire pectorale est d’environ un pied. Cette nageoire est peu étendue ; elle n’a que six pouces de longueur et trois de largeur , et est arrondie a son extrémité.
Les deux extrémités de la nageoire caudale sont distantes l’une de l’autre d’environ un pied. Une légère échancrure divise cette nageoire en deux parties égales.
Cette espèce est figurée et décrite dans notre Histoire naturelle des mammifères (i) sous le nom de marsouin du Cap, que lui avait donné M. Dussumier; mais la tache blanche des côtés n’est point marquée dans la figure.
C’est ce même cétacé que mon frère indique comme un marsouin naturel aux mers du Cap (2).
LE DAUPHIN DE DESMAREST. — D. DemaresÜ .
M. Risso a établi cette espèce sur un dauphin de la Méditerranée qui ne parait pas se montrer communément, et qui ne fréquente les mers de Nice qu’en mars et septembre (3).
La figure qu’il donne de cette espèce la rapproche des dauphins sans front ; quant à lui, il en fait un hétérodon par la considération des deux dents qu’elle paraît avoir à la mâchoire inférieure.
(1) 58e livraison»
(2) Piègne animal, 2e éd., p. 28g.
(3) Hist. nat. de Nice, etc., 1. 111, p. 24, pl, 2, n. 3.
DES DAUPHINS
Les formes singulières de ce dauphin , sa mâchoire inférieure recourbée en haut et les deux dents coniques qui la terminent, sa nageoire dorsale si différente de celle des autres dauphins , font regretter que M. Risso n’ait pas donné une description plus détaillée d’une espèce qui se voyait pour la première fois, qu’il n’en ait pas fait connaître les parties intérieures , mais principalement la tête.
« Le corps de ce dauphin, dit M* Risso, est fort gros, épais au milieu, diminuant vers la queue, où il forme une longue carène, et s’arrondissant sous le rentre; sa tête, non bombée, est terminée par un long museau dont la mâchoire supérieure est courte et édentée , et l’inférieure , beaucoup plus longue , arquée en dessous , et armée vers son extrémité de deux grosses dents coniques , qui sont échancrées de chaque côté près de leur pointe ; les yeux sont petits, ovales, à iris bleuâtre ; l’ouverture des évents est large, semi-lunaire ; les nageoires thoraciques sont courtes , et la dorsale est placée plus près de la queue que de la tête, à peu près au-dessus de l’orifice de l’anus ; la vulve de la femelle est oblongue et entourée d’un petit rebord; la nageoire caudale est large et festonnée; le dessus du corps et de la queue sont d’une couleur d’acier poli, avec une multitude de lignes et de traits blancs disposés sans régularité; le ventre est blanchâtre , l’intérieur de la gueule est d’un blanc noirâtre. La longueur du corps est de près de 5 mètres. Le poids de ce dauphin était de 80 myriagrammes environ .»
« Cecétacé, continue M. Risso, appartient évidemment à la division des dauphins nommés hétérodons, et l’espèce dont il se rapproche le plus est le delphinus diodon de Hunter et de Lacépède. Sa taille paraît être presque aussi élevée que celle de cet animal. Sa mâchoire inférieure est également armée de deux seules dents placées vers son extrémité; mais le dauphin de Hunter a le front bombé, et le nôtre a le sien plat et continué sur la même ligne par un bec fort avancé ; le premier a la mâchoire inférieure médiocrement prolongée et épaisse, tandis que le second l’a forte et qui dépasse de beaucoup la supérieure. Les nageoires offrent aussi des différences : si les pectorales sont pointues dans le dauphin de Desmarest , la dorsale est plus aiguë , plus obtuse dans celuilà que dans celui-ci, etc. ; enfin le dauphin diodon a la couleur générale d’un brun noirâtre uniformç qui s’éclaircit sous le
*>ES DAUPHINS. lOl
ventre, et ne présente point les lignes et les vergetures blanche* qui décorent notre nouvelle espèce. »
LE DAUPHIN HASTÉ. — D. hastatus.
L’existence de cette espèce est fondée sur deux description* accompagnées de figures qui ont entre elles une parfaite ressemblance, et qui font connaître des traits si caractéristiques, qu’aucun doute ne peut s’élever contre sa réalité ; et, quoique beaucoup de notions soient encore nécessaires pour composer son histoire, ceux qui se trouveront à portée de l’observer ne peuvent cependant avoir la crainte de la méconnaître et de la confondre avec d’autres.
C’est à M. Quoy que nous devons la première connaissance de ce dauphin. 11 en trouva la dépouille préparée au cap de Bonne- Espérance, chez M. Verreaux, qui habitait cette partie de l’Afrique, pour y recueillir des objets d’histoire naturelle dont il faisait le commerce. Voici la description manuscrite que nous trouvons de la main de M. Quoy, et que nous ne sachions pas avoir été publiée.
« Ce dauphin a le museau médiocrement allongé, assez^gros, et les mâchoires d’égale longueur ; vingt-six dents à la supérieure, vingt-cinq à l’inférieure. La nageoire dorsale est large et triangulaire, peu élevée, placée un peu à l’arrière du corps. La nageoire caudale est grande, bien évidée, un peu pointue à l’extrémité de ses deux lobes. Les pectorales sont courtes. Ce qui distingue cette espèce, ce sont des marques blanches régulières qu’elle porte sous le ventre , et que nous allons décrire. En avant des pectorales est un large losange dont les deux pointes paraissent comme une tache en dehors et sur les côtés de ces nageoires, lorsque l’animal est dans sa position naturelle. En arrière des pectorales sont deux petites taches ovalaires ; puis vient la grande tache blanche qui couvre le ventre de ce cétacé ) elle a un peu la forme d’un fer de lance dont les branches seraient allongées et fortement recourbées en bas. Ces branches s’étendent sur les flancs de l’animal, tandis que la partie inférieure du fer de lance se porte en arrière et se termine en trèfle ; sa partie antérieure se porte en avant et se termine à peu près en pointe. Tout le reste du corps est noir, si ce n’est la tête, qui est plus ardoisée. Ce dauphin CÉTACÉS. J I
DES DAUPHINS
habite les mers du Cap. Sa longueur totale est de cinq pieds deux pouces. La distance du bout du museau a l’origine de la dorsale est de deux pieds cinq pouces, et à l’origine des pectorales d’un pied un pouce. La longueur de ces nageoires est de dix pouces, et leur largeur de trois. La largeur de la nageoire caudale est d’un pied trois pouces.
La seconde description de cette espèce est due à M. Gray (i), qui la nomme heayisicUi . Elle n’ajoute rien à celle que nous ■venons de rapporter, et y est entièrement conforme. L’individu d’après lequel il l’a faite se trouve au Muséum des chirurgiens à Londres, et il venait aussi des mers du Cap.
C’est d’après les figures de MM. Quoy et Gray que nous rangeons ce dauphin parmi les dauphins à museau tout d’une venue avec le crâne.
LE DAUPHIN OBSCUR. — D. obscurus*
Dans cette espèce , suivant M. Gray (2) , à qui l’on en doit la première connaissance , les jeunes auraient des couleurs un peu différentes de celles des adultes; ils seraient pourv us d’une sorte de livrée analogue à ce qui se voit chez plusieurs espèces de mammifères et d’oiseaux : circonstance importante qui mérite d’ctie notée, parce qu’elle devrait avoir une grande influence sur la détermination des espèces , dans le cas où elle viendrait à être généralisée. 11 paraîtrait que cette livrée irait en s’affaiblissant avec l’âge; chez les individus adultes, on n'en apercevrait plus de trace que sous certains aspects et favorisée parles reflets delà lumière. Dans les deux figures que donne M. Gray de cette espèce , celle d’un jeune et celle d’un adulte, la distribution des couleurs de la première est, en effet, differente de ce qui se ■soit chez la seconde; mais M. Gray avertit que celte seconde figure n’est pas aussi fidèle qu’elle aurait pu l’être, et que le peintre, en observant mieux le modèle qu’il avait sous les yeux , aurait pu indiquer, mais plus légèrement , les mêmes distributions de couleurs que chez la première.
M. Quoy (3) reconnaît cette espèce , et nous partageons sa
(1) Spic. Zool, p. 2, tak a, fig.S.
(2) Spic. zool., page 2, planche s* le jeune; 3, l’adulte^ et o, ie crâne.
(3) Voy . de l’ Astrolabe, t. 1 ,page 161, ph 28.
DES DAUPHINS
manière de voir, dans tin individu préparé qu’il a eu occasion d’observer dans le cabinet d’bisloire naturelle de la ville du ( ap; mais cet individu, comparé à celui de AI. Gray, présentait quelques variations dans les couleurs ; et les dauphins sont généralement des animaux si peu connus, que toutes ces particularités deviennent impoi tantes pour leur histoire. C’est pourq» oi nous distinguerons la description de M. Çîuoy de celle de Al. Gray, du moins en ce q ui concernera les diflért nées qui existent entre elles.
AI. Gray a observé les deux individus sur lesquels il fait reposer l’espèce de son dauphin obscur, dans le Aiuséum des chirurgiens de Londres , où ils avaient été enxoj és du Cap par le capitaine lléaviside. La longueur de l’indiv idu adulte était de six pieds, celle du jeune était de trois pieds. Chez celui-ci le dos et le dessus de la tête , à partir du beid de la mâchoire supérieure jusqu’à la queue , étaient noiis; les cotés du corps et les parties inférie urcs étaient blanches, à rexcepticn de deux bandes se dirigeant obliquement d’axanl en arrière : la première partant des côtés de la te te, embrassant l’œil, et se terminant sur la nageoire pectorale ; la seconde partant de dessous la nageoire dorsale et se terminant sous le vtntre. Chez l’individu adulte , ccmme nous l’avons dit , se voyaient les mêmes couleurs , mais bien plus faiblement marquées. Son corps était élancé, la tête oblique, le museau pointu ; ses dents étaient petites, coniques, au nombre de quarante-huit à la mâchoire inférieure, et au nombre de cinquante-deux à la supérieure.
L’individu décrit par Al. Quoy avait cinq pieds un pouce de longueur totale ; du bout du museau à la nageoire dorsale, il avait de ux pieds un pouce , et trois pieds du milieu de cette nageoire au bout de la queue; la largeur de la nageoire caudale était d’env ii on deux pouces. Le museau et le front de ce dauphin étaient tout d’une venue. La mâchoire inférieure avait cinquantedeux dents, et la supérieure cinquante-quatre. Lesnagcoires dorsales étaient longues et en forme de faux ; le bout du museau , la gorge, les joues et le dessous du ventre, d’un blanc plus ou moins grisâtre; une large bande d’un blanc gris cômmençaità la queue, se portait en dexant, se divisait en deux, et finissait audessous de la dorsale. La lèvre supérieure et le milieu de l’inférieure étaient noires. Tout le reste du corps avait cette couleur.
C’est à cette espèce que nous serions encore tenté de rapporter
DES DAUPHINS
1 q phoccena homeu , dont M. Smith (1) donne la description dans ce qu’il fait connaître de V Histoire du midi de l’Afrique , si le nombre des dents de cette espèce ne surpassait pas trop celle dont nous venons de donner les caractères. Néanmoins c’est ici que j’en parlerai. Les traits qui la caractérisent, et les mers du cap de Bonne-Espérance, où elle se trouve , sont des motifs sufîisans pour nous de la rapprocher du dauphin obscur , n’ayant point à en parler spécifiquement , puisqu’elle ne se trouve pas figurée. D’après la description de M. Smith, ce dauphin est noir en dessus et grisâtre sur les côtés de la tête et du corps , avec une bande commençant sous la nageoire dorsale et descendant obliquement en arrière jusque sous le ventre. La partie antérieure de la mâchoire inférieure , et la partie postérieure du corps en dessous, sont noirâtres. Le museau est court , terminé en pointe , et il se distingue peu de la partie antérieure de la tète. Les dents , légèrement courbées en arrière , sont au nombre de soixante-douze a la mâchoire inférieure, et de quatrevingts à la supérieure. Sa longueur est de six pieds. La nageoire dorsale , haute et terminée en pointe, est plus près de la tête que de la queue ; les nageoires pectorales sont longues , terminées en un angle assez aigu et en forme de faux , etc.
LE DAUPHIN DE PÉRON.— D. Peronn , pl. xv, f. 2.
Pérou, dans le voyage de Baudin aux terres australes, rencontra , en janvier 1802 , cette espèce , en bandes nombreuses , dans les mers du cap d’Entrecastaux , au sud de la terre de Diémen (2) ; et M. de Lacépède, trouvant la description de ce cétacé dans les notes envoyées par Péron durant son voyage , changea le nom de delphinus leucoramphus y que celui-ci lui avait donné , en celui de delphinus Peronn 3 et le publia sous ce dernier nom dans son Histoire naturelle des cétacés .
Ce ne fut que long-temps après , en 1820, que mon frère , retrouvant le delphinus leucoramphus dans une peau rapportée d’un voyage aux Indes par M. Dussumier, reconnut que cette espèce n’avait pas de nageoire dorsale, et il crut devoir attribuer
(1) ZoologicalJournal, t. it, n. iG, p. 44o.
(2) Voyage anx terres nust.? t. t, p. 217, 1807
DES D AU Pii JUS ë.
à ce delphinaptère une tête osseuse, que M. Iî oussart, , capitaine de vaisseau , s’était également procurée dans un voyage au Bengale (i).
Depuis , MM. Quoy et Gaimard y dans le voyage de V Uranie autour du monde , paraissent avoir rencontré cette espèce aux environs de la nouvelle Guinée, et M. Lesson l’observa près du cap Pillars (2) , à l’entrée du détroit de Magellan , dans la mer du Sud. Ce dernier en a donné deux figures , l’une dans le voyage de la Coquille , et l’autre dans son Histoire naturelle clés cétacés; mais celle-ci n’est qu’une copie de la première.
L’histoire de ce dauphin , par M. Lesson (3) , contient un extrait de la description quç mon frère avait donnée de cette espèce ; mais l’auteur de cet extrait a oublié d’en tirer un caractère important : le nombre des dents , qui , dans la tête rapportée par M. Houssart , était de trente-huit et quarante de chaque côté des deux mâchoires ; ces dents étaient grêles et pointues. Nous regrettons qu’il ait également omis de nous apprendre dans quels parages l’équipage de la Coquille parvint à harponner un de ces animaux. Il nous avait fait connaître l’impossibilité où l’on avait été d’en prendre un seul dans la troupe de plusieurs centaines qui , le 12 janvier 1823, dans le voisinage du cap Pillars, environnaient le bâtiment a quelques pieds de distance , s’élançant hors de l’eau à la manière des bonites. Or il n’est point de détails indifférens quand il ne s’agit encore que de recueillir les élémens qui devront un jour servir à composer l’histoire d’une espèce.
Le dauphin de Pérou , décrit par M. Lesson , d’après un individu que les matelots de la Coquille harponnèrent un jour, avait trente-neuf dents grêles et pointues de chaque côté de l’une et de l’autre mâchoire , terme moyen du nombre donné par la tête que mon frère a décrite. Il pesait soixante-cinq kilogrammes, et sa longueur totale était de cinq pieds huit pouces. La longueur de i’individu rapporté par M. Dussumier était de cinq pieds six pouces.
Jusqu’à présent, tout ce qu’on sait de l’histoire de ce dau-
(1) RechcrcIi. sur les Ossem. foss., t. v, p. 228. 1
(2) . Voyage de la Coquille, |d. 9, iig. j.
'•3' Histoire naturelle des cétacés, pl. 4, iig. ï.
des dauphins;
pliin consista dans ses formes générales , dans quelques-unes de ses parties organiques, et dans un ou deux traits de son naturel.
Des différons points où il a été observé, on peut conclure qu’il habite dans toute l’étendue de la mer du Sud , ou plutôt dans l’océan Pacifique, entre la ligne équinoxiale et le cinquante ou le cinquante-cinquième degré de latitude australe; car il ne paraît point avoir été vu sur les côtes occidentales de l’Amérique. ïl vit en troupes très-nombreuses.
tm Sa taille est de cinq pieds six à huit pouces ; ses formes générales sont celles des dauphins ; mais le peu de sévérité qu’on a mis à le faire représenter permet difficilement d’apprécier les formes particulières de ses diverses parties. A en juger par la figure de la Coquille , les nageoires pectorales seraient beaucoup plus en arrière dans cette espèce que dans la plupart des autres dauphins , et la nageoire caudale, au lieu d’être échancrée dans son milieu , aurait la forme régulière d’un croissant, et serait festonnée dans toute l’étendue de son bord concave ; ce qui ne se rapporte pas avec l’individu de M. Dussumier, qui a cette nageoire échancrée comme celles de toutes les autres espèces de cette famille.
Il paraît , d’après ce que rapporte M. Lesson , que le museau est séparé du crâne par un sillon profond, ce que n’indique pas la figure. Il est entièrement privé de nageoire dorsale , c’est-àdire qu’il appartiendrait au genre des delphinaptères, si ce genre tout-h-fait artificiel pouvait subsister.
Ses dents , comme nous l’avons dit , sont au nombre de trentehuit h quarante de chaque côté des deux mâchoires; elles sont grêles et très-pointues. La tête , osseuse, diffère peu de celle du dauphin vulgaire, et surtout du dauphin douteux ; le museau est seulement un peu plus plat et plus large que celui de ces deux espèces.
LES INIAS. — Inia (i).
La seule espèce qui constitue ce genre rappelle les dau-
(i) Nom donné à ce dauphin par ïes Indiens Guarayos des rives du Rio de San-Miguel, entre les provinces de Chiquitos et de Moxos„ république de Rolivia.
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p'iin-5 pr ) >r:>m mt d ts , par lensembl ‘ d • s s fornvs p'tér.c-.u*'»s j -u iis s)i n is *a i \st ,1 is ;dloug s;*s riag- >>.r<\s ,» rtar îles sont plus largos, et la nageoire dorsal en’est représentée que par une simple élévation de la peau. Ces caractères , peu propres à servir de fondement h la formation d’un genre, acquièrent une importance suffisante par les caractères qui se tirent de la tête osseuse de cette espèce, pl. xr, fig. 2 ; caractères que nous avons fait connaître dans nos généralités sur les dauphins, et qui consistent surtout dans des dents mammelliformes.
L’INIA DE BOLIVIE. — J . Boliviensis , pl. x bis.
C’est a M. d’Orbigny que l’on doit la découverte de cette singulière espèce de dauphin. Il en a nouvellement écrit l'histoire (1), et, pour faire connaître cet animal, nous n’avons rien de mieux à faire que de transcrire ou d’extraire ce qui s’jr rapporte dans le mémoire qu’il a publié sur ce sujet, et qu’il a bien voulu mettre à notre disposition.
« En pénétrant dans l’intérieur du Haut-Pérou (Bolivia), dit-il, les habitans de la ville de Santa-Croz de la Sierra nous parlèrent d’un grand poisson que, par leur description, nous reconnûmes pour un cétacé; cet animal habitait, disait-on, dans toutes les rivières de Moxos, et remontait jusqu’au port de Sanla-Cruz et de Chiquitos. Ce rapport nous parut d’autant plus étrange, que les rivières qu'on nous citait étaient les premiers affluens du Rio-Mamoré, qui va se jeter dans l’Amazone, c’est-à-dire à plus de sept cents lieues de la mer. »
» Nous vîmes les premiers de ces animaux près des lieux habités par les Guarayos, et dès lors il fut facile de nous convaincre que c’étaient de véritables cétacés. Nous les rencontrâmes ensuite dans toutes les rivières de la province de Moxos ; mais tous les moyens que nous employâmes pour les obtenir furent inutiles , les Indiens de ce pays n’ayant jamais pu se servir d’un harpon ; et nous désespérions de parvenir à nous en procurer, lorsque nous apprîmes que les soldats brésiliens du fort du Principe de Beira en faisaient la pêche pour se procurer de l’huile nécessaire à leur éclairage.
(1) Nouvelles Annales du Muséum d’Histoire naturelle. 1. 111 , p. sî, ph 0
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» A notre arrivée dans ces contrées sauvages, le commandant de ce presidio, ou galère, donna, sur notre prière, les ordres nécessaires pour faire harponner des dauphins; et nous stimulâmes l’exécution de cet ordre par des promesses d’argent. Pendant trois jours la pêche n’eut aucun succès , à cause de la crue des eaux; nous commencions à perdre tout espoir, quand, le quatrième jour, on vint nous prévenir qu’un de ces cétacés venait d’être harponné ; et en effet on ne tarda pas à nous l’apporter tout vivant.
» Cet animal vécut pendant cinq à six heures. On reconnut aussitôt son analogie de forme avec les dauphins proprement dits. Son corps cependant est gros et court, comparé à celui de ces derniers animaux. Son museau est en forme de bec prolongé très-mince , presque cylindrique, et obtus a son extrémité ; sa bouche est fendue jusqu’au-dessus des yeux, et forme une ouverture linéaire, arquée seulement à la partie postérieure.'Ses narines sont tellement obliques d’avant en arrière, que son orifice est placé presque au-dessus des nageoires pectorales. Derrière l’œil est l’orifice du canal auditif, plus sensible qu’il n’est communément chez les autres espèces de cette famille. Les nageoires pectorales sont larges, longues et obtuses. Une dorsale peu saillante est placée presque au tiers postérieur de la longueur totale. La partie postérieure du corps est légèrement comprimée ; la queue est grande et bien divisée dans son milieu.
» Le crâne est déprimé ; le museau est long et muni de dents sur toute sa longueur. La totalité des dents est de cent trente à cent trente-quatre ; il y en a soixante-six ou soixante-huit à la mâchoire supérieure, et de soixante - quatre ou soixante-six à l’inférieure ; toutes sont rugueuses ou marquées de sillons profonds et interrompus. A la mâchoire supérieure des trente-trois ou trente-quatre qui existent de chaque côté, les vingt-trois premières sont arquées et coniques, et les autres sont élargies à leur base interne ; et ce caractère va en augmentant à mesure qu’on se rapproche de la partie postérieure des mâchoires , de telle sorte que les dernières dents sont à peine coniques. A la mâchoire inférieure les dix-huit ou dix neuf premières seulement sont coniques et arquées, les autres sont semblables aux postérieures de la mâchoire opposée.
»' Le corps de ce dauphin était couvert d’une peau lisse , et de
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poils gros et crépus, mais rares, garnissaient le museau du jeune individu que nous observions. Cet individu était une femelle qui se trouvait prête à mettre bas, et ses deux mamelles, situées aux côtés du vagin, étaient remplies de lait qu’on faisait sortir par la pression. Cette femelle, en effet, mit au monde un petit vivant pendant qu’on l’observait , et le nouveau-né avait le museau garni de poils comme sa mère. On dit que les mâles de cette espèce parviennent à la longueur de quatre mètres. La femelle en avait la moitié moins. » La différence qui existe entre la physionomie générale de ces inias et celle des dauphins proprement dits nous engage à donner en détail les proportions des diverses parties du corps de l’individu qui a fait le sujet des observations de M. d’Orbigny.
mèt.
cent.
Longueur du bout du museau à l’extrémité de
la queue. . .
— - — a sa base. . . .
— — â l’œil .
— - — à l’orifice des
narines. . . .
*— — à l’oreille. . . .
— - — à la nageoire
pectorale. . .
*— — à la nag. dorsale.
de l’œil .
du bout de la queue à sa base. . .
— — à la vulve. .
de la nageoire pectorale .
Largeur
de cette nageoire . .
de la nageoire caudale .
Hauteur de la nageoire dorsale. . . .
Circonférence du museau' .
de la tête à la hauteur de l’œil. .
aux nageoires pectorales. . . .
vis-à-vis de la dorsale .
Les couleurs de cette espèce sont variables : communément le dessus du corps est bleuâtre pâle, passant au rosé en dessous ; la queue et les nageoires sont bleuâtres. Quelques individus ont des teintes tout-à-fait rougeâtres; d’autres, au contraire, sont
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noirâtres, et il en est qui sont couverts de taches ou de raies. Il paraîtrait que la couleur de ces cétacés est d’autant plus- -pâle qu’ils habiteraient davantage les grandes rivières, et qu’elle devient plus foncée lorsqu’ils se retirent dans les lacs que ces rivières forment.
Gette espèce se rencontre dans toutes les rivières qui traversent les immenses plaines de la province de Moxos, et vont former les Rios-Mamoré et Guaporé , qui constituent plus loin la rivière de Madeiras, un des premiers bras des Amazones ; elle remonte jusqu’au pied des dernières montagnes du versant est de la Cordilière orientale, h plus de septeents lieues de distance de la mer, oit elle ne paraît pas descendre ; il est même très-vraisemblable qu’elle ne dépasse jamais les cascades du Rio-Madeiras, et qu’elle se trouve renfermée entre les dixième et dix-septième degrés de latitude sud, et les soixante-quatrième et soixante-cinquième degrés de longitude ouest de Paris.
D’après les rapports des naturels, ce dauphin ne fait qu’un petit à la fois, et la mère a pour son enfant, comme celui-ci a pour sa mère, une affection qui va jusqu’à leur faire méconnaître les dangers les plus grands, et qui leur causeraient le plus d’effroi s’ils n’avaient à veiller qu’à leur propre conservation.
Ces dauphins viennent plus fréquemment que les espèces marines respirer à la surface de l’eau ; mais leurs mouvemens n’ont ni la vivacité ni l’impétuosité des mouvemens de celles-ci. Ils se réunissent habituellement en petites troupes de trois ou quatre individus , et on les voit quelquefois élever leur museau audessus des flots pour manger leur proie.
Les Brésiliens du fort du Principe de Beira nomment cette espèce Bote ; les Espagnols, Bufeo; les Guarayos, Inia; les Cha* pacuras, S/'s/; les Bau res, Jhui; les Itomanas, Puchca ; les Cayuvava, Potohi; les Iten, Scita; les Paguaras, Cacho'icana; les Movimas Potohi; les Canichanas, Nituya; et les Moxos, A'ico : car, quoique ces peuplades soient très-voisines les unes des autres , leurs langues, comme on sait, ne se ressemblent pas.
LES MARSOUINS. — Phocœna.
Comme dans presque tous les genres de mammifères, marsouins nous offrent de grandes et de petites es-
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pèces : le globiccps a jusqu’à vingt pieds de longueur, et le marsouin commun en a à peine quatre. Ils se distinguent des dauphins proprement dits en ce qu’ils n’ont point de bec; leur museau ne se distinguant presque point de ce qui constitue en apparence leur partie cérébrale. Leur tête osseuse a des mâchoires allongées et très-distinctes du crâne; mais sur l’animal vivant cette distinction est efFacée par les parties dont les mâchoires sont recou» vertes, et qui donnent à la tête de ces dauphins une forme plus ou moins sphérique. En elFet, sous ce rapport, toutes les espèces ne se ressemblent pas ; il en est quelques-unes chez lesquelles cette sphéricité est plus marquée que chez d’autres, quoiqu’elle soit caractéristique chez les unes comme chez les autres.
Tous les marsouins, à l’exception d’un seul, le béluga, sont pourvus de l’appendice cutané nommé nageoire dor° sale ; et il n’en est aucun qui ne soit pourvu de dents ; mais, si chez les uns elles sont coniques et crochues, chez d’autres elles sont comprimées latéralement. Six des sept marsouins qui sont connus se sont rencontrés au nord , une seule espèce a été rencontrée à quelques degrés au sud de l’équateur. Nous avons parlé dans nos généralités sur les dauphins des caractères propres à la tête osseuse des marsouins, représentée pi. xiv.
LE MARSOUIN COMMUN. — P. communis.
Cette espèce est la plus commune dans nos mers d’Europe ; c’est celle dont les pêcheurs s’emparent le plus fréquemment, la trou» vant souvent prise et asphyxiée dans leurs filets.
C’est une des plus petites espèces de dauphin : il ne para ît pas que sa taille dépasse la longueur de six pieds, et le plus ordinairement elle n’est que de quatre à cinq. La distance du bout du museau à l’œil, sur un individu de quatre pieds, est de cinq pouces , et il en est de même du bout du museau à l’évent. Du bout de la mâchoire inférieure à l’origine de la nageoire pecto-
DES DAUPHINS
ll2
raie, la distance est d’environ quinze pouces. La longueur de cette nageoire est de sept pouces. La distance du museau au milieu de la nageoire dorsale triangulaire est de vingt-sept pouces. Cette nageoire est haute de trois pouces six lignes ; le diamètre de la nageoire caudale est de cinq pouces environ.
Le corps du marsouin est plus fusiforme que celui du dauphin vulgaire : son plus grand diamètre est à peu près vis-à-vis de la nageoire dorsale , mais ces animaux diffèrent surtout par la forme de la tête. Autant le premier, comme nous Pavons vu, a le museau obtus et arrondi, autant l’autre l'a déprimé et allongé; et le raccourcissement du museau a entraîné, pour le marsouin , le raccourcissement de la bouche.
Les dents de cet animal sont au nombre de vingt à vingt- trois de chaque côté des deux mâchoires , et, au lieu d’être coniques , comme celles de la plupart des autres dauphins , elles sont comprimées latéralement, tranchantes, et plus larges à l’extrémité de leur couronne qu’à leur partie moyenne ; elles sont courbées d’avant en arrière à leur collet , qui 9 en général 9 est plus étroit que l’extrémité de la racine.
Les organes des mouvemens ne présentent aucune particularité remarquable , et il en est à peu près de même des organes des sens. Ce que nous avons dit à ce sujet dans les observations générales sur les dauphins et dans la description du dauphin vulgaire, convient tout-à-fait au marsouin, si ce n’est que la pupille , chez celui-ci , est en forme de Y, et que la langue est festonnée dans tout son contour.
« Les organes de la génération , dit mon frère (i) , varient très-peu à l’extérieur chez les deux sexes ; la verge rentre entièrement sous la peau, et l’on n’aperçoit en dehors que l’extrémité du gland. Cet organe, d’abord cylindrique, après avoir fait un coude, se termine en cône assez aigu. Les testicules sont cachés en dedans, et portés par un ligament membraneux fourni par le péritoine , dans l’épaisseur duquel l’artère spermatique forme un plexus comme la veine. Le canal déférent , comme celui de l’éléphant, est replié sur lui-même jusqu’à son entrée dans l’urètre. Il n’y a ni vésicule séminale ni glande de Cowper; mais la prostate est énorme. La première moitié de l’urètre fait , avec
(i) Ménagerie du Muséum , in-12 , t, 11, p. 78.
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«elle contenue dans la verge, un angle de quarante degrés : les corps caverneux et leurs muscles s’attachent aux petits osselets, qui tiennent lieu de tout le bassin. La femelle n’a point de nymphes , mais un clitoris assez notable. Son vagin est garni de rides transversales , presque semblables à des valvules. Sa matrice est partagée très-près de son orifice. »
Sa couleur aux parties supérieures du corps est d’un noir à reflets violacés ou verdâtres; elle est blanche aux parties inférieures; mais cette couleur prend moins d’étendue aux parties antérieures du corps qu’aux postérieures , la couleur noire descendant bien plus bas sur les premières que sur les secondes. La mâchoire inférieure est légèrement bordée de noir, et toutes les nageoires sont de cette couleur , même les pectorales qui naissent dans la partie blanche. Le bourrelet qui tient lieu de lèvres est couleur de chair.
Tels sont les caractères extérieurs du marsouin proprement dit; ses caractères intérieurs sont aussi dignes de remarques, et surtout ceux que l’ostéologie de la tête présente. Comparée à celle du dauphin vulgaire , elle est beaucoup plus courte , sans cependant être plus large à l’endroit où le jugal fait saillie au-delà des maxillaires. Les intermaxillaires forment de plus une saillie au-devant de l’ouverture des narines , et une autre saillie de l’occipital se voit au-dessus de ces ouvertures,, Les maxillaires séparent largement les intermaxillaires à leurs parties postérieures , et ces os ne s’étendent pas le long du bord externe des narines jusqu’aux naseaux ; ils en restent séparés par un intervalle qu’une partie des maxillaires remplit. En dessous , le vomer se montre dans le palais entre les maxillaires et les intermaxillaires (i).
Le reste du squelette du marsouin diflere peu de celui du dauphin vulgaire. L’omoplate est moins large et son apophyse coracoïde plus égale à l’acromion dans le premier que dans le second, et le premier os du sternum n’a point chez l’un les parties anguleuses qui s’observent sur les cotés de cet os chez l’autre , etc.
« L’œsophage, dit encore mon frère dans sa description du marsoin (2) , conduit directement dans le premier estomac , le plus volumineux de tous , en forme de poche ovale ; le passage
(1) Rech. sur les Qssem. foss., t. v, part. iTe; !>• 296
(2) Méu». du 13, p. •>$.
DES DAUPHINS
de cet estomac au second est près de l’entrée de l’œsophage dans le premier, et, comme il y a deux étranglemens, ce petit passage a pu être compté lui-même comme un estomac. Le second estomac est sphérique et presque aussi grand que le premier; sa sortie est opposée à son entrée ; entre lui et le troisième est encore un petit passage étranglé à ses deux bouts, qui a pu être considéré comme une cavité particulière. Le troisième estomac est fait comme un tube courbé en S , et le quatrième est arrondi comme le second. Ainsi , suivant qu’on compte ou qu’on ne compte pas comme estomacs les cavités comprises entre les étranglemens des conduits des grandes cavités l’une dans l’autre , on a quatre ou six estomacs; et, comme c’est dans le dernier que s’ouvre le canal hépatique et le canal pancréatique , il a été considéré par quelques auteurs comme un duodénum. On ne doit donc pas s’étonner si les anatomistes ne s’accordent pas sur le nombre d’estomacs des marsouins. Quoi qu’il en soit, les parois du premier estomac sont fort ridées en dedans et revêtues d’un velouté assez épais. Son pylore est garni de rides tellement fortes et saillantes , qu’aucun corps un peu gros ne pourrait le traverser. Les parois du second estomac sont très-épaisses et creusées de rides longitudinales qui en ont de côté d’obliques comme des feuilles pennées. La substance de ces parois est une sorte de pulpe assez homogène et de velouté lin et lisse. Les deux passages tiennent de la nature de ce second estomac. Le troisième est membraneux , et son velouté est marquée d’une infinité de petits pores. Enfin le quatrième est presque ridé comme le premier. Le canal intestinal va en diminuant de diamètre jusqu’à l'anus, et on n’y voit point de cæcum. »
Lesmarsouins vivent en troupes assez nombreuses ; on les rencontre à la surlace des flots , où ils aiment à se jouer, même dans les plus grandes tempêtes. Lei r nourriture consiste en poissons et en mollusques , dont ils font une grande consommation , ce qui les fait redouter des pêcheurs ; ils s’établissent quelquefois , comme en embuscade , à l'embouchure des fleuves , pour saisir les poissons qui retournent à la mer, et ils les remontent même quelquefois fort avant. Il n’est pas rare d’en voir dans la Seine à Rouen , dans la Loire à Nantes , dans la Garonne à Bordeaux ; on en a vu jusqu’à Paris.
L’été paraît être pour le marsouin la saison de Paraour ; on dit
DES DAUPHINS
qu’à cette époque son aveuglement devient tel qu’il méconnaît tout danger j à en croire les marins, il poursuivrait alors ses femelles avec tant d’ardeur, qu'il s’élance sur les vaisseaux qu’il rencontre sur son passage, et se précipiterait sur le rivage sans da» percevoir ; ce qui ne semble guère s’accorder avec la vie sociale qui paraît être naturelle à ces animaux. Anderson dit que leur gestation est de six mois ; il ne naît qu’un seul petit à la lois; et Klein nous apprend qu’au moment de sa naissance le jeune marsouin a vingt pouces de longueur. La femelle nourrit son petit et le protège avec la plus grande sollicitude, et ordinairement elle expose sa vie quand il expose la sienne. C’est, dit Othon Fabricius , après leur première année que les jeunes marsouins peuvent pourvoir eux-mêmes à leur nourriture.
Cette espèce se trouve dans les mers du Nord , comme dans nos mers, dans la Méditerranée comme dans l’Océan; mais je ne sache pas qu’on ait fixé les latitudes entre lesquelles elle se trouve renfermée. Il paraîtrait , au reste , que les troupes de marsouins vojagent, et qu’elles sont soumises à des migrations périodiques ; que ces cétacés s’avancent du Nord au Midi dans les saisons froides, et du Midi au Nord dans les saisons chaudes. C’est du moins ce qu’on pourrait supposer de ce que dit Othon Fabricius que c’est en été que ces animaux sont les plus communs dans les parages du Groenland, et de ce que dit Delon que c’est au printemps et en automne qu’on en rencontre davantage sur nos côtes , où ils sont fort rares en été.
Les anciens ont indubitablement connu le marsouin , assez commun dans la Méditerranée. Mais il est difficile de reconnaître cette espèce dans ce qu’Aristote (1) dit de la Pliocène , qui pour lui est un cétacé, qu’elle est plus petite que le dauphin ; que sa couleur est d’un vert d’eau; qu’elle nourrit ses petits avec son lait, et qu’elle se trouve dans la mer du Pont. C’est cependant ce nom de pliocène que les naturalistes ont admis comme nom scientifique du marsouin.
On a aussi cru pouvoir rapporter au marsouin ce que dit Pline (2) du Tursio, que, semblable au dauphin, il en diffère cependant en ce qu’il a moins de gaîté, et en ce que sa gueule est redou-
(i)LiboVi, cap. 8etlib„ vni,cap. i3.
(a) Hist. «at», lib. ix, cap, x*.
DES» DAUPHINS
table comme celle du chien de mer. C’estBelon(i), nous le croyons du moins, qui le premier a pensé que le tursio de Pline pourrait être le marsouin, ayant remarqué que le premier de ces noms se transformait aisément dans le second, puisque pour cela il suffisait d’en changer la première lettre et à la place d’un T de mettre une M ; mais on conviendra qu’il serait difficile d’ajouter foi à des analogies spécifiques fondées sur un pareil système.
Belon a fort bien indiqué les caractères , tirés de la forme du museau, qui distinguent le marsouin du dauphin vulgaire, et c’est encore lui qui paraît avoir restreint ce nom de marsouin à l’espèce à laquelle on le donne aujourd’hui ; car, comme nous l’avons déjà dit, cette dénomination avait originairement été appliquée au dauphin comme au marsouin, ce nom , qui , dans les langues germaniques , signifie cochon de mer, étant applicable à l’une comme à l’autre de ces espèces, l’une et l’autre se trouvant, comme le cochon, revêtues d’une épaisse couche de lard. Le nom que le marsouin recevait des pêcheurs, qui ne le confondaient nullement avec le dauphin, était celui de gras-pois, contraction de gras poisson, dont les Anglais ont fait leur grampus , nom qu’ils appliquent encore aujourd’hui au marsouin. La figure que donne Belon , quoique grossière, a bien les caractères généraux de cette espèce.
Il en est de même de celle non moins grossière que donne Rondelet (2), qui, du reste, ne dit rien d’essentiel de l’animal que cette figure représente, sinon qu’il se nomme tursio ou marsouin, et qu’il diffère du dauphin par son museau mousse.
Gesner copie la figure de Rondelet , et Aldrovande celle de Belon, sans rien ajouter d’utile à la connaissance de cette espèce ; et il en est de même de Johnston, qui donne aussi une figure de marsouin assez reconnaissable.
L’indication de cette espèce se trouve fréquemment dans les voyageurs, et les naturalistes l’ont admise dans leurs catalogues; mais, comme on l’a vu dans ce que nous avons dit de ses caractères et de son organisation, il faut descendre jusqu’aux anatomistes modernes pour trouver quelque circonstance importante à ajouter à son histoire.
(1) De Aquat., page i5, ph 16.
(a) Rondelet, de Piscibus , liv. xvi, chap. g/p. 4?3 , p. 474^
UES DAUPHINS
Au seizième siècle, la cliair du marsouin n’était pas moins recherchée comme aliment que celle du dauphin , ou plutôt l’une ne se distinguait pas de l’autre $ et, comme la première espèce est beaucoup plus commune que la seconde , c’est elle qui se trouvait le plus habituellement en vente. Belon nous apprend qu’il en a vu jusqu’à cinq à la fois, à Paris, au marché du vendredi. Aujourd’hui les marins et les habitansdu Nord sont les seuls qui s’en nourrissent encore. Dans toutes les autres contrées de l’Europe l’art de la cuisine a amené dans les goûts des changemens si considérables, que la chair des cétacés ne fait plus éprouver que de la répugnance.
L’ÉPAULARD (1). — - P. or ca.
Cette espèce paraît une des plus anciennement connues sur nos côtes : elle se rencontrait assez fréquemment, dit-on, dans le golfe de Gascogne , sans doute lorsque la navigation, moins étendue qu’elle n’est aujourd’hui , ne l’en avait pas encore éloignée. Il paraît que c’est à elle que les Saintongeois donnaient plus particulièrement le nom d’épaulard, quoique depuis ce nom paraisse avoir été oublié par eux (2) ; mais , si elle était connue des pêcheurs, elle l’était peu des naturalistes, qui, même encore aujourd’hui, n’en peuvent composer l’histoire qu’en réunissant des notions éparses qu’ils lui rapportent plus ou moins conjecturalement.
Les caractères les plus frappans de cette espèce sont : un museau très-court , une grande taille, une très-haute nageoire dorsale , de grosses dents en assez petit nombre, enfin les parties supérieures du corps noirâtres, les parties inférieures blanches, et une tache de cette couleur au-dessus de l’œil.
Tous les dauphins auxquels on a plus ou moins reconnu ces caractères , mais surtout la grande nageoire dorsale , ont été rapportés à cet épaulard des Saintongeois, assez mal décrit et encore plus mal représenté par Rondelet.
Quoi qu’il en soit, le type de cette espèce nous est donné dans
(1) Rondelet, p. 483.
(2) M. Lesson, habitant le pays, n’y a plus retrouvé l’usage de ce nom, (ié taeés, p. i<)4.
DES DAUPHINS
une figure publiée par Hunter sous le nom de granipus (1), figure dont on a cru retrouver des traits dans celle que Duhamel a fait représenter sous le nom de cachalot d’Anderson (2) , et dans celle que Lacépède (3) nomme gladiateur, qu’il devait à Banks, et qui a une ressemblance très-grande avec celle de Duhamel. Au premier coup d’œil, il est assez difficile de reconnaître d’intimes rapports entre la première de ces figures et les deux dernières ; elle n’a été saisie ni par Lacépède ni par 3VI. Desmarest 5 mais, en faisant la part du vague des teintes de la figure de Hunter, par leur fusion l’une dans l’autre, et de l’exagération de celles des figures de Duhamel et de Lacépède, par les limites tranchées qu’elles ontrpçues, on juge que, quant aux couleurs, les différences réelles des animaux qui ont donné lieu à ces figures ont dû être assez faibles; et, comme ces dauphins se rapprochent par leurs autres caractères , nous pensons que ce n’est pas sans raison qu’ils ont été rapportés à la même espèce. Il en résulte cependant que nous ne possédons point encore de très-bonne représentation de l’épaulard ; et, comme nous le verrons plus bas , nous ne sommes guère plus avancés sur son histoire.
Plusieurs auteurs (4) ont pris l’épaulard pour Vorca des anciens, mais sans grand fondement. D’abord il n’est pas très-certain que l’épaulard se trouve dans la Méditerranée ; ensuite ce que disent de leur orca les anciens , qui n’en parlent qu’en quelques mots, ne convient pas exclusivement à l’épaulard. En effet, quoique cet animal atteigne à une fort grande taille, il n’en conserve pas moins la forme générale des dauphins, c’est-à-dire que son corps, gros à sa partie moyenne, va en diminuant plus ou moins graduellement jusqu’à ses deux extrémités. S’il y a moyen de trouver dans cette forme, comme le fait Festus (5) , celle d’un vase à mettre du vin , on ne tirera pas de ses proportions , comme le fait Pline (6), « l’idée d’une masse de chair ayant des dents
(1) Trans. phil. 1787, pl. xvi. Ce nom de grampus est devenu générique pour les naturalistes anglais; il a pour eux le sens que nous donnons génériquement à celui de marsouin.
(2) Traité des Pêches, 2e partie, sect. x, pl. 9, fig. j. p. 35.
(3) Hist. nat. des Cétacés, pl. v, fig. 3, p. 3o2.
(4) Rondelet, fabricius, Eonnaterre, etc.
(5) De verb. signif.
(6) Lib. x, cap, 6.
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menaçantes.» Ces deux images conviennent beaucoup mieux à un cachalot, comme on l’a déjà pensé ; et ce qui le confirme, c’est ce que le même Pline rapporte du combat que l’empereur Claude fit livrer à un orque qui était échoué dans le port d’Ostie, combat dont il fut témoin, et dans lequel une des barques fut submergée par l’eau dont le souffle de l’orque l’avait remplie. Au reste, les anciens n’étaient sans doute pas plus exempts que les modernes de l’erreur qui consiste à appliquer le même nom à des espèces différentes, surtout lorsqu’il s’agit d’animaux aussi difficiles à observer que le sont les cétacés ; et ce n’est qu’à cette circonstance, ou à toute autre analogue, qu’il faut attribuer le dauphin sur lequel Claude s’est fait représenter dans la médaille où il a voulu consacrer le combat dont nous venons de parler, et qui semble n’être que le dauphin commun.
Il est plus vraisemblable, comme l’a conjecturé mon frère , que l’épaulard est Varies marinus des Latins ; car l’épaulard a une tache blanche, étroite et un peu courbée, très-nettement dessinée derrière l’œil ; et Pline rapporte (i) que la mer laissa sur les côtes de la Saintonge des béliers marins dont les cornes n’étaient représentées que par des lignes blanches.
Elien dit aussi que le bélier marin mâle a le front orné d’une bandelette (2) , et il ajoute que cet animal se trouve entre la Corse et la Sardaigne.
Si les modernes avaient reconnu la présence de l’épaulard dans la Méditerrannée, la conjecture de mon frère serait à peu près hors de doute ; mais ce fait n’a point été constaté ; et , si M. Risso a cru dans un temps retrouver cet aries marinus dans les mers de Nice (3), il a dû lui-même reconnaître plus tard son erreur ; le dauphin auquel il avait donné le nom d’aries a pris depuis le sien même.
C’est de cet épaulard que l’on a aussi voulu reconnaître les caractères dans quelques-uns des dauphins qui, chez les nations du Nord, ont reçu les noms de buts-kopf; mais le buts-kopper d’Eggède (4) peut tout aussi bien être rapporté au globiceps qu’à
(1) Lib. ix, cap. 5.
(2) Hist.anim., lib. xv, cap. 2 : Marinus aries frontem, sic albavitta rc ’ dimitam habet,etc.
(3) Ann. du Mus.d’hist. nat,pl. 1.
(4) Description du Grocnl., trad. franc. ,p. 56.
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l’épaulard, puisque le seul de ses caractères spécifiques qui convienne à ce dernier consiste dans une tête grosse et obtuse. Il en serait de même du premier buts-kopf de Martens (i), s’il n’ajoutait pas à la forme sphérique de la tête que les parties supérieures du corps sont brunes et que la tête est marbrée; mais il y a plus de vraisemblance que c’est de l’épaulard qu’il parle dans son second buts-kopf, qui a, dit-il, la nageoire dorsale trois fois plus haute que celle du premier.
Anderson parle aussi d’un buts-kopf, mais les traits qu’il en rapporte ne sont que ceux du premier buts-kopf de Martens. C’est son épée de mer qui pourrait être l’épaulard ; car ce dauphin joint à une tête arrondie la nageoire très-élevée qui forme un des caractères principaux de ce dernier ; et c’est encore à notre épaulard des Saintongeois qu’il faudrait rapporter , comme Anderson l’a déjà fait, ces dauphins assassins (2) des côtes du nord des États-Unis, si une très-haute nageoire dorsale appartient en effet exclusivement à cette espèce.
Bonnatère (3) donne le premier grampus de Hunter pour type de l’épaulard ; mais il rattache à cet animal tout ce que les anciens rapportent de l’orque, et il fait une espèce distincte de l’épée de mer d’Anderson.
Lacépède fait également deux espèces des animaux que l’on réunit aujourd’hui en une seule. Le premier grampus de Hunter représente son dauphin orque, quoiqu’il en sépare expressément Vorca des anciens; et il donne la figure qu’il reçut de Bancks, et dont nous avons parlé plus haut , pour type de son dauphin gladiateur (4), qu’il rapporte à l’épée de mer de Bonnatère ; mais il
(1) Voy. au Nord, 1. 11, trad. franc., p. i43*
(2) Killers, Trans. philo3., n. 3S7, p. 266.
(3) Cétologie, p. 22, pl. 12, fig. 1
(4) On trouve dans l’ouvrage de M. William Dewhurst, intitulé Histoire naturelle de l’ordre des Cétacés, p. 181, pl. id., fig. 1, la description sommaire d’un dauphin gladiateur, avec une figure grossièrement dessinée, dont l’auteur ne fait pas connaître l’origine, et qui est remarquable par la’nageoire dorsale étroite, aussi longue que la moitié du corps de l’animal, qui avait vingt pieds, recourbée en arrière à sa pointe, et qui, d’après le texte, devait être osseuse et très-dangereuse pour les baleines que le gladiateur attaque. Cette figure semble tout-à-fait imaginaire ; et ce que M. Dewhurst rapporte de cette espèce n’est en grande partie qu’une copie d’Anderson et de Martens.
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fait une espèce distincte, sous le nom de dauphin de Duhamel, du dauphin que ce dernier nomme dauphin d’Anderson , lequel ne diffère en rien du gladiateur, car il est trop évident que la nageoire dorsale de celui-ci, si rapprochée de la tête, ne vient que de l’infidélité du dessinateur.
Quoi qu’il en soit du plus ou moins d’exactitude de ces rapprochemens, toujours est-il que les élémens de l’histoire de cette espèce sont encore bien insufîisans.
L’épaulard est un des plus grands dauphins ; il atteint jusqu’à vingt-cinq pieds de longueur, et sa plus grande circonférence, qui se trouve à sa partie moyennne, est de douze pieds j son corps, comme celui de tous les dauphins, est fusiforme, mais beaucoup plus allongé en arrière qu’en avant , son museau étant tronqué et sa tête arrondie. Une nageoire de quatre pieds de haut , recourbée en arrière et terminée en pointe , s’élève au milieu de son dos ; ses deux nageoires pectorales sont élargies, arrondies à leur extrémité, et moins longues proportionnellement que celles du globiceps. La nageoire caudale a environ cinq à six pieds d’une extrémité, à l’autre, et elle est partagée en deux parties égales par une échancrure dans son milieu.
Sa couleur est d’un noir brillant aux parties supérieures, et d’un blanc pur aux parties inférieures, à l’exception des flancs , sur lesquels on voit s’avancer une tache noire plus ou moins irrégulière, qui prend naissance sur les côtés noirs de la queue. On voit de plus une tache blanche courbe et étroite au-dessus et en arrière de l’œil. L’évent n’a qu’un seul orifice extérieur ; l’œil est petit. La verge des mâles est conique, et sa longueur sur l’individu vu par Hunter était de trois pieds.
Ses dents sont grosses, coniques, un peu courbées en arrière, et au nombre de onze de chaque côté des deux mâchoires ; celles qui terminent en avant la mâchoire inférieure s’usent les premières.
La tête osseuse de cette espèce (i), comparée à celle du globiceps , a un museau large et court comme les précédons ; mais la région en avant des narines est concave , au lieu d’être renflée , et elle se distingue des plafonds des orbites
(i) Rech.sur les Ossem. foss., t. v, part, i, p, 297, pi. 22, fig. 3 et 4, ba~ eépède, Hist. nnf. des Cétacés, pl. xvi.fig. 1
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par une crête un peu saillante. Le lobe antérieur de l’orbite est gros et bien séparé par une échancrure de la base du museau. Les tempes, profondes et concaves, sont séparées de l’occiput par des crêtes plus saillantes même que la crête temporale ; ses os du nez sont petits.
Pline (r) nous représente l’orque comme un des plus grands ennemis des baleines. Rondelet fait de même pour son épaulard; et il ajoute que les pêcheurs ne font point la guerre a ce cétacé 5 qu’ils le ménagent même , parce qu’en poursuivant les haleines il les pousse au rivage , où elles viennent échouer, ce qui donne aux pêcheurs plus de facilité pour s’en rendre maître ; et c’est aux Terres-Neuves , dit-il, que les mariniers en agissent ainsi ; ce qui nous rappelle ces killers, ces dauphins assassins des côtes du nord de l’Amérique, que les pêcheurs, dans des temps plus modernes, ont regardés comme leurs plus dangereux ennemis ; c’est que ce ne sont plus des baleines qu’on vient chercher sur ces côtes , mais des morues, que les épaulards détruisent en grande quantité.
Depuis, l’ épaulard a toujours été considéré comme un des plus grands ennemis de la baleine , sans que nous sachions qu’aucune observation nouvelle à cet égard ait été faite.
Il paraît que ces animaux vivent en petites troupes , et que, comme les baleines ils se sont réfugiés dans les glaces du Nord.
Anderson nous dit que les pêcheurs les rencontrent dans les mers du Spitzberg et dans le détroit de Davis, et il ajoute qu’ils n’attaquent la baleine que pour lui dévorer la langue, ce qui fait qu’on rencontre assez fréquemment des baleines mortes privées de leur langue.
La rapidité avec laquelle ces dauphins nagent ne permet pas de les atteindre avec le harpon 3 on ne parvient à les blesser qu’à coups de fusil.
LE MARSOUIN DE QRBIGNA. — P. griseus.
Un des travaux des naturalistes les plus pénibles et les plus ingrats, mais en même temps les plus utiles, est celui qui a pour objet de rapporter à chaque espèce les faits épars qui leur
(1) Yoy* ci-dessus.-
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appartiennent , et qui se trouvent dans des ouvrages de toute nature.
Ce n’est en effet que par des travaux de ce genre que l’histoire des espèces parvient à se composer; car il n’est jamais arrivé qu’un individu ait été vu assez long-temps, et dans des conditions assez diverses, pour que son espèce se soit fait connaître par lui sous tous les rapports. La connaissance des espèces n’est ordinairement que le résultat des observations faites sur un nombre plus ou moins grand d’individus isolés, et presque toujours à des intervalles éloignés les uns des autres : c’est pourquoi l’on ne parvient à reconnaître que ces individus sont congénères qu’à l’aide de beaucoup d’expérience, d’une grande pénétration et d’une critique très-déliée. Il n’est donc point étonnant si quelques erreurs échappent au milieu de toutes ces difficultés, qui trop souvent se compliquent encore de l’incohérence des observations, de la légèreté avec laquelle elles ont été faites , et de la différence de points de vue des observateurs.
Ces difficultés existent pour toutes les espèces d’animaux; mais elles sont portées au dernier point pour les cétacés.
Le marsouin de M. d’Orbigny fut d’abord connu par soi. squelette, provenant d’un individu échoué près de Brest et préparé par les soins du conseil de santé de cette ville. Ce squelette, à la demande de M. Duméril, fut envoyé au Muséum d’histoire naturelle, et mon frère y reconnut les caractères d’une espèce nouvelle. Un dessin de l’animal échoué fut également envoyé, et c’est ce dessin incorrect et inexactement enluminé qui détermina mon frère en le publiant (i) à désigner cette espèce par le nom de griseus.
Depuis, en 1822, quatre dauphins étant venus échouer près de l’Aiguillon, bourg des côtes du département delà Vendée, et M. d’Orbigny en ayant envoyé une tête et une peinture, mon frère y reconnut son delphinus griseus , et put corriger l’erreur où l’avait induit le dessin du dauphin de Brest.
En effet, cette espèce est noire et non pas grise. C’est à elle que mon frère nous paraît rapporter le dauphin découvert par M. Risso, et nommé par celui-ci aries (2), le prenant par
(1) Règ. anim.,p. 290, note r.
-(2) Anales du Mus., t. xix,pl. 1, iig*
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erreur pour l’aries marinus de Pline et d’Ælien. Mais une figure et une description nouvelle de ce dauphin, faites par M. Laurillard, sur des individus pris à Nice, nous a porté à croire qu’il s’agissait, dans ce delphinus aries , d’une espèce bien distincte de celle de d’Orbigny, et qu’on s’exposerait en les confondant à composer une espèce d’élémens tout-à-fait hétérogènes.
Il nous reste pour faire connaître le marsouin de cet article , outre les notions qui ont été tirées du squelette envoyé de Brest, et de la figure faite d’après les individus échoués à l’Aiguillon , un mémoire de M. d’Orbigny, qui accompagnait cette figure, et que nous croyons ne pouvoir mieux faire que de reproduire.
« Vers le milieu du mois de juin, plusieurs habitans de l’Aiguillon, bourg situé sur les côtes de la Vendée, furent éveillés sur les onze heures de la nuit par un bruit effrayant , qui paraissait partir du bord de la mer, et qu’ils comparèrent au mugissement de plusieurs centaines de taureaux beuglant tous à la fois ; quelques-uns des plus courageux sortirent et s’approchèrent du rivage ; mais, effrayés par ce bruit extraordinaire, rendu encore plus sensible par le silence d’une nuit calme, et augmenté par des coups répétés sur le sable et dans la mer, ils rentrèrent dans leurs habitations.
3> Au point du jour ils osèrent enfin retourner sur la plage ; ils virent alors avec surprise le sable de la côte bouleversé et sillonné sur une étendue de plus de cent toises, et quatre grands animaux qui luttaient encore avec la mort , en se débattant et poussant des cris affreux.
» Il est présumable qu’un plus grand nombre de ces animaux s’était d’abord échoué, en poursuivant un banc de mugil cephalus (ces poissons sont nommés dans nos départemens littoraux tnenil ou mulet ; les dauphins en sont très-friands, et plusieurs furent recueillis le lendemain sur la grève), et qu’en se roulant sur le Æable mouillé par la marée la plupart était parvenue à regagner la mer.
» Je ne fus prévenu du naufrage de ces cétacés que le 2ï, et nous ne punies, mon fils et moi, nous rendre à l’Aiguillon que îe ; le degré de décomposition dans lequel nous les trouvâmes était tel , qu’il nous fut impossible de les ouvrir pour en observer l’intérieur, et nous fûmes forcés de nous borner à en mesurer les diverses parties extérieures, à en prendre un dessin exact, et à les
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faire ensuite traîner sur la dune, pour les enfouir dans le sable après les avoir placés dans de grands paniers , afin que pendant leur décomposition complète aucune partie osseuse ne se perdît.
» Ces quatre cétacés sont de même espèce et du sous-genre des marsoins 5 ils ont les plus grands rapports de conformation extérieure avec le grampus de Hunter , dont Lacépède a fait son dauphin ventru ; mais ils en diffèrent essentiellement par l’absence totale de dents k la mâchoire supérieure, et par le nombre de celles de la mâchoire inférieure.
» Un d’entre eux paraît jeune, etnJa que sept pieds quelques pouces de long, les autres ont à peu près dix pieds de longueur $ les dents du jeune sont coniques, presque entières k leur sommet , et au nombre de huit : elles sont émoussées, cariées, et au nombre de six à sept dans les trois grands ; il n’y a qu’une seule femelle.
» La mâchoire supérieure est plus longue et s’avance de quatre pouces au-delà de celle d’en bas ; elle n’offre même dans le plus jeune individu aucun indice de dents, et l’on n’y observe à l’intérieur qu’une rainure peu profonde qui reçoit le bord de la mâchoire inférieure. La langue est épaisse, charnue et courte.
5) Le diamètre des yeux est de quatre pouces, et leur largeur d’un pouce et demi ; l’orifice externe de l’oreille est situé k environ quatre pouces en arrière et un peu en dessous de l’œil ; il est fermé par une valvule très-mince, qui paraît avoir la faculté de s’ouvrir et de se fermer à la volonté de l’animal.
» Les évens n’ont qu’une seule ouverture extérieure ; mais elle est séparée longitudinalement en dedans , un peu au-dessous de son orifice, en deux parties latérales, par une membrane trèsmince. Cette ouverture est située sur le sommet de la tête, à deux pieds et demi du bout du mufle.
» Les nageoires pectorales ont trois pieds de longueur sur un pied de largeur auprès de leur base ; elles sont éloignées du museau de trois pieds et demi.
» La dorsale est à peu près placée k la moitié de la longueur totale de l’animal ; elle est large k sa base de quinze pouces, longue de devant k l’arrière de son sommet de deux pieds, et sa hauteur perpendiculaire k l’axe de l’animal est de quatorze pou* ces* Il paraît que cette dorsale est souvent en tout ou en partie détruite , soit par une maladie particulière k eetfç espèce, soit pat7
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des animaux parasites, soit par les glaces du nord , soit enfin par la morsure de quelque ennemi. Sur les quatre individus observés, deux seulement ont cette nageoire entière, un autre l’a toutà-fait détruite ; mais la cicatrice est très-reconnaissable en ce qu’elle est inégale, d’une couleur plus claire que le dos, et recouverte seulement d’une épiderme très-mince. Cette cicatrice et l’absence de cette nageoire n’auraient-elles pas trompé quelques naturalistes, et fait quelquefois considérer ce cétacé comme un delphinaptère ?
» La caudale est horizontale, longue et large de vingt pouces ; elle est comme anguleuse (carénée) à sa partie supérieure par une ligne saillante qui descend de la dorsale jusqu’à la queue.
» A la partie postérieure inférieure de l’abdomen et à quatre pieds de l’extrémité de la queue , on remarque une fente profonde, longue de huit pouces ; en séparant ses lèvres latérales on observe , i° en avant, la vulve ou la verge selon le sexe ; 2° en arrière, l’orifice de l’anus : la verge est longue de neuf pouces , conique , pointue à son extrémité; elle se replie pour se loger dans cette cavité, qui en avant se prolonge sous la peau. Dans les femelles les mamelles sont placées latéralement en avant de cette fente, qui est moins allongée que dans les mâles.
» La longueur totale est de dix pieds, le diamètre pris à la base des pectorales est de trois pieds, et est à peu de chose près égal de haut en bas et d’un côté à l’autre.
» La teinte générale du dessus du corps et de la tête est d’un noir bleuâtre; le dessous est d’un blanc sale, qui se fond sur les côtes avec le noir. »
LE MARSOUIN CARÉNÉ. — P. compressé caudata .
M. Lesson (i) a donné sous ce nom la description d’un dauphin qui fut pris par l’équipage de la corvette la Coquille , commandée par M. Duperrey, le 27 septembre 1822 , à quatre degrés au sud de l’équateur et à vingt-six degrés de longitude occidentale. Déjà il en avait parlé , mais sans le désigner spécifiquement, dans la partie zoologique du Voijaçje delà Coquille (2).
f 1) Cétacés, p. 199.
(2) V. 178, note i.
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Nous répéterions avec la plus grande confiance cette description, si nous n’en n’avions pas une originale faite d’après le même dauphin par M. Garnot , chirurgien-major de l’expédition , laquelle , sans différer essentiellement de celle de M. Lesson , fait un peu envisager cet animal sous un autre point de vue. Et rien n’est plus favorable à l’avancement de l’histoire naturelle que ces descriptions naïves , faites sans autre but que de conserveries traits d’un objet dont le souvenir pourrait s’effacer. Il résulte toujours de leur comparaison des lumières nouvelles ; et c’est ce qui nous détermine principalement à mettre au jour un travail fait avec une parfaite intelligence de la matière. Voici dans quels termes s’exprimait M. Garnot :
« Je vais essayer de tracer une légère esquisse des principaux caractères de ce cétacé.
» Plombé sur le dos et blanchâtre sous le ventre, ce dauphin est allongé, plus large à sa partie moyenne, qui semble le point de réunion des bases des deux cônes qui forment l’ensemble de ce cétacé. Sa tête, arrondie, se termine par un museau court, la mâchoire supérieure dépassant un peu l’inférieure. Les dents, au nombre de quarante-quatre à la supérieure et de quarante-six à l’inférieure, sont petites, coniques et crochues, également éloignées l’une de l’autre ; elles diminuent de grandeur en se portant vers le bout du museau, qui en est dépourvu. L’ouverture des paupières est très-petite , allongée; son grand diamètre est dans le sens de la longueur ; Lèvent , formant un croissant dont la convexité, est en avant et diamétralement opposé aux yeux; une seiüe dorsale placée au milieu du corps , dont la hauteur égale la douzième partie de la longueur , représente un triangle à bord convexe en avant et concave en arrière. Les pectorales , distantes de vingt pouces du museau , sont courtes et disproportionnées par rapport h la longueur de l’animal. Les organes de la génération, placés dans une fente formée par les replis de la peau , sont éloignés du museau de trois pieds et demi ; la longueur totale de la verge était de quatorze pouces ; le gland , canuliforme , est reçu dans la duplicature de la peau , qui lui forme une espèce de prépuce. L’ouverture de l’anus est située à onze pouces à peu près plus en arrière.
» La queue , échancrée à sa partie moyenne , a un pied sept pouces d’envergure. La partie de ce cétacé qui tient à la queue
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est aplatie de droite à gauche et forme deux bords tranchans.
» Après la section de la peau , et après avoir pénétré jusqu’aux muscles, dont la couleurest brune, on trouve une couche de graisse blanche dont la plus grande épaisseur est d’une dizaine de lignes. En débarrassant la tête des chairs, nous avons trouvé, dans les fosses nasales, une énorme quantité de vers hydati gènes.
» Situés sur les parties latérales de la cavité thorachique , les poumons ont la forme d’un cône dont la base , qui repose sur le diaphragme , a neuf pouces de diamètre sur quinze de hauteur ; leur couleur, d’un blanc tirant sur le jaune , est parsemée de quelques taches rougeâtres ; le poumon droit offre une petite scissure à sa partie inférieure ; le bord antérieur de l’un et de l’autre est mince et s’avance au-devant du cœur ; on trouve vers la base, dans l’épaisseur de cette espèce de toile celluleuse formée par ce bord , un petit lobule de trois pouces de longueur; les vaisseaux sanguins et les conduits aérifères viennent s’insérer à la partie moyenne et un peu supérieure de la face interne de ce viscère. Leur organisation est la même que dans les mammifères en général.Une glande allongée, que j’ai trouvée au devant des artères aorte et pulmonaire, doit être sans doute la thymique.
» Le cœur a la forme d’un cône , dont la base est dirigée en avant ; les vaisseaux qui en partent et qui viennent s’y rendre ne nr’ont point offert de sujets de remarque : on apercevait à peine la trace des ligamens artériels. La longueur du cœur de la base au sommet est de cinq pouces , et celle de la base est de cinq et demi , mesures prises dans l’état de vacuité des cavités. Le trou botal était entièrement oblitéré : on remarquait , du côté de la fosse ovale, un petit cul-de-sac; les piliers des ventricules étaient forts et résistans; l’épaisseur du ventricule gauche est d’un pouce, celle du droit de cinq lignes. La forme de l’estomac est difficile à déterminer : il est divisé en deux portions : une gauche volumineuse un peu triangulaire, recevant la terminaison de l’œsophage; une autre droite moins considérable , se terminant par une partie plus restreinte et allongée au duodénum, qui est renflé et forme en quelque sorte un troisième estomac. Près de l’extré* mité gauche au pylore , l’estomac a dix-huit pouces de long , la portion gauche, en a dix sur dix de large; la surface intérieure de rptte dernière est tapissée d’une muqueuse blanche épaisse.
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ridée , bien distincte de l’autre , qui est brune et établit une grande ligne de démarcation ; nous y ayons trouvé des paquets de vers lombrics qui y étaient fixés intérieurement. La valvule pylorique est tellement rétrécie , qu’on peut à peine introduire le bout du petit doigt ; elle s’oppose au passage des alimens avant qu’ils ne soient entièrement chylifiés. Le duodénum a h peu près huit pouces de long ; la muqueuse qui le tapisse est blanchâtre et forme plusieurs valvules conni ventes. Il paraît susceptible d’une grande dilatation , le péritoine ne lui étant uni que par un tissu cellulaire très-lâche.
» Les intestins sont blancs et peu injectés j les intestins grêles sont longs de cinquante-six pieds j le mésentère détaché offre de distance en distance des étranglemens. La surface intérieure de ces intestins présente une infinité de replis valvulaires ; la muqueuse n’est unie à la musculaire que par un tissu cellulaire très-expansible. La terminaison de cet intestin peut être considérée comme formant un intestin distinct , droit et lisse à son intérieur, à replis longitudinaux : cette portion du tube digestif a beaucoup de rapport par son organisation avec l’intestin rectum. Les matières qui y étaient contenues étaient très-liquides et noirâtres. Les reins, longs de huit pouces et larges de quatre , au nombre de deux, sont allongés et composés d’une masse de lobules pentagones unis par un tissu cellulaire trèslâche ; les vaisseaux qui viennent s’y rendre s’insèrent a sa partie moyenne ; on n’y trouve pas de bassinet. Le foie est volumineux, d’une seule pièce 5 l’extrémité droite offre une petite scissure ; sa couleur est lie de vin ; point de vésicule biliaire. La rate, rouge brun , n’est pas plus grosse qu’un œuf de poule. Entouré par le duodénum , le pancréas semble divisé en deux portions , l’une blanche et l’autre brune. La vessie ovoïde est petite, d’une texture assez épaisse ; on trouve peu de replis à l’intérieur ; l’entrée des uretères présente deux petites gouttières qui se prolongent jusqu’à la naissance du canal de l’urètre. Les organes de la génération ont été tellement détruits , que j’ai eu beaucoup de peine à les étudier : j’ai trouvé deux glandes oblongues , d’un tissu analogue à la thyroïde, donnant naissance à deux canaux qui venaient se rendre dans le canal de l’urètre : je pensais que ce devaient être les testicules, lorsque, poussant plus loin mes recherches , je découvris deux corps ronds blancs , conte-
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nant dans leur intérieur un fluide extrêmement limpide : je cherchais à mettre toutes ces parties en rapport, je ne pus y parvenir. Si nous sommes assez heureux pour en prendre d’autres , je me propose d’étudier ces parties avec soin , et de choisir un autre lieu que le pont, où l’on n’est pas commodément lors» qu’il s’agit de faire de l’anatomie minutieuse. »
LE MARSOUIN GLOBICEPS. — P. globiceps.
C’est au hasard que nous devons la connaissance de la plupart des espèces de dauphins. Les faibles avantages qu’en général on tire de ces animaux ne compensant point les peines que donnerait leur capture, on ne les cherche point ; et, s’ils ne venaient pas de temps en temps échouer sur nos rivage s, nous n’en saurions que ce que nous rapporteraient les navigateurs qui les auraient fortuitement rencontrés dans leur chemin. C’est ce qui doit expliquer la découverte si récente de plusieurs espèces de dauphins qui , par la grandeur de leur taille et leur habitation dans nos mers, sembleraient devoir être connues depuis fort long-temps.
Le marsouin globiceps est du nombre de ces grands dauphins , vivans dans des parages dont on n’a pu se former que très-nouvellement des idées exactes et précises. Non pas qu’il n’eût été vu fréquemment dans nos mers et sur nos plages , mais les observateurs avaient manqué , et des richesses qui venaient d’ellesmêmes s’offrir à la science avaient passé , sans qu’elles lui aient été acquises, sans qu’elle en ait pu profiter.
Les premiers individus de cette espèce qui , en France , aient suffisamment excité l’intérêt pour devenir des sujets d’observation et mêmes d’études , échouèrent dans le voisinage de la ville de Paimpol , près du village de Ploubazlanec , c’est-à-dire à l’extrémité septentrionale de la Bretagne ; mais cet événement eut lieu par des circonstances qu’il est utile de connaître. Nous en devons le récit à M. Lemaoüt, ancien professeur d’histoire naturelle et pharmacien à Saint-Brieuc , qui fut chargé , par le préfet du département, de recueillir toutes les observations auxquelles ces dauphins pourraient donner lieu.
Ce naturaliste nous apprend que , le 7 janvier 1812, des pêcheurs de Ploubazlanec, se trouvant à une lieue en mer par
un très-mauvais temps , rencontrèrent ces dauphins qui faisaient jaillir l’eau de leurs évents , et dont la tête paraissait de temps en temps de quelques pieds au-dessus des flots. Après avoir lutté pendant plusieurs heures inutilement contre ces animaux sans pouvoir en tuer aucun ni avec les gaffes , ni avec les fusils dont ils étaient armés, ils se réunirent à trois contre un des plus forts individus, et le poussèrent à coups de gaffes au rivage, où il échoua. Pendant le trajet , cet animal poussait des mugissemens douloureux , et , contre l’attente des pêcheurs , il fut suivi de toute la troupe , qui vint échouer elle-même , et qui se trouva composée de sept mâles , de cinquante et une femelles , et de douze jeunes à la mamelle. Dès que ces animaux touchèrent la grève , ils 11e surent plus que se débattre machinalement, sans donner à leurs violens efforts une direction fixe ; et , tout en se débattant contre la mort , ils poussaient des sons plaintifs qu’on entendait avec peine, et qui produisaient sur les spectateurs, dit M. Lemaoüt , un sentiment particulier, mélange d’attendrissement et d’effroi. Le plus vigoureux vécut cinq jours entiers.
Tous ces animaux avaient les mêmes proportions et la même physionomie. Ils étaient particulièrement remarquables par la forme sphérique de la partie antérieure de leur tête et par la brièveté de leur museau.
La longueur du plus grand individu était de dix-neuf à vingt pieds, et , à la partie la plus grosse de son corps, c’est-à-dire à l’origine de la nageoire dorsale , sa circonférence était de dix pieds ; elle était de vingt-six pouces seulement à l’origine de la nageoire caudale 5 la tête avait six pieds trois pouces de longueur, les nageoires pectorales en avaient cinq et deux pouces , et leur largeur la plus grande , c’est-à-dire leur origine , était d’un pied. La nageoire dorsale avait trois pieds d’étendue à sa base, et sa hauteur était de quatre pieds. L’envergure de la nageoire caudale était de quatre pieds trois pouces.
Ces mesures nous donnent les proportions d’un animal élancé dont les mouvemens sont rapides et faciles , et qui , comme la plupart des autres dauphins , doit faire son habitation de la haute mer.
Le nombre des dents chez ces individus variait beaucoup : quelques-uns des jeunes en manquaient tou t-à-fait , et d’autres n’en avaient encore que dix à la mâchoire supérieure et à l’infé-
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rieure. Chez les adultes , elles ont varié, pour chaque mâchoire, de dix-huit à vingt-six. Les plus grandes se trouvaient vers le milieu des maxillaires ; leur forme était conique , légèrement recourbée en dedans à leur pointe , et leur saillie hors des gencives n’était que d’environ un pouce. Chez les uns , elles se trouvaient entièrement usées par le frottement ; chez d’autres , l’émail paraissait avoir disparu ; en général , elles ne présentaient d’autre caractère fixe que leur simplicité. Le palais, était garni d’aspérités transversales, comme celui du bœuf; et de nombreux tubercules, d’une consistance assez ferme et serrés l’un contre l’autre, garnissaient les lèvres et les gencives. Les yeux, extrêmement petits et bleuâtres, se trouvaient à quatre pouces de la commissure des lèvres et sur la même ligne qu’elles ; les paupières étaient sans cils ; l’orifice de l’oreille n’a pu être reconnu sur aucun individu. L’évent était simple, en forme de croissant, et les cornes dirigées vers le front. La langue consistait en une masse charnue et spongieuse. La peau avait une épaisseur de trois lignes ; elle était dense, d’un gris foncé , et d’une si grande élasticité, que M. Lemaoüt la compare, sous ce rapport; à la gomme élastique; un épiderme très-mince, d’un noir éclatant, se détachant avec facilité du derme , le recouvrait entièrement. La verge se trouvait renfermée dans un fourreau , et sa forme était conique. La vulve se montrait au dehors par une ouverture longitudinale ; et chez les femelles qui n’allaitaient pas , les mamelons des deux mamelles se voyaient de chaque côté du vagin dans un pli de même longitudinal. Dans les femelles qui allaitaient , ces plis étaient remplacés par les deux mamelles devenues saillantes, qu’un mamelon terminait ; et , ce qui est digne de quelque attention , c’est que le lait jaillissait spontanément par intervalle de ces mamelles, même après la mort des animaux , dit M. Leinaoiit. La couleur de ce lait était d’un blanc fauve , de consistance sirupeuse , presque inodore , et d’une saveur fade.
L’anus était à vingt-deux pouces en arrière des parties génitales , et consistait dans un simple orifice musculaire.
L’estomac de plusieurs de ces dauphins ayant été ouvert , on y trouva des débris de sèches et de morue qui , chez les jeunes , étaient mélangés de lait.
Le canal intestinal d’un individu de moyenne grandeur avait cent vingt pieds de longueur.
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Ces animaux étaient entièrement noirs , à l’exception d’une ligne qui naissait sous le cou en forme de cœur, et qui se prolongeait étroite jusqu’aux parties génitales qu’elle embrassait.
Mon frère , qui eut occasion de disséquer un des animaux échoués près de Paimpol , et qui dut en faire préalablement la détermination, reconnut que cette espèce chez nous ne faisait point encore partie de celles que la science admettait ; et il la nomma’gÉobiceps, a cause de la forme arrondie de sa tête. Il reconnut en même temps qu’elle se trouvait représentée imparfaitement , ce qui sans doute Pavait fait méconnaître, dans le Traité des Pêches de Duhamel (1). Cependant , dès 1806 et 1809 , MM. Neill (2) et Traill (3), reconnaissant la nouveauté de cette espèce, en avaient publié des descriptions ; et le dernier l’avait fait en lui donnant le nom de delphinus mêlas , et en accompagnant sa description d’une assez bonne figure due aux soins de M. W atson ; mais, à cette époque, et jusqu’en 1 8 1 4? les relations scientifiques elles-mêmes étant interrompues avec l’Angleterre , ce fait était resté inconnu; il n’a même été dévoilé qu’en 1820 par M. Scoresby, qui a reproduit la description et la figure un peu modifiée publiées par M. Traill , en ajoutant de nouveaux renseignemens sur l’histoire de cette espèce, à laquelle il donne le nom de del phinus deductor (4).
Il résulte des observations de M. Traill et des recherches de M. Scoresby que l’espèce de dauphin qui nous occupe est une des plus communes dans nos mers du Nord ; que sans doute il y est connu de tout temps , et que, s’il ne fait pas un objet spécial de pêche comme la baleine , il est cependant un objet de recherches et d’industrie pour les habitans des Orcades, des îles Shetland, des îles Féroé et de l’Islande . Aussi loin qu’on peut remonter dans l’histoire naturelle ou industrielle de ces îles , on trouve presque pour chaque année la preuve que des troupes nombreuses de cette espèce de dauphin sont venues échouer sur leurs rivages , et procurer à leurs habitans les moyens de faire d’abondantes provisions d’huile. Il y a plus : l’intérêt que
(1) Traité des Pêches, part. 11, section x, pl. 9, fig. 5.
(2) Tour througt somme of the îsland of Orkney and Shetland, etc., p. 221 ; Edimbourg, 1806.
(3) Nicholson’s Journal, vol. 22, p. 81, pl. 3. 1809,
(4) An Account of the arcticregious, 1. 1, p.igG, pl, ?3, fig. 75
CÉTACÉS. 1 i
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ceux-ci ont dû mettre à s’emparer de ces troupes de dauphins leur a fait reconnaître depuis long-temps que ces animaux suivent instinctivement un chef, quelque part qu’il se dirige ; et en conséquence ils ont appris , lorsqu’ils rencontrent une troupe de ces dauphins près des côtes , à pousser ce chef au rivage et à l’y faire échouer, bien sûrs que tout le reste de la troupe viendra s’y échouer avec lui. Ainsi nous trouvons, comme une pratique établie de tout temps , la manœuvre qu’imaginèrent les pêcheurs de Ploubazlanec dans la seule vue de s’emparer d’un dauphin, et qui , contre leur attente , leur en procura une troupe entière , comme elle le fait pour les pêcheurs des Orcades et des îles voisines, qui en connaissent toute l’efficacité. Il paraît toutefois que cette pratique n’est pas toujours suivie de succès : ainsi M. Traill nous apprend qu’ayant assisté un jour à cette espèce de chasse , le dauphin conducteur, que les pêcheurs dirigeaient au rivage , effrayé sans doute , ou plus expérimenté que beaucoup d’autres , ne fut pas plus tôt près de terre, que, faisant une culbute , il prit une direction tout opposée, et fut à l’instant suivi de la troupe qu’il commandait , et qu’il sauva ainsi d’une perte inévitable.
Les troupes que forment ces animaux sont extrêmement nombreuses : on en a vu qui se composaient de cinq cents individus , et celles de cent cinquante à deux cents sont communes. Elles paraissent être en général inoflènsives , excepté pour les poissons de petite taille et les molluques, qui seuls font leur nourriture , et qu’elles viennent chercher dans les nombreux détroits des groupes d’îles dont elles fréquentent le voisinage, et qui leur sont si souvent funestes.
Les individus observés par M. Watson, et dont M. Traill nous a donné l’histoire , étaient revêtus d’un épiderme que le premier compare à une étoffe de soie huilée pour en indiquer la finesse et l’éclat ; et il nous apprend que ceux qui étaient arrivés au terme de leur développement n’avaient que vingt-deux dents à chaque mâchoire. M. Scoresby dit cependant expressément que M. Watson trouva a l’un de ces individus vingt-huit dents à la mâchoire supérieure et vingt-quatre à l’inférieure ; mais, ce qui fut bien constaté alors , comme il l’a été encore depuis , c’est que le nombre des dents chez ces animaux est trèsvariable , et que les vieux comme les jeunes en manquent souvent tout*a-fait. M. Watson compare les mamelles des femelles
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qui allaitaient au pis des vaches , et il ajoute qu’on en faisait couler le lait en les pressant aussi long-temps que ces animaux vécurent.
Ce fut dans le mois de décembre que M. Watson trouva ces femelles allaitant leurs petits , lesquels avaient environ quatre pieds (et demi de longueur ; et c’est dans les premiers jours de janvier que le même phénomène a été observé sur les individus échoués dans la baie dePaimpol; mais, chez ceux-ci , les jeunes avaient de sept pieds à sept pieds et demi de longueur. Il est donc permis de conjecturer què, si les femelles ont une époque régulière pour la mise bas, elle a lieu vers la fin de Pété ou au commencement de l’automne ; et , comme , ainsi que dans les jeunes individus de Paimpol, on trouvait dans leur estomac des débris de sèches mélangés au lait, il est vraisemblable que l’allaitement cesse dans les premiers mois de l’hiver.
Les Shetlandais donnent à cette espèce le nom de c' ainq-whale , c’est-à-dire baleine conductrice, et ceux de Féroë celui de çjrind whale , pour indiquer sans doute qu’elle est pourvue de dents. Quelque^ naturalistes ont pensé que le butz-kopper d’Eggède (1) était le dauphin globiceps ; mais ce que cet auteur dit du butz~ kopper est si insignifiant, qu’autant vaudrait n’en rien savoir ; et, si quelques-uns des traits qu’il rapporte conviennent en effet à ce dauphin , d’autres lui sont tout-à-fait étrangers. Ainsi sa nageoire dorsale n’est point rapprochée de la queue, et il n’a pas plusieurs évens.
M. Risso (2) a rapporté au globiceps un dauphin dont il donne la figure , et qui , dit-il , visite annuellement les côtes de Nice ] mais M. Risso s’est évidemment mépris , rien dans la figure qu’il donne ne rappelle le globiceps , et plusieurs traits de sa description ne conviennent point à cette espèce. Mais c’est une tête de ce dauphin que Bonnatère a fait figurer (3). Lacépède a donné une copie de cette tête (4) en l’attribuant au cachalot, qu’il nomme swinewah Camper a aussi donné , sous
(1) Descript. et Hist. nat. du Groënh, trad. franc., p. ô6.
(2) Hist. des prod. de l’Europe mérid., 5e vol. in-8°, Paris, t. (ni, pag. 23 fig. 1.
(3) Cétologie, pl. 9, fig. 2.
(4) Hist. nat. des Cétacés, pl. 9, fig. 2.
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1 e nom de narval édenté , la figure d’une tête osseuse de cette espèce , et mon frère en a fait de même représenter une d’après une des têtes envoyées par M. Lemaoüt : le premier dans les planches 32, 33 et 34 de ses observations anatomiques sur les cétacés ; le second dans le cinquième volume de ses Recherches sur les animaux fossiles , planche ai, figures 11, 12, i3.
LE MARSOUIN RISSO. — . P. rissonnus , pl. xm, fig. 1.
C’est à cette division qu’appartient le dauphin de Risso j et ce nom lui a été donné parce que M. Risso de Nice l’a fait connaître le premier avec exactitude : l’on peut même dire que c’est lui le premier qui l’a découvert. En effet, nous croyons que c’est a tort que quelques naturalistes rapportent à cette espèce un dauphin qu’Aldrovande a fait représenter sans description sous le nom de delphinus prior (1) j car ce dauphin, par la longueur de son museau, ne rappelle nullement le dauphin de Risso, dont le museau est entièrement effacé ; aussi les naturalistes avaientils eu anciennement bien plus de raison de rapporter la figure du premier dauphin d’Aldrovande au dauphin commun qu’au marsouin , qui se rapproche beaucoup plus du dauphin de Risso que celui-ci ne se rapproche de l’espèce vulgaire, commune sur nos côtes de l’Océan, et caractérisée par l’aplatissement et l’allongement de son museau.
Nous n’avons donc véritablement une idée exacte du dauphin, qui fait l’objet de cet article , que depuis que M. Risso l a fait connaître par une figure passable , qui montre bien la forme arrondie et obtuse de la tête de cet animal, ainsi que les singulières lignes blanches dont la couleur de sa peau est confusément décou * pée. C’est dan s les Annales du Muséum d’histoire naturelle (2) que cette figure de dauphin fut publiée 5 mais alors M. Risso lui-même ne croyait pas que l’espèce fût nouvelle ; il la rapportait à Varies marinus des anciens , que mon frère a fait voir être l’épauïard ; et, parce que l’individu qu’il avait découvert était privé de dents à la mâchoire supérieure , il le considérait comme un cachalot.
(1) De Piscibus, p. 708, (9) T. XIX, pl. 19 .
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Un examen plus attentif de la tête osseuse de ce même individu ayant fait reconnaître que l’absence de dents à la mâchoire supérieure n’était que le résultat d’un accident , il a été rendu à la famille des dauphins à laquelle tous ses caractères le rattachaient.
M. Risso, admettant définitivement cette détermination, a donné de ce dauphin, dans son histoire naturelle de Nice (i), la première description un peu détaillée qu’on en ait, et M. Lesson a copié cette description, en rangeant ce dauphin dans son genre globicéphale (2).
La nouvelle figure que nous en donnons aujourd’hui nous a été communiquée par notre ami M. Laurillard, qui l’a dessinée avec l’exactitude qui a toujours caractérisé ses travaux, d’après un individu échoué avec plusieurs autres près de Nice, en 182g, ou il se trouvait. Et c’est l’histoire même qu’il a faite des individus qu’il a eu occasion d’observer, qui accompagnera la figure qu’il a bien voulu nous communiquer , et que nous avons publiée, une première fois, dans la livraison de notre histoire naturelle des mammifères. Ces dauphins de Risso , mâles et femelles, avaient environ neuf pieds de la partie antérieure de la tête à l’origine de la nageoire caudale. Leur largeur, dans la partie la plus épaisse du corps, était à peu près de deux pieds. La tête avait dix-huit pouces et demi de longueur, et la nageoire caudale , de son origine à une ligne fictive réunissant ses deux pointes, neuf pouces. Nous allons actuellement laisser parler M. Laurillard.
«En 1829, l’un des premiers jours de juin, une troupe de dauphins entra dans la baie de Saint-Jean, où se trouve la madrague, filet à prendre les thons. Ces animaux, qui semblaient jouter d’adresse et de légèreté, sautaient les uns par-dessus les autres absolument comme des nageurs qui se donnent des passa des. Us se tenaient souvent dix à quinze minutes dans une situation verticale, la queue et le tiers postérieur du corps hors de l’eau , paraissant épier ce qui se passait dans les profondeurs de la mer, ou guettant ainsi probablement leur proie. Ces dauphins, comme les marsouins, quand ils nageaient à la surface des flots , ne laissaient voir leur corps qu’en trois temps : d’abord on
2) Cétacés', n, 208.
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aperçoit la tête, puis elle disparaît, et c’est le dos qui se montre, lequel , disparaissant à son tour, fait place a la queue. On dirait que, ployés en arc, ils avancent en pirouettant. Dans leurs mouvemens variés et rapides ils paraissent peu attentifs à ce qui se passe au-dessus des flots ; car je m’en suis approché à vingt pieds sans qu’ils aient paru s’apercevoir du bateau qui me portait.
» Le lendemain on trouva toute la troupe engagée dans les filets de la madrague; alors les pêcheurs, se plaçant derrière eux, les poussèrent dans la partie de ce filet qu’on appelle la chambre des morts , d’où quelques-uns cependant parvinrent à s’échapper; mais ce ne fut qu’a force de bras, de cordages, de leviers , qu’on parvint a s’emparer des onze individus qui restaient.
» Pour cet effet on souleva successivement le filet, de manière à restreindre graduellement l’espace où ils se trouvaient, et à les amener ainsi près des bateaux pour les y pousser ou les y jeter ensuite. Tant qu’ils purent se mouvoir librement, ils ne manifestèrent aucune crainte ; mais , dès qu’ils sentirent de la gêne, ils s’agitèrent avec inquiétude, et en frappant l’eau de leur queue avec une telle violence, que les bateaux en étaient inondés. On aurait dit de fortes lames d’une mer houleuse. Cependant les pêcheurs, redoublant d’efforts, finirent par soulever les filets, et, dès que ces animaux n’eurent plus suffisamment d’eau, ils tombèrent sur le côté comme des masses inertes. Quelques-uns vécurent pendant vingt-quatre heures. Us manifestaient de temps en temps leur existence par des inspirations qui ressemblaient a un soupir profond et douloureux, et quelquefois aussi par un mouvement ondulatoire de la queue tellement puissant, que l’un d’eux renversa trois hommes et les jeta à quelque distance.
» La couleur de ces dauphins différait suivant les sexes. Celle qui faisait le fond de la peau des femelles était un brun uniforme ; les mâles, au contraire, étaient généralement d’un blanc bleuâtre ; mais ce qui caractérisait les uns et les autres , c’étaient les singulières lignes semées irrégulièrement sur toutes les parties supérieures du corps, et qui ressemblaient , au premier coup d’œil , à des égratignures produites par des épines. Ces lignes, vues de près, se composaient de traces plus claires que le fond de la peau, et bordées d’une multitude de petites lignes perpendiculaires d’un brun foncé. Déplus, les mâles, comme le montre la figure que nous donnons, avaient des taches irrégulières d’un
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brun foncé sous la moitié postérieure du corps , et les nageoires avaient la même couleur; mais la dorsale et la pectorale se trouvaient de plus ornées de lignes blanches. Deux lignes brunes garnissent le dessus et le dessous de la bouche, et un cercle de même couleur entoure l’œil.
« Ces animaux sont sujets à perdre leurs dents, et surtout celles de la mâchoire supérieure; aussi n’en connaît-on pas le nombre normal: leur forme est semblable à celle des dents de dauphin. »
LE BELUGA. — P. leucus .
Quoique la mer Glaciale, les côtes du Spitzberg, du Groënland, aient été fréquentées très-anciennement par les Norwégiens, les Danois, et que ces mers paraissent être l’habitation principale de cette grande espèce de dauphin , on a été bien long-temps avant de la connaître , avant même d’en trouver une indication suffisante pour ne plus la confondre avec d’autres espèces, ou même pour ne plus la rapporter à des genres auxquels elle n’appartient pas. C’est Martens qui le premier l’a décrite avec quelques détails, sous le nom de whit-vistch (poisson blanc). Or Martens, chirurgien sur un baleinier de Hambourg , fit son voyage au Spitzberg en 1671, et en publia la relation en i6j5 (1).
Comme le nom de whit-vistch l’indique, c’est par sa couleur que le béluga a primitivement été distingué des autres espèces de cétacés. Dans toutes les langues d’origine germanique , c’est le même nom qu’il porte , mais modifié suivant le caractère de chacune d’elles. Celui de béluga ou bélouga est russe et a le même sens: il signifie blanc; et, comme le nom allemand, il a été donné à la fois à ce dauphin et a des poissons remarquables par leur blancheur, naturels aux fleuves qui se jettent dans la mer Glaciale ou dans la mer du Nord , et qui appartiennent à des espèces différentes l’une de l’autre. On n’a jamais méconnu les analogies du béluga avec les cétacés. Martens, en indiquant la couleur de cet animal, qu’il dit être jaunâtre, parle de ses évens, de ses nageoires pectorales, de la forme de sa queue , de l’épaisse couche de graisse qui l’enveloppe ; il
(1) Cette première édition est en un vol. in-i°.
fait en outre remarquer qu’on ne voit sur son dos aucune trace de nageoire.
Zordrager, dans son Traité de la Pèche de la baleine , publié en 1720 , parle aussi du béluga , mais sans rien ajouter qui vaille la peine à ce qu’on connaissait de cet animal.
Eggède (1), qui vint plus de soixante ans après Martens , nous apprend que l’espèce de baleine qu’en Norwège on nomme hviid-fiske (poisson blanc) a de douze à seize pieds de longueur, que sa chair et sa graisse sont d’un assez bon goût , et qu’on voit souvent les hviid-fiske entourer en foule les vaisseaux : il confirme en outre ce qu’en avait dit Martens 5 et il en donna une grossière et mauvaise figure sous le faux nom de hund-fisk.
Ces renseignemens , tout bornés qu’ils étaient , n’avaient d’autre inconvénient que leur insuffisance. Eggède, comme Martens, rapportant ce qu’ils avaient vus en observant extérieurement leur poisson blanc , donnaient une idée fort incomplète de cet animal , mais n’en donnaient aucune idée fausse.
Anderson , qui publiait son Histoire naturelle de l'Islande et du Groenland en 1748, et qui ne se bornait plus à décrire les formes extérieures de son weisfisch , quoiqu’il n’eut pas de connaissances suffisantes pour apprécier le véritable état des parties plus profondes qu’il se trouvait à portée de faire connaître , commence à mêler quelques erreurs aux faits simples et vrais de ses prédécesseurs, qu’en ce point il ne fit que copier. C’est le récit de Martens qu’il rapporte; et, ayant en sa possession une tête de béluga , à la mâchoire supérieure de laquelle les dents manquaient, sans qu’il eût reconnu que cette absence de dents n’était due qu’à un accident , il conclut que cette espèce n’avait de dents qu’a la mâchoire inférieure , et qu’elles sont au nombre de huit de chaque côté ; en conséquence il la caractérise ainsi : Balœna minor , alba ; in inferiore maxilla tantum dentata ; sine pinna in dorso 3 et c’est cette erreur qui a conduit plusieurs auteurs systématiques à faire du weisfisch un cachalot blanc.
Gmelin (Jean-George) et Muller (Gérard-Félix) (2) , associés l’un à l’autre pour explorer la Sibérie , parlent du béluga , le décrivent même , mais avec inexactitude et en faisant un tel
(1) Descri pt. et hist. nat.du Groenland, trad. franc.
(3) Muller, Découvertes des Russes, t. 1, p. Si 7. trad. franc.
DES DAIJPlilüNS.
mélange de notions propres à des animaux différens , qu’ils en forment un être presque méconnaissable.
Crantz (David) , auteur d’une histoire et d’une description du Groenland (i), qui exerça dans le pays les fonctions de pasteur, et qui publia cette histoire en 1770, rectifie l’erreur d’Anderson, en faisant connaître que le weissfisch a des dents aux deux mâchoires.
C’est Pallas qui a levé tous les doutes sur la nature du béluga : il en donne une description exacte et détaillée dans son premier voyage en Sibérie (q), et il accompagne cette description de la figure d’une tête où l’on voit des dents à la mâchoire supérieure comme à l’inférieure. Dès lors la place de ce cétacé dans la famille des dauphins n’a plus laissé d’incertitude ; et Othon Fabricius, comme tous ceux qui sont venus après lui, le réunit aux autres dauphins , et en expose l’histoire avec exactitude (3).
Pallas, en 1811, dans sa Zoograpkia Rosso-Asicitica , t. 1, p. 273, donne une nouvelle description du béluga , beaucoup plus détaillée que la première, et où se trouvent de nombreuses particularités anatomiques. A cette description est jointe une très-bonne figure de béluga femelle.
Depuis l’on doit à MM. Neill et Barcklay (4) une nouvelle et excellente description zoologique et anatomique de ce cétacé , accompagnée de planches qui font connaître la physionomie générale de cette espèce et plusieurs de ses parties internes.
L’animal qui a fait le sujet de ce travail fut tué dans le Forth , près de Stirling. Depuis plus de trois mois , il parcourait le golfe qui se trouve à l’embouchure de ce fleuve , attiré par les saumons dont il faisait sa proie. C’était un mâle adulte d’environ treize pieds de longueur et de près de neuf pieds de circonférence a la partie la plus grande, h l’endroit des nageoires pectorales. Un rudiment de nageoire , d’un pouce de hauteur et d’un pied de long , se montrait vers le milieu du dos. Sa couleur
(1) Prerniève édit, en allemand, 1765, 2 vol. in-8°; deuxième édit., it-o, augmentée pageïoo.
(2) Voyage, t. iv, p. n3.
(3) Fauna Groenlaudica , p. to.
(i) Mém. de la Soc. Yernëiienne, vol. ni, p. 871, pl. 17 et 18.
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était d’un blanc de crème. On n’a trouvé aucune trace de méat auditif. La mâchoire inférieure avait de chaque côté six dents épaisses et arrondies, et la mâchoire supérieure en avait neuf. Le pénis était entièrement membraneux.
Cette description nous apprend de plus que de jeunes bélugas d’environ sept pieds de longueur, qui avaient été pris sur le rivage du détroit de Pentlanden 1798, étaient tachetés de gris et de brun sur un fond blanc ; ce qui , étant rapproché de ce que Crântz , Fabricius et Pallas rapportent , ne laisse pas de doutes sur la couleur foncée des jeunes bélugas, laquelle ne se changerait , pour devenir entièrement blanche, qu’à l’époque où ces animaux ont atteint l’âge adulte.
Les observations anatomiques de M. Barcklay nous apprennent que l’œsophage de six à sept pouces de diamètre était revenu à sa partie inférieure d’une membrane d’un blanc de lait qui revêtait entièrement le premier des quatre estomacs du béluga. Le premier estomac est le plus grand, et la membrane qui le revêt est inégale, rugueuse, et se détache facilement des parties qu’elle recouvre. Le deuxième estomac , moins grand que le premier, est brunâtre intérieurement , et sa surface interne présentait un grand nombre d’éminences , de la grosseur d’une noix, qui pouvaient être dues aux gaz que la putréfaction commençait à dégager. La membrane interne du troisième estomac était également brune, mais parfaitement lisse. Le quatrième, le plus petit de tous, était cylindrique. Les intestins avaient environ 80 pieds de longueur ; leur diamètre était à peu près uniforme et de quatre à cinq pouces , et il n’y avait point de cæcum .
Les vertèbres, à l’exception des dernières de la queue, qui ont été perdues , étaient au nombre de trente-un : sept cervicales , onze dorsales et treize lombaires, et caudales, etc.
C’est surtout à la description de MM Neiîl et Barcklay que M. Scoresby a pris ce qu’il rapporte du béluga (1) , et il en est de même pour ce que M. Dewhurst dit de cet animal (2).
Mon frère (3) a ajouté aux notions que nous devons à ces vova-
(1) Account of Üie A l’ctic régions, t. i, p. 5oo, pi. i4.
(i) The Nat. Hist. of the ovder of.cetacea, p. ifjo.
3) Osscmens fossiles, t. y, p. ,:S8 et 29Ô, pi. 21, fi g. 7 et 8.
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geurs et à ces naturalistes la description et la ligure d’une tête osseuse de béluga.
C’est de Pallas que nous tirerons principalement ce que nous avons à dire de l’histoire et de l’organisation de cette espèce. Ce savant naturaliste en a fait une étude assez complète , et il donne une description détaillée des organes des sens, qui ne se trouve point ailleurs, et que nous ne pouvons mieux faire que de reproduire. Mais ce qui nous détermine surtout à donner textuellement les observations de Pallas sur le béluga, c’est qu’elles se trouvent dans un ouvrage qui , à bien dire , n’a point été publié, quoiqu’il soit imprimé, et qui est très-peu connu en France 5 je veux dire la Zoographie de la Russie asiatique (i).
« Cette espèce se rencontre fréquemment en troupes sur tous les rivages de l’Océan arctique , et vers l’extrémité orientale de la Sibérie , surtout aux embouchures des fleuves poissonneux : souvent elle les remonte jusque fort avant dans les terres avec les poissons, et fait sa proie des plus grands d’entre ceux-ci, principalement de saumons. Elle ne descend pas au-delà du 56e degré de latitude australe. Elle est commune dans la mer d’Okhotsk et dans le golfe de Penzinsk jusqu’à l’TTth, et surtout à l’embouchure du Tigü , puis aux embouchures de la Katanglia , de la Léna , de la Yénissey, de l’Obi et de la Petschora ; on l’a vue remonter l’Obi jusqu’au confluent de l’Irtich , et la Yénissey jusqu’à Tongousk.
» Ces dauphins nagent avec beaucoup de rapidité, recourbant leur queue pour frapper l’eau. On les distingue à leur éclatante blancheur. L’eau jaillit de leur évent à une grande élévation. Les mères accompagnent leurs petits , qu’elles mettent au monde au printemps, et au nombre de deux. La couleur de ceux-ci , dans leur premier âge , et même quelquefois quand ils ont "quatorze pieds de longueur, est d’un brun cendré , qui disparaît avec l’âge , en commençant par le ventre, et fait enfin place à un blanc de lait. L’abondance de leur graisse , semblable à celle du porc , leur fait donner la chasse, à l’embouchure des fleuves, par nos peuples ichthyophages. On les prend avec des filets trèsforts , avec des harpons , et aussi avec des hameçons amorcés
(1) Zoographia Rosso-Asiat./vol. 1, page 273.
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de poisson. Leur chair, quoique noire , n’est pas dédaignée. Les filets sont faits de la peau de ces dauphins coupée en lanières. Les Samoyïèdes fixent à- des pieux le crâne de ceux qu’ils prennent, et les consacrent à leurs dieux.
» On rencontre encore cette espèce en abondance du côté de l’Amérique , et dans toute la mer Boréale. On l’a vue , poussée par la marée , remonter le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Québec.
» Cette espèce , qui n’a encore été complètement décrite par personne , me paraît mériter une longue description, avec des planches et des détails anatomiques.
j) Description. Corps de douze pieds , à peu près cylindrique , élargi vers le ventre , s’arrondissant en diminuant vers la queue, plus décliné vers la tête , un peu gibbeux au milieu du dos ; tête terminée par un bec obtus et arquée ; ouverture de la bouche moyenne, oblique, qui s’agrandit par la dilatation de ses bords; évent ouvert au milieu du front , unique, en forme de croissant , garni d’une valvule ; yeux petits ; narines nulles ; méats auditifs très-petits ( M. Neill n’a pu les découvrir) ; nageoires pectorales petites en proportion de la taille de l’animal, de forme ovale trapézoïde, grasses ; leur charpente se compose des phalanges de cinq doigts, que l’on peut reconnaître au toucher; pas de nageoire dorsale (un rudiment suivant M. Neill ) ; la caudale bilobée à lobes rapprochés , triangulaires , fort étendus par leur pointe ; l’une et l’autre mâchoires garnies de dents , en nombre mal déterminé ; pas de dents en avant. Dents écartées , se joignant par engrenage , au nombre de neuf de chaque côté à la mâchoire supérieure , coniques , aiguës , inclinées en avant , concaves à leur face postérieure , au nombre de huit à neuf à la mâchoire inférieure , obtuses ; celles de devant inclinées en avant , celles de derrière dans le sens opposé. Dans les jeunes , le nombre des dents est moindre d’une ou de deux.
» L’évent est ouvert au milieu du front , entre les yeux , au sommet d’une convexité égale à un œuf de poule ; son ouverture , circonscrite par un double arc de cercle , de manière à paraître double, a deux pouces de longueur et à peine un de largeur, béant de trois lignes. La peau s’incline vers l’orifice, et forme en avant une valvule papillaire molle , comparable à une épiglotte , et destinée à eu écarter les corps extérieurs. La peau
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sur la valvule a à peine deux lignes d’épaisseur ; mais en dedans elle forme et enveloppe un corps très-saillant , épais de deux pouces, composé d’un lacis de fibres tendineuses dont la dureté égale celle du bois, et résiste au tranchant du meilleur couteau. C’est un organe qu’onne peut comparer à aucun de ceux des autres mammifères. Un semblable lacis de fibres tendineuses , disposé en cercles, forme la convexité externe de l’évent, et naît de la réunion d’une expansion tendineuse, par laquelle deux forts muscles , propres à l’évent, et voisins de chaque côté du frontal , se réunissent en recourbant leurs libres et les entre-croisant autour de l’évent. En dedans l’évent se dilate en forme de cylindre dirigé un peu obliquement en avant , et ressemble à un tube d’une substance tendineuse, suspendu dans l’épaisseur même de la peau , et partagé à sa partie inférieure par une cloison tendinéo-cartilagineuse. La peau qui revêt l’intérieur du canal est parsemée de follicules ovales, oblongs, de trois pouces de longueur, et n’offrant aucun orifice excrétoire distinct; elle est d’un blanc de neige à l’orifice , puis elle prencrpeu à peu une teinte plus foncée , et sa surface devient rugueuse. On observe aussi à l’extérieur de l’évent des sinus distincts, dont il y a trois paires. Les supérieurs ont la grandeur d’un œuf de poule; ils s’enfoncent sous les muscles cités plus haut , s’insèrent par un col long d’un pouce à la partie supérieure du canal , s’y ouvrent par une bouche large de plus d’une pouce, et ne sont pas éloignés l’un de l’autre de plus de trois lignes. Ces sinus sont formés par la peau noire et rugueuse du canal , qui se continue dans leur intérieur, puis par une tunique tissue d’une grande quantité de vaisseaux et de nerfs , laquelle est enfin revêtue d’une enveloppe tendineuse , pourvue par intervalles de faisceaux musculaires longitudinaux. La tunique vasculaire est parsemée de follicules , semblables à ceux de l’évent , vides , affaissés , et qu’on insuffle facilement. Les sinus de la seconde paire s’ouvrent dans un enfoncement placé à la partie inférieure et antérieure de l’évent , et séparé en deux par une cloison tendineuse ; ils sont oblongs, ont leur fond dirigé en haut , logeraient un corps du volume d’une noix , sont formés de tuniques plus minces que les précédens, et dépourvus de follicules. La troisième paire de sinus s’ouvre un peu au-dessous dans l’évent ; ils res-r semblent à des vésicules oblongues , longues de trois pouces ,
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contournées autour du canal , se rejoignant par leur sommet, et offrant aussi des parois minces et une cavité vide. Ce n’est pas sans une grande vraisemblance qu’on pourrait considérer ces sinus comme les organes de l’olfaction. — Le conduit de l’évent traverse une large ouverture du crâne , partagée par une épaisse cloison et répondant à la double embouchure du conduit. — Le crâne, outre la boîte cérébrale , qui n’est marquée d’aucune suture , est formé par les deux maxillaires , séparés par les deux os du nez , et c’est avec ceux-ci que les maxillaires forment l’ouverture de l’évent. Dans le double canal de l’évent adhèrent deux conduits qui aboutissent au tube externe, ont une structure fort différente , suivent les flexuosités du canal osseux , sans adhérer au périoste autrement que par une eelliilosité lâche , et peuvent s’étendre en droite ligne quand on les en détache. Leur longueur, depuis la bifurcation jusqu’au palais, est de huit pouces. Vers le palais elles s’unissent en se dilatant, et forment une sorte d’infundibulum , long de deux pouces , qui flotte dans l’arrière-gorge. La tunique externe de ces conduits se compose de fibres tendineuses entremêlées de beaucoup de vaisseaux , et recouvre un muscle vaginal dont la structure est élégante ; entre celui-ci et la tunique interne nervéo-vasculaire , sont placés des tubercules ou corpuscules ovales , de trois lignes de diamètre , plus nombreux à mesure qu’on descend , et enfin extrêmement rapprochés à la partie inférieure d’un rouge obscur : la tunique interne est noire à sa partie supérieure , devient blanche auprès du palais , est percée de sinus très-nombreux , d'une à trois lignes d’étendue, engagés entre les corpuscules dont je viens de parler, ayant une direction contraire à celle du conduit , et dont les ouvertures , garnies de valvules membraneuses, ne laissent d’accès qu’à sa partie supérieure.
» Le corps de la langue, long de six pouces et demi , large de trois et demi, est soutenu en avant par une saillie ensiforme , composée d’une substance tendineuse, dépourvue de villosités sous-cutanées, ayant trois pouces de longueur, un pouce de largeur, et qui est fortement attachée, ainsi que la langue, au moyen de la peau, à la saillie de la mâchoire. Dans la gorge, de chaque côté de la langue, il y a des follicules lenticulaires nombreux, et entre ceux-ci des villosités abondantes. Il n’y a pas de traces de glandes ni de conduits salivaires.
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» Le bulbe de l’œil , dépouillé de toutes parties étrangères, a quinze ligues dans son plus grand diamètre, et un pouce dans son plus petit. Il se compose d’une sclérotique d’un blanc argenté, de forme sphérique, légèrement comprimée à chaque extrémité, surtout à la postérieure. Une gaine particulière, attachée en arrière a la sclérotique , d’une texture très -serrée , enveloppe et le nerf optique et la membrane transparente qui lui est propre , et s’implante au fond de l’orbite. Au-dessous d’elle marchent deux artérioles , quatre veines et autant de filets nerveux : de là les vaisseaux afférens et les nerfs pénètrent directement dans le bulbe de l’œil par un sinus particulier de la sclérotique , large de trois lignes. Autour de cette gaîne est un triple muscle , large d’un pouce, qui, né du fond de l’orbite, vient s’insérer autour de ce sinus de la sclérotique. Puis vient une autre gaîne, peu différente de la précédente, parsemée de vaisseaux à l’intérieur, et de granulations ou glanduleuses ou adipeuses. Enfin suivent les muscles extérieurs , dont le premier, étendu depuis le milieu jusqu’à la base du globe de l’œil, se compose de fibres de l’orbite annulaire. Le second forme une couche semblable; le troisième, né de la circonférence externe de l’orbite , s’attache au-dessous de ceux-ci, au milieu de la sclérotique, par quatre faisceaux droits; le quatrième enfin est oblique et arrondi. L’action de tous ces muscles doit donner à l’œil une grande variété de mouvemens. — La sclérotique, d’une consistance moitié osseuse, moitié cartilagineuse, très - blanche , est marquée de quatre sillons longitudinaux pour le trajet des veines afférentes. La cornée a un diamètre de neuf lignes ; séparée de la sclérotique par un cercle particulier , elle se compose de deux lames manifestement séparées par une sorte de depîoé spongieux. L’iris offre, à la partiel a plus externe, une membrane propre, ou un réseau coloré, qui présente, comme le ferait la trame la plus délicatement tissue , des formes arborescentes , ainsi qu’on le voit plus distinctement dans les jeux des grandes baleines; à l’entour du réseau de l’iris adhère, d’une manière lâche , un vaisseau circulaire , dont les ramifications irradient vers la pupille. Entre le réseau de l’iris et l uvée il y a trois cercles vasculaires au sinus, disposés autour de la pupille : le plus externe, appelé sinus veineux d’Hovius, voisin de la terminaison de la sclérotique , traverse cette membrane par les quatre veines
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afférentes citées pins haut, et reçoit plusieurs vaisseaux séreux de la choroïde ; le second, plus petit ou moyen , dont Ruysch n’a parlé nulle part, et que Hovius a appelé cercle artériel de Nuck, a un calibre égal partout , et ne présente pas d’anfractuosités ; le troisième, extrêmement fin, et placé à peine à un quart de ligne du bord libre de la pupille , n’a été indiqué ni par Ruysch, ni par Hovius ; il ressemble à un fil de soie très-délié , et n’est pas continu; mais il se compose de deux vaisseaux opposés, se bifurquant auprès de la pupille en deux branches circulaires, qui, quoique presque contiguës par leurs extrémités, ne s’anastomosent pas , mais se recourbent vers la choroïde. En dedans de ce troisième cercle , le rebord de la pupille est d’un tissu réticulé ! Entre le cercle moyen et le cercle interne ou pupillaire , rampent à intervalles égaux, des vaisseaux très-fins dont une partie pénètre le cercle pupillaire , et une autre se recourbe et retourne au cercle moyen. Dans le même espace qui sépare les deux cercles , on voit de nombreux vaisseaux séreux qui tantôt descendent simplement et en serpentant vers les sinus pupillaires , et tantôt se réfléchissent pour revenir vers le sinus moj'en. Le milieu de la sphère de la rétine est ceint d’un vaisseau sanguin circulaire , où viennent aboutir les vaisseaux rouges du nerf optique. Les humeurs vitrée et cristalline sont comme dans les autres mammifères.
» Les conduits auditifs sont placés à cinq pouces de l’œil, près des nageoires, de chaque côté ; ils sont petits, arrondis , non proéminens, et au-dessous de la peau, qui les rétrécit , ils devien nent larges. Le méat, charnu et graisseux , ayant à son origine l’épaisseur d’un doigt, cylindrique, semé de papilles à sa face interne, traverse en ligne droite la couche graisseuse dans une étendue de trois pouces; puis il devient arqué, acquiert une masse plus considérable , s’unit vers son extrémité interne avec trois conduits longitudinaux, et, présentant à son extrémité externe une substance différente dans une épaisseur d’un pouce et demi , vient s’attacher au rébord de la partie conchoïde du rocher. La partie droite du méat consiste en une gaîne externe, épaisse, musculaire , tissue de faisceaux longitudinaux et de fibres tendinéo- membraneuses et celluleuses. En dedans de cette gaîne en existe une autre, épaisse de trois lignes, adipeuse, très-blanche, L’autre partie du méat, voisine de la conque , con-
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siste en un tube grêle, presque libre, dans une membrane composée d’une double lame-tendinéo-membraneuse , et en trois cartilages flexibles, dont deux, semblables à des demi-canaux, sont appliqués à la partie supérieure et à la partie inférieure du méat , et dont le troisième, annulaire, s’appuie sur la conque. Il y a une glande, du volume d’une noisette, placée à trois lignes à peine de la conque et adhérente au méat, et un muscle arrondi , inséré à l’extrémité externe du cartilage. Entre la cavité de la conque et le méat auditif, il n’y a aucune trace de tympan. (J’ai trouvé dans la cavité de la conque d’un autre individu des ascarides , quelques-uns d’un pouce et demi, du volume d’une soie rougeâtre.) La cavité de la conque se continue par une large ouverture, avec un canal remarquable , charnu-rnembraneux , plus large que le méat externe ,' traversant la graisse du côté du palais, et se terminant par un large orifice à la base du canal de l’évent : c’est l’analogue de la trompe d’Eustache. L’os de la caisse est mobile , de trois pouces de long, d’un de large, replié en dedans , et ayant la cavité tapissée d’une membrane; l’ouverture du canal de la caisse est close par un étrier solide (non percé), qui est mû par deux muscles , et touche à l’enclume et au marteau; le premier des osselets a quelque ressemblance avec l’enclume des mammifères, et le second est un osselet irrégulier ovale, angulaire, dépourvu de manche. La caisse présente à peine deux enfoncemens. Il n’y a pas de canaux demi-circulaires (i).
i> La peau de tout le corps est glabre, très-blanche , d’un poli et d’une blancheur qui approchent de celle de l’ivoire , marquée de stries parallèles , transparentes, qui simulent de petits sillons. On ne distingue à l’extérieur aucun pore, aucun sinus muqueux. Sous l’épiderme, qui est à peine épais d’une demi-ligne et se subdivise en quelques lamelles , est un corps réticulaire de couleur plombée , adhérant plus à la peau qu’à l’épiderme , épais d’une ligne, et marqué de petits enfoncemens qui lui donnent l’aspect d’un réseau. Sous ce corps réticulaire se trouve une couche qui paraît particulière aux cétacés, qui enveloppe tout le corps dans une épaisseur de cinq lignes , et consiste en fibres parallèles, perpendiculaires au
(i)On sait que ces canaux existent chez les cétacés, mais que leur extrême ténuité dans les adultes empêche souvent de les découvrir.
CRTACKS. il
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chorion , fortement agglutinées , très - blanches , spongieuses : elles constituent une substance parenchymateuse , à la fois molle et résistante, dépourvue de sucs; cette couche se sépare en fragmens après une macération prolongée ; on n’y trouve ni vaisseaux ni nerfs , et elle est traversée par des pores ou de petites gaines perpendiculaires appartenant au chorion, et qui logent dans leur intérieur des viliosités molles de la peau. La peau elle-même ou le chorion est formée d’une substance jaunâtre , de quatre lignes d’épaisseur, hérissée à sa face externe de villosités très-rapprochées , molles , soyeuses , qui pénètrent dans la couche fibreuse ci-dessus , et qui , lorsque celle-ci est enle^vée, se balancent sous leur propre poids, ss partagent par la macération dans l’eau, non pas comme Ruysch l’a observé dans les papilles d’une mamelle de baleine , de manière à être prises pour des faisceaux de fibrilles nerveuses, mais divisées de façon à paraître manifestement sous forme d’une bandelette membraneuse, qui auparavant, par ses replis, offrait l’apparence de villosités. Ces caractères, joints à l’absence de pores à l’épiderme et au corps réticulaire, établissent la grande différence qu’il y a entre les tégumens des cétacés et ceux des autres animaux. — (Il ne restait des viscères de l’individu que nous décrivons que les organes mâles de la génération.)
» L’appareil génital externe a une base large qui diminue rapidement en pointe ; il est contourné en spirale , envaginé à sa base par un pli de la peau amincie ; il se termine par un gland eu alêne, enveloppé d’un prépuce épais, et perforé à son sommet. Tout le pénis externe est revêtu d’une peau fine et villeuse ; la peau du gland est lisse en dehors ; elle répond en dedans aux papilles extrêmement fines du gland lui-même. Le corps caverneux est simple, arrondi, enveloppé d’une membrane épaisse , et traversé profondément par le canal de l’urètre qu’environne son propre corps caverneux, lequel se gonfle vers sa base en un bulbe volumineux. Les muscles érecteurs sont épais , courts ; et un double faisceau , étendu longitudinalement entre les muscles éjaculateurs et le milieu du pénis, fait l’office de muscle rétracteur. Les testicules sont placés de chaque côté , au-dessus de l’anus , couchés près de la vessie ■urinaire , plus grands que celle-ci, oblongs-ovales , enveloppés de graisse , et présentant , lorsque celle-ci est enlevée, la dispo-
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sition élégante des canaux spermatiques dans les quadrupèdes ; l’épididyme enveloppe de ses flexuosités la moitié du testicule, et gagne, par un canal déférent également flexueux, la base de l’urètre, à laquelle il s’insère près du bulbe. Les vésicules séminales sont courtes, anfractueuses , situées entre les testicules et la vessie. La vessie urinaire est ovoïde, surmontée d’une membrane musculaire remarquable j les uretères s’insèrent à son col 5 de là l’isthme de l’urètre, jusqu’à l’insertion des conduits éjaculateurs, est plus ample, et présente trois nervures longitudinales , ou sorte de raphés. Les membranes autour des testicules et de la vessie sont très-vasculaires. Dans
la région la plus basse du ventre, de chaque côté près de l’anus, il y a à la peau deux sinus rapprochés,, contenant chacun une caroncule granulaire, rougeâtre, qui répond à une glande sous-cutanée ouverte à l’extérieur. Seraient-ce les vestiges des mamelles dans le mâle ?
» Le poids de l’individu que je décris était de dix-sept cents livres. La longueur de tout le corps était de onze pieds, la plus gra nde circonférence du tronc de six pieds dix pouces (6 ’ io ”). Longueur de la tête. ... i’4”
Circonférence de la tête. . i9 7” 6’”
Sa hauteur . 1 7 1 ”
Distance de l’évent à l’œil. . . 5”
Circonférence de l’ouverture de la bouche. . i9 3”
Longueur des nageoires . 1’ 5”
Leur largeur, environ . x 1 ’*
Longueur de la queue . 1 » 3 ”
Sa largeur . . . 2 J 6”
Son épaisseur à sa base . . 8 ”
Longueur du pénis . . 1 3 q”
Longueur du crâne (dont j’ai donné une figure dans le troisième volume de mon voyage
en Sibérie. Tab. 40 . 1 ’ 10 ”4
Yoici les noms que dans diverses parties de la Russie on donne au béluga :
Rossice, morskaja bjelugha. — Samojedis, wyborkci . — Juracis , koghe vel kogha. — Ostiacis , wysingh-potlaengh. ■ — Camtschadalis, sisch . — Occidentalibus , seschüd , vel syhsyh . — Goraccis , gittyhgit vel saeth, — Curiîis , bestschurika.
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