AMBRE GRIS
Quoique les égagropiles , les excrétions, les déjections, en un mot, les produits accidentels ou morbides des animaux ne fassent point directement partie de leur histoire naturelle, on ne peut se dispenser de les y rattacher lorsqu’ils ont acquis une certaine importance par les vertus réelles ou imaginaires qu’on leur attribuait, ou par toute autre de leurs qualités, qui a porté à les rechercher, et à en élever le prix. L’ambre gris est dans ce cas. Long-temps cette matière a eu une très-grande valeur commerciale, et son origine a été l’objet de bien des recherches, et surtout de bien des conjectures, un des ouvrages les plus curieux auquel ces recherches ont donné lieu est celui que publia à Amsterdam, en 1700, Nicolas Chevalier, sous ce titre : Description de la pièce d’ambre gris que la chambre d’Amsterdam a reçue des Indes orientales, etc. On y trouve les opinions des auteurs qui jusque là avaient écrit sur cette matière, opinions qui donnent un exemple bien frappant des aberrations où l’on peut être entraîné lorsque, dans la recherche des vérités naturelles, on fonde ses raisonnemens sur des hypothèses pius que sur des faits , ou sur le mélange des unes avec les autres. On peut tirer de ces principes des déductions légitimes, mais qui n’en sont pas moins ordinairement des erreurs ; et elles sont toujours des vérités incertaines} caries élémens qui les ont produites, n’ayant point la pureté que la vérité demande , n’ont pu la leur communiquer.
LE RORQUAL JÜBARTE.
En donnant l’extrait d’un mémoire manuscrit de M. Van- Breda* sur cette espèce de baleine, nous ignorions queM. Yan-
DES BALEINES
Breda lui-même eût publié ce mémoire (i) , et qu’une notice sur le squelette de cet animal , écrite par M. Yander-Linden, eût vu le jour à Bruxelles (2). La connaissance de la publication de ces deux ouvrages ne nous aurait cependant pas empêché vraisemblablement d’enrichir le nôtre de celui de M.Yan-Breda, qu’il a publié dans une langue étrangère ; et M. Vander-Linden n’a guère eu pour objet dans le sien que le squelette de l’animal.
De la comparaison que ce dernier a faite de ce squelette avec ceux qu’on possédait des autres rorquals , il conclut que celui qu’il décrit appartient à une nouvelle espèce , laquelle avait la mâchoire supérieure très-large, et les apophyses coronoïdes fort grandes ; elle devait présenter en outre des différences dans le nombre des vertèbres, dans celui des phalanges, etc., etc. Mais quelques erreurs évidentes , dans ces differentes appréciations , nous en font craindre d’analogues dans les comparaisons que M. Yander-Linden a faites de son squelette avec les simples figures qu’il pouvait en rapprocher. Au reste, comme tout n’est guère que conjectural dans la détermination des espèces de ce genre qui vivent dans nos mers, les observations de M. Yander- Linden ne doivent point être négligées.
Un rorqual échoué en septembre 1829, près de Berwich, sur la Tweed, a donné lieu à M. Georges Johnston de faire quelques observations parmi lesquelles il en est de bonnes à recueillir.
Ces baleines arrivent sur les côtes du Northumberland en automne; elles suivent les bancs de harengs, et font une grande consommation de ces poissons.
Celle que M. Johnston a observée avait de 35 à 36 pieds anglais de long. Elle était noire en dessus, et blanche avec des taches noires en dessous. Les nageoires pectorales étaient blanches ; sa nageoire dorsale était réduite à une loupe de graisse ; deux lignes circulaires de protubérances de la grosseur d’un œuf se voyaient sur la mâchoire inférieure. On trouva sept cormorans dans son estomac.
Ce rorqual a été dessiné par M. Wilkie, et on en trouve la figure et la description dans les Transactions de la Société, d’histoire naturelle du Northumberland, T. 1, part. 1.
(1) Algam. Honost,.en Letter-Bode.3i 11 ov. 1827, p. i4i.
(2) Notice sur un squelette de baléinoptère, etc., in-4® de 1 5 pages,
DÈS BALEINES
RORQUALS ET BALEINES douteuses.
On trouve dans la zoographie russe de Pallas des notes relatives à des baleines, que les Aléoutes désignent par des noms différens, mais qui ne se trouvent point caractérisées suffisamment pour qu’elles puissent être admises comme des espèces. Ces baleines sont au nombre de six.
1. Vumgullic, qui atteindrait aune longueur de 5o orgyas, ou 35o pieds anglais, dont les fanons seraient très-courts et le ventre uni , mais sillonné de plis $ ce serait un rorqual.
2. Le culammaky de 3o orgyas de long (280 pieds anglais), dont les fanons sont très-longs. Sa forme est cylindrique.
3. U allamak . Il 11’aurait que cinq orgyas (35 pieds anglais), avec de petits fanons.
4. L’ aggamachschik } rarement de plus de dix orgyas de long (70 pieds anglais). Les fanons blancs, le ventre plissé, autre rorqual .
5. Le tschiekagluk , de près de 20 orgyas (i4o pieds anglais), corps cylindrique, très-gras, et de grands fanons.
6. Le kcvnschalang, nomqui signifie vieillard, selon M. de Chamisso, de 25 orgyas (175 pieds anglais) de long, le corps cylindrique et très-gras, et de très-grands fanons.
On voit que ces notes sont propres à répandre beaucoup plus de doutes que de lumières sur la nature de ces animaux ; elles semblent se rapporter à deux i*orquals et à quatre baleines , proprement dites.
Dans le même ouvrage, Pallas rassemblant des notes de Pierre Kargin, de Steller et du docteur Merk, rapporte les premières au balœna physahis de Linnœus ; les secondes, mais avec doute, au balœna boops, et les troisièmes au balœna musculus, c’est-àdire à trois rorquals.
Tout ce qu’il dit, d’après Kargin, annonce une baleine proprement dite : ce n’est en effet qu’une espèce de ce genre qui pourrait avoir des fanons de dix à douze pieds de long , et toutes les autres particularités qu’il rapporte sont assez conformes à celle que présente le balœna mysticelus ; mais elles ne sont pas suffisantes pour dissiper tous les doutes sur l’identité spécifique de ces animaux. Cet individu avait 48 pieds anglais du museau à la queue.
DES BALEINES
Les notes de Steller, que Pallas rapporte au balœna boops, Cnt été prises d’un individu de 5o pieds, échoué sur le dos, caché en partie dans le sable, et dont la mâchoire inférieure avait été mutilée. La supérieure contenait des fanons qui avaient jusqu’à six pieds de longueur, et l’animal paraît avoir été tout-à-fait noir. Steller du moins rapporte que l’épiderme de cet animal l’était entièrement, et qu’il enveloppait tout le corps. Ce que cet auteur ajoute n’a rien de caractéristique , d’où l’on voit qu’il n’est pas possible d’appliquer ces notes de Steller à une espèce de baleine plutôt qu’à une autre.
Quant à l’individu décrit par le docteur Merk , c’était un véritable rorqual, qui avait la gorge, le ventre , jusqu’aux organes de la génération, marqués de sillons larges d’un pouce, etc. Il avait 22 pieds et demi de longueur ; son corps , plus long et plus mince proportionnellement que celui des autres, était blanc audessous et d’un brun cendré au-dessus ; des taches se voyaient sur les côtés. Les fanons avaient à peine une coudée. La nageoire dorsale était à six pieds de la queue, sa hauteur était d’un pied onze pouces. En arrière de cette nageoire la queue présentait une double carène. Le gland de la verge était trilobé.
Si ce petit rorqual n’appartient pas à une espèce particulière, il donne du moins, dans ses couleurs, des modifications qu’on ne connaissait point encore dans l’espèce de nos mers.
Les notes insuffisantes publiées par Pallas sur les cétacés des mers àu Kamtschatka, devaient faire rechercher, à l’aide des noms connus de ces animaux , de quelles espèces il avait véritablement entendu parler; c’est ce que M. de Chamisso a tenté ; mais comme les grands cétacés ne se présentent pas à la commodité d’un voyageur passager, et que M. de Chamisso n’avait qu’un temps fort limité à passer au Kamtschatka , il eut l’idée, comme nous l’avons déjà dit, de se faire faire , par les pêcheurs du paj's, des sculptures en bois colorées, représentant les animaux- qu’ils désignaient par les noms dont on devait la connaissance à Pallas. Ce sont ces sculptures que M. de Chamisso a décrites dans la première partie du tome xn des Mémoires des Curieux de la nature ; ses descriptions seraient ainsi un complément de celles que nous venons de rapporter de Pallas. Elles sont au nomnre de six.
i» Le kuliomoch (culammak de Pallas), tres'grando et très-
grasse baleine , dont la poitrine présente les plis caractéristiques des rorquals. Ses fanons très-grands vont jusqu’à 5oo, et sont bleuâtres. Les évents répondent au milieu de la tête. Un tubercule se voit à l’extrémité du museau , et le dos présente six bosselures. Les parties supérieures du corps sont noires $ les parties inférieures et les nageoires pectorales sont blanches.
2. L’cibugulich (umgullic de Pallas), très-grande espèce dont les fanons sont très-courts, et la graisse en petite quantité. Toutes les parties du corps sont uniformément noires , et elle est sans protubérance dorsale , mais elle a les plis des rorquals.
3. Le mangidach (mangidak de Pallas) ; c’est de ce cétacé dont Pallas donne la description, d’après le docteur Merk, et qu’il rapporte au bcdœna musculus . Suivant les images de M. de Chamisso, cette espèce serait uniformément noire avec un disque blanc sur la poitrine , ses fanons n’auraient qu’un demi-pied de longueur, et sa taille ne dépasserait guère 3o pieds anglais.
4. U agamachtchich (aggamachtchik de Pallas ). Elle est plus petite que la précédente, ses fanons trop peu étendus sont sans usage. Sa tête rappelle celle des marsouins ; mais elle a les plis des rorquals.
5. V dliomoch (allarnak de Pallas). Cette espèce n’â jamais audelà de 35 pieds anglais de longueur, ses fanons sont très-courts, et ses nageoires qui sont^blanches, ainsi que le dessous de la queue, sont plus grandes que celles de l’espèce précédente. Sa tête est celle d’un marsouin ; mais, comme l’espèce précédente , elle a les plis des rorquals.
6. Le tschikagluch (tschiekagluk de Pallas) , baleine moins grande que toutes les autres, et à fanons très-courts. Sa nageoire dorsale est extrêmement petite ; les nageoires pectorales et le dessous de la queue sont blancs. On voit sous la poitrine un disque blanc ; sa tête se rapproche de la forme de celle des marsouins.
Il est trop manifeste que ces notes n’ajoutent que bien peu de choses à celles de Pallas , et que réunies les unes aux autres, elles ne suffisent pas pour faire connaître, même superficiellement, les animaux auxquels elles peuvent se rapporter.
Parmi ces baleines, il en est plusieurs qui paraissent être des rorquals, par la brièveté de leurs fanons et les plis de leur gorge,' une seule même, la première , serait une baleine par ses fanons,
DES BALEINES
et cependant sa gorge, dans la figure, est couverte de plis. Au reste, ces grossières images ne rappellent ni la physionomie des baleines, ni celle des rorquals ; toutes, à l’exception de celle qui représente l3 agidagich, n’ont que des têtes de dauphins.