DAUPHINS DOUTEUX
Parmi les représentations en bois sculpté que M. de Chaniisso a fait faire des cétacés des mers de l’océan Arctique oriental, et dont il a publié les figures dans le tome xii des Mémoires des Curieux de la nature, on trouve celle d’un dauphin qu’il a fait figurer sous le nom de alugninich , de tschieduk et d’agidagik, lequel aurait antérieurement deux dents à chaque mâchoire. Pallas regardait son tschieduk comme un cachalot de go pieds anglais de long. A en juger seulement par le caractère des dents, on ferait de ce cétacé un hyperoodon ; mais à la forme de sa tète on ne peut que le rapprocher des marsouins , où , par ses couleurs, il se rangerait comme une espèce nouvelle. En effet, il est remarquable par ses deux rubans blancs sur son fond noir, se dirigeant obliquement d’avant en arrière j ces rubans naissent chacun au milieu du dos, et, descendant ensuite sur les côtés, ils viennent s’effacer graduellement en arrivant sous le ventre.
Un second dauphin, dont M. de Chamisso donne la figure, est Vaguluch , ou V agluch de Pallas, que l’un et l’autre regardent comme le Bclphinus orca. Ce cétacé en effet a une tète de marsouin , une bande blanche qui naît à quelque distance de la bouche , se dirige en arrière , et s’étend jusqu’un peu au-dessus des pectorales ; mais il présente une seconde bande blanche , ou un second ruban qui prend naissance en avant de la dorsale , et vient se perdre sur les côtés du corps, en avant de la caudale , seconde bande que n’a pas le delphinus orca.
CACHALOTS
Pallas , dans sa zoographie russe , tonie i, parle de quatre cé« lacés qu’il considère comme des cachalots.
DES CACHALOTS
L3 aggadachgik , long de i5 orgyas (io5 pieds anglais), dont le nombre des dents paraît avoir été indéterminé , et qu’il rapporte avec doute au cachalot microps.
Le tschieduk , de i o orgyas (70 pieds anglais) , avec deux dents à chaque mâchoire , longues de 9 pouces.
Le tschumtschugagah, ayant quatre dents antérieures et 12 orgyas (84 pieds anglais ).
Enfin, l’espèce qu’il rapporte au cachalot macrocéphale , que les Kamtschadales nomment tschugat , et dont il ne donne pas les caractères.
Pallas n’avait point vu ces animaux ; il n’en parle que d’après des notes de Steller, trop insuffisantes pour prendre place dans la science à un autre titre qu’à celui de simple renseignement.
M. de Chamisso a fait, pour un des cachalots de Pallas, ce qu’il a fait pour tous ses cétacés 5 il s’en est fait faire une image en bois par les Aléoutes , et c’est cette image dont il donne la figure et la description dans le 12e volume des Curieux de la nature , en y ajoutant les notes recueillies de la bouche des pêcheurs qui lui rendaient en grossières sculptures ce que leur mémoire conservait des cétacés qu’ils connaissaient , et auxquels ils appliquaient des noms différens. Ce cachalot est Vagidagich (aggadachgik de Pallas), long de 107 pieds anglais, dont les dents de la mâchoire inférieure sont nombreuses et de huit pouces de longueur, etc. Les narines sont dans une sorte degrouin, au bout du museau. M. de Chamisso pense que ce cachalot est le même que le physeter macrocephalus de Pallas, auquel les Kamhschadales cependant donnent le nom de tschiigat. Cet animal a , en effet, la tête du macrocéphale, tel que nous le représentent les meilleures figures.
M. Alderson a publié en 1827 (i) la description d’un cachalot qui avait été trouvé échoué sur un point de la côte du comté de York, en Angleterre. Cet animal, qui était un mâle , avait 58 pieds et demi anglais de longueur. Sa nageoire dorsale était réduite à un simple pli de la peau, rempli d’un tissu cellulaire graisseux. Les dents étaient au nombre de 49, mais deux d’entre elles se trouvaient cachées dans les gencives.
(i)Trans. of the Cambridge philos, society, vol. 11, 1827, p. 253.
DES CACHALOTS
La notice de M. Alderson donna de plus la mesure des différentes parties de l’animal, et quelques détails sur la structure du cœur, de l’œil, de l’évent et des celluïes où la cétine est contenue ; mais ces particularités ne font que confirmer ce qui déjà avait été dit de ces différens organes. Cette notice est accompagnée de planches qui représentent l’animal entier, sa tête , son œil, etc. (i).
M. Thomas lîéale, chirurgien (i), a donné de fort intéressantes observations sur l’histoire naturelle du cachalot des mers du Sud, dans lesquelles il envisage cette importante espèce sous le rapport de ses formes extérieures, de ses mouvemens, de sa nourriture, de sa respiration j ce qui le conduit à des détails de mœurs qui ne nous étaient point connus, et à la véracité desquels nous devons avoir d’autant plus de confiance qu’il en a été lui-même témoin, et que la spécialité de ses études devait le préserver des erreurs où des connaissances moins positives de l’organisation animale auraient pu l’entraîner.
Il ne distingue point l’espèce à laquelle ses observations se rapportent, mais elles ont été faites dans les mers du Sud, et fréquemment sur des animaux en pleine liberté ; de sorte que nous trouvons réalisé le vœu que nous formions, en parlant des cachalots en général, que ces animaux pussent être représentés voguant librement, ail lieu de ne l’être qu’après qu’ils sont échoués et qu’affaissés sous leur propre poids ils ont perdu leur forme naturelle ; aussi les observations de M. Beale, sur ce point, rectifient elles plusieurs des idées qu’on avait dû se faire des cachalots. La tête de ces animaux fait le tiers de leur longueur totale, le tiers suivant conserve le diamètre de la tête , et ce n’est qu'à commencer du troisième tiers que le corps commence à diminuer graduellement pour se terminer à la queue. La tête ne forme point un parallélogramme, et le reste du corps un cylindre, comme les cachalots échoués l’avaient fait penser. Le corps est plus haut que large, et la poitrine ainsi que le ventre sont plus étroits que le dos et forment une sorte de carène, qui, dans plusieurs circonstances, favorise le mouvement. La queue est carénée sur les côtés. Une élévation en forme de bosse se voit à
(1) A few observations of the natural bistory of the sperm whalef, etc»
DES CACHALOTS
îa nuque, a l’endroit ou le corps commence à diminuer s’élève la protubérance pinnatiforme $ mais depuis la bosse de la nuque jusqu’à cette protubérance, et de ce point jusqu’à la nageoire Caudale, se voient une suite d’ondulations, de gibbosités qui expliquent la figure d’Ambroise Parée, et confirment l’exactitude de celle que nous devons à M. Quoy. L’évent est simple, en forme d’s, d’un pied de longueur, et il a la facilité de s’ouvrir et de se fermer à la volonté de l’animal ; mais, situé à l’extrémité du museau, il n’est pas sur la ligne moyenne ; il est à gauche.
Les mâchoires, surtout l’inférieure, sont étroites en avant et celle-ci est reçue antérieurement dans une rainure de la mâchoire opposée, mais en arrière, et près de leur commissure elles sont garnies d’une sorte de lèvre très-développée. Il ne parle po nt de dents à la mâchoire supérieure ; mais il nous apprend que la bouche est tapissée d’une membrane blanche qui s'étend jusqu’aux lèvres, et que l’ouverture du gosier des cachalots suffirait au passage d’un corps d’homme. La langue est petite et peu mobile. Les yeux ont des paupières , et c’est l’inférieure qui est la plus grande.
Un cachalot de quatre-vingts pieds anglais de longueur avait une tête haute de huit à neuf pieds et large de cinq à six. La hauteur du corps était de douze à quatorze pieds.
Ces cétacés ont une pesanteur spécifique moindre que celle de l’eau, et dans l’état de repos ils viennent à sa surface. Lorsqu’ils se trouvent éloignés des côtes, leur nourriture principale consiste en une espèce de sèche [sépia octopedici)\ près de terre ils se nourrissent de poissons, parmi lesquels s’en trouvent de petits, et d’autres qui ont la taille moyenne d’un saumon. Les pêcheurs, et M. Leaie admet cette opinion, pensent que pour s’emparer de sa proie le cachalot descend à une certaine profondeur et qu’il ouvre sa mâchoire, de manière qu’elle forme un angle droit avec la mâchoire opposée. La blancheur de ses dents attire alors les sèches, comme elles le sont par toutes les couleurs brillantes, et même les poissons qui sont avalés dès qu’ils se trouvent en quantité suffisante ; quoi qu’il en soit de ce genre d’appât, toujours est-il certain que les cachalots avalent une trèsgrande quantité de ces différens animaux qu’iîs rejettent dès qu’ils qu’ils se sentent blessés. Ce qui porte M. liéale à admettre l’idée des pêcheurs , que c’est par une sorte d’attrait quç ces
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petits animaux se i’endènt dans la gueule du cachalot, et qu'ils ne sont point poursuivis par cet animal, c’est qu’il a vu des cachalots entièrement privés de la vue, et d’autres qui ne pouvaient faire aucun usage de leur mâchoire inférieure, monstrueusement conformée , être aussi bien nourris , avoir autant de graisse que ceux dont l’organisation était la plus parfaite. Lorsque ces animaux se battent, ils s'élaneeqt les uns contre les autres, la gueule ouverte , pour saisir leur adversaire par la mâchoire inférieure. La respiration .se fait toujours chez eux avec une extrême régularité, excepté dans le cas où l’animal est troublé par la crainte ; dans le calme le jet sort en vapeur de l’évent, il est lancé violemment en avant dans J’agitation, et en faisant un angle de cent trente-cinq' degrés avec la tête. L’intervalle d’une respiration à une autre est d’environ dix secondes j mais le cachalot peut suspendre sa respiration pendant une heure et vingt minutes; les femelles respirent plus, fréquemment que les mâles, et il en est de même des jeunes. Le cachalot est très-timide ; lorsqu’il est pris de peur il s’enfonce horizontalement en faisant agir à la fois toutes ses nageoires. D’autres fois il se place verticalement, la tête en haut, et il prend cette situation pour mieux voir, en élevant sa tête au dessus des, flots. Il se meut facilement et avec rapidité, faisant dans les temps ordinaires de quatre a sept milles par heure ; mais lorsqu’il veut précipiter sa marche il en fait de dix à douze dans le même temps. Dans le premier cas, placé horizontalement, il se borne à pencher tantôt a droite tantôt à gauche sa vaste nageoire caudale. Dans le second , relevant et abaissant alternativement sa queue, son corps suit le même mouvement, et alors on voit alternativement sa tête paraître cfe toute sa longueur au-dessus des flots et disparaître ensuite ; il s’élève ainsi a chaque impulsion de vingt a trente pieds hors de l’eau, qu’il fend avec doutant plus de facilité que, comme nous l’avons vu, sou corps va se rétrécissant en dessous et prend une forme de carène. Il lui arrive même quelquefois de s’élancer entièrement hors de la mer. Ces derniers faits, importuns en ce qu’ils nous font connaître des circonstances remarquables de l’histoire des cachalots, le sont encore en ce qu’ils nous expliquent les paroles de Pline, très-intelligi- ■bles jusque là, quand il nous dit que les Physetfer, dans ta ma- dés
DES BALEINES
Gaules , s’élèvent jusqu’à la hauteur des mâts en faisant jaillir de grandes masses d’eau autour d’eux.
Les cachalots vivent en troupes : les unes principalement composées des femelles, parmi lesquelles se trouvent cependant toujours des mâles adultes ; les autres, des jeunes mâles non encore adultes ; et ces troupes sont souvent de cinq à six cents individus.