‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 41 sur 54 · L'ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST

La vie de Jésus avait été bien courte. File n'avait duré que trente-trois ans, dont trente ans de vie tranquille, obscure et ignorée, et trois ans de prédication dans les campagnes, les villages et les villes de la Palestine.

Sa parole n'avait pas franchi les limites de ce petit

pays. Et cependant il avait déclaré qu'il était venu sur la terre pour sauvar toute l'humanité. Son enseignement ne s'adressait pas aux Juifs seuls, mais à toutes les nations.

Comment cet enseignement parviendrait-il donc chez tous les peuples du monde? Comment la semence de vérité qu'il avait jetée dans quelques centaines, ou quelques milliers peut-être d’âmes simples et modestes, pourrait-elle germer dans les autres qui n’entendraient jamais sa merveilleuse parole? Il est vrai qu’à plusieurs reprises il avait déclaré vouloir fonder ce qu'il appelait son Eglise, afin qu'elle perpétuât son œuvre. Mais cette fondation n’était visible nulle part aux yeux des foules. Et ceux mêmes qui, sans croire à sa divinité, avaient été émerveillés de ses discours et de ses miracles, se disaient : « Le pauvre malheureux prophète, il est mort trop tôt; il n’a pas eu le temps de rien fonder.

Aux plus grands génies eux-mêmes, il faut le temps pour fonder des œuvres durables. »

Et pourtant, répondaient. ses rares disciples : « Sur la croix, avant de rendre le dernier soupir, il a prononcé cette parole solennelle : Tout est consommé. » Cela ne voulait:il pas dire que sa mission. était finie, et que son œuvre était achevée et complète?

Oui, mais cette œuvre complète embrasserait-elle l'avenir? Etendrait-elle son empire dans tout l’univers? Serait-elle perpétuelle et universelle?

Il le fallait sans doute, pour que le genre humain fût vraiment racheté, et que l’œuvre de son salut sur terre durât aussi longtemps que le monde.

C'est pour cela que la fondation de l'Eglise de Jésus- Christ était en quelque sorte une nécessité,

L fallait. qu’elle. succédât au divin Rédempteur, qu'elle le continuât.et qu'elle perpétuât son œuvre pendant les siècles des siècles.

Il fallait qu’elle propageât partout. et toujours son enseignement; et pour que l’homme fût sûr que cet enseignement serait. bien. celui de Jésus-Christ, il fallait qu’elle fût infaillible. Mais l’infaillibilité et la: Rerpétuité ne sont pas. de ce: monde. Tous les, hommes sont sujets. à l'erreur, et toutes les institutions. humaines sont sujettes à la mort.

Il fallait donc que l'Eglise: fût une fondation divine, et qu'elle fût soustraite par son divin Fondateur à l’erreur ét à la mort. Aucune puissance humaine: ne pouvait l’établir. Mais rien n’est impossible à. Dieu, eti il lui suffit: de prononcer une parole: pour créer: or, Jésus-Christ: était # le: fois homme et Dieu, et quelques.

mois avant de se livrer à la mort, il avait prononcé les paroles créatrices nécessaires, celles qui: pendant. les siècles à venir, seraient le fondement de son Eglise, Il . les avait adressées: à celui qui en devait être le chef. Econtez-les :

« Tu: es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lid: dans les cieux, et tout ce que: tu délieras sur la terre sera délié dans.les cieux. »

Admirez les pouvoirs surhumains conférés à cette merveilleuse institution. « Les puissances de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Voilà ce qui lui assure la perpétuité.

Le pouvoir de lier et de délier sur toute la terre, constitue son universalité. Et si tout ce qu'elle liera ou déliera sur la terre devra étre lié ou délié dans les cieux, c’est qu’elle aura le don de l'infaillibilité.

Toutes les prérogatives, dont la possession sera nécessaire à l’Eglise de Jésus-Christ, sont exprimées dans ces’ paroles.

Oui, disent ceux qui jugent les œuvres divines de la méme manière que les œuvres hiurmaïines, ce sont là des. mots remarquables sans doute, et même un jeu de mots spirituel, mais l'Eglise doit être une société visible et vivante, un: corps régulièrement organisé. Or, son: fondateur ayant quitté ce monde, qui reprendra: son œuvre soudainement interrompue par la mort? Qui aura là présomption de réussir quand lui-mêtne: paraît avoir échoué? Sera:ce Pierre? Mais Pierre qui? Pierre Rien?

Eh! bien oui, ce sera cet homme de rien, ce pêcheur ignorant et ignoré de la Galilée, ce disciple timide qui a renié son maître à la voix des servantes du Grand Prêtre, cet homme du peuple qui ne possède ni le génie créateur, ni l'instruction, ni l'influence, ni le prestige, ni le pouvoir, ni la richesse, qui succédera au grand prophète, au grand thaumaturge, au prestigieux orateur qui entraînait les foules, et qui poursuivra avec des succès inouïs l'établissement de l'Eglise, dont son maître a jeté les fonden::=ts. Mais il ne sera pas seul.

Non, nous le savons, diront encore les sceptiques. Il aura pour l’assister les dix autres apôtres, des hommes de rien comme lui.

Mais eux non plus ne seront pas seuls. Par un miracle de sa puissance, le divin Maître restera avec eux, et avec leurs successeurs, même après être remonté vers

son Père; et le Saint-Esprit, l'Esprit de Vérité, descendra en eux pour leur enseigner toutes choses et pour les assister.

Les mémorables paroles que nous avous citées ne sont pas les seules que le Christ ait adressées à ses apôtres pour instituer son Eglise, pour lui assurer l'inimortalité et pour définir sa mission de salut parmi les hommes. Ecoutez encore celles-ci :

« Je m'en vais à celui qui m'a envoyé, mais je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai à vous... et je prierai mon Père, et il vous enverra un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous... le consolateur qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.

quand l'Esprit de Vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité... » ,

Enfin, voulez-vous quelque chose de plus précis et de plus formel encore sur l’immortelle institution de l'Eglise, sur l'assistance divine qui ne lui fera jamais défaut et sur sa mission permanente parmi les hommes? Ecoutez cette proclamation, dont la grandeur et la puissance jettent dans l'ombre toutes les proclamations des souverains de ce monde :

« Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Comme mon père m'a envoyé, je vous envoie

» Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront rc.enus à ceux à qui vous les retiendrez... Allez donc, et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé... Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles! »

Est-il possible après cela de douter de la fondation de son Eglise par Jésus-Christ lui-même?

Non, certes; mais cette institution colossale n’en paraissait pas moins un défi à la raison humaine et à la puissance des nations, une entreprise à la fois insensée et impossible.

Et cependant, cet inconnu des grands et des savants, sans fortune, sans position sociale, sans famille, sans autre nom que Pierre, ne recula pas devant la tâche surhumaine que son regretté maître lui avait imposée. Jamais il n'avait appris l’art de la parole, et cependant il se mit à prêcher avec la même autorité que son Maître, et il convertit trois mille hommes à sa première prédication, et cinq mille à la seconde.

Sans doute, il comprenait d'où lui venait ce pou: voir qui se révélait soudainement en lui. Il savait bien que ses succès merveilleux n'étaient pas dus à son talent, ni à F’habileté de sa parole. C'était le Seigneur qui parlait par sa bouche, puisqu'il leur avait promis d’être avec eux tous les jours jusqu’à la consommation des siècles.

Au don de la parole qu'il avait reçu instantänément avec le don des langues, et qui faisait l'admiration et l’étonement de tous, il joignit tout # coup le don des miracles.

Au nom de Jésus, il commanda aux boiteux de se redresser, et aux morts de sortir de leurs tombeaux

Le Sanhédrin s’émut et le fit emprisonner. Les tribunaux lui défendirent de prêcher au nom de Jésus. Mais la prison s’ouvrit miraculeusement devant lui, et

il continua de prêcher.

L'un des plus acharnés. de ses persécuteurs était un Juif de Tarse, nommé Saul: Or, un jour qu'il s'en allait à Damas organiser une persécution plus rigoureuse contre les chrétiens, dont: le. nombre grandissait étonnamment, Saul. fut comme foudroyé par une lumière extraordinaire; il entendit une voix mystérieuse qui lui. parlait, et qui lui dit : « Je suis Jésus que:tu persécutes, »

Et quand il.se releva, ses yeux ne voyaient plus; mais son âme était illuminée. Il était sacré: apôtre de Jésus: Christ. Seul, sous le: nomi de: Paul, allait devenir l'apôtre des nations, le porte-parole de Jésus. dans tous les pays du monde civilisé.

La persécution se retourna contre lui, et, chez tous

les peuples qu'il évangélisa, à eut à lutter contre les mêmes ennemis qui avaient mis som Maître à mort.

Partout, le sacerdoce juif, jaloux de ses suecbs, et effrayé de voir diminuer sa propre autorité, sosleva contre lui les autorités romaines.

Les accusations étaient celles qui avaient pesé sur la tête de Jésus : « C’était un perturbateur de dx paix publique, un contempteur de la Loï, un: blasphémateur, un ennemi de César et de Rome. » Les tribunaux le condammaient. On le flagellait, et, tout déchiré de verges, on le jetait en prison. Un tremblement de terre en ouvrait les portes; mais au lieu d’en sortir, il cosvertissait le geôlier et toute sa famille.

Un jour, à Lystres, on le lapida et on le laissa pour mort sous les pierres, aux portes de la ville.

Mäis rien n'arrétait le grand apôtre Il allait de ville en ville et de rivage en rivage; et ni les tempêtes de la mer, ni les naufrages, ni les émeutes du peuple, ni les fouets des bourreaux, ni les persécutions des prétres juifs, ni les cachots, ni les chaîfnes ne ralentissaient son zèle apostolique.

Et chez toutes les nations et dans toutes les villes, il fondait des églises. Ce n’était pas quelques individus, ou quelques familles, qu'il convertissait. c'était des populations entières; et quand, éloigné d'elles, ib leur écrivait ces belles épîtres qu'on lit encore et qu'on relira toujours avec admiration, c’est aux peuples euxmêmes qu'il les adressait : aux Romains, aux Hébreux, aux: Galates, aux Grecs de Corinthe, aux Syriens d’Ephèse et de Colosses, ‘ux Macédoniens de Thessalonique et de Philippes:

Oz le chassait de Partout, mais on l’accueillait partout. Toutes ses défaites se changeaient en victoires, et quand il avait triomphé des Juifs et des païens, c'était contre des chrétiens, contre ds frères, qu’il avait à lutter.

ivraie dans ses plus belles éclataient dans les chré-

même l'intégrité de sa

était faite par de préten S avaient converti des foules, église, il cha i

Et alors, il était obligé de se défendre et de faire son Propre éloge.

Il faut lire ses épitres aux Corinthiens et aux Gala. tes pour se rendre compte de toutes ces vilenies et des afflictions qui brisaient le cœur du généreux

Avec quelle émotion il y rappelle tout ce qu'il a souffert, et toutes les attaques injustes dirigées contre lui!

qui lui avait confié la mission de convertir les Gentils. Et nul n’a jamais eu un tel zèle apostolique.

Il était le type le plus admirable de ces pasteurs nomades qui parcourent le désert, et qui groupent leurs troupeaux dans les meilleurs pâturages.

Pierre était un pêcheur de poissons transformé en pêcheur d'hommes; et Paul était un fabricant de temtes, transformé en fondateur d’églises.

Inspiré et guidé par l'Esprit de Dieu, il parcourait la terre, il sillonnait les mers, il appelait à lui tous les peuples du monde civilisé, brebis perdues de l'éternel Pasteur; et quand il avait réuni un nombreux troupeau dans une ville, il en confiait la garde à un berger, c'està-dire à un évêque, et il s'en allait plus loin établir d’autres bergeries, c'est-à-dire fonder de nouvelles chrétientés.

C'est ainsi qu'il évangélisa tous les pays d'Orient, et une grande partie de l’Europe, depuis la Macédoine et la Grèce jusqu'à l'Italie, la Gaule et l'Espagne.

Partout, dans toutes les terres où il jetait la semence divine, elle fructifiait. Les églises surgissaient comme par enchantement. D’innombrables disciples se levaient pour continuer les luttes de la vérité, au prix de tous les sacrifices.

Partout la persécution les attendait. Comme Pierre et Paul, et comme les autres apôtres, ils étaient traduits devant les tribunaux, accusés, condamnés, emprisonnés, battus de verges, et bien souvent mis à mort; mais ils marchaient aux supplices en chantant des hymnes et des prières; et d’autres lutteurs prenaient leurs places.

‘d'Ostie.

Ainsi fut fondée, ainsi grandit l'Eglise de Jésus- Christ.

et d'obstacles, ayant cause ‘: faiblesses inéen e': mème la force ‘cfinitive. Toujours samais naufrage.

navire. On l'appelle même la barque de Pierre. Elle ressemble surtout au

A l'époque des Suerres des Musulmans contre les Chrétiens, Jean de Matha s'était dévoué au rachat des Captifs chrétiens, Un jour, à Tunis, il avait payé la ran-

pour l'Italie.

Mais au moment du dépert, la plèbe tunisienne révoltée s'était Précipitée sur le navire et l'avait désem- Paré, coupant les mûts, enlevant les voiles, brisant les : rames et le gouvernail.

Jean de Matha Partit cependant avec son peuple de Tachetés, sans autre voile que son manteau attaché au tronçon du mêt; et son navire, après une heureuse ‘tra versée de deux jours, vint s’abriter dans le petit port

Ah! quelle institution merveilleuse! Et que son histoire démontre bien sa divinité et celle de son Fondateur!

Selon l'ordre naturel des choses, et d'après l’expérience des siècles, un grand homme, chef d'école, ou chef de peuple, se fait des amis pe’ilant qu'il vit. Leur nombre, et la mesure de leur dévouement dépendent, soit de son charme personnel, soit du prestige et de l'influence qu'il exerce, soit du bien qu'il fait à ses partisans, des faveurs dont il les comble et des promesses d'avenir dont il les berce. Tout cela lui attire beaucoup d'amis, tant qu'il vit.

Mais quand il n’est plus là, quand la mort a éteint ce regard et cette voix qui électrisaient les foules; quand la puissance qu'il exerçait est anéantie; quand la main

qui versait les bienfaits a été fermée pour toujours, les amis s’en vont, et les plus assidus aux banquets du maître sont les premiers à déserter son toit quand la table est vide.

Or, il en fut tont différemment avec Jésus-Christ. Dans presque tout ce qu'il accomplit, les lois de la nature furent renversées,

Sans doute, il s'était fait quelques amis pendant sa vie. Mais comme il ne pouvait leur donner ni puissance, ni honneurs, ni richesse, leur dévouement était lein d’être profond. Quand vinrent les jours d'épreuves, l'un d'eux le trahit, le premier de tous le renia, et les autres l’abandonnèrent. Et voilà le miracle : à peine était-il mort, que ses tièdes partisans devinrent ses admirateurs passionnés. Que dis-je? Ils le proclamèrent Dieu, ils lui dressèrent des auieis ei l’adorèrent.

Quel riche héritage, quelle opulente fortune leur avait-il donc laissée pour créer un pareil enthousiasme?

Rien. Que dis-je? Moins que rien. 11 leur avait prédit qu'ils seraient persécutés, chargés de chaînes, et mis à mort pour lui! I] leur avait prêché le mépris des richesses et des honneurs, la fuite des plaisirs, l'amour des humiliations et des souffrances.

C'est l'héritage qu'ils ont recueilli de sa succession, et plus ils ont souffert à cause de lui, plus ils l'ont aimé !

Celui qui a pu se faire tant aimer au prix de pareils sacrifices, peut-il n'être qu'un homme? Non, il ne peut être qu'un Dieu.

Et si vous ne voyez qu'une institution humaine dans l'Eglise qu'il a fondée, expliquez-nous le miracle de

son histoire!

Dans un monde où le temps détruit tout où les trônes croulent, où les dynasties s’évanouissent, où la plupart des écoles philosophiques et scientifiques se succèdent et se détruisent les unes les autres, comment se fait-il qu’elle subsiste, et surtout qu’elle subsiste sans changer, sans altérer son credo ou son programme, sans modifier son organisme ct sa forme visible?

Est-ce par la force qu'elle se ma. tient ainsi? Evidemment non.

Ce n'est -pas elle qui dispose de la puissance. matérielle. Non seulement elle est impuissante matériellement, mais la puissance est le plus souvent aux mains de ceux qui la combattent, et qui ont juré de la détruire.

Quel est donc le secret de sa vie? C’est la foi, et c'est

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