LA SURVIVANCE DE JÉSUS-CHRIST
Nous croyons vraiment avoir établi que les preuves de la divinité de Jésus-Christ surabondent; et la seule difficulté serait de décider laquelle est la plus forte.
Est-ce le miracle de sa préexistence? Fst-ce la série de merveilles qui ont marqué sa vie, sa mort, sa résurrection? Ou n'est-ce pas plutôt le prodigo de sa survivance qui dure depuis bientôt vingt siècles?
Car c’est encore là un fait historique incontestable, consigné dans les archives de l’humarité, et attesté par des milliers de monuments de pierre, de marhre et d'or.
Le mot de saint Paul : « Le Christ ressuscité ne meurt plus », s’est réalisé à la lettre, de même que la par:le de Jésus-Christ : « Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. »
Or, rien n’a été plus miraculeux que l'établissement de ce royaume que Jésus-Christ avait prédit à ses dis. ciples. Rien n'a été plus surnaturel que con expansion et sa stabilité dans le monde. Rien n’est plus divin que la survivance et le perpétuel triomphe de Jésus- Christ à travers les siècles.
Etudiez un peu ce phénomène historique, et vous le trouverez absolument inexplicable si vous n’en reconnaissez pas le caractère divin.
DE L’'EOMME À DIEU
Dans l’ordre de ia nature, les incrédules sont b'en forcés d'admettre des milliers de phénumènes qu'ils ne peuvent pas expliquer. Mais du moment qu'il s'agit de religion, ils prétendent tout expliquer, tout com. prendre, et ils rejettent tout élément surnaturel.
C'est ainsi qu'ils prétendent avoir découvert où Jésus-Christ a puisé sa doctrine merveilleuse, et expliquer comment il a réussi à la faire accepter et à la propager dans le monde.
1° Ils font des efforts inouïs pour nous faire croire que Jésus-Christ a puisé sa doctrine, supérieure à toute sagesse, dans les croyances populaires de l'Orient, dans les œuvres de Platon et dans la mythologie nuageuse de l’Inde. Mais est-il vraisemblable que Jésus-Christ, qui a vécu à {azareth jusqu’à l’âge de 30 ans, dans l'exercice du métier de charpentier, ait pu étudier Pla-
|, ton et les livres sacrés de l'Inde, s’il en existait alors,
chose assez douteuse? Et puis, quelle ressemblance la doctrine des Védas et celle de Platon ont-elles avec celle des Evangiles? Pas d'autre que celle-ci : chez tous les peuples et dans toutes les religions, il y a un certain fond de vérités communes, fondamentales, qui leur viennent de la religion naturelle ou de la révélation primitive, par la chaîne de la tradition.
2° Cette tentative de montrer où Jésus-Christ a puisé sa doctrine, n’a pas eu de succès auprès des vrais savants. Mais il est plus difficile encore d'expliquer comment il se fait que le monde ait accepté l’enseignement de Jésus-Christ. C'est un autre grand miracle que les incrédules n’ont pas réussi à expliquer.
Le monde, disent-ils, était fatigué du paganisme et
de la philosophie antique; il deman ‘it une religion nouvelle, et, quand Jésus-Christ vint, il donna satisfaction au besoin général.
‘Que le monde fût las de ses philosophes et de ses rhéteurs, c'est possible; mais alors il ne devait pas être dans de bonnes dispositions pour prêter l’oreille à une nouvelle philosophie.
Que le monde eût perdu la foi dans le paganisme, ce n'est pas bien prouvé. Mais supposons que ce soit vrai, est-il bien facile de convertir à la foi religieuse un homme qui a perdu celle qu'il avait? L'expérience de tous les jours prouve le contraire. Ce qui n’est pas douteux, c’est que le monde demandait des jouissances, des plaisirs, des richesses et de la puissance.
Or, que lui apportait Jésus-Christ, et que lui enseignait-il? Le détachement des biens de ce monde, la fuite des plaisirs, la pauvreté, l'humilité, la pénitencel!
Et c'est cette religion austère, qui contredisait le monde dans ses aspirations, dans ses passions, dans :
-ses désirs, dans ses ambitions, dans ses besoins naturels; c’est cette religion pleine de sacrifices et de mortifications que Jésus-Christ a fait accepter, par le monde le plus corrompu et le plus sensuel qui fût jamais!
Si ce n’est pas là un grand miracle, et si l’on peut nier le caractère surnaturel de ce fait immense et incontestable, les peuples qui sont devenus chrétiens sortaient des conditions ordinaires de la nature humaine.
On dira peut-être qu'il apportait l'égalité aux petits, la charité aux pauvres, la liberté aux opprimés. Oui, mais à tous il prêchait les vertu: de renoncement, d’abnégation, de soumission et de mortification. ‘
L'égalité qu'il apportait a Pas la grandeur, et ne 1
Vres, Mais aussi par les grands riches qu'il a fait
Au riche il a dit : ais part de tes biens aux pauvres; et le riche à obéi. Au voluptueux : fais pénitence; et le voluptueux s’est fait ermite,
Il a dit à tous, grands et petits, puissants et faibles, riches et Pauvres : À genoux devant ce prêtre que j'ai
institué, qui est un homme comme Vous, qui est moins que vous sous bien des rapports, à genoux, et confessez-lui tous vos Péchés,
les plus secrets, les plus honteux, et il vous les pardonnera en mon nom, Pourvu “que vous les regretti
ez sincèrement, et Promettiez fer- Mmement de ne plus Jes commettre |
Et si vous ne faites pas cela, il n’y aura rien de com. 'aun entre vous et moi, et Vous n'aurez pas la vie éter-
et pauvres
gion terrible! I] l'a a là pour l’imposer :
prodiges!
© miracle des miracles!
Etudions encore de plus près, et plus profondément, ce grand fait de l'établissement du royaume de Jésus- Christ.
Au fond, qu’a-t-il demandé à l'homme et qu'a:t-il obtenu?
Il lui a demandé le sacrifice de son esprit propre dans toutes les matières qui concernent ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers lui-même.
C'est un champ très vaste où l’homme peut se former bien des opinions et des croyances, un sujet immense de discussions et de controverses.
Or, on sait combien l'esprit de l’homme tient à sa liberté de penser. C'est son penchant le plus irrésistible; et non seulement il tient à ses opinions, pour sa propre satisfaction; mais il veut les imposer aux autres, dès qu'il en a le pouvoir.
C'était donc une espèce d'abdication que Jésus- Christ proposait à lesprit humain, dans toutes les questions de l’ordre surnaturel et du salut? Oui, si toutefois l'on peut dire que l'esprit abdique quand il acquiert la conviction sincère des vérités immuables qu'on Jui enseigne. Or, ce renoncement à son esprit propre, il le proposait à l’homme, non pas pour un temps, mais pour toujours. A cet être naturellement si mobile et si changeant, il prétendait imposer l’immuable,
Pour juger de la difficulté d’une telle entreprise, voyez dans l’histoire quels succès ont obtenus les tyrans qui ont rêvé d'imposer leurs volontés, et les génies qui ont fait école, et qui ont formé des disciples!
Combien de temps ces disciples ont-ils prêché les doctrines du maître? Et quel est le disciple un peu hors ligne qui n'a pas prétendu corriger l'enseignement de son maître, et le réformer sur quelques points?
La moindre étude de la nature humaine suffit à convaincre que nulle force n’est plus difficile à dompter que celle de l'esprit de l’homme.
Et cependant Jésus-Christ a subjugué cette force, et les plus grands génies, les plus superbes intelligences ont courbé devant lui leur orgueil.
Leur parole, si éloquente qu'elle fût, a consenti à n'être qu’un écho fidèle de la sienne!
Et cela dure depuis dix-neuf siècles. Un pareil empire est-il d’un homme ou d’un Dieu?
Mais ce triomphe intellectuel n'a pas suffi à Jésus- Christ. Il a dit au genre humain : Je ne veux pas seulement ton esprit, je veux ton cœur.
Non seulement tu ne penseras que par moi; mais tu m'aimeras. Tu m'aimeras d’un amour qui surpasse tous les autres amours.
« Comment donc voulez-vous que je vous aime, Seig&neur? a demandé l’homme. Comme fon ami le plus intime et le plus cher?
— Plus que cela.
— Comme la femme que j'ai choisie, et qui est l'idéal que j'ai rêvé?
— Plus que cela.
— Corame le fils que vous m'avez donné dans ma vieillesse, et en qui revit tout ce que j'ai tant aimé dans sa mère?
— Plus encore. »
Et le genre humain a répondu : « C'est bien, Seigneur, je vous aimerai plus que mon meilleur ami, plus que mon épouse, plus que mes enfants, plus que moi-même, et s'il faut donner ma vie pour vous, je la donnerai. »
Et cet amour extraordinaire a subsisté et dure encore, non seulement dans les cloîtres, où il consume les âmes d'élite, mais dans tous les états de la vie humaine.
Il subsiste, en dépit de tous les sacrifices qu'il impose, en dépit des épreuves et des persécutions, sans que ce Dieu aimé soit obligé de se montrer, ou de faire entendre sa voix aux victimes les plus éprouvées de cet amour!
Est-ce un homme ou un Dieu, celui qui a pu se faire aimer ainsi?
Ce n’est pas tout. Jésus-Christ a demandé plus encore au monde. Il a dit à l’homme : « Je veux que tu m'adores, parce que je suis ton Dieu; que tu te prosternes dans la poussière devant cette croix, qui a été mon gibet; que tu te découvres quand mon nom sera prononcé; que tu m'’élèves des autels, que tu me bâtisses des temples; que tu honores mes prêtres et les fasses vivre; que tu les écoutes avec docilité. »
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Et des peuples se sont prosternés, et ils ont adoré désus-Christ! Ils ont proclamé sa divinité et la divinité de son Eglise.
Dés millions d'idoles s'élevaient sur la surfacp de la temre, et ces idoles ont été renversées et remplacées par la croix de Jésus-Christ.
Et tous les arts ont rivalisé d'efforts pour célébrer et honorer Je simple souvenir de cet homme extraordinaire|
Est-il passible qu'il ne soit pas un Dieu?
La grande mervaille en tont cela, c'est que ce triomphe sans précédant de Jésus-Christ s'est opéré quand ä n'était plus Là, quand il était mort depuis Jongtemps, et qu'il continue de s'opérer depuis des siècles!
Ge miracle est cependant moins grand pour Dous, catholiques, que pour ceux qui n’appartiennent pas À notre religion. Car, tout en croyant que Jésus est remonté au ciel, nous croyons aussi qu'il est encore présent au milieu de nous. Nas temples ne sont pas vides, et les multitudes qui s’y pressent y, vont contempler, adorer, prier Jésus-Christ toujours présent sur n08 autels.
Voyez-vous cette hostie, mm morceau de pain ep apparenoe ique nos prêtres ont consacré, et qui est placée dans mn ostensoir d'or, sur le tabernacle inondé de lumière? C'est Lui, e'est-son corps, le même qui a été crucifié sur le Calvaire. Voilà ce que nous croyons, et c'est encore un miracle.
‘Et les muititudes, des savants et les ignorants, les génies :supérieurs et les simples, croient à cette présence "réelle, d'une foi si ferme qu'ils verseraient leur sang pour témoigner de la fermeté inébranlable de leur croyance.
Comparez maintenant les disciples de Jésus-Christ, les continuateurs de son œuvre, à ceux des plus grands hommes :que l'humanité ait produits. Ceux-ci finissent souvent par juger leurs maîtres et par abandonner ou même condamner leurs théories, leurs idées -et leurs doctrines.
Depuis Aristote qui se sépara de Platon, que de disciplès se sont séparés de leurs maîtres, dès qu'ils sont arrivés à la maturité et qu'ils ont pu penser par euxmêmes!
En est-il ainsi des disciples de Jésus-Christ?
Non, certes. Il y a entre .eux et leur Maître unité de doctrine, unité immuable et séculaire. Vous me direz peut-être que les croyants du mahométisme et du bouddhisme ont aussi cette unité de doctrine. Céla n'est vrai que dans une certaine mesure; et d'ailleurs cette unité est fondée sur la force, ou sur une organisation qui a supprimé la liberté et le raisonnement: et elle se maintient par l'ignorance, — tandis que l'unité fondée par Jésus-Christ est libre, et appuyée sur la science et les démonstrations des plus grands génies que le monde ait connus. En même temps qu’elle est stable, elle n’est pas exclusive de développements et de pro
grès. Ce n'est pas le statu quo perpétuel de l'inertie; c'est l'immuable qui se meut, qui grandit et se perfectionne, qui demeure au milieu de toutes les croyances qui passent, et qui s'avance au milieu de celles qui sont stationnaires, qui vit et change d'horizon quand toutes les autres doctrines sont devenues des épaves et des ruines.
Elle n'est pas non Plus despotique. Le chef de l'Eglise n'est pas un tyran; il n’abuse pas de sa force. Il est un pasteur, et son royaume est un bercail : unus Pasior et unum ovile. Chacun est libre de sortir de ce bercail, et un trop grand nombre de brebis perdues ont usé de cette liberté. Mais le bercail n'est jamais resté vide, et le troupeau fidèle a gardé l'unité dans la soumission à l'autorité de l'unique pasteur.
Tous les ennemis du Christ meurent et toutes leurs
œuvres périssent; mais au milieu des tombes et des ruines, le Christ est vivant.
Je l'ai écrit ailleurs en vers :
« Il est, et sa parole a créé toutes choses.
» Il faisait tout hier, il fait tout aujourd’hui.
» Il est dans les effets, il gît au fond des Causes, » Et rien de ce qui vit n’a de vie hors de Lui!
» C'est Lui dont la voix parle au fond des consciences, » Eveillant le remords, enseignant le devoir ;
» Il est le dernier mot de toutes les sciences :
» Qui ne le connaît pas n’a pas le vrai savoir. »