L'HOMME
« Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui faire trop voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et j’autre; mais il est très avantageux de lui représenter l'un et l’autre. »
(Pascal, Pensées. 1" part. art. IV, v. vrr.)
« Qu'est-ce que l’homme dans la nature? Un néant
à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un
milieu entre rien et tout. Il est infiniment éloigné des
deux extrêmes, et son être n’est pas moins distant du
néant d'où il est tiré que de l'infini où il est englouti.» (Idem, vi.)
« Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémite est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent dans cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre deux
272 DE L'HOMME A DIEU qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n’ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde, et jugent plus mal de tout que les autres. » (Idem, art. VI, v. xxv.)
On pourrait résumer ou plutôt exprimer autrement cette dernière pensée du grand philosophe comme suit:
« Les hommes les plus nuisibles à la soriété ne sont pas les ignorants ni les vrais savants; ce sont les demisavants qui croient être grands. »
Note B.