LA FUTURE RELIGION
On disait hier :
«La religion de demain sera la science. Aujourd'hui, il y a encore deux religions : le christianisme et la science. Demain il n'y aura plus que cette dernière.
» Elle seule donnera la clef de toutes les énigmes. Elle sera le dogme, le droit et la morale. Elle dirigera tout, ordonnera tout, éclairera tout, donnera à tout le mouvement et la vie. Par elle seule les hommes seront heureux. »
Mais plusieurs de ceux qui le disaient hier ne le disent plus aujourd'hui.
Ils n’ont plus la confiance et l'enthousiasme d'hier. Us commencent à trouver que la nouvelle religion tarde à remplir ses promesses.
Le fondateur du positiv'sme et ses plus brillants disciples prétendaient :série. ement que cette doctrine était une religion comme ie bouddhisme, l'islamisme et le christianisme. Et qui donc devait être Dieu dans cette nouvelle relizion? M. Laffite l'a dit : c'était l’humanité!
Mais qu'est-co que l'Humanité-Dieu? :Est-ce l’universalité des hommes? Est-ce l'espèce humaine? Non. C'est, a dit M. Longchamps, l’ensemble de toutes les hautes pensées, de tous les nobles ‘sentiments, de ‘tous les grands efforts ‘rapportés à un seul et même être, dont cet ensemble forme l’äsme et dont les vivants constituent le vaste corps.
Comprenez-vous? Non? Ehl'bien, moi non pius. Mais je serais bien curieux de connaître cette nouvelle divinité dont je fais partie peut-être, et de comprendre comment son âme a été formée par des êtres qui, suivant les matérialistes, n’en ont pas.
Et pourtant non, je ne tiens pas du tout à connaître cette divinité de création humaine: et je me demande en même temps à quoi elle pourra servir à des hommes qui veulent une école sans Dieu, -ine morale sans Dieu, un Etat sans Dieu, une société sans Dieu.
M. Eugène Taverni.r, qui, pendant tant d'années et avec tant de talent, a collaboré au jourräl l'Univers, a publié un volume sous ce titre : La Religion Nouvelle. Il est curieux d'y voir quelle peine et quel travail ils s'imposent pour établir une religion humaine, ceux qui croient avoir démoli la religion divine.
Il faut dire que cette nouvelle religion ne serait pas génante, et quel idéal de bonheur elle réaliserait!
Ecoutez M. Ferdinand Buisson, l’un de ses pontifes:
« Vraiment catholique et vraiment sociale, la religion future substituera au salut individuel le salut de la société, à la rédemption de quelques-uns la rédemption de tous, au péle et vague paradis d'outre-tombe le paradis vivant et actif... »
Evidemment, ce sera le Paradis perdu retrouvé | L'ancien Eden, avec l'arbre de la science du bien et du mal, dont le fruit ne sera pas défendu!
Mais M. Buisson et M. Payot, et les autres fondateurs de la nouvelle religion, uniquement fondée sur la raison et sur la science, sont-ils bien sûrs de nous donner le paradis sur la terre, en échange du paradis d'outre-tombe que le christianisme nous promet?
I] ne manque pas de savants qui n’y croient pas, et qui cherchent en vain l’éden terrestre où la science et la raison assureront à la société la paix sociale, le règne de la vertu et la félicité.
M. Ferdinand Brunetière, qui avait longtemps étudié ces grands problèmes, était resté profondément convaincu de l'impuissance de la science inoderne.
« Le mystère et l'inconnaissable nous entourent », disait-il; et quand il se demandait d’où nous venons, ce qu: nous sommes et où nous allons, il confessait que ni l’anthropologie, ni l’anatomie, ni la physiologie, ni l’ethnographie, ni la théorie de l’évolution, ni les autres scic ices physiques ou naturelles, ne pouvaient se vanter à avoir résolu ces graves questions.
Note C. LES IGNORANCES DE LA SCIENCE MODERNE,
Sous ce titre, M. Eugène Loudun a publié un petit volume intéressant et curieux; mais on pourrait écrire de nombreux volumes sur le même sujet.
J'ai déjà reproduit plusieurs des aveux d’impuissance de quelques savants sur les mystères de la nature et de la vie. J'en veux citer encore quelques-ur s, sans cependant prendre la responsabilité de tout ce qu'ils contiennent.
« Je sais les lois de l'attraction, mais ce que c'est, je ne saurais le dire, et persone ne le sait, ni ne le sau ra jamais plus que moi. » {Nev:ton.)
« Il ne nous appartient pas de remonter aux causes premières; nous les ignorons. » (Le Play.)
« Aucun philosophe n'a pu lever par ses propres forces le voile que la nature a étendu sur les principes des choses. J'observe les effets de la nature, mais je vous avoue que je ne conçois pas plus que vous les premiers principes. » (Voltaire.)
« Il n’y a que Dieu qui connaisse l'essence ou la nature des choses, et ce sera toujours un mystère pour nous. » (Æuler.)
Mais les savants ne confessent pas toujours leurs
ignorances. Le plus souvent même, ils prétendent tout expliquer. Et il faut voir alors toutes les controverses et toutes les discussions qu'ils soulèvent les uns contre les autres, et tous les systèmes qu’ils inventent pour expliquer la: formation: de la: terre et des mondes célestes:
Sur ces sujets encore, on rencontre des aveux. qui témoignent au: moins de leur sincérité :
« Les propriétés caloriques et lumineuses du soleil, nous sommes dans l'impuissance de les expliquer. »
(Moleschott.)
« La cause de lai chaleur n’est Pas- connue mais elle a donné lieu à un grand nombre de savantes: hypothèses. » (Helhmotz:)
Faire des hypothèses, même savantes, ce n’est pas savoir.
« Sans sortir de notre système solaire, que savonsnous Sur son mouvement à travers les constellations, sur sa position, sa valeur, son influence, sa constitution même? Presque rien! (Boillot.)
Concernant la vie, les Systèmes contradictoires et les hypothèses sont innombrables. M. Loudun s'en moque avec esprit.
Un grand nombre se sont essayés à définir la vie: mais leurs définitions sont bien loin de nous satisfaire. « La vie, dit le docteur Nysten, est la manière d'être
des corps organisés qui les distingue des corps bruts.» Mais il y en a bien des manières d'être qui distinguent les corps organisés des corps bruts. Laquelle donc est la vie?
« La vie, dit Bouchut, est une force qui pousse la matière à des formes et à des combinaisons nouvelles différentes de ses propriétés ordinaires. » Je ne comprends pas.
Le docteur Barthez me fera peut-être comprendre : « La chose qui se trouve dans les êtres vivants et ne se trouve pas dans les morts, nous l’appelons archée, principe da vie, comme les qualités inconnues des géomètres X, Y, Z. »
C’est clair, n’est-ce pas? La vie, c'est la chose qui est dans les vivants, et qui n’est pas dans les morts, et qu’on appelle archée.
C'est l’occasion de citer le mot satirique de Mgr Darboy : « Quand un homme parle sans comprendre ce qu'il dit, et que ceux qui l’écoutent ne peuvent le comprendre, c’est de la philosophie. »
M. Loudun cite plusieurs autres définitions de la vie qui sont évidemment très philosophiques.
Bichat dit : « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort. » Je comprends, et la mort viendra quand ces malheureuses fonctions cesseront de résister! La vie, c’est le contraire de la mort, quoi!
Enfin, n'insistons pas. Il ÿ a beaucoup d’autres défi nitions qui ne valent pas mieux.
Note D.