‹ De l'homme à Dieu [microforme]Chapitre 51 sur 54 · ÉLOGE DE LA RELIGION CATHOLIQUE PAR M. THIERS · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA RELIGION CATHOLIQUE PAR M. THIERS

Nous croyons que nos lecteurs liront avec intérêt et avec profit cette page tirée de l'Histoire du Consulat. Tout n'y est pas irréprochable; mais c'est tout de méme un témoignage de grande valeur, rendu à l’Eglise catholique, par un illustre historien qui n'était pas un clérical.

M. Thiers n'était pas seulement un grand orateur parlementaire. I] avait une grande lucidité d'esprit, des idées élevées, et cette faculté plus rare qu'on ne croit, le bon sens. C'est cette faculté qui brille tout particulièremert dans la page éloquente qu'on va lire.

« 11 faut une croyance religieuse, il faut un culte à toute association humaine. L'homme, jeté au milieu de cet univers, sans savoir d'où il vient, où il va, pourquoi il souffre, pourquoi même il existe, quelle récompense ou quelle peine recevront les longues agitations de sa vie; assiégé des contradictions de ses semblables, qui Jui disent, les uns, qu'il y a un Dieu, auteur profond et conséquent de toutes choses; les autres, qu'il n’y en a pas; ceux-ci, qu'il y a un bien, un mal, qui doivent servir de règle à sa conduite; ceux-là, qu'il n'y a ni bien ni mal, que ce sont là les inventions intéressées des grands de la terre : l’homme, au milieu de ses contradictions, éprouve le besoin impérieux, irrésisti-

ble, de se faire, sur tous ces objets, une croyance arrêtée.

» Vraie ou fausse, sublime ou ridicule. il s'en fait une. Partout, en tout temps, en out pays, dans l'antiquité comme dans les temps modernes, dans les pays civilisés comme dans les pays sauvages, on le trouve au pied des autels, les uns vénérables, les autres ignobles ou sanguinaires. Quand une croyance établie ne règne pes, mille sectes, acharnées à la dispute comme en Amérique, mille superstitions honteuses comme en Chine, agitent ou dégradent l'esprit humain. Ou bien, si, comme en France, en quatre-vingt-treize, une commotion passagère a emporté l'antique religion du pays, l'homme, à l'instant même où il avait fait vœu de ne plus rien croire, se dément après quelques jours, et le culte insensé de la déesse Raison, inauguré à côté de l'échafaud, vient prouver que ce vœu était aussi vain qu'il était impie.

» À en juger donc par sa conduite ordinaire et constante, l’homme a besoin d’une croyance religieuse. Dès lors, que peut-on souhaiter de mieux à une société civilisée, qu'une religion nationale, fondée sur les vrais sentiments du cœur humain, conforme aux règles d’une morale pure, consacrée par le temps, et qui, sans intolérance et sans persécution, réunisse, sinon l’universalité, au moins la grane majorité des citoyens, au pied d’un autel antique et respecté!

» Une telle croyance, on ne saurait l’inventer quand elle n'existe pas depuis des siècles. Les philosophes,

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même les plus sublimes, peuvent créer une philosophie, agiter par leur science le siècle qu'ils honorent : ils font penser, ils ne font pas croire. Un guerrier couvert de gloire peut fonder un empire, il ne saurait fonder une religion. Que dans les temps anciens, des sages, des héros s’attribuant des relations avec le ciel, aient pu soumettre l'esprit des peuples et lui imposer une croyance, cela s’est vu. Mais, dans les temps modernes, le créateur d'une religion serait tenu pour un imposteur; et, entouré de terreur comme Robespierre, ou de gloire comme le jeune Bonaparte, il aboutirait uniquement au ridicule.

» On n'avait rien à inventer en 1800. Cette croyance pure, morale, antique, existait : c'était la vieille religion du Christ, ouvrage de Dieu suivant les uns, ouvrage des hommes suivant les autres, mais suivant tous, œuvre profonde d’un réformateur sublime, réformateur commenté depuis dix-huit siècles par les conciles, vastes assemblées des esprits éminents de chaque époque, occupées à discuter, sous le titre d’hérésies, tous les systèmes de philosophie, adoptant surcessivement sur chacun des grands problèmes de la destinée de l’homme les opinions les plus plausibles, les plur sociales, les adaptant pour ainsi dire à la majorité du genre humain, arrivant enfin à produire ce corps de doctrine invariable, souvent attaqué, toujours triomphant, qu'on appelle Unité Catholique, et au pied duquel sont venus # soumettre les plus beaux génies! Elle existait, cette religion, qui avait rangé sous son empire tous les peu-

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