OBJECTION TIREE DE LÀ PERSISTANCE DES TYPES
Nous venons de voir que les types humains correspondent exactement, parla nature des caractères qui les distinguent, aux variétés ou races qui diversifient une même espèce animale et dont la domesticité, l'influence de Thomme, portent si loin les différences. Mais, tandis que chez les animaux les races se créent ^en quelque sorte sous nos yeux ou reviennent assez facilement à un type commun lorsqu'on les rend à leur indépendance et à Taction de la nature , les variétés de Tespèce humaine sont douées d'une force de résistance qui brave non pas absolument, mais à un haut degré, les influences qui semblent devoir les modifier. Le porc redevient sanglier dans les bois ; le nègre ne devient pas blanc sous les latitudes de l'Amérique septentrionale. En présence de ce fait, persistonsnous à penser que le nègre et le blanc appartiennent à une même espèce ? Nous devons, avant d'aller plus loin, nous poser celte question, et tenter d'y répondre. C'est ici la difficulté capitale du sujet , la difficulté sans laquelle le problème qui nous occupe n'existerait pas, car si Texpérience nous
DES TTPBS nuxAiifS. 265
montrait la conversion du type éthiopien en type caucasique ou mongole, il n'y aurait pas deux opinions sur la valeur des types.
Mais , à défaut de TexpérieDce directe et complète , n'avons-nous aucun moyen d'aborder cette difficulté? D'autres ordres de faits ne peuvent-ils nous venir en aide et vider le litige ? C'est ce que nous allons voir.
Remarquons d'abord que la persistance des types est une loi très-générale qui ne régit pas seulement les types généraux , mais aussi et presque tout autant les races particulières, car les modifications que subissent celles-ci, quand les circonstances viennent à changer pour elles, ne font pas çlisparaître leurs caractères essentiels. Nous retrouvons, avons-nous dit, les mêmes traits chez le juif portugais et chez le juif allemand, à peine un peu altérés chez celui-ci. Edwards, en parcourant la France et l'Italie septentrionale, distinguait encore les uns des autres, et, à côté les uns des autres, les descendants des Celtes gaêls et ceux des Celtes kimris. Il y a plus : séparez une famille de telle sorte que se^ descendants ne contractent alliance qu'entre eux, et k physionomie propre de cette famille se conservera de génération en génération , comme on en cite des exemples chez des familles princières. Certes, les Arabes et les Juifs, les Gaêls et les Kimris, ont subi, dans une longue suite de siècles, asseas
MBSORE DE Li DIVERSITÉ
de yicissitudes pour perdre leurs caractères, s'ils eussent pu les perdre entièrement ; ceux-ci se sont modifiés , mais ils ne se sont pas effacés : l'Arabe de la Péninsule diffère un peu de F Arabe d'Algérie ; le Gaôl irlandais et celui de haute Ecosse, placés sous des influences climatériques et sociales différentes, témoignent par leurs différences physiques et morales qu'ils n'y ont pas complètement échappé, mais ils se ressemblent encore assez pour prouver aussi qu'ils ont résisté à ces influences dans une certaine mesure.
En présence de ces faits, de cette loi de persistance qui descend dans ses applications jusqu'aux moindres groupes de la famille humaine, conclurons-nous que les types de diversité du genre humain sont des types créés, des espèces ? Soit ; mais alors soyons conséquents , allons aussi loin que la loi de persistance ; déclarons non-seulement que les nègres, les mongols et les peuples caucasiques, sont d'espèces différentes, mais qu'il y a au milieu de nous plusieurs espèces d'hommes, une espèce gaële, une espèce kimrie, une espèce ibère ; que nos Bretons kimris ne sont pas de la même espèce que nos Bourguignons gaëls, que les Basques représentent une espèce à part, les Provençaux d'Arles et de Marseille venus de la Phocide sont d'une autre espèce que leurs voisins de la Provence ligurienne et du Languedoc et que les Français du Nord;
DKS TYPES HUMAINS. 267
Nous reculons, n'est-il pas yrai ? notre raison et notre cœur se révoltent contre de pareilles conséquences, et pourtant le fait de persistance nous contraint à les accepter, du moment où nous donnons à ce fait la signification que lui accordent les partisans de la pluralité des espèces humaines. On m'accusera peut-être de dépasser leur pensée ; ce serait les accuser plutôt d'échapper à la logique de leur principe. Mais non ; si Bory de Saint- Vincent se contente de faire des Indous, des Arabes et des Européens, trois espèces distinctes , Desmoulins, par une autre répartition, nous réunit aux Arabes, mais nous sépare spécifiquement des races germaniques et Scandinaves ; en sorte que le Français de race normande est d'une autre espèce que le Français de race celtique, et qu'en traversant le Rhin, nous entrons sur le domaine d'une espèce d'hommes à laquelle les Gaulois de vieille souche n'appartiennent pas.
Mais ne jugeons pas ces conséquences et la doctrine dont elles découlent sur l'impression que nous en recevons. Voyons plutôt si la loi de persistance des types nous conduit nécessairement à la séparation absolue et originelle de ceux-ci.
Et d'abord, en réalité, qu'est-ce que cette loi? C'est un fait de génération et d'hérédité qui transmet l'empreinte des parents à leurs descendants, qui ajoute, remarquons-le bien, les qualités ac-
268 MESVBE DE t!i DIVERSITÉ
quises aux qualités premières et naturelles, qui convertit les différences individuelles en différences plus ou moins générales, les modificatioas accidentelles en modifications permanentes. Je n*énonce ici que des vérités d'expérience, que personne ne songera à contester et dont les naturalisies connaissent toute la portée. Aussi n'hésité-je pas à ajouter que les différences acquises seront d'autant plus difficiles à faire disparaître que la durée de la vie sera plus longue, parce que, l'agent modificateur ayant alors plus de temps pour agir, son action entre plus avant dans l'organisme, surtout pendant la période du développement, qui est proportionnée, comme on le sait, à la longueur de la vie entière. Ce fait répond aux personnes qui, parce que les variétés de l'espèce humaine ont une plus grande force de persistance que celle de nos animaux domestiques, ne veulent pas que nous cherchions chez les animaux les signes distinctifs de l'espèce et de la variété, et repoussent les analogies les plus légitimes, tout en disant que l'homme n'est qu'un animal.
Ces analogies ne perdent rien de leur valeur lorsqu'on compare la persistance des races humaines à celle des races animales, et qu'on oppose à l'opiniâtreté de la première la facilité relative avec ^quelle les animaux, rendus à la liberté ou plutôt à la nature , se rapprochent de Tuniformité
de leurs caractères spécifiques. Il ne faut pas perdre de vue que les animaux livrés à eux-mêmes se modifient peu, que les espèces qui offrent la plus grande diversité de races sont celles dont le naturel se prête le mieux à la domesticité, celles qui ont le plus complètement subi Faction éducatrice de l'homme, qui ont assez de souplesse pour s'associer, dans une certaine mesure, aux progrès ou à la décadence de son état social. Sorties artificiellement de leur état de nature pour s'élever, nos ani^ maux domestiques y reviennent bientôt quand la main de l'homme leur est retirée. Ainsi ne craignons pas de conclure des races animales aux races humaines. La différence entre les unes et les autres est dans la nature des êtres et non dans celle des faits que nous comparons.
MODIFICATIONS DBS TYPES.
Les partisans delà pluralité des espèces humaines s'arrêtent au fait de persistance; non-seulement ils ne donnent pas à ce fait sa vraie signification , et ne nous le montrent pas relevant d'une loi d'hérédité qui embrasse à la fois les qualités naturelles et les qualités acquises, mais aucune hypothèse ne leur coûte pour exagérer la permanence des types ; et tout ce qui lui assigne des limites, tout ce qui prouve des modifications apportées à ceux-ci, n'est
270 VBSURB m ta diversité
accueilli dans cette école qu'avec le regard du dédain ou de la défiance. Yoici , par e^cemple , et textuellement, un des arguments qui nous sont donnés comme décisifis sur la question : a Des hommes habitant depuis des époques vraisemblablement antérieures aux temps historiques des îles situées sous les mêmes latitudes , et même au voisinage les unes des autres , sont restés différents de couleur jusqu'à nos jours. Comparez les habitants des îles Viti , Salomon , Nouvelles-Hébrides , aux Polynésiens des Iles Tonga, Otaïti, Nouka-Hiva: les premiers sont couleur de suie, leurs voisins (depuis trois ou quatre mille ans peut-être) n'ont point pris la teinte éthiopienne» (1). Deux races distinctes , celle des nègres océaniens et celle des Polynésiens, habitent les mêmes parages maritimes , sont placés dans des conditions climatériques identiques, et demeurent néanmoins distinctes. Depuis quand? C'est ce qu'il importe de savoir pour qu'il vaille la peine d'aller chercher si loin un fait dont nous trouverions plus d'un exemple près de nous. Or, sur ce points nous pouvons tout supposer; et pourquoi ne supposerions-nous pas trois ou quatre mille ans de durée à cette cohaJ)itatioQ des deux races. Voilà ce qu'on appelle un argument décisif. En voici un autre : «La plupart ■■ ■ ■...■■ p .. I
(1) Bérard, Cours de phxnologie , 1. 1, p. 457.
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des pays de l'Europe ont envoyé dans des régions lointaines une partie de leur population ; or, quelque soit le terme écoulé , dit Desmoulins , ni l'Angleterre, ni la France, ni l'Espagne, ne méconnaissent dans les colons les traits des habitants de la mère-patrie D (1). La raison qui engageait l'auteur de ce passage à étendre à trois ou quatre mille ans le séjour des deux races principales de l'Océanie au voisinage l'une de l'autre , aurait dû l'avertir que l'exemple des colons européens pèche par la date trop récente de leur expatriation ; c'est bien peu de trois siècles dans un cas , s'il en fallait trente ou quarante dans l'autre. Des faits aussi négatifs, et, le dirai-je, aussi insignifiants que celui que je viens d'emprunter à l'argumentation de M. Bérard, ne pourraient avoir quelque opportunité, et rien de plus , que répondant à des personnes qui croiraient qu'un changement de climat suffit pour transformer une race , qui ne sauraient rien de l'opiniâtre hérédité des caractères de variétés, ou qui enfin seraient capables d'attendre une modification profonde de ces caractères au sein d'une colonie qui se recrute sans cesse de nouveaux émigrés de la mère-patrie. A qui serait capable d'une pareille distraction , on serait en droit de répondre par des exemples de cette force.
(1) Bérard, Cours de physiologie > M, p. 461.
Mais voyons s*il est vrai que les différences des races humaines soient tellement dans la nature de celles-ci , qu'on ne puisse jamais les surprendre se modifiant sous l'influence d'une cause quelconque , et entrevoir au moins par là les conditions premières de la diversité des types.
De tous les caractères qui différencient les types et les races , les plus remarqués sont ceux qui portent sur la couleur ; ils niéritent , disent quelques personnes , d'être mis au premier rang. Telle est Topinion des adversaires de l'unité de Tespèce , et je m'en étonne , car la coloration est de tous les caractères celui qui se montre le plus indépendant des autres. Non-seulement les teintes des races les plus constamment brunes varient beaucoup , mais les nuances foncées apparaissent dans tous les types, et acquièrent chez quelques peuples du nôtre autant d'intensité que partout ailleurs. On se rappelle que , parmi les Abyssins , on compte des sémites parfaitement noirs, et qu'on retrouve, dans les Indes, des tribus arianes qui réunissent, à des traits européens, des teintes africaines prononcées. Nous n'avons pas non plus oublié que , chez une même race , les nuances de la peau et des cheveux , foncées dans les plaines basses , s'éclaircissent dans les régions élevées. Tel est le cas des Indous de l'Himalaya , des Arabes des montagnes de TYemen, et des Berbères du mont Aurès dans la ré-
DES TVPES HUMAINS. 273 .
gence de Tunis. Pour expliquer la présence de ces hommes au teint clair^ à cheveux blonds, au milieu des tribus kabyles, on a supposé que les Berbères de FAurès étaient des descendants des Vandales ; c'est une supposition et rien de plus, une hypothèse au service de ceux qui qc veulent pas qu'une race puisse perdre sa couleur (1). Admettons toutefois que cette tribu kabyle soit une tribu vandale, c'est-à-dire de souche indo-germaine, je demanderai encore pourquoi elle a conservé son teint clair, ses cheveux blonds, ses yeux bleus, tandis que dans les villes d'Allemagne, dans celles du Danemark, dans la plaine suisse, du canton de Soleure au lac de Constance, les cheveux et les yeux noirs sont si communs? A moins de nier l'évidence, on ne peut dire que la race indo-germanique ait conservé partout l'intégrité de son type. Tous les touristes qui ont voyagé dans l'Oberland bernois ont pu remarquer l'étonnante différence physique qui existe entre les habitants des vallées et ceux des villages de la montagne : dans le bas Hasli aussi bien qu'à Interlaken, j'ai souvent ren-' contré le teint demi-basané et les cheveux noirs de la race ligurienne, tandis qu'à quelques lieues de
(1) Et quand on leur dit que c'est une hypothèse : Peu importe! répondent- ils avec ui.e admirable impassibilité; puis ils poursuivent; et tirent les conséquences.... de l'hypothèse.
274 VKSDRB BB LÀ DITERSITÉ
là, la population du haut Hasly est gënéralemeat blonde, comme celles des Alpes suisses en général.
Ces différences locales ont le mérite de nous dénoncer l'altitude d'un pays comme étant dans un rapport étroit avec les caractères physiques de ses habitants et comme pouvant les modifier. Ce serait insister sur un lieu commun que d'ajouter que Tensemble de la stature et des formes, le développement de la poitrine, sont autres chez les montagnards que chez les hommes de la plaine, et comment en serait-il autrement , puisque Taltitude change toutes les qualités de Tair, sa densité, son hygrométricité, sa température moyenne, son état électrique.
La couleur de la peau est dans un rapport non moins évident avec la latitude qu'avec l'altitude. C'est sous la zone torride que nous rencontrons les teintes les plus foncées, et à mesure que nous nous éloignons de cette zone, les nuances deviennent plus claires. Tout incontestables que soient ces coïncidences, il est des personnes qui veulent encore que la couleur des races soit originelle, que le soleil n'y soit pour rien, ou que toute son influence se réduise à hâler un peu le teint du campagnard, à ajouter une nuance de plus à une couleur déjà plus ou moins prononcée. Ces intrépides contempteurs de Faction colorante du soleil oublient que des peuples de race syro-arabe sont devenus tout
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à fait noirs sous le ciel de rAbyssinie, que les Hottentots ne sont, en dernière analyse, que des nègres revenus à une teinte plus pâle, sur le plateau élevé de l'Afrique australe. Us aiment mieux se rappeler qu'au nord du tropique du Cancer et jusque sous les latitudes du cercle polaire, on trouve des peuples plus colorés que nous , et nous citent, en Asie, toutes les nations de type mongole, dont un des caractères est une teinte jaune nuancée de brun ; en Europe, nos Lapons, qui appartiennent au même type et qui ont le teint enfumé; dans TAmérique septentrionale, les nombreuses tribus comprises sous le nom de Peaux-Rouges.
Ces exemples, dont on prétend s'autoriser pour diminuer Timportànce de l'intervention du soleil dans la coloration, ne seraient admissibles qu'autant qu'oA concevrait cette intervention d'une manière étroite, exclusive, en la considérant comme la cause unique des couleurs et en ne tenant compte d^aucune des circonstances qui la favorisent ou la limitent. Mais c'est précisément quand on veut à tout prix que la couleur soit un caractère naturel chez les races humaines, qu'on tombe dans cette exclusivisme. De ce que la nuance un peu brune des Lapons ne peut être attribuée à une forte action solaire, on conclut alors que cette couleur est originelle. Malheureusement pour cette manière de conclure, nous savons aujourd'hui que si les La-
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pons ont le teint enfumé , ils ne le doivent pas plus que leur petite stature à leurs ancêtres les Lapps; nous n'avons aucune raison de penser que ceux-ci se distinguassent par leur couleur des autres membres de la famille ouralienne , à laquelle appartenaient les Finns, pères des blonds Finlandais.
Tous les peuples h'yperboréens ont évidemment subi, sous rinfluence d*un climat extrême, un ensemble de modifications qui les différencie aujourd'hui des peuples plus heureux auxquels les rattachent leurs traditions ; au nombre de ces modifications, se place celle de la coloration, soit qu'elle porte ici, comme chez les races brunes, sur Tabon-* dance de la matière colorante disposée à la surface du derme, soit qu'elle intéresse seulement répiderme.
Partout où, à défaut d'une latitude équatoriale, nous rencontrons des conditions climatériques qui fassent passer l'homme par des températures tour à tour très-chaudes et très-froides, nous pourrons nous attendre à ce que la peau se ressente de ces influences, qui, pour être opposées, n'en sont pas moins des causes de surexcitation ; et Faction des températures extrêmes sera d'autant plus prononcée que le peuple qui la subira appartiendra de plus près à la nature.
Les nations nomades de l'Asie centrale sont dans les conditions dont je parle, surtout en ce qui conr
DES TYPES ULMAIilS. 277
cerne le climat des vastes steppes qu'elles habitent. C'est ici le climat continental, avec toute l'ardeur de ses étés et la rigueur de ses hivers. Il est impossible qu'une terre aussi vaste, aussi caractérisée par ses plaines , par ses plateaux , par ses montagnes, par tout l'ensemble de son relief, que l'est la masse du continent asiatique, n'imprime pas à l'organisme humain une de ses modifications les plus accentuées , modification non partielle, mais d'ensemble, typique ; la couleur de la peau y aura sa part, qui dépendra peut-être moins d'une action directe du soleil que d'une de ces réactions de certains organes qui mettent leur cachet sur l'organisme tout entier et déterminent son tempérament. On sait que le tempérament bilieux, quelquefois nommé mélancolique, se signale au dehors par une teinte un peu jaune de la peau, qui procède d'une certaine prédominance de Faction du foie. Quelques personnes ont comparé les hommes de type mongole à une race douée de ce tempérament. Sans prendre cette comparaison trop au sérieux, elle laisse néanmoins entrevoir dans la diversité des types le développement , sous l'influence de circonstances favorables, dé ces tendances variées qui se manifestent individuellement au sein d'un même peuple et souvent d'une même famille. Ce fait physiologique mérite que nous nou^ y arrêtions uo
moment,
278 IIEBURB DE LÀ DITERBlTB
DBS GiUSBS IRTBRIVB8 BT BXTERlfBS DB U DIYBRSITÉ
HUMJaifB.
Si j'en excepte un bien petit nombre d'auteurs, et à leur tête Blumenbach, la plupart des personnes qui, en vue de la question qui nous occupe, ont cherché à apprécier la puissance des agents modificateurs de notre organisme, ont à peu près raisonné comme si, dans les modifications qu'il éprouve, l'homme subissait passivement l'action d'une force étrangère. Mais il nefaut jaipais perdre de vue que, soit dans la santé, soit dans la maladie, les agents extérieurs ne font que provoquer l'exercice de nos divers modes d'activité physiolologique. C'est donc nous, en définitive, qui sommes les modificateurs directs de nos organes ; les causes externes n'agissent ici qu'indirectement ^n suscitant un mode d'activité. Ce n'est pas le soleil qui noircit la peau du nègre; mais, frappant sur une membrane sensible et abreuvée de beaucoup de vaisseaux sanguins, il l'excite à l'action, et ainsi surexcitée l'activité organisatrice de la peau produit en surabondance de la matière colorante, matière surcarbonée qui, déjà accumulée en couche épaisse au fond de l'œil, se répandra avec profusion sur toute autre surface qui sera longtemps soumise à l'action d'une lumière intense. Or,
DBB TYPES HUMAINS. 279
comme toute action physiologique, montée à un certain degré d'activité compatible avec la santé de son organe et celle des autres, peut entrer indéfiniment dans les habitudes de l'organisme, la formation d'un excès de matière colorante deviendra facilement d'un simple accident un trait héréditaire. Bien que le monde extérieur n'agisse pas sur les êtres organisés comme un cachet sur de la cire , et qu'il n'exerce son influence sur nous, qu'en faisant appel à notre activité, il n'en demeure pas moins un modificateur puissant de l'organisme humain par la direction qu'il donne à cette même activité, par les habitudes qui en résultent, et par les modifications que ces habitudes amènent dans toute l'économie de nos organes et de notre vie. Nous savons très-bien tenir compte de la part des conditions cUmatériques, de celle de la nourriture, etc.', quand il s'agit de rendre compte des différences que nous remarquons au milieu de nos populations, soit que nous comparions les classes pauvres aux classes aisées, les habitants des villes à ceux des campagnes, ceux des plaines basses et humides à ceux des lieux secs et élevés ; sur ce petit théâtre de notre expérience journalière, nous ferions volontiers une théorie des différences que nous offrent nos diverses populations quant à leur stature, à leurs proportions, à leur physionomie, à leur teint, et nous rapporterions facilement à quelques conditions générales d'hygiène les plus
frappantes de ces différences. Mais qu'il s'agisse d'agrandir la scène, de substituer à la diversité qui se produit au sein d'un même peuple celle qui se manifeste au sein de l'humanité, nous hésitons, la grandeur des différences nous paraît disproportionnée à celle des causes, etnous voilà tentés d'imiter les géologues qui placent une révolution générale du globe entre chacun des terrains qui semblent, en se superposant, dénoncer l'action d'un nouveau rapport entre le sol et les eaux. Cependant, si la diversité des types grandit quand nous passons des étroites limites d'une nation au vaste développement de l'humanité, la diversité des causes modificatrices se présente-t-elle à nous sous de moindres proportions? S'il y a loin du type caucasique au type nègre, n'y a-t-il pas tout aussi loin du climat des zones tempérées au climat de l'Afrique équatoriale? Partout, au sein d'un peuple comme au sein de l'humanité, les faits sont les mêmes : ils changent de proportions, mais ils n^ changent pas de nature.
Nous n'aurions toutefois qu'une notion insuffisante des causes qui concourent à la diversité du genre humain, si nous nous en tenions à constater la relation évidente de certaines différences typiques avec les différences des climats ou de tout autre modificateur externe. Et ce que nous disons ici de la grande diversité, nous pourrions le dire tout aussi bien d'une diversité plus restreinte.
DES TYPES HUMAWS. 281
Essayons de rendre compte par des influences externes de toutes les variétés de tempérament, de constitution, de teint, de physionomie, de proportions, de formes de tête que nous rencontrons au sein d'un même peuple ; nous n'y réussirons jamais. Mais en observant ces différences, nous serons conduits à un autre ordre de faits ; à côté des causes modificatrices externes et en quelque sorte occasionnelles, nous reconnaîtrons des causes internes, des tendances spontanées qui commencent à se réaliser dans la diversité des types individuels.
Pour mieux constater tout ce que ce fait a de vrai, il faut le surprendre se produisant dans le sein d'une même famille. Ici nous voyons sortir d'une souche unique et incontestable plusieurs individualités distinctes. Chaque membre de la famille a sa physionomie propre qui se détache de la physionomie générale ; chacun a sa taille, sa constitution, indépendamment de ses traits héréditaires. Nous assistons là à la production d'un type qui ne s'isole pas, mais qui se distingue de ceux de la même souche. La cause de cette particularisation se dérobe à nous dans le conflit de la force animique avec Içs circonstances plus prochaines au milieu desquelles s'est opérée l'évolution du jeune individu. Mais ce que nous voyons à découvert, c'est qu'un type individuel devient à son tour un type de famille, et qu'un type de famille conservé, fortifié par des alliances exclusives, continuées au
282 MESURE DE LÀ DIYERSlTé
sein de la même famille, devient un type de race. C'est ce qui est arrivé pour la race juive, et pour toutes celles qui ont conservé leur type jusqu'à nos jours. Toutes remontent à une époque de vie patriarcale; et quand une nation est sortie d'une famille, elle a pu absorber en elle, sans perdre ses caractères, quelques éléments étrangers ; car, dans les alliances entre types divei's, les nouvelles générations font bientôt retour au type qui domine dans le mélange des sangs.
Mais que ces races, dans leur jeunesse ou plus tard, viennent à rencontrer des circonstances nouvelles, selon qu'elles s'en laisseront plus ou moins dominer, elles se modifieront plus ou moins. Ainsi se sont modifiés les Arabes, les Juifs, et nos races de Celtes et de Germains, depuis qu'elles sont établies dans l'Europe occidentale. Que quelqu'une des premières familles patriarcales s'engage loin de sa patrie sur un de ces vastes continents de l'ancien monde qui, par leur masse et leur configuration, ajoutent aux effets naturels de la latitude tous ceux qui concourent à produire des climats extrêmes et l'isolement des peuples; que là ces familles, à mesure qu'elles avancent, engagent avec la nature une de ces luttes inégales où l'homme ne prend possession du champ de bataille qu'affaibli, demi-vaincu, portant la marque ineffaçable non de l'effort qu'il a fait, mais de la main puissante qui s'est appesantie sur lui, et nous verrons surgir
HtB TYPES HUMAINS. 283
ces types mongole et nègre qu'on nous donne comme autochtones de l'Afrique et de TÂsie, tant ils semblent être identifiés avec leurs patries actuelles.
Ce n'est pas en vertu d'une simple hypothèse que nous détachons ainsi les deux membres de la grande famille humaine du faisceau commun des premières familles patriarcales, pour les conduire, l'une sur le plateau de l'Asie centrale, l'autre sur le continent africain, et jusqu'à son extrémité. Il y a ici un fait qui n'a pas été assez remarqué des adversaires de l'unité de l'espèce humaine , c'est celui du développement des types. Dans notre revue des races africaines, nous avons déjà pu nous convaincre que le type nègre, loin de se montrer réalisé avec l'ensemble de ses caractères dans une population plus ou moins homogène, ainsi qu'il arrive pour une espèce animale observée dans l'état de nature, se substitue peu à peu au type caucasique, à mesure que nous avançons de l'Egypte aux sources du Nil blanc ; et de là à l'ouest vers les côtes de Guinée, et jusqu'au plateau de l'Afrique australe : à l'^st nous avons vu que le même développement se reproduit, mais en général en s'éloignant moins du point de départ.
Non-seulement nous pourrions constater aussi
des points de contact entre les peuples de type cau-
. casique et des tribus de type mongole dans l'Asie
occidentale; mais ce dernier nous présenterait à son
tour un développement plusmarqué^ si nous le sui-
284 MESURE DB L.i DIVERSITÉ
vions sur le plateau , et du plateau vers la région nord-est du continent, où les Tschouktcliis , par exemple, nous offriraient, à son plus haut degré , la forme pyramidale du crâne. En revanche, du côté de la Chine, du Japon et de la presqu'île indo-chinoise, le type mongole s'éloigne beaucoup moins des formes caucasiques.
Tandis que les deux grands types nègre et mongole vont se développant de plus en plus sur les vastes régions de l'Asie et de l'Afrique, qui n'offrent aux sociétés humaines que les conditions des climats extrêmes et qui les dispersent sur d'immenses espaces, le type caucasique, placé entre les deux précédents, semble leur donner la main à droite et à gauche, de l'Inde à l'Egypte. Là, sur une zone étroite, qui touche à plusieurs mers, variée de montagnes, de plateaux et de plaines basses, et sous une latitude supérieure au 30^ parallèle, se montrent, dès la plus haute antiquité, dans les plus belles contrées du monde, les plus beaux modèles des formes humaines. Si le type a dévié de sa pureté originelle, c'est quand il s'est éloigné de sa patrie, quand il a échangé la constance d'un climat modérément chaud et sec contre la température variable et l'humidité d'une plus haute latitude, quand les peuples arians sont venus s'établir dans l'Europe centrale et occidentale. Mais ici encore la dégénérescence ne s'est jamais généralisée, et si elle
DES TYPES nUMAINS. 285
a altéré quelcpie peu la stature, quelques proportions, quelques traits du visage, si elle a introduit une variété plus grande dans les physionomies, les vrais caractères du type, ceux qui touchent aux formes de la tète, sont demeurés intacts dans la masse des populations.
Les faits qui précèdent font ressortir à la fois la relation de chaque type avec la contrée où il se présente dans tout son développement, puis sa posi* tion géographique à Tégard des autres, nous montrant le caucasique au centre, le nègre et le mongole aux extrémités de l'ancien monde ; le premier dans les conditions les plus favorables au développement de ractivité humaine, aux grands établissements nationaux, aux relations des peuples, les deux autres dans des conditions entièrement oppo* sées quoique diverses. Qu'est-ce à dire, sinon que les type mongole et éthiopien sont deux dégradations de ce type central ou caucasique, deux modes de dégénérescence qui se sont produits graduellement sous l'influence excessive de la nature, celle-ci ayant découragé l'intelligence ou l'ayant endormie, et les sens, les appétits, et le développement organique qui leur correspond ayant prévalu peu à peu sur les facultés supérieures et sur leur organe. Nul doute que les formes de la tête mongole ne soient des formes déviées, et la dégradation est encore bien plus évidente pour les formes nègres. Partout où nous voyons la face sortir des
286 VBSURB BB LÀ DIVBRSlTft BBS mU BUMÀIKS.
proportions qu'elle conserve dans la tête caucasienne, partout où nous voyons en particulier les mâchoires se projeter et ébaucher une sorte de museau, au lieu de conserver leur direction verticale, nous faisons un pas sensible vers les formes animales; la dégradation est évidente. Aussi ce caractère marche-t-il toujours de conserve avec une infériorité sociale plus ou moins prononcée; le prognathisme n'est pas le triste privilège des races africaines , il se montre partout où Tespèce humaine a subi une déchéance évidente ; il forme à des degrés divers un des caractères du crâne éthiopien ; nous le retrouvons tantôt plus effacé, tantôt plus manifeste, chez les peuplades brunes et noires de l'Australie, de la Polynésie , et chez plusieurs peuples de type mongole.
Avant de quitter Fétude des conditions et de la nature du développement des types, je dois mentionner encore un fait qui s'y rattache. M. Serres avait écrit depuis longtemps que chaque race humaine renferme en elle-même le germe des types des autres races. Cette vérité est plus qu'une vue de l'esprit de généralisation : on voit apparaître dans les races supérieures des individus porteurs de physionomies qui appartiennent à des types inférieurs, on voit au milieu de nos populations des ébauches assez reconnaissables du type nègre, mongole, et d'autres moins excentriques.
coifCLUsion. 287
Les divers ordres de faits que nous avons successivement interrogés pour obtenir la vraie mesure de la diversité humaine ; les faits zoologiques qui déterminent les notions d'espèce et de variété, et la nature des caractères qui distinguent les espèces d'un même genre et les variétés d'une même espèce ; les faits physiologiques qui, parallèlement aux précédents, établissent que des espèces les plus voisines il ne peut sortir des races mixtes, tandis que les variétés d'une même espèce produisent en s'unissant une lignée indéfiniment féconde ; le fait de la persistance des types, ramené à sa vraie signification et à sa limite, en y faisant rentrer les caractères acquis ; les faits qui se rapportent aux causes de la diversité, et qui nous montrent celle-ci procédant tantôt d'une tendance naturelle du type individuel à se prolonger comme type de famille, puis comme type de race, tantôt d'une modification survenue sous l'influence du climat, du genre de vie, etc., et suffisante pour créer un type général; tous ces ordres de faits ont concouru à démontrer que la diversité du genre humain ne dépasse pas la mesure des variétés d'une même espèce, que quelque large qu'elle nous paraisse, cette diversité demeure renfermée dans les limites de celle
identité de nature que manifeste la suite non interrompue des générations.
L'homme est donc un par sa nature, divers par les modifications^ qu'il a éprouvées (1), Or dire qu'il i^'est modifié, c'est dire que les variétés de respëce humaine dérivent d'un premier type, c'est ajouter à la notion de l'unité de nature celle de l'unité d'origine et de berceau. L'une, en effet, implique l'autre.
(1) Je demande encore la permission de si{;naler à M. Bérard une double dlsiraction qui lui fait attribuer à Fauteur du Cosmos un passage d'un écrit de Guillaume de Humboldt, et, ce qu'il y a de. sérieux ici , qui fait de ce passage un argument contre l'unité de l'espèce, tandis que ce n'est qu'une récusation de la tradition sur Tunité de berceau. Il est bon' qu'on sache, et M. Bérard peutil rignorer s'il a lu le Cosmos ? que les deux Uumboldl professent hautement l'unité de l'espèce. En voici la preuve extraite de Touvrage cité.
Tome 1 , page 427, Âl. de HumbolJt s'exprime en ces termes : «L'humanité se distribue en simples variétés, que l'on désigne par le mot un peu indéterminé de races... . aucune différence radicale et typique, aucun principe de division naturel ne régit de tels groupes... > Et p. 430. «En maintenant l'unité humaine, nous rejetons par une conséquence nécessaire la distinction désolante des races supérieures et des races inférieures. > Et à ce sujet, l'auteur seplait à citer un fragment de son frère, où je lis ces paroles : «C'est elle (l'idée de l'humanité) qui tend à faire tomber les barrières que ces préjugés et des vues intéressées de toutes sortes ont élevées entre les hommes, et à faire envisager l'humanité dans son ensemble, sans distinction de religion, de nation, de couleur, comme une grande famille de frères, comme un corps unique, marchant dans un seul et même but, le libre (lé\e!0| pemeut c'es forces morales.
Il importe cependant que noas ajoutions ici quelques considérations sur Tunité de berceau, eu ayant égard aux motife partioiliers qui l'ont fait mettre en doute. Quelques naturalistes ont cru pouvoir opposer à la doctrine de la couunune origine du genre humain une prétendue analogie entre la répartition des types généraux sur des régions spéciales du globe, et la distribution géographique des animaux et des plantes en un certain nombre de systèmes locaux , qui font admettre, pour chacun de ces deux règnes, plusieurs centres de population avec la valeur de centres de création.
Quelques ethnographes ont pensé que la dispersion des peut^es était un fiait trop considérable, surtout en ce qui concerne les terres trës-éloignées de ranciea continent, pour qu'on pût croire que le monde a été peuplé par voie de migrations.
Enfin il paraît plus physiologique à quelques {ïevsonnes de considérer les races humaines comme placées dès leur origine dans les diverses conditions climatériques où nous les trouvons,^ que d'admettre leur acclimatation sous des ciels aussi différents que ceux de la Sibérie et de TÂfrique équatoriale. Quelques mots suffiront pour apprécier la valeur de ces trois opinions, également hostiles à T unité de berceau.
Que les espèces animales aient des patries circonscrites , qui nous indiquent pour elles, comme
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pour les plantes, plusieurs centres de création, c'est chose toute simple, puisqu'il s'agit d'espèces différentes, c'est-à-dire de créations distinctes. Dans l'animalité, le cosmopolitisme n'appartient pas aux espèces particulières, mais au règne et tout au plus i quelques grandes classes. L'homme, au contraire, a le monde pour domaine, comme espèce aussi bien que comme règne , du moment où ces deux caractères se confondent en lui. Et en fait, on serait très -embarrassé de compter les prétendus centres de création des races humaines et d'en déterminer les limites respectives.
Mais fiiut-il absolument supposer la multiplicité des centres de population primitifs pour expliquer la présence de l'homme sur toute la terre depuis une époque plus ou moins ancienne? Si quelque indice certain établissait, ou rendait seulement vraisemblable, que toutes les régions du globe habitées aujourd'hui, l'ont été aussi anciennement les unes que les autres, la supposition dont je parle serait parfaitement fondée et pourrait seule rendre compte d'un pareil fsdt. Mais, quelle que soit l'antiquité réelle de certains peuples et de certaines civilisations, les traditions sont beaucoup plus favorables à un fait de population successive qu'à l'idée d'une population simultanée. La vie nomade semble avoir précédé partout les établissements fixes ; l'instinct des déplacements a constamment animé certains
peuples; du fond de TAsie, un inonde barbare a inondé de ses flols successifs l'empire romain et jeté les Vandales jusqu'en Afrique; les migrations de TEurope moderne ont à leur tour porté dans toutes les parties du monde les races qui doivent en renouveler la population et en changer la destinée; et nous voudrions, en présence de ces faits, nous refuser à croire que la tradition sacrée dise vrai, lorsqu'elle fait irradier d'un premier centre et d'un même berceau cette humanité qui représente sur toute la terre une seule et même espèce ! Le fait des migrations, l'impulsion vers le^ terres inconnues, ont joué un trop grand rôle dans le monde pour que nous éprouvions la moindre difficulté à penser que de proche en proche les descendants de Noé ont fait le tour du globe et ont peuplé le Nouveau Monde et l'Océanie, après avoir peuplé le continent asiatique, par la route des Indes, et l'Afrique, par la vallée du Nil. Les antiquités mexicaines nous le prouveraient au besoin, si nous pouvions suivre ici la trace que nous indiquent des documents d'un autre ordre que ceux que nous avons interrogés dans cet ouvrage.
L'hypothèse des créations multiples serait-elle nécessaire pour expliquer un certain rapport de convenance entre les races et le sol, le climat', les conditions physiques des lieux dont on les dit autochtones? Veut-on parler d'acclimatation ? Ce n'est
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point ici un caractère de race ; car les nègres, ramenés en Afrique; après une longue absence, ont besoin de s'acclimater comme les étrangers, et' les Européens ont prouvé, à leur tour, qu'il n'est pas de climat auquel il ne soit donné à l'homme de s'habituer (1).
En dernière analyse, aucun fait, aucune difficulté, ne réclament ni ne justifient l'hypothèse qui assigne à l'humanité plusieurs berceaux distincts, qui la divise dès son origine pour expliquer comment elle a peuplé le monde et comment elle s'est diversifiée. Nous voici donc encore ramenés à la doctrine de la Genèse , qui répond mieux qu'aucune autre à tout ce que les faits nous enseignent ou nous laissent entrevoir !
Je me représente cette jeune et féconde humanité des premiers âges, telle que nous la peint Moïse, à la veille et au moment de sa dispersion. Une et pleine de vie, ^lle a conscience d'une force qui l'enivre ; elle est tentée de manquer à sa destinée et de résister à son Dieu, qui lui montre, loin des heureuses contrées qu'elle habite, la route des grandes et rudes conquêtes qu'il lui réserve. Tout à coup ces hommes, qui jusqu'alors n'avaient eu
(1) Nous avons vu d'ailleurs , en ce qui concerne les caractères différentiels des types , que tous leurs rapports avec les conditions climatériques consistent à é(re des effets de ces conditions.
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qu'un langage, cessent de se comprendre ; la grande faucille se divise , et ses tribus deviennent étrangères les unes aux autres ; elles ne peuvent plus habiter les mêmes lieux, une impulsion leur est donnée , et chacune s'engage sur la route que lui indique le doigt providentiel. Arrivées sous-des climats divers, des transformations s'opèrent, et des types nouveaux remplacent le type primitif, le type caucasique , de tous ceux de la diversité humaine le plus simple et celui qui porte le moins l'empreinte de la nature.
Qu'on me permette , avant de finir , une dernière réflexion, qui, pour sortir du cadre des considérations scientifiques, n'en est ni moins vraie ni moins adaptée au sujet que je viens de traiter, et résumera d'ailleurs toute la doctrine de ce livre.
La Bible a proclamé avant nous, ou mieux, antérieurement à toutes les études anthropologiques , cette vérité de l'unité de l'espèce humaine qui se dégage aujourd'hui comme vérité scientifique d'un débat où la contradiction ne lui a pas été épargnée. De même qu'aux cosmogonies de l'antiquité païenne, la Bible oppose sa cosmogonie monothéiste, si simple, si sobre de détails, en si parfait accord, par la notion d'harmonie et de progrès qui la résume, avec les résultats généraux les plus incontestables des sciences naturelles; de même qu'aux dogmes erronés des religions , et trop sou-
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veot aussi des philosophies de Tantiquité sur la nature de l'homme , sur soo origine et sur sa destinée^ nos livres saints opposent cette doctrine simple et sublime, que Fhomme , dernier venu de la création , domine celle-ci , non comme le premier des animaux, mais à titre de chef privilégié, comme fils de Dieu , comme personne morale placée sur la limite de deux mondes ; de même mm à des sociétés divisées en castes et qui pratiquaient Tesclavage en grand , ces livres antiques , quand les philosophes se taisaient , jetaient cette parole de vérité : « Dieu a fait naître d'un seul sang tout le genre humain» (1), et cette autre, qui la complète : «Tous meurent en Adam, tous revivront en Jésus-Christ. » Oui, tous les peuples de la terre sont unis de cette triple unité du sang, de la chute et de la rédemption , et cette triple unité est une triple fraternité qui ne nous laisse aucun autre droit sur nos semblables, que le privilège de leur dispenser les bienfaits de Dieu.
(I) Saial Paul à Farcopage d'Alhèues, /écleSjCh. xvii, 2G.