‹ De l'homme et des races humainesChapitre 14 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

JBLemure de 1» diTersite des types

Dans les pages qui précèdent , nous avons mis en évidence la diversité du genre humain ; nous avons fait ressortir et caractérisé des types plus ou moins généraux, qui se partagent la population du globe. De là des groupes de peuples considérés tantôt«comme des espèces différentes, tantôt comme de simples variétés qui auraient surgi postérieurement à l'apparition de Fhomme sur la terre. De ces deux appréciations contradictoires , laquelle est la vraie? Est-ce celle qui, s'autorisant de la persistance des types , de leur résistance aux causes modificatrices , met entre eux une distance égale à. celle qui sépare le tigre du lion , le zèbre de Fane ou du cheval, Téléphant des Indes de Télé* phant d'Afrique? Ou celle qui réduit cette distance à I la mesure d'une simple différence de race ^ comme la différence qui distingue le cheval arabe du cheval barbe, l'un et l'autre du cheval tartare ? Telle est la question que soulève la diversité du genre humain , et qui partage encore ceux qui s'en sont occupés. U y a plusieurs maniërer d'aborder cet important problème , auquel se rattachent tant

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d'intérêts divers , ceux de la science et ceux de la morale. On peut en tenter la solution par les données que fournissent les traditions des peuples, par rétude comparée des langues, et en réHttisssaittôus les faits qui indiquent d'ancknnes affinités, qui mettent sur la trace des migrations , qui conduisent à un ou plusiers points de départ. Si Ton parvenait à s'assurer amsi que tout le genre humain iremonte à une commune origine; qu'une même souche réclame tous ces rameaux aujourd'hui si divergents , et , semble-t-il , quelquefois si étran^ gers les uns aux autres , il est certain que nous n'aurions plus besoin de nous demander si tous les types représentent les variétés d'une espèce unique ou plusieurs espèces différentes , car l'unité d'origine emporte l'unité de l'espèce. Mais les voies que nous venons d'indiquer sont difficiles, trop souvent incertaines , et la science y est engagée depuis bien peu de temps. En attendamt qu'elle y marche d'un pas plus sûr , qu'elle surmonte les grandes difficultés dont la linguistique n'a pas en-* core eu raison ; que l'ethnologie ait recueilli tous les renseignements dont elle peut éclairer l'histoire des races, contentons-nous d'attaquer la question de l'unité de l'espèce humaine , la question d'his-* toire naturelle. Cette question résolue , celle de Punité du berceau , de la consanguinité, sera bien près de l'être , et d'ailleurs pourquoi ne nous aide-

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lions-nous pas au besoin de ce que nons pouvons apprendre d*aulre part sur ce dernier point.

Ce qui éternise les controverses entre adversaide bonne foi, et Ton doit toujours se supposer tels f c'est qu'on s'y engage souvent de part et â*autre sans s*étre bien entendu sur le point de départ ; ou du moins sans en avoir établi un qui s'impose de lui-même i la discussion par son évidence. Ou bien on aborde les faits et leur appréciation , en s'en rapportant à l'impression qu'ils produisent , et cette impression n'est trop souvent déterminée que par un préjugé ; ou bien on s'appuie sur quelque vérité imparfaitement définie.

Les personnes qui donnent aux divers groupes typiques du genre humain la valeur d'espèces différentes , qui pensent qu'il y a une espèce nègre , une ou plusieurs espèces blanches , etc., n'ont jamais débuté par une détermination préliminaire des caractères qui distinguent une espèce d'une variété ; elles sont comme subjuguas par la vue des différences des types et confirmées dans l'impression qu'elles en reçoivent par quelques raisons secondaires qui semblent la justifier, et d'abord par le fait de la persistance. Quant aux partisans de l'unité spécifique, il faut reconn4tre qu'ils ont à lutter contre l'impression dont je viens de parler , et qu'ils ne peuvent la dominer qu'en lui opposant une notion précise de la nature des carac-

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tëres spécifiques et des caractères de la variété simple, qui les prépare à distinguer une espèce d'une variété (1).

G*est cette notionpréalable, négligée par les pre* miers , placée par les seconds à la base de la discussion , qui doit en effet nous servir de point de départ. Mais , s'il est vrai , comme je le pense » et comme on pourra, s'en convaincre bientôt, que cette première notion , telle que nous Tont léguée des auteurs éminents , telle que l'ont déterminée récemment M. Prichard et en général ceux qui se sont placés exclusivement au point de vue physiologique, s'il est vrai qu'elle soit incomplète, qu'elle ait pu par cela même ressembler quelque peu à une pétition de principes, et nous laisser tourner dans un cercle vicieux , notre premier soin doit être d'en chercher le complément , et je crois que la zoologie pourra nous le donner.

La première question que nous ayons à résoudre est donc celle-ci : à quels caractères reconnaitronsnous une espèce, et la distinguerons-nous d'une variété ?

(1) Je laisse de côté, dans ce débat tout scientifique, la part que peuvent y avoir prise plus d'une fois les préventions irréligieuses de quelques-uns et les croyances de plusieurs autres ; plus d'un sceptique s*est chargé de prouver qu'on peut admettre la doctrine de l'unité sans être prévenu en sa Faveur par le respect des textes sacrés; et plus d'un croyant a démontré, à son tour, que la foi religieuse peut laisser entière l'indépendance du savant

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Le père de l'anthropologie, Blumenbach , répondait à cette question en ces termes : Aà unam eamdemque speciem pertinere dicimi^ animantia quodsi forma et habitu ita conveniunt ut ea in -quibus differunty degenerendo solum ortum duodS" $e potuerint (1). Ainsi, toutes les fois que deux êtres ne différeront Tun de l'autre que par des traits qu'il sera possible de rapporter à l'action d'une cause modificatrice , ces deux êtres seront de la même espèce; et réciproquement, ajoute l'illustre auteur, les êtres que séparent des différences si essentielles qu'elles ne sauraient s'expliquer par les causes que nous voyons agir, sont d'espèces différentes.

Oublions un moment ces indications, et voyons ce qu'on y a substitué.

G. Cuvier cherche le caractère essentiel de l'espèce dans le degré de parenté qui résulte d'une même descendance : a Les individus descendus l'un de l'autre ou de parents communs , et ceux qui se ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux, sont de la même espèce i> (2). Il est évident que cette définition ne nous dira jamais si le nègre , . qui ne descend pas de l'Européen , et qui en dif-

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(1) De Generis humani varietate natiua, p. 66; GoUino^en, , 1795.

(2) Régne animal» lotrodaction , p. 16. g

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fère à plusieurs égards , peut avoir les mêmes ancêtres que celui-ci , et ne forme pas une espèce à part ; il manque au moins un élément essentiel à cette définition de Tespèce.

Cet élément se trouve dans les anciennes définitions de Rai et de Buffon ; c'est la fécondité des alliances. Toutes les fois , disent ces auteurs , que des individus produisent ensemble (d'autres ajoutent : spontanément et dans l'état de nature) , ces individus sont de la même espèce.

M. Flourens , qui se livre depuis longtemps à des expériences sur le degré de fécondité des divers mélanges qu'on peut essayer entre les animaux, a écrit, il y a quelque quinze ans, plusieurs pages du plus grand intérêt sur ce qu'il appelle le caractère constitutif de l'espèce. Ce savant, s'attachant, en effet, à constituer physiologiquement les différents groupes zoologiques , distingue trois résultats généraux obtenus du rapprochement d'animaux qui se ressemblent d'ailleurs à divers degrés : ou bien le produit de ces rapprochements est fécond dans une suit^ indéfinie de générations, en sorte qu'ilen résulte une lignée ; ce caractère de fécondité illimitée constitue V espèce : ou bien la fécondité de l'appariation s'épuise après un très-petit nombre de générations ; dans ce cas 9 les individus qui ont concouru à ce résultat imparfait sont d'espèces différentes, mais du même genre^

I>«fl lYfiÈ HUWillKS. 2tl

Enfin le rapprochement peut être toujours stérile, et alors les genres eux-mêmes sont différents.

M. Prichard, à son tour, s'attachant de plus près encore que ses prédécesseurs au fait de la communauté d'origine, de la consanguinité, qui n'a d'autre critère à ses yeux que la fécondité indéfinie des alliances, voudrait presque rejeter le mot espèce pour lui substituer ceux de races ou de lignées, et ne le conserve que par respect pour l'usage.

Il y â longtemps que Blumenbach , à propos de la définition de Buffon , acceptée mais limitée encore par M. Prichard , faisait observer combien il serait difficile aux zoologistes de déterminer la spécificité des animaux sauvages par le moyen que fournissent les résultats des croisements. 11 rappelait en outre les incertitudes de la science, même à l'égard des nombreuses races du chien domestique, tantôt rapportées à une souche commune (le chacal , selon les uns , le loup d'Europe , selon d'autres] , et tantôt attribuées à des croisements d'espèces diverses. Ce débat, qui n'est pas encore clos , me fait craindre que le caractère spécifique déduit de la fécondité des croisements ne suffise pas , lorsqu'on se trouve en présence de races très-différentes, et qu'il s'agit de prouver qu'elles remontent à une même souche. En Toulons-Qous UA second témoignage ? Je ie trouve

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dans une publicatioB récente , dans le Cours de physiologie professé à la Faculté de médecine de Paris par M. Bérard. Je cite textuellement les paroles de Tauteur. « Analysons un peu cet argument; le voici dans sa plus simple expression : Seront de la même espèce tous les individus qui , en s'unissant , pourront donner naissance à des métis féconds , et dont les descendants seront féconds eux-mêmes.... Raisonner de cette manière, cela s'appelle tout simplement faire une pétition de principes. Nous n'avons aucune preuve que des espèces voisines , quoique originairement distinctes, ne puissent ou n'aient pu donner ensemble des produits féconds. L'analogie plaiderait même contre cette exclusion, car on peut supposer que la nature procède ici par graduation , comme dans toutes ses opérations. Ainsi, lors de Tunion entre espèces différentes, on pourrait observer toutes les conséquences que je vais dire : 1^ tantôt, les espèces étant trop éloignées Tune de l'autre, il n'y aurait aucun produit ; 2^ tantôt il y aurait un produit métis , mais ce métis serait stérile ; S"" tantôt les métis seraient féconds , mais la faculté de se reproduire s'éteindrait dans leur postérité au bout d'un certain nombre de générations , comme on l'observe quand on unit certains oiseaux d'espèces différentes; 4^ tantôt enfin (et je propose formellement Tadmission de cette quatrième évea-

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tualité) les métis seraient féconds , ainsi que leur descendance » (1). La quatrième éventualité de M. BérarH est une pure et simple hypothèse, imaginée par lui pour justifier son opinion sur les races humaines , mais qui ne peut se justifier elle-même par aucun fait avéré ; car l'auteur n'allègue qu'avec doute , et il a raison , la prétendue race que les fermiers américains devraient au croisement du bison et de la vache d'Europe. Quoique très-peu sûr de ses prémisses , M. Bérard ne s'en montre pas moins ateolu dans ses conclusions. Mais, bien que le résultat éventuel qu'il suppose soit imaginaire , il suffit peut-être que ce résultat ait une apparence de possibilité , et trouve place k la suite d'une série de faits dont il serait le complément , pour que nous soyons avertis que la notion de l'espèce n'est pas suffisamment déterminée par le fait de la fécondité indéfinie des unions et de leurs produits. Nous ne pouvons, en effet, à moins de décider d'avance ce qui est en question , c'est-à-dire à moins de faire, comme le dit M. Bérard , une pétition de principes , nous contenter d'affirmer que, quelles que soient les dissemblances de deux individus, si leur union est féconde et fait race, ces deux individus appartiennent à là même

(1) Cours de physiologie f 1 1, p. 463 et 464.

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espèce , fu'ib ont une craodnne origine (1). Pont* les personnes qui prétendent que les divers types humains représentent des espèces différentes , malgré la fécondité indéfinie de leurs (boisements , comme pour celles qui soutiennent la thèse de l'unité de l'espèce, malgré la diversité des types, il est indispensable de chercher un moyen de contrôle , un signe de constance et d'identité qui , survivant à l'uniformité du type primitif, traversant toute diversité accidentelle, nous permette de distinguer les groupes spécifiques des races dérivées, une espèce d'une variété, un fait de création et de nature d'un fait de modification et de circonstance.

Cette condition nous ramène, comme on le voit, au point de vue où Blumenbach s'était placé de prime abord par sa définition de l'espèce. Après avoir établi que les espèces diffèrent par des caractères dont aucune cause modificatrice ne saurait expliquer l'existence, Blumenbach, consultant les analogies que pouvait lui fournir le règne anî-

(1) L'idée de Tespèce emporte celle de la communauté^ d'origine , au double point de vue du principe et du fait; c'est ce que prouvera la suite de cette discussion. Supposer qu'une espèce ait plusieurs berceaux , c'est la remettre en question, surtout si on ajoute à cette supposition; ce qu'on ne peut guère éviter, l'idée de modifications particulières et primitiyes correspondant à la différence des berceaux.

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mal, s'attacha à démontrer qu'aucun des caractères différentiels des races humaines n'échappe au soupçon de provenir d'une cause de ce genre. M. Prîchard s'est également appliqué à prouver que les variétés de l'espèce humaine ne dépassent pas les limites des variations de nos espèces domestiques, et que des faits nombreux nous mettent sur la trace des causes qui ont produit ces variétés. Il manque^ ce me semble, à ce système d'argumentation ces prémisses évidentes dont je parlais en commen* çant 9 que je trouve sous une forme trop abstraite et trop concise dans le précieux volume de Blumeidt»ach , et qui s'appelle la détermination des caractères spécifiques.

Commençons donc , en profitant des analogies si prochaines que nous offre la classe des mammifères, à laquelle notre organisation nous rattache, commençons par nous faire une idée aussi précise que possible des traits qui distinguent entre elles les espèces d'un même genre : nous verrons ensuite sur quoi portent et dans quelles limites se renferment les modifications qu'une espèce est suseep* tible d'éprouver ; munis de ces moyens d'appré<« àaticm , nous nous en servirons pour mesurer la portée des diffârences qui distinguent les grands types de la diversité humaine.

216 MB30II l»B LA 91TBRSITÉ

iTODB DBS CARiGTÉRBS BPiCIFIQUBB DANS 0UBL00B8 GBlfRBB SB VAMMIBÈEBS BT DÉTBAMiAiTION DB LBOR IfiTURB.

La classe des mammifëres se divise en trois souS'Classes , séparées l'une de l'autre par de trèsgrandes différences organiques et physiologiques qui intéressent principalement les conditions du développement embryonnaire.

La plus importante et la plus nombreuse de ces sous-classes , celle des monodelphes, i laquelle se rattacherait l'homme, si l'homme n'était qu'un animal, se compose d'une série à^ ordres ^ caractérisée encore par des modifications organiques qui entraînent nécessairement des particularités physiologiques plus ou moins importantes. Pour les apprécier, il suffit de comparer les quatre mains des singes aux pattes des animaux carnassiers, celles-ci aux pieds à sabots du cheval ou au pied fourchu d'un ruminant , la main d'une taupe à celle d'une chauve-souris ; sans compter les déférences considérables que présente d'un ordre à l'autre le système dentaire, quand, par exemple, on met en parallèle un rongeur et un carnassier : l'un , réduit i deux dents incisives pour chaque mâchoire et à quelques molaires propres à broyer,

séparées des premières par ua intervalle vide; Tautre , muni de six incisives en haut et en bas, de fortes canines , enfin de molaires tranchantes , qui décident du régime et des mœurs de l'animal armé de la sorte.

Les ordres , à leur tour, comprennent des familles que distinguent des caractères , tels que le nombre des doigts, souvent la forme des membres eux-mêmes, et toujours le nombre, si ce n'est aussi la configuration des dents. Dans Tordre des carnassiers, nous voyons : les plantigrades, comme les ours , qui appuient leur talon sur le sol ; les digitigrades, comme le chien, qui n'y appuient que les doigts ; et les dents des premiers sont généralement moins tranchantes que celles des seconds. Parmi les singes , ceux de Tancien continent n'ont jamais que vingt molaires, tandis que les sapajous du Nouveau Monde en ont vingt-quatre, indépendamment de quelques autres différences moins absolues.

Enfin les genres d'une même famille nous offrent eux-mêmes de véritables caractères organi* ' ques. Le genre orang , qui forme la tête d'une série, manque absolument de queue et de ces poches cachées dans la bouche , qu'on nomme des abajoues ; il se fait remarquer par la longueur excessive des bras. Celui des cercopithèques, ou guenons , a les membres mieux proportionnés , une

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queue pendante , et des abajoues. Le genre chien joint à des ongles immobiles et propres i creuser * le sol une langue à surface unie\ et deux dents tuberculeuses derrière la principale carnassière , en haut comme en bas , ce qui indique la possibi- Hté de mêler quelques substances végétales i un régime d'ailleurs essentiellement animal/.Les chats, au contraire, depuis le lion jusqu'aux plus petites espèces, ont des ongles crochus qu'une disposition de la phalange qui les porte et un ligament élastique permettent à l'animal de tenir, quand il marche, élevés et cachés dans l'intervalle des doigts (1). A ce caractère, se joint une mâchoire courte, mais vigoureusement armée , où la principale carnassière , surtout celle d'en bas , est très-tranchante ; derrière cette dent , il n'y a qu'une tuberculeuse rudimentaire , et seulement en haut.

Les exemples que je viens de citer ont pour but de nous préparer à mieux comprendre la nature et la signification des caractères spécifiques. Nous venons de voir une suite de différences qui inté-

(1) Le guépard ou tigre-chasseur <fes Indes est le seul chat qui n'ait pas les ongles rétractiles. Cette différencejointe à quelques autres, le fait distinguer comme sous-genre passant aux carnassiers digitigrades, dont les ongles restent abaissés. Le guépard , en perdant ce trait d'organisation, perd aussi le naturel sauvage et cruel de ses congéûères; il est doux et facile k apprivoiser.

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ressent à la fois l'orgaDisation et les actes de ranimai , qui de'cident , à divers degrés , de son mode de locomotion , de son régime , et qui servent des instincts communs à un certain nombre d'espèces. Arrivés à celles-ci, aux espèces que leurs affinités groupent sous un même nom générique, en vertu d'un même caractère , nous atteignons la dernière limite qui sépare l'analogie de l'identité de nature. Il y aura tel genre , le genre éléphant, le genre cheval, le genre chat, et bien d'autres, où la ressemblance organique des espèces sera telle, qu'elle ne laissera , semble-t-il , aucune place à des différences d'une valeur certaine. C'est alors que des doutes s'élèvent, que surgissent les difficultés de détermination. Voyons donc si, dans ces genres homogènes où les différences qui nous ont servi à former des groupes plus ou moins généraux viennent à nous manquer, si, parmi ces chats qui ont les mêmes dents et les mêmes griffes, parmi ces chevaux qui ont les mêmes dents et les mêmes pieds, parmi ces éléphants qui ont la même forme générale, les mêmes jambes, la même trompe, le même système dentaire, nous ne rencontrerions plus de caractère différentiel assez significatif pour déterminer des espèces parfaitement et originairement distinctes ; ou plutôt voyons en quoi consistent ces caractères ^ et ce qui fait leur

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valeur. On pourrait presque le prévoir d'avance, du moins en partie , quand on songe que Tanimal est le premier intéressé à distinguer parmi ses congénères ceux qui appartiennent à son espèce de ceux qui, malgré la ressemblance la plus complète, lui sont étrangers. Mais les faits valent mieux que les prévisions, et celles-ci ne sauraient être qu'approximatives et incomplètes.

Plusieurs différences existent entre Féléphant des Indes et celui du continent africain ; les oreilles du second sont plus grandes que celles du pre-' mier ; son front est plus bombé , ses défenses plus fortes, surtout chez le mâle ; il n'a que trois ongles aux pieds de dei'rière , au lieu de quatre ; enfin , tandis que les mâchelières de. l'espèce asiatique sont surmontées de bandes étroites et sinueuses , celles de l'éléphant d'Afrique portent des saillies en forme de losanges. De tous ces traits différentiels, quel est le plus significatif? Le dernier. Les formes des lames qui font saillie à la surface des grosses et larges mâchelières de ces animaux ne peuvent , en effet , dépendre d'aucune influence extérieure ; c'est un caractère essentiel , absolu , un caractère de nature , et nous ne pourrions en dire autant des autres, car la dimension des oreilles , la convexité du front , la longueur des défenses , ne constituent à la rigueur que des diffé^

reDces relatives, auxquelles leur constance peut seule donner une valeur dans la caractéristique , valeur que je suis d'ailleurs bien loin de nier.

Le genre cheval , qui représente à lui seul aujourd'hui la famille des solipèdes , comprend six espèces, distinguées les unes des autres par quelques caractères qui ne sont pas tous également spécifiques. Ce sont des formes de tête qui se rapprochent ou de celles du cheval ou de celles de ràne, des oreilles courtes ou longues, une crinière plus ou moins haute, une queue tantôt à longs crins, tantôt seulement floconneuse à son extrémité ; enfin c'est un système de coloration différent d'une espèce à l'autre, et une voix particulière, qui sert d'appel pour les individus de même espèce.

Le cheval, proprement dit, partout où il est rendu à la liberté , offre des formes un peu massives , des oreilles courtes, porte des poils bouclés, une crinière tombante, une queue touffue dès son origine; sa couleur est uniforme ou du moins sans dessin particulier, et généralement bai-brune, avec des nuances plus pâles en dessous. Il jette une sorte de cri saccadé , connu sous le nom de hennissement.

L'Asie , qui est la patrie probable du cheval , est

aussi celle d'une seconde espèce , Vhémione, dont

. les formes et la physionomie se rapprochent de celles

de ràne : sa crinière est courte ^ sa queue terminée

par une houppe noire; sur sa robe isabelle, à poils

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ras y OD remarque une seule ligne d*un brun noir qui teint la crinière et se prolonge jusqu'à la nais* sance de la queue.

VÀne , troisième espèce asiatique , a les oreilles plus longues que rhémione, qui les a plus longues que le cheval. La crinière de l'âne est courte et sa queue floconneuse à l'extrémité. A la raie noire du dos , s'ajoute chez lui une raie constante qui croise la première . et descend sur les épaules. Le cri de râne, le braire ^ doit son timbre particulier à une modification spéciale du larynx.

Viennent maintenant trois espèces d'Afrique qui sont ce qu'on appelle zébrées y du nom de l'une d'elles.

Telle est d'abord le Couagga^ dont les formes rappellent celles du cheval. Il a une crinière médiocre et dressée , une touffe de longs poils au bout de la queue. Sur un fond plus ou moins brun qui , foncé sur le cou et les épaules , s'éclaircit plus loin et plus bas , se dessinent des bandes claires , qui descendent sur les côtés du cou et des flancs. Sa voix est un peu comparable à un aboiement.

Le Dauw réunit à la physionomie du précédent une crinière assez haute, une robe Isabelle , rayée de bandes noires alternativement plus larges et plus étroites , et dont les postérieures descendent obliquement en avant. Il a une ligne noire sur le dos. Enfin le Zèbre ^ plus grand que l'âne , mais le

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rappelant par sa tête , ses oreilles , sa crinière et sa queue , a une robe généralement rayée de noir sur fond blanc, mais sans cette ligne dorsale qui se retrouvait chez les espèces précédentes, à commencer par rhémione.

Si nous pouvions parcourir la série entière des mammifères, nous verrions partout les espèces congénères se signaler à notre attention par des différences comparables à celles dont nous avons trouvé des exemples dans les deux petits genres précédents. Nous verrions, chez les singes et les makis , la distribution des poils et celle des couleurs obéir à une règle constante dans chaque espèce ; nous verrions , plus d'une fois , les couronnes des dents se modifier-d'une espèce à Tautre, Parmi les chauve-souris, nous pourrions montrer les feuilles ou membranes qui surmontent le museau des phyllostomes , prenant aussi , d^espèce à espèce , un caractère de forme ou de découpure paiticulier. Les carnassiers nous ramèneraient à constater des systèmes de coloration parfaitement fixes et caractéristiques, comme ceux que nous observons dans les genres chat et civette ^ dans les martes , etc. Les rongeurs seraient dans le même cas. Parmi les pachydermes , nous verrions chaque espèce de rhinocéros différer des autres ou par une seconde corne nasale , ou par des dispositions trèsparticulières de la peau, par la^ présence ou Tab^

sence de tubercules , et même par l'absence de deots incisives.

La sene des ruminants nous offrirait, à son tour : -chez le cerf, des différences constantes dans la distribution des teintes , et dans les formes et le mode de ramification du bois ; chez les Antilopes , les caractères de la robe et des cornes, sans compter quelques particularités qui , n'appartenant qu'à un petit nombre des espèces de ce grand genre , n'entrent pas dans une détermination générale des caractères spécifiques. Les moutons et les chèvres^ qui doivent former un seul et même genre, conservent, au milieu des nombreuses variétés des deux 'espèces domestiques qui les représentent, des caractères spécifiques qui se retrouvent surtout dans la direction et les formes de leurs cornes , formes qui diffèrent aussi dans les espèces sauvages et sont caractéristiques. Le même ordre de différences existe entre les espèces du genre bœuf^ indépendamment de quelques particularités du pelage, telles surtout que la présence d'une sorte de crinière (bison), avec laquelle peut coïncider une queue garnie à la manière de celle des chevaux (le Yack de Tartarie).

Je n'ai pas besoin de multiplier ces rapides indications ; celles que je viens de donner suffisent pour mettre en évidence la réalité et la nature des caractères qui décident de la distinction absolue

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des espèces, dans la classe des mammifères en par* ticulier. Nous venons de voir qu'indépendamment de la taille, des proportions, et de tou^ce qui constitue des différences relatives , il y a pour chaque espèce au moins un caractère extérieur dont on ne peut pas dire qu'il ne soit qu'un degpré de plus ou de moins de ses analogues, et dont on ne peut trouver la cause dans les circonstances modificatrices où se trouve l'espèce. Quelque superficiels que soient les caractères spécifiques, ils ont ceci de commun avec les caractères plus profonds, que d'une part on ne peut en chercher la cause que dans la spécialité de la force organisatrice, et que de l'autre , il est souvent facile de leur assigner un but, une destination; c'est-à-dire qu'ils constituent le plus souvent un des moyens par lesquels se reconnaissent les individus d'une même espèce. Le caractère spécifique procède donc des sources mêmes de la vie de l'espèce et se rapporte essentiellement à la conservation de celle-ci. C'est ce qu'on pourrait confirmer encore par les différences des organes qui intéressent le plus immédiatement cette conservation ; mais c'est ce que démontrent concurremment les caractères que nous avons vus distinguer les espèces congénères , et la fécondité limitée, de ces espèces quand elles contractent des alliances. Ainsi nous savons , par expérience , que le zèbre , l'hémione , l'âne et le cheval , si rap-

226 MBSURB^DH LA DlTEAStTÉ

proches par l'ensemble de leurs formes ^ si distincts par leur système de coloration , se mêlent entre eux, mais ne produisent que des métis stériles, ou en qui s'épuise bientôt une faible puissance de reproduction. Le contrôle des caractères zoologiques est donc acquis à la doctrine qui limite aux indi<vidus d'une même espèce cette fécondité indéfinie qui prolonge et propage les races. U n*est plus permis d'accuser cette doctrine de décider arbitrairement ce qui est en question , et de n'être qu'une pétition de principes ; il n'est plus permis de supposer que deux espèces très-voisines peuvent faire lignée , car que peut-on imaginer de plus voisin , de plus ressemblant, que Tâne et Thémione? Quel terme de transition placerait-on entre ces deux espèces des mêmes régions et qui ne diffèrent, semble-t-il , que par une raie noire qui traverse les épaules de l'une et qui manque à l'autre P

ilTUBB I>BS YARIiTIOKS DE l'eSPÈGE DANS LA CLASSE DES

MAMVIFàRBS.

Les espèces sont à la fois constantes et modifiablés. Nous venons de voir comment elles se caractérisent en tant qu'espèces ; voyons maintenant de quelles modifications elles sont susceptibles. Ici

DES TTPSS HVtfAtnS. 227

encore nous prendrons nos exemples dans la classe la plus voisine de nous , afin de les rendre applicables à l'appréciation des types qui diversifient rhumanité.

Nous avons, pour juger le degré et la nature des modifications dont une espèce de mammifères est susceptible, toutes les races de nos animsux domestiques. Mais j'entends s'élever une objection à ce sujet : qui nous certifie , répète-t-on depuis longtemps, que, par exemple , nos races de chiens proviennent d'une seule espèce ? .

Cette difficulté n'est pas sérieuse ; elle se résoudra d'elle-même pour toute personne qui voudra bien y appliquer la loi de propagation qui , assurant la perpétuité des espèces, limite celle de leur croisement. Mais la question n'est pas là ; il ne s'agit pas en ce moment , pour nous , de savoir de combien de souches peuvent provenir des races modifiées ; il s'agit de mesurer la distance qui les sépare de leur souche. Or, sachant que cette souche , c'est-à-dire Tespèce sauvage, doit ressembler de très-près à ses congénères , nous aurions déjà un point de départ et de comparaison suffisant pour apprécier l'étendue des variations réalisées dans les races, lors même que nous ne connaîtrions que les congénères de nos animaux domestiques ; mais, pour plusieurs d'entre eux , nous avons à la fois sous les yeux le type sauvage et les types modifiés.

Commençons toutefois par les chiens domestiques, et déterminons les traits sur lesquels portent principalement leurs différences\ Ceux de ces chiens qui ont été rendus à une vie indépendante, ayant repris, quels qu'ils fussent auparavant, des formes très-analogues à celles du loup et du chacal , nous pouvons partir de ces formes, qui nous sont bien connues, et leur comparer celles des races domestiques. Ces races se laissent assez bien ramener à trois types généraux : celui des mâtins, celui des épagneuls, et celui des dogues. Le premier se rapproche plus que les deux autres des espèces sauvages du genre ; le chien des Australiens, ou dingo, associé à un peuple très-inférieur, représente le premier degré de ce premier type , caractérisé par un développement médiocre de la boite crânienne, et un museau plus ou moins saillant. Ces deux traits se montrent avec exagération chez le lévrier, dont toutes les formes s'allongent et s'effilent au profit de la souplesse des mouvements et de la rapidité de la course. Mais ce qui prouve que cette exagération est un produit de la domesticité, c'est que le lévrier, comme toutes les races très - soumises à notre empire, comme le mâtin lui - même et le danois , a les oreilles pendantes, tandis que le dingo les a dressées, ainsi que le loup. C'est aussi le cas du chien de berger ; quoiqu'il se rattache au type des épa*

DES TYPES BUMAIlfS. 229

gneuls , qui s'éloigne plus que le précédent do type sauvage, le chien de berger, race intelligente, mais que son genre de vie ramène plus que d'autres sous la main de la nature , offre à la fois un développement notable du crâne et ce museau pointu, ces oreilles droites des races les moins domestiques , qui avaient fait penser à Buffon que ce chien représentait mieux qu'aucun autre la raeejnère. Ces derniers caractères disparaissent peu à peu chez les autres épagneuls , à commencer par le chien courant , et à finir par le barbet , qui offrent , avec un museau médiocre et une ligne frontale plus ou moins redressée , des oreilles pendantes. Enfin les dogues rétrogradent sous le rapport du volume du cerveau et de l'ampleur du crâne, mais ils contrastent avec les mâtins par la rondeur et la brièveté de leur museau , ainsi que par leurs formes généralement massives.

A ces différences de formes , qui sont sans contredit de première importance, comme se liant Jntimement à celles de l'intelligence, des instincts, des sens, et de la locomotion, il faut ajouter celles que présente le pelage. Celles-ci sont d'abord relatives au climat. Les races des régions plus ou moins froides ont sous les poils proprement dits des poils fins et laineux ; tel est le cas de la race australienne et de celle des Esquimaux : chez celle-ci , la laine l'emporte de beaucoup sur les

290 VIlVftB SI Li BiriRSÎTÉ

poils soyeax, et forme un duvet si dense , que ni le froid ni l'humidité ne peuvent atteindre la peau. Par contre, on voit dans les régions tropicales des chiens à peu près nus, et tel est le cas de ces petites races assez laides de la Guinée qui, à défaut d'autres services , satisfont l'appétit et même la sensualité des nègres. Mais le pelage ne varie pas sous la seule influence du climat , il offre des différences qui concordent avec les autres caractères des races. 11 suffit , pour s'en faire une idée , de comparer le lévrier ou le dogue à l'épagneul et au barbet ; c'est*, en effet , daos le type auquel ceux-ci appartiennent, que les poils acquièrent le plus de développement , et en même temps ils montrent une disposition plus ou moins prononcée à se boucler. Quant aux couleurs , on les voit varier dans la même race, non -seulement sous le rapport des teintes, mais sous celui, bien autrement important en zoologie, de leur distribution et du dessin qui en résulte. Quand la couleur n'est pas uniforme , à quelques dégradations de nuances près , les différentes teintes se distribuent par masses irrégulières; à peine peut-on citer une variété de chiens qui offre avec quelque constance un système de taches formant une sorte de livrée ; il y a toujours loin des mouchetures ou des plaques qui varient souvent la robe d'un chien courant^ d'un braque ou d'un danois , à la livrée

i)ES TTPBS HUVÀINS. 231

qui distingue la civette , le léopard ou le zèbre , des autres espèces de leur genre.

Les nombreuses races domestiques de chevaux et de moutons que nous pourrions passer en revue ne nous offriraient que des différences analogues à celles qui varient Tespèce du chien. Les chevaux reproduiraient sur une moindre échelle les mêmes contrastes de forme, de proportions, de grandeur, et les différences du pelage et des teintes. A côté du cheval corse, nous verrions les hautes races du Gotentin «t du Mecklembourg. En regard des proportions élégantes du cheval arabe ou du barbe, nous pourrions placer les formes lourdes de plusieurs de nos races de trait, par exemple, de ces massifs chevaux du Boulonnais , attelés aux voitures de roulage. Nous verrions la ^tête , les oreilles, et tous les détails du tronc et des membres, subir d'une race à l'autre des modifications de développement. Le poil se montrerait plus ou moins ras, quelquefois frisé. Les couleurs seraient tantôt plus ou moins uniformes, tantôt, et plus rarement, irrégulièrement variées , ou par grandes places , comme dans la robe pie , ou par tacljies noml)reuses , comme dans la robe pommelée.

Quant aux moutons , pour prendre un dernier exemple, ils varient plus que les chevaux, et peutêtre autant que les chiens. Outre des différences de taille^ de proportions et de pelage, comparables

232 MESURE DE Li DIYERSlTi

à celles que nous ont offertes les espèces précé^ dentés, nous en rencontrons dans la forme des cornes et jusque dans leur nombre; des dépôts graisseux considérables envahissent la queue et la transforment en une masse souvent énorme chez certaines races d'Afrique et d'Asie ; les oreilles s'allongent et deviennent pendantes chez plusieurs.

Qu'est-ce qui nous prouve que les races , ainsi diversifiées , ne représentent pas autant d'espèces différentes? C'est que la plupart des caractères qui les distinguent s'acquièrent ou se perdent sous nos yeux , quand ces races sont placées dans des circonstances nouvelles ; c'est ensuite qu'elles produisent entre elles des races mixtes. Ici la nature est prise sur le fait, et nous allons en rappeler quelques preuves.

Il est parfaitement démontré que toutes nos races de cochons domestiques, avec leurs différences de taille, de formes , de poil , de couleurs, proviennent de cet animal sauvage , trapu , bas sur jambes , à grosse^ tête , à oreilles roides , armé de défenses triangulaires qui sortent de la bouche, couvert de soies dures , plus longues sur le dos , et sous lesquelles se cache un peu de bourre, du sanglier, en un mot, dont la couleur naturelle est un gris noirâtre. Rendu à la liberté, le cochon domestique reprend, après un bien petit nombre de

DB8 TTPBS HUMAINS. 233

générations , les caractères du type sauvage ; les soies deviennent roides, une sorte de poil laineux se développe au-dessous d'elles, la couleur natu relie reparait, les défenses s'allongent et grossis- :sent ; le crâne lui-même, qui, dans Tétat de domesticité, offre un redressement notable du front , reprend cette ligne de profil plus abaissée , et ces mâchoires plus massives qui distinguent la tète du sanglier. Rien de plus variable , au contraire , que les races de cette espèce soumises à Tinfluence .de rhomme ; leur disposition à se modifier est des plus prononcées. Âristote connaissait déjà ces cochons dont les deux doigts principaux se soudent en un seul qu'enveloppe un sabot unique.

Nous savons aussi que nos races de chats, dont les différences sont très-frappantes, sont des variétés du chat sauvage qui vit dans nos forêts. Nonseulement le chat sauvage et le chat domestique se recherchent et constatent par de fréquentes unions leur parfaite identité de nature, mais la livrée du chat sauvage reparaît fréquemment chez les races que nous élevons.

L'âne , qui existe sauvage dans la haute Asie , «t qui nous vient de là , a varié de taille , de proportions , de poil , en conservant intacte la livrée qui le distingue comme espèce , cette croix qui résulte de la rencontre de la ligne noire du dos avec lajraie qui descend 4u garrot sur le§ épaules*

234 VI8URE DE LÀ mVBRglTÂ

Le caractère de l'espèce traverse ici toutes les différences de la variété ; ce fait mérite attention. Je ne multiplierai pas davantage ces exemples ; ils suffisent sans qu'il soit besoin de redire que nos races de chevaux et de chiens , rendues à la vie sauvage , reviennent à des types uniformes , et que les chiens marrons se rapprochent des chacals et des loups. U ne faut pas oublier non plus que les variétés de chacune d'elles venant à 8*unir , il en résulte des races mixtes j et que ces races mixtes sont les plus abondamment représentees.

APPRÉGUTIOll DBS GÀRÀGTÉRB8 DIFFÂRBKTIBLS DBS TTPBS

HUMAIEfS.

Nous savons maintenant ce qu'est une espèce et ce qu'est une variété ; nous sommes en mesure de reconnaître les caractères de Tune et les carac* tères de l'autre.

Nous venons de nous convaincre que ce qui distingue le caractère spécifique, c'est qu'il estabsolu; au milieu de toutes les modifications qu'elles peuvent subir 9 deux espèces, quelque voisines qu'elles nous paraissent, n'échangent pas leurs caractères ; ceux-ci s'effacent plutôt que de se transformer. Il

Ae fottt {MU» s'étQoaer que k âgne spécifique ait

DBS TTPB8 HOMAIIfS. 235

souvent moins d'apparence que les modifications acquises , puisque celles-ci atteignent tout ce qui ^ dans l'organisation, peut être modifié dans les limites d'un type déterminé , c'est-à-dire toute l'organisation.

En effet, nous avons vu que des animaux peuvent appartenir à une même espèce , prouvée par une commune origine , et néanmoins , sans perdre leur caractère spécifique , différer considérablement:

1^ Quant à leur taille ;

2^ Quant aux proportions des diverses parties

du corps; 3^ Qua.ut aux formes qui résultent du développement relatif de quelque organe, comme le cerveau et le crâne relativement à la face, ou vice versa.

C'est à des modifications de cette nature, à des modifications proportionnelles, que se réduisent en définitive les différences qui semblent surtout mettre une si grande distance entre le dogue et le lévrier.

Ajoutons encore que , dans une même espèce , nous voyons :

4^ Le poil s'allonger ou se raccourcir, prendre plus ou moins de roideur ou de souplesse, demeurer droit ou se friser^ sans compter les dif-

236 MESURI DB Li DIVERSITÉ

férences qui résultent chez les mammifères du développement inverse , ou à peu près égal , du poil proprement dit et de la bourre ou laine qui se cache sous celui-ci , quand elle n'en prend pas la place.

£^ Les couleurs, à leur tour, éprouvent de nombreux changements , jusqu'à effacer une livrée , mais sans jamais y substituer celle d'une autre espèce. Dans ces variations, les teintes parcourent toutes les nuances qui séparent Talbinisme ou le blanc le plus pur du mélanisme ou du noir le plus foncé, et dans toutes les espèces nous retrouvons ces deux extrêmes non -seulement comme acci- ,dent individuel, mais aussi comme héritage de race. .

Voyons maintenant en quoi consistent les différences caractéristiques des types humains que nous avons passés en revue.

Soit que nous les prenions dans leur plus grand développement, et tels que nous les offrent les trois types nègre , caucasique et mongol , soit que nous les cherchions chez des groupes de peuples moins éloignés , ces différences sont toujours de la même nature et ne varient que par leur intensité. Nous pouvons donc nous borner à la comparaison des trois grands types que je viens de nommer ; n'estce pas d ailleurs du nègre, plus que d'aucun autre , qu'on a dit qu'il représentait une espèce à

DES TYPtefi BDMàlHS. 237

part , et qu'il était frappé d'une infériorité originelle?

Nous pourrions nous borner à affirmer sommai- .rement qu'aucune des différences qui distinguent les types nègre, mongol et çaucasique, les types les plus originaux, ne rappelle les caractères zoologiques de l'espèce qui s'offrent à nous et que nous avons signalés dans la série des mammifères.

Nous pourrions ajouter, sans crainte d'être démenti , après ce qui précède , que toutes les différences qui diverdfient le règne humain rentrent dans la catégorie et dans les limites de celles que nous rencontrons chez les animaux comme différences acquises. Il nous suffirait, pour le prouver, de reproduire ici l'analyse comparative des trois types que je viens de nommer. Je ne me contenterai pas de cette preuve , bien qu'elle soit entière et irréfragable pour quiconque s'est un peu familiarise avec les principes et la pratique de la zoologie , et bien qu'elle résolve déjà à elle seule - la question qui nous occupe. Nous ne saurions répandre trop de jour sur cette question, et, sans sortir du cadre que j'ai dû me tracer , je rendrai plus évidente la valeur des différences dont je parlais tout à rheure en les passant en revue les unes après les autres. Leur mesure particulière nous dira non-seulement ce que sont les caractères des types et par conséquent les types eux-mêmes , mais

238 KB00M T>M U PIYB118ITA

notu( donnera la valeur de leurs déviations et nous mettra sur la voie des causes de la diversité, humaine.

Tous les caractères qui différencient les types, les plus divergents comme les moins éloignés, portent 9 comme nous avons pu le remarquer, sur les formes de la tête, sur les traits du visage , sur les proportions des membres , à peine sur la stature ; puis sur le caractère du système pileux et sur la coloration de la peau ; enfin sur le génie des peuples, leur état social et leurs mœurs. Parcourons successivement ces différents caractères.

1 . Les formes de la tête varient d'une manière assez remarquable du type nègre au type caucasique, et de celui-ci au type mongole. Pour apprécier avec précision ces premières différences, il faut les étudier sur des têtes dépouillées de leurs parties molles. Nous comprenons mieux alors et nous mesurons mieux Tovale et les heureuses proportions de la tête européenne , l'aplatissement et l'élargissement de .la tête mongol, l'allongement et le prognathisme de la tête nègre. Nous ne pouvons décider autrement la question du degré d'infériorité qu'on attribue surtout à celle-ci, et de son prétendu rapprochement des premières espèces animales.

. L^étude des différences que présente la tête a été essayée à l'aide de divers procédés.

DfiS TTPBS HVMilRS. 239

Le plus célèbre de tous est celui qu'on connaît sous le nom à*angle facial de Camper. Laissons parler ce célèbre naturaliste.

« Le caractère fondamental sur lequel repose la distinction des nations peut être rendu sensible aux yeux au moyen de deux lignes droites , Tune menée du conduit auditif à la base du nez , Vautre tangente en haut à la racine du front, et en bas à la partie la plus proéminente de la mâchoire supérieure. L'angle qui résulte de la rencontre de ces deux lignes , la tête étant vue de profil , constitue j on peut le dire , le caractère distinctif des crânes , non-seulement quand on compare entre elles les diverses espèces d'animaux , mais aussi quand on considère les différentes races humaines. Il semble que la nature se soit servie de cet angle pour établir les divers degrés dans le règne animal 9 et en faire une sorte d'échelle ascendante , depuis les espèces inférieures jusqu'aux plus belles formes qui se rencontrent dans notre espèce. Ainsi on verra que les têtes d'oiseaux offrent l'angle le plus petit , et que cet angle devient de plus en plus grand , à mesure que l'animal se rapproche davantage de la forme humaine. Il y a, par exemple, parmi les singes , une espèce chez laquelle l'angle facial a 42 degrés ; chez un autre animal de la même famille , qui est un des singes les plus semblables à rhomme , cet angle est exactement de

240 MBSDRB OS LA OIYERSITÉ ^

60 degrés. Immédiatement après vient la tête du nègre africain , qui , ainsi que celle du Kalmouk, présente un angle de 70 degrés ; enfin, dans la tête des hommes de l'Europe , l'angle est de 80 degrés. C'est de cette différence de 10 degrés que dépend la beauté plus grande de l'Européen , ce qu'on peut appeler sa beauté comparative ; quant i cette beauté absolue , qui nous frappe à un si haut degré dans quelques œuvres de la statuaire antique (comme dans la tête de l'Apollon et dans la Méduse de Sisoclès) , elle résulte d'une ouverture encore plus grande de l'angle , qui , dans ce cas, atteint jusqu'à 100 degrés. »

Ainsi , d'après Camper, le degré d'ouverture de l'angle facial donnerait la mesure du développement du crâne, et permettrait de constater, à cet égard, une gradation plus ou moins nuancée des vertébrés ovipares à l'homme européen ; en sorte qu'une différence de 20 degrés séparerait le premier des singes du nègre , que dix degrés nous conduiraient du type nègre à la forme européenne, et que , pour atteindre l'idéal des artistes greos , nous aurions besoin de franchir nous-mêmes une différence de vingt autres degrés, un intervalle égal à celui que Camper mesure entre le nègre et le singe le plus voisin.

Écartons d'abord Terreur de cette dernière mesure, et avec elle, l'idée d'une gradation qui irait

DES TYPES. QUMAI«S, 241

jusqu'à présenter certaines variétés humaines comme des échelons entre les animaux et nous. Quand on n'étudie les singes supérieurs , le chimpanzé et les orangs , que sur de jeunes individus , on trouve, en effet, l'angle facial très-ouvert. Deux causes y contribuent : d'une part , le développement précoce du cerveau et la rondeur de sa boite osseuse ; d'autre part, l'état proportionnellement rudimentaire de la face à cette même époque de la vie. De là la méprise de Camper sur ces angles de 42 à 50 degrés , qu'il attribue à ces espèces de singes , et qu'il aurait pu , en procédant ainsi, attribuer à la plupart des autres. Dans les têtes adultes , au contraire , cet angle descend , selon M. Owen , à 35 degrés pour le chimpanzé , et à 30 seulement pour l'orang roux, c'est-à-dire à 40 degrés pour l'un, à 35 pour l'autre, au-dessous de la mesure donnée par Camper pour l'angle facial du nègre. C'est qu'en s' éloignant du premier âge, la tête de ces singes , tout en demeurant à peu près stationnaire en ce qui concerne le volume réel et la capacité du crâne (lequel se modifie surtout par l'épaississement de ses parois et par les crêtes qui s'élèvent sur les lignes d'insertion des muscles), prend un accroissement considérable dans la région faciale , c'est-à-dire maxillaire. Tout ce qui appartient aux sens , et surtout aux fonctions de la bouche, s'étend, se fortifie, et deux mâchoires bien

242 MESOmt DE LÀ DIVERSITÉ

armées se projettent au devant du crâne, lais« sant celui-ci dans une position reculée.

On voit , par ce qui précède , que l'ouverture de l'angle facial se proportionne, chez les animaux , non-seulement au développement cérébral, mais encore à celui de la face, à la projection de celleci en avant ; or , pour que cet angle pût traduire Télévation graduée des formes animales vers la forme humaine , il faudrait que les deux développements du crâne et de la face marchassent plus ou moins régulièrement à l'inverse l'un de l'autre ; ce qui n'a lieu que d'une manière générale. Ce n'est donc que dans un sens très-large qu'il faut entendre la doctrine de Camper sur l'application de son procédé à la mesure de l'échelle zoologique. Mais si , franchissant l'immense hiatus qui sépare, sous ce rapport , comme sous d'autres plus importants , le règne animal du règne humain , nous essayons d'employer l'angle facial pour la carac^ téristique des types de variété que nous rencontrons dans celui-ci , à quel résultat arrivons-nous ? Nous arrivons à constater aussi des différences notables dans l'ouverture de cet angle entre les têtes nègres, européennes ^ etc. ; mais, en même temps et avec un peu d'attention, nous reconnaissons que ces modifications sont essentiellement déterminées par celles de la mâchoire supérieure, et non par une direction plus ou moins verticale ou

DBS TTPBS HDMiI95. 243

fuyante de la ligne frontale , car, sous ce dernier rapport , les différences nationales sont bien moindres que les différences individuelles. Qu'on fasse arriver la ligne abaissée du front au point de rencontre de la base du nez et de la lèvre supérieure, on verra que cette ligne est aussi redressée sur les têtes nègres que sur la plupart des têtes européennes , qu'à elle seule elle ne pourrait rien nous dire des différences qui peuvent exister dans le développement cérébral des races. Mais , comme en procédant ainsi que je viens de le dire , la ligne abaissée du front laisse au devant d'elle toute la partie de la mâchoire qui s'incline en avant chez le nègre et chez d'autres types , elle permet d'apprécier le degré de cette inclinaison, l'un des traits les plus remarqués de la caractéristique des races inférieures , celui qui indique le mieux une certaine tendance vers l'animalité , une dégradation et par conséquent quelque chose qui laisse place au soupçon d'une différence spécifique entre les races prognathes ou à mâchoire saillante et celles à mâchoire verticale. Nous nous servirons donc du procédé de Camper, que M. Bérard a judicieusement modifié, comme je viens de le dire , pour constater et mesurer le caractère typique , mais tout relatif, du prognathisme.

Norme verticale. Ce n'est plus seulement une ligne de profil , ce sont les dimensions d'une sur-

face étendue, que nous obtenons par les méthodes qui suivent, et d'abord par celle que nous recommandent le nom et ks nombreuses observations de Blumenbach. Le meilleur moyen d'embrasser d'un même coup d'oeil le plus grand nombre des détails importants et caractéristiques fournis par la tête osseuse est , selon cet illustre naturaliste, de mettre en série les crânes que l'on veut comparer, de telle sorte que les os malaires se trouvent sur une même ligne horizontale , comme cela a lieu lorsque ces crânes reposent sur la mâchoire inférieure, puis de se placer de manière à amener Y(b\\ successivement au-dessus du plan supérieur ou du vertex de chacun d'eux.

L'auteur ajoute : c Cet aspect de la tête, qu'on me permettra de nommer la norme verticale^ permet de saisir d'ensemble et nettement les principaux traits caractéristiques des crânes des différentes nations , tant ceux qui dépendent de la direction des mâchoires et de celle des os malaires, que ceux qui ressortent de la largeur ou de l'étroitesse de la voûte crânienne, de l'aplatissement ou de la saillie du front, » etc. (1).

En effet , le point de vue choisi par Blumenbach permet de constater des différences importantes et vraiment typiques dans les formes des régions su-

(1) loc.cit, p. 204.

BES TYPES HOMAIKS. 245

périeures du crâne , et dans les relations de ces formes avec quelques-uoes de celles de la face. Appliquée à la comparaison des têtes nègre , mongole et caucasique, la norme verticale met en évidence : 1^ chez le Nègre, l'e'troitesse du crâne, surtout aux tempes , d'où résulte la mise à découvert des arcades zygomatiques sur les côtés de celles-ci ; en avant un front assez saillant , mais dépassé toutefois et par la saillie des os malaires et par celles de l'arcade dentaire supérieure , visible depuis la racine du nez et projetée en avant sur un plan trës-obliqi)e ; 2^ chez le Mop^gol , une largeur médiocre du crâne, son aplatissement au-dessus des orbites , un écartement énorme des arcades, dont la courbure latérale est très-prononcée, enfin un demi-prognathisme qui laisse apercevoir une grande étendue en largeur de l'arcade dentaire et de la face ; 3^ chez le GAucAsiQUE, (tête d'une Géorgienne), l'élargissement général de la voûte crânienne, limitée en avant par une ligne courbe très-étendue , puis des pommettes et une arcade dont on n'aperçoit que le bord externe, le reste se dérobant sous les tempes et sous les côtés du front , enfin la face disparaissant presque entièrement sous celui-ci , au point qu'on voit à peine la partie la plus avancée du bord alvéolaire de la mâchoire supérieure.

246 MBflUKB DE Li BlTBRfllTÂ

Mesure de la base du crâne. Ce que Blumen* bach a fait pour la face supérieure de la tête, M. Owen l'a essayé pour l'inférieure, pour ce qu'on est convenu de nommer la base du crâne ; mais il s'est surtout appliqué à faire ressortir par là les grandes différences qui séparent ici encore la tête humaine de celle des premiers singes,. et à déterminer en particulier la position du trou occipital. Cette position est, en effet, un des détails auxquels on a attaché le plus d'importance dans la comparaison des têtes , parce qu'elle se lie intimement, et au développement cérébral, et à la station plus ou moins horizontale , ou oblique , ou verticale du corps. Chez l'homme, le trou occipital est placé immédiatement derrière la ligne qui divise en deux parties égales le diamètre antéropostérieur de la base du crâne ; chez les chimpanzés , cette ouverture est reculée jusqu'au dernier tiers de ce diamètre. Sœmmering pensait avoir constaté une différence à cet égard entre les crânes européens et les crânes nègres. M. Prichard n'admet pas la réalité de cette différence ; il en attribue le semblant à ce que la mâchoire supérieure, devenant oblique, prolonge un peu la ligne qu'on mesure du bord extérieur du trou occipital aux dents incisives , ligne qui équivaut chez nous à la demi-longueur de la base du crâne. Si le trou occipital subit chex le aègre un dépla-

DBS TTPBfl HOUAinS. 247

cernent réel, il faut qu'on puisse prouver qu'il s'est rapproché de Textréiuité postérieure du crâne. M. Bérard, comparant, sous ce rapport, la tête du trop fameux Lacenaire avec six têtes de nègres du Congo, a trouvé que le trou occipital était un peu plus voisin de la limite indiquée chez le nègre du Congo que chez l'Européen qu'il a pris pour point de comparaison. Ce résultat est loin de me surprendre ^ car il serait difficile de concevoir que les différences des formes du crâne, quelque limitées qu'elles soient, n'affectassent pas les distances qui séparent un point d'un autre ; ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elles les affectent à peine , et il importe surtout de remarquer que, tout bien considéré, les conditions de l'articulation de la tête avec le cou ne se modifient en aucune manière chez le nègre ; bien plus , on a remarqué que chez le Hottentot, où le principal caractère africain du crâne, l'allongement, est porté à son maximum , la tête se trouve plus près de sa position d'équilibre que chez les races supérieures. M. Bérard indique lui-même une particularité de forme de l'occipital, son abaissement derrière l'articulation, qui doit contribuer au même résultat. Tout compensé , on voit que le nègre conserve dans sa parfaite intégrité cette position équilibrée de la tête sur le cou, qui est une des pre-

miëres conditiousi de te station propre 4 riionune.

248 MESURE DB Li DIVERSITÉ

Chez le nègre, nous avons vu que le crâne offre un excès de longueur apparente jointe à une remarquable étroitesse : est-ce l'étroitesse de cette boîte osseuse qui lui donne son aspect allongé? S*il en était ainsi, sa capacité serait moindre dans les races africaines que chez nous , le, cerveau semblerait frappé d'une infériorité natiye , et Ton pourrait être tenté d'assigner une. cause organique à la supériorité dont nous nous glorifions à leur égard. Un illustre anatomiste déjà cité , Sœmme* ring, croyait avoir reconnu, en effet, une différence de volume entre le crâne éthiopien et le crâne caucasique ; des mesures de longueur, prises comparativement sur un grand nombre de tétes> semblaient s'accorder à donner ce résultat. Un autre anatomiste du plus grand renom, qui doit la meilleure part de sa célébrité à ses travaux sur Tanatomie du cerveau, Tiedemann, a constaté, par un procédé bien plus concluant que celui de Sœmmering, que la place faite au cerveau dans un crâne nègre ne diffère pas de celle qui est réservée à cet organe dans une tête caucasique (1). En tout cas , les différences individuelles seraient ici

(1) M. Tiedemann procédait delà manière suivante : après avoir pesé la tête dont il voulait mesurer la capacité, il la remplissait de graine de millet, puis il la pesait de nouveau; il n*aTait ensuite qu'à soustraire le premier poids obtenu du second pour avoir ua« éYaluation exacte ,du contenu de la boite

BBS TTPB6 HCMilRS. 249

plus considérables que les différences générales. Si les modifications de la forme du crâne caractéristique des trois types principaux de la diversité humaine ne changent rien au développement général du cerveau, et ne vont pas jusqu'à faire douter de Tégalité des races , elles semblent indiquer au moins quelque différence dans le volume proportionnel des diverses parties de Tencéphale ; elles semblent déplacer la prépondérance de cellesci , la portant vers la région frontale chez les races caucasiques , et vers la région occipitale chez les races mongoles, qui ont, en effet, l'occipital trèslarge, et chez les nègres , qui l'ont ou prolongé ou bombé.

En rapprochant cette inégale répartition des masses . cérébrales des caractères que présente la partie osseuse de la face dans les trois types , on peut être tenté de soupçonner un rapport physiologique entre ces deux ordres de faits. La face représente les organes des sens externes et les premiers instruments qui servent les appétits de la vie nutritive, les organes masticateurs. Dans le type caucasique, le beau développement frontal du crâne coïncide avec le minimum du développement

cérébrale L'épreuve a été faite sur 47 têtes éthiopiennes comparées à 71 caucasiques. Les mêmes expériences ont donné â M. W. Hamilton les mêmes résultats.

2S0 VBftURS M U Diri&ttTft

dé la face , soit en largeur , soit en saillie; n'estee pas qu'ici rinteUigence remporte sur l'appétit et sur la sensation ? Dans le type nègre, l'étroitesse du front et la prédominance de Tocciput rencontrent une face saillante, des chambres sensoriales et des mâchoires trës-agrandies : serait-ce que les sensations et les appétits ont ici la proéminence ï Dans le type mongol , avec des conditions intermédiaires , où la face perd en saiUiece qu'elle gagne en largeur aux pommettes, et où le crâne, prenant une forme pyramidale, perd à son sommet ce qu'il semble acquérir à sa base , ne trouvons nous pas aussi plus d'équilibre entre les sens et l'intelligence ?

On ne peut nier que des différences nombreuses n'existent d'un type à l'autre dans le développement relatif des diverses pièces de la tête osseuse, que le résultat de ces différences ne soit pour le crâne de changer les dimensions relatives de ces régions antérieure , moyenne et postérieure ; que pour la face ce résultat ne soit d'agrandir ses dimensions à mesure que le plus fort développement du crâne se porte plus en arrière ; qu'enfin ce qu'on nomme le prognathisme, caractère qui prend de si grandes proportions chez les animaux, ne coïncide généralement, chez les races humaines, avec un certain degré d'infériorité sociale.

DBS TT^BS nvwitKs. 251

Mais, en même temps que nous constatons ces faits , nous reconnaissons que l'étude la plus attentive soit de la tête osseuse , soit de Tensemble du squelette, ne nous découvre nulle part une de ces différences absolues qu'on ne peut considérer comme le résultat d'une modification.

On avait cité deux faits de ce genre : le trou que présente , chez les Guanches des Canaries et chez les Hottentots, la cavité de l'humérus destinée à Tolécrâne; nous avons déjà dit que ce trou, simple exagération d'une disposition générale, n'a rien ^ de constant dans les races dont on voudrait en faire un caractère, et que d'autres races en offrent des exemples ; on se rappelle d'ailleurs que les Guanches des Canaries étaient , comme leurs frères les Kabyles , de type caucasique , que les Hottentots sont , en réalité ^ le dernier terme du type africain , et qu'un caractère commun aux Guanches et aux Hottentots, f(it-il plus constant, serait difficilement un caractère spécifique* On a dit encore que dans les crânes éthiopiens les grandes ailes du sphénoïde ne s'articulefit pas avec le pariétal. Ceci pourrait être plus sérieux , si le sphénoïde s'arrêtait à une assez grande distance du pariétal , ce qui entraînerait d'autres modifications : or nonseulement cette distance est peu considérable, mais le fait en question n'est rien moins que constant, et je le retrouve sur des têtes mongoles.

252 MBSURB DB LE BIVBRSlTi

Somme toute, les types les plus divergents du genre homme ne présentent dans leur squelette aucun caractère différentiel qui ne soit plutôt audessous qu'au-dessus de ceux qui distinguent les variétés d'une même espèce animale , le chien danois du dogue, ou l'un et l'autre du barbet, une race de cochon d'une autre race ou du sanglier, leur souche commune.

2. Les traits duvisage offrent, on le sait, indépendamment de leurs innombrables différences individuelles et nationales, des caractères plus généraux, qui se retrouvent à divers degrés, et avec plus ou moins d'ensemble , chez de nombreuses populations. Ces caractères concourent pour beaucoup à la physionomie physique des grands types de la variété humaine ; nous pouvons prévoir qu'ils seront assez étroitement rattachés aux différences que nous a offertes la tète osseuse. En effet, les formes de la tête et les traits du visage sont nécessairement dans une dépendance réciproque des plus prochaines : une mâchoire supérieure saillante jette la bouche en avant; des pommettes, qui élargissent le haut de la face, remontent les |oues et ne peuvent moins que d'agir sur les paupières , et ainsi de quelques autres détails. Mais, à ces modifications fondamentales, s'en joignent d'autres, qui se rattachent moins immédiatement à la même cause^ et qui portent sur le développement pro-

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portionnel des parties molles des diverses régions du visage ; tel est ce développement remarquable des lèvres , qui établit un si grand contraste entre le nègre et l'Européen. Mais ce développement , celui de Toreille et son déroulement, la diminua tion du lobule de celle-ci , ne sont que des degrés du plus au moins d'un caractère toujours identique. Les lèvres humaines , l'oreille humaine , peuvent changer de volume en vertu de simples modifica* tions. il y a ici , et dans l'ensemble des caractères physionomiques des types , quelque chose qu'on ne peut mieux comparer qu'à ces modifications que les. médecins rattachent aux tempéraments individuels; les divers types humains, sous ce rapport , comme par l'ensemble de leurs carac-» tères physiques, semblent représenter réellement, ainsi qu'on l'a déjà dit , des tempéraments généraux. Ici des formes faciales légères, effilées, une grande mobilité, comme en offrent les tempéraments nerveux ; là des formes lourdes, épatées, qui sortent rarement de leur fixité habituelle, et qui rappellent certains exemples du tempéra* ment lymphatique; tout cela rentre encore une fois dans les conditions des simples variétés.

3^ Proportions relatives des diverses parties du corps. Les différence générales que nous avons signalées dans les proportions et les formes de la iéle sont accompagnées de quelc^ues variatioas

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correspondantes dans les formes et les proportions des autres régions du corps. La longueur relative des membres par rapport au tronc dépasse, dans certaines races ^[celle que nous rencontrons chez d'autres , et le même membre, comparé dans deux ou plusieurs races , offrira des différences assez constantes dans la longueur proportionnelle de ses divisions principales. L'avant-bras, par exemple, comparé au bras, se montre tantôt égal à celui-ci, tantôt plus long que lui , et les différences que présente à cet égard le membre supérieur ont paru indiquer un rapprocbement entre certaines populations et les premiers quadrumanes. Il en est de même des différentes dimensions que présenté le bassin , quoiqu'il n'y ait aucun rapprochement à établir entre le bassin du type humain le plus dégradé et celui de l'orang, qui est haiit et allongé autant que celui du nègre est encore étalé : ainsi rien non plus de spécifique dans les proportions des diverses régions.

4° La stature moyenne des peuples varie beaucoup sans doute, toute exagération à part ; mais les différences qu'on remarque sous ce rapport se reproduisent plus ou moins dans les divers types généraux, et né contribuent par conséquent en au* cune manière à caractériser ceux-ci. On ne peut faire entrer la stature que dans la comparaison des types nationaux, et ici encore les différences

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individuelles dépassent de beaucoup les limites des différences de peuple à peuple. Il y a des nains et des géants ; mais il n'y a ni peuple nain ni peuple géant, car ce n'est qu'en exagérant beaucoup qu'on a donné la première de ces épithètes aux nations hyperboréennes , et la seconde aux Patagons.

5® Système pileux. Ce système, qui chez l'homme laisse plus qu moins à découvert une grande partie du corps, offre chez tous les peuples du globe la même distribution ; or cette distribution, qui varie d'espèce à espèce dans les mammi* fères, qui du moins présente des particularités coa« stantes, ne sépare pas les types humains. Le système pileux diffère par son abondance ou sa rareté sur certaines parties, sur la face en particulier ; il est tantôt fin, tantôt grossier, lisse, bouclé ou crépu et feutré comme une toison, et ces différences sont surtout très-remarquables pour la chevelure. Enfin sa couleur varie, comme on le sait, considérablement. Parmi ces différences, il en est qui ne comptent que peu ou point dans la caractéristique des races, parce qu'on les retrouve dans plusieurs de celles-ci ; telle est la couleur , qui dans toutes les grandes familles de l'humanité est le plus souvent foncée ou même noire, et dans presque toutes présente quelques exceptions à cette règle, exceptions plus fréquentes cependant chez quelques populations que chez les autres. La disposition lai-

neuse des cheveux est plus près de coDstituer un caractère , et trouve place dans le portrait physique du type éthiopien, à côté du prognathisme ; toutefois c'est encore par gradations nuancées qu^on passe de cette disposition de la chevelure aux cheveux droits , grossiers et plus ou moins roides d'autres peuples. Quand on compare sous le microscope ces deux sortes de cheveux , on lie reconnaît entre elles aucune des différences qui distinguent si bien, chez les mammifères, les poils véritablement laineux, et susceptibles de former un feutre, des poils ordinaires. Le poil laineux se caractérise généralement par une structure particulière, d'où résultent à sa surface des aspérités plus ou moins prononcées et proportionnées à sa disposition à se feutrer. On remarque aussi qu'il augmente d'épaisseur de sa racine à sa pointe, ou du moins qu'il offre des inégalités dans sa longueur, et qu'il ne va pas en s'atténuant. Les poils proprements dits sont, au contraire, plus ou moins lisses, et plus épais à leur base qu'à leur extrémité libre. Or, bien qu'on trouve chez une même espèce de mammifères et des poils et de la laine, qu'on voye prédominer selon les saisons et surtout selon les races , tantôt le poil ou le jar, tantôt la laine, toufes les races humaines se ressemblent en ce que i chez toutes le poil seul se développe , et que les

1 cheveux tortillés du nègre ont la même structure

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que les cheveux longs et soyeux du noir Abyssin, de la blonde Scandinave, ou que les cheveux roides et grossiers du Mongol. Les cheveux humains ne varient que sous le rapport de leur abondance, sous celui de leur longueur, sous celui de leur finesse, et enfin par la quantité de matière colorante qu'ils contiennent ; à cet égard on observe une gradation nuancée du châtain au noir foncé, et parmi les cheveux noirs, ceux des nègres sont les plus chargés de celte matière. On a pensé que leur disposition à se rouler pourrait tenir à cette circonstance i comme la même disposition se retrouve chez beaucoup d'individus de notre race , il serait facile de soumettre cette supposition à l'épreuve de quelques comparaisons , mais je doute qu'elle se justifie.

On me permettra d'attacher quelque importance à la parfaite homogénéité de forme des cheveux humains, en présence des faits nombreux qui nous montrent le poil du mammifère variant d'espèce à espèce. S'il était permis de m'en référer ici à une expérience personnelle, acquise en étudiant une autre classe d'animaux vertébrés , j'ajouterais que je distingue, à la différence des pointes qui surmontent leurs écailles, les espèces les plus rapprochées d'une grande famille de poissons que j'ai particulièrement étudiée , celle des balistides , et je sais que tous les naturalistes qui se sont livrés avec quelque soin et quelque sévérité de discipline à

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des travaux de détermination d'espèces, rendront un témoignage analogue sur la valeur des carac-* tères tirés des dépendances de la peau.

6^ Couleur de la peau et de Viris. On sait combien varie dans l'espèce humaine la couleur de la peau. Le blanc plus ou moins mat ou rosé, le jaune -paille ou café au lait, l'olivâtre, le cuivré» le brun, le noir à divers degrés , en un mot , une . série de teintes différentes , présentant des termes extrêmes , et entre ceux-ci des nuances plus nombreuses que la langue ne peut le dire ; tel est Tun des traits les plus frappants de la diversité des peuples qui couvrent la surface du globe, et celui peut-être auquel on s'est le plus arrêté' pour la distinction, la définition, et par suite pour la nomenclature des principales races. On parle encore de la race noire , de la race blanche , comme si ces épithètes emportaient réellement avec elles toute une caractéristique et marquaient une limiite précise entre les hommes d'un teint clair et ceux d'une couleur plus ou moins foncée. Il n'en est rien cependant ; car l'homme le plus noir peut avoir les formées de la tête, les traits principaux de l'homme blanc , et de grandes différences existent sous ces derniers rapports entre des hommes de même couleur. Toutefois cette remarque , sans rien perdre de son importance, ne doit pas voiler ce qu'il y a de relations véritables entre la couleur et des carac**

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tères plus réellement typiques : il est des types humains qui sont constamment teints de couleurs foncées , et les peuples prognathes sont de ce nombre, tandis qu*il n'en est qu'un qui parcoure toute Féchelte des nuances entre le blanc des Européens du Nord et le noir d'ébène. Ainsi la teinte de la peau doit avoir sa place dans la caractéristique des grands types de variété, par cela même qu'elle semble constante dans certains types. Mais s'élève^ t-elle ici , comme on l'a dit , à la valeur d'un caractère spécifique? Très-certainement non.

Les teintes plus ou moins foncées se montrent dès la naissance et résistent plus à Tinfluence d'un changement de climat chez certaines races que chez d'autres. Elle ne dépendent pas d'une organisation spéciale de la peau, comme on l'avait cru : une couche de celle-ci, ou plutôt la surface du derme est chez tous les hommes, comme chez les animaux, le siège d'un dépôt de matière colorante ; toute la différence d'une race à l'autre tient à la quantité de cette matière , qui , chez les noirs, est semée en granulations innombrables, indépendamment des cellules qui en contiennent une partie. Notons enfin, ce qui est capital, que la couleur est toujours uniformément répandue dans tous les types du genre humain, que si les nuances changent, leur système de distribution est partout identique, qu'il n'y a jamais ici ce qu'on nomme des

livrées , et que si quelque partie se distingue des autres par une nuance plus foncée et qui s'eclaircit plus tard que celles ci dans les me'tis , on retrouve la même différence, quoique moins prononcée, chez les races blanches.

Ai-je besoin de rappeler un fait qui prouve encore combien l'uniformité des teintes est un caractère général de toute l'humanité ? Je veux parler de l'accord qui règne presque toujours entre la couleur des cheveux, la nuance de la peau, et celle de l'iris. Non-seulement les races colorées ont toutes les cheveux noirs et Tiris plus ou moins foncé , mais parmi celles que nous appelons blan* ches, le teint et la couleur des cheveux marchent constamment d'accord, non que les cheveux bruns supposent toujours une peau teintée de même, mais la nuance avec laquelle ils s'harmonisent n'est pas celle des blonds ; ceux-ci ont en outre presque toujours les yeux bleus. Les exceptions à ces règles tiennent généralement à des mélanges , sauf peutêtre une seule , celle que présentent les individus à cheveux grossiers et d'un roux ardent; dans cette variété, qu'il ne faut pas confondre avec la variété blonde nuancée de roux, les cils et les sourcils sont bruns, Tirîs partage cette couleur, et la peau offre une teinte blanche mêlée de taches de rousseur. Il est remarquable qu'on signale dans toutes les races des' individus qui présentent au

moins une chevelure à nuances rougeâtres ; ce fait n'était rare ni chez les Gre<!s ni chez les Juifs, et on le retrouve chez les peuplades du Çaucase.Celte circonstance indique-t-elle, comme on Ta soupçonné, un retour à la couleur primitive ? Je né sais ; mais elle prouve au moins des tendances communes aux diverses races chez lesquelles ellea été observée.

On attribue à la peau des nègres une douceur extraordinaire,àlaque11ecertainespersonnesontattribué quelque importance dans la caractéristique. Ce fait n'est rien moins que général ; beaucou p de nègres ont la peau très-rude, et cette finesse du tégument appartient à des peuples de types très^différents.

7^ Caractères psychologiques. Au milieu des nombreuses différences morales que nous offrent les diverses races humaines, il est impossible de ne pas reconnaître chez toutes un même système de facultés. Sans douté, telle aptitude, qui prédomine ici, demeure ailleurs plus ou moins obscure, et Ton peut introduire, comme nous l'avons fait, ces traits de prédominance dans la caractéristique des types et de leurs subdivisions ; mais de nombreuses exceptions prouvent partout qu'il n'y a rien ici de spécial , et que le caractère psychologique ne varie d'une race à l'autre que par des différences analogues aux différences individuelles^ La substitution générale de l'intelligence aux instincts , chez rhomme, pouvait déjà nous faire prévoir ici une

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grande souplesse et une variété considérable dans les limites d'une même nature. -

Dans l'analyse que nous venons de faire de tous les genres de différences que nous offrent les types humains, qu'avons-nous rencontré? Des caractères assimilables aux caractères spécifiques des mammifères, tels que nous les avons définis et déterminés précédemment , ou des caractères de simple variété? Des caractères qui se rattachent aux relations des individus d'une même espèce, ou des caractères qui, indifférents à ces relations, correspondent à une diversité de circonstancçs, d'éducation , etc.? Des caractères absolus comme est le dessin tout spécial de la robe d'un tigre ou d'une panthère , d'un âne ou d'un zèbre, ou bien des caractères relatifs, comme ceux qui portent sur des modifications de forme, sur l'abondance du pelage, sur les variations générales ou partielles et graduées de la couleur? Évidemment les formes de la tête les plus caractéristiques, le prognathisme, l'étroitesse du crâne, le développement des pommettes constituent avec toutes leurs gradations un ensemble de caractères relatifs , de caractèrejs de variété. Évidemment aussi aucun des traits des nègres, comparés à ceux d'un autre type, ne dépasse le même genre de différences. Les cheveux, à leur tour, qu'ils soient droits ou frisés ou

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crépus, ne font que changer de disposition sans changer de nature , et aucune de ces variations n'appartient exclusivement à un seul type ; on les retrouve dans tous. Enfin la couleur , dont on s'est plus spécialement autorisé pour séparer le nègre de l'Européen, la couleur elle-même, unifdrme dans toutes les races , si persistante et si constante qu'elle soit dans certains types, ne constitue pas plus un caractère absolu et spécifique dans le genre humain que dans nos espèces animales domestiques.

En un mot, étudiée, comme elle doit Tétre avant tout, comme question d'histoire naturelle, éclairée par les principes qui nous dirigent en zoologie , la diversité des types humains se résout en une espèce unique , variée par des races nombreuses. Ces races se groupent en types plus ou moins géné-^ raux. Mais nous avons vu que, s'il n'est pas trop difficile de caractériser des types, il est à peu près impossible , quand on parcourt l'ensemble des peuples qui s'y rallient , de dire ni où ils commencent ni où ils finissent , tant la gradation est nuancée ; et tandis que le zoologiste, en présence des espèces d'un même genre de mammifères, distingue presque toujours avec certitude les espèces qui le composent, les anthropologistes ne parviennent pas, nous l'avons dit en commençant, à s'entendre sur la listé de ces types humains que quelques-uns d'entre

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eux croient cependant être des espèces. Cette difficulté est significative.

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