‹ De l'homme et des races humainesChapitre 9 sur 16 · GROUPE BORÉAL · texte numérisé non relu

GROUPE BORÉAL

Nous venons de voir dans la famille ouralienne le type mongol subissant directement et indirectement ^ par le ciel et par le sol, Tinfluence des hautes latitudes delà Laponie. L'Asie boréale nous offre de nouveaux exemples de cette action sur plusieurs nations de même type , mais appartenant à d'autres origines. Les plus célèbres de ces peuples hyperboréens sont les Samoïèdes et les Esquimaux.

Samoïèdes. Les Samoïèdes errent sur les bords de la mer Glaciale , et sont répandus plus particulièrement des deux côtés du grand promontoire sibérien qui se termine par le cap Nord ; mais on rencontre quelques-unes de leurs nombreuses tribus assez loin à Touest , à Test et au sud de cette région: Pallas y qui a vu les Samoïèdes des rives de roby, les sépare nettement des Ostiaks leurs voisins , comme nous l'avons déjà rappelé , et voici quelques traits du portrait qu'il en trace. Ces peuples ont y comme les Tongonses , « le visage plat , rond et large, de grosses lèvres retroussées, le nez large et ouvert , peu de barbe , les cheveux noirs et rudes. La plupart sont plutôt petits que de taille moyenne , bien proportionnés , plus trapus et plus

DU RÈGNB HUUÀm. |157

gros que les Ostiaks ; ils sont plus sauvages et plus remuants que ceux-ci. 7>

Les Samoïèdes sont originaires des contrées voisines de l'Altaï oriental ; leurs traditions et leur langue les rattachent à TAsie centrale et mongole. Il reste vers le haut pays , ou côte' du Sayan , des peuplades de même langue , qu'il serait intéressant de pouvoir comparer avec leurs colonies nomades et ichthyophages des côtes septentrionales.

Esquimaux. Quant aux Esquimaux , leurs principales et leurs plus nombreuses tribus appartiennent au continent américain ; mais, comme elles se distinguent des autres peuples de ce continent et se rattachent très-directement à des tribus de l'Asie boréale et orientale , c'est ici et à propos du type mongol que nous devons en faire mention. La tête osseuse prend chez les Esquimaux une forme pyramidale plus prononcée que chez les Mongols de la haute Asie , ce qui dépend du rétrécissement latéral du crâne , l'écart des pommettes demeurant considérable. C'est là un signe de dégradation en rapport avec la grande infériorité morale et sociale de ces misérables nomades. Les yeux sont noirs , petits, dépourvus de vivacité, ou d'une expression sauvage. Grantz nous dit que les Esquimaux du Groenland ont le nez peu saillant , la bouche petite, avec la lèvre inférieure plus épaisse que la supé-

rieure» Ghex les Esquimaux du continent , Gharlevoix signale une barbe épaisse , couvrant presque toute la face. Les cheveux sont ordinairement noirs , mais quelquefois blonds et toujours longs , grossiers , en désordre ; le teint est clair. Il y a ici , à rinverse de ce que nous avons vu chez les Samoïèdes et les Lapons, des formes trapues , une certaine disposition à l'obésité. La taille ne dépasse gqëre un mètre et demi.

Tout indique chez les Esquimaux des peuples d'origine asiatique , plus dégradés que leurs ancêtres. Nous trouvons sur la côte nord-est dé la Sibérie et dans les îles Aloutiennes, des tribus moins sauvages et mieux douées que lés précé« dentés , qui parlent des dialectes de la langue des Esquimaux. Parmi elles sont les Namollos , petits , comme ces derniers , offrant des traits analogues, mais s'en distinguant par des mœurs douces. A côté des NamoUos , les Tschuktchis offrent tous les caractères des vrais Esquimaux , en partagent les mœurs , les superstitions , le dialecte y mais s'en distinguent par une taille plus élevée.

Je ne mentionnerai ici que pour mémoire les Kamschadales , peuple de type mongol, de mœurs grossières , et qui a plus d'un trait de ressemblance avec ses voisins du Nord. Plus au sud, dans les Kuriles et sur le continent voisin, une autre nation, très-différente des précédentes, réclame de nous

DU KÂGIIB HOMAIIH. 160

une mention particulière : c'est le peuple des Ainos. Leur taille est petite , mais leur visage offre des traits assez réguliers aux yeux d'un Européen ; leur système pileux est extraordinairement dére* loppé , la barbe tombe sur la poitrine ; le cou , les bras, le dos, sont couverts de poils. C'est là un caractère tout exceptionnel , surtout chez les peuples de type mongol. Ce qu'il y a de remarquable en* core , c'est que la langue des Âinos a des rapports frappants avec celle des Samoïèdes et avec celles de quelques peuplades du Caucase.

GROUPE SUDK)RIENtÂL.

En descendant du plateau central et des régions septentrionales de l'Asie vers l'est et vers le sud , jusqu'à l'Océan , et passant jusqu'aux îles voisines , nous rencontrons d'heureuses et fertiles contrées, arrosées par de grands fleuves, et dont le sol , le climat , la découpure littorale , favorisent les étâ* blissements fixes, l'agriculture, la civilisation, les échanges , autant que la nature et le climat du haut pays et des plaines du nord se montrent contraires aux progrès de l'état social. Aussi la Chine , Tlndo-Chine et le Japon, sont-ils couverts d'une population nombreuse , en jouissance , depuis un grand nombre de siècles, de tout ce qui fait la prospérité matérielle des sociétés civilisées. Les

160 ditersitA

arts industriels, l'agriculture, le commerce, la navigation, quelques arts de luxe, les lettres fleurissent dans ces contrées, d'ailleurs régulièrement gouvernées et administrées. Il y a là comme un monde à part , un monde qui s'est isolé , autant qu'il l'a pu , de nos civilisations occidentales , et qui semble s'être immobilisé depuis longtemps dans une prospérité que n'anime aucun principe de vie supérieur. Il semble que le génie du continent asiatique et des races qui ont reçu son empreinte matérielle fasse là son effort suprême.

Les peuples du groupe sud-oriental sont em-.

preints d'un type mongol parfaitement caractérisé, mais qui s*est adouci à tous égards sous l'action d'un beau ciel , d'un sol prodigue de ses biens, et d'une condition sociale très-supérieure à celle des peuples nomades. C'est là ce que nous offrent à divers degrés les Coréens , les Chinois , les Japonais et les peuples du sud , jusqu'aux bouches du Brahmapoure et -du Gange. Les Coréens tiennent encore aux races nomades par leur langue , tandis qu'ils sont Chinois par leur physionomie, c'est-à-dire par les nombreux exemples qu'on rencontre chez eux de figures qui se rapprochent plus ou moins du type caucasique. L'obliquité et le peu d'ouverture de la fente palpébrale , l'évasement du nez à sa racine , l'aplatissement du front et de la région sous-orbi-* taire , la saillie des pommettes , la grosseur des

BU RÈGNB HUMAIN. 161

lèvres, la roideur des cheveux, la rareté de la barbe , la teinte jaunâtre de la peau , sout encore chez tous ces peuples le fait général ; mais on voit souvent des profils européens , des pommettes effacées , des yeux ouverts et horizontaux , de beaux cheveux , un teint rosé. Dans la Corée , ces déviations du type mongol sont assez communes pour avoir donné à Siebold Tidée d'admettre dans cette presqu'île deux races distinctes , supposition que la distribution des deux types dans les mêmes familles contredit évidemment. Du reste , Pallas avait déjà signalé , vers le nord de la Chine , des femmes dont les traits, les cheveux, le teint, se rapprocheraient de ce que nous voyons en Europe, et Abel de Rémusat cite des faits analogues dans les provinces du centre. Au Japon, il parait aussi que le type mongol , bien caractérisé dans l'intérieur des îles , che^ les agriculteurs , se modifie beaucoup chez les pécheurs et les marins des côtes. Ceux-ci sont des hommes petits , vigoureux , agiles , aux mâchoires saillantes , aux grosses lèvres , avec un nez petit , déprimé à sa racine , mais à profil arqué ; enfin leur chevelure a quelque disposition à devenir crépue , déviation inverse de celle que nous signalions tout à rheure.

Les peuples de la péninsule indo-chinoise fourmillent aussi d'exceptions au type régnant , et les traits de ce type se rencontrent même assez rare-

162 IHVBKSITâ

ment tous clies le même individu. On signale, che2 ces peuples , le médiocre développement et surtout le peu d'énergie des muscles , en même temps que des habitudes d'oisiveté portées très-loin. Une taille carrée , des membres gros » une main asseï forte, distinguent les Indo^Ghinois desindous, leurs voisins. Leur bassin est très*large. Les cheveux conservent la rudesse qu'ils offrent dans l'ensemble du type mongol. On remarque, dans tout ce groupe de nations, plus d'adresse que de force, unegraude aptitude pour les ouvrages d'une exécution déli* cate.

Page 1