TYPE ÉTHIOPIEN
Traûsportons*nous maintenant sur le continent africain , sur cette masse compacte , vaste péninsule de l'ancien monde , qui , placée entre trois mers , ne se laisse pénétrer par aucune d'elles , et présente au ciel brûlant de la zone torride et des latitudes voisines quelques terres médiocrement arrosées qu'isolent d'immenses déserts. En nous éloignant de la Méditerranée et de la vallée du Nil , habitée , comme nous l'avons vu , par des familles du type caucasien , nous rencontrons ce troisième type général , si différent des deux autres , si caractérisé , et qu'on a désigné sous le nom de type ithiopm; c'est celui des raceiï nègres.
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Le nègre a le crâne allongé , étroit, surtout aux tempes. L'os delà mâchoire supérieure se projette en avant de manière que, la tête étant vue d'en haut , la partie de cette mâchoire qui porte les dents dépasse la ligne frontale. Les branches de ce même os qui montent en laissant entre elles Touvertiire des fosses nasales, se trouvent très^ écartées inférieurement et rapprochées au contraire supérieurement , au point de gêner le développement des os du nez , lesquels sont aussi remontés et aussi médiocres cette fois qu'ils étaient allongés dans les beaux exemplaires du type caucasien. J'insiste sur ces dispositions ostéologiques, parce que c'est d'elles que dérivent les traits les plus frappants de la physionomie nègre , c'est-àdii^ le peu de saillie du nez dans sa partie osseuse , son épatement à l'endroit des narines , enfin la direction des dents, qui, de verticale , devient inclinée, en soulevant la lèvre supérieure. Celleci , aussi bien que l'inférieure , présente en outre un excès de volume qui rappelle celui que nous remarquons chez beaucoup d'individus de notre type d'une constitution très-lymphatique. Un œil bien découvert, à iris brun , à sclérotique jaunâtre , une peau très-colorée , des cheveux noirs , courts , crépus , feutrés comme des poils laineux , achèvent de caractériser la physionomie du nègre. Ajoutons encore que le bassin ; et en général le
tronc, ont moins de largeur chez celui-ci que chez nous, que ses bras sontproporliounellement un peu plus longs que les nôtres , que ses jambes offrent une courbure assez sensible, avec le mollet haut et aplati. Enfin on signale chez les peuples de ce type la fraîcheur habituelle de la peau , une odeur particulière de la sueur , et desf parasites spéciaux.
Quant aux faits moraux qui correspondent à cet ensemble de caractères physiques, j'avoue que, tout bien examiné, aucun de ces faits ne me paraît ni assez constant , ni assez exclusivement propre aux races nègres pour leur être attribué d'une manière spéciale. L'infériorité intellectuelle du nègre et son défaut d'initiative sont des faits relatifs , vrais à différents degrés , mais ni plus vrais ni plus frappants que Tinfériorité intellectuelle et le défaut d'initiative de tout peuple ou de toute classe qui vivent encore sous la pression des premiers besoins de la vie animale , surtout quand la nature , plus puissante encore que l'homme , le domine , et tenant en éveil ses appétits , endort ses plus nobles facultés ; c'est là ce qui a lieu sous les feux des tropiques. Le nègre est un enfant insouciant, impressionnable, mobile, sensible aux bons traitements , capable de se dévouer, et qui sait en même temps haïr et se venger cruellement. Socialement il ne s'élève guère par lui-même audessus de la vie de tribu , ce qui lui est commun
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avec bien d'autres. En religion , il pousse la superstition jusqu'au fétichisme; maison aurait tort de croire que toutes ses notions et toutes ses pratiques religieuses s'arrêtent aux animaux et aux objets inanimés dont il se fait des dieux. Il est reconnu qu'au-dessus de ceux-ci, les nègres placent et invoquent assez généralement une divinité suprême ; et , à vrai dire , leurs fétiches occupent dans leur pensée la même place que les amulettes, les talismans , et que sais-je encore ? conservent dans les superstitions de tous les peuples du monde, sans en excepter, à notre confusion,, ceux qui fout profession de croire au Dieu de l'Évangile (1).
Gomme les autres types , celui que nous venons de caractériser a ses variantes , et il en a de nombreuses , ou plutôt le type nègre se réalise à des degrés très-différents au sein de la population qui en porte l'empreinte.
En Egypte, nous avons déjà rencontré dans les Coptes , débris de l'antique population de cette première terre africaine , quelques traits qui contrastent avec ceux des nations de l'Europe , et
(1) Au tëmoi£fnage des missionnaires catholiques et protestants , on peut ajouter sur ce point celui de l'Africain converti, Chistian Prottens, cité par M. Prichard, 1. 1 , p. 313.
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surtout aveQ eeux des Arabes. En voyant ces hommes à visage plein et un peu bouffi , à grosses lèvres , à cheveux très-frisés , à teint brun , Yolney a pu les comparer, sinon à des nègres , du moins à une race de mulâtres; et un autre auteur ^ M. Ledyard , a pu soupçonner, comme il le dit , qu'il avait sous les yeux la première ébauche d'un type nouveau (1). Cette ébauche se retrouve tantôt plus y tantôt moins caractérisée chez les Nubiens. Ceux de la vallée du Nil , et notamment les Barabras, reproduisent d'une manière frappante la physionomie copte, et les voyageurs reconnaissent celle ci chez le peuple indigène du Kordofan;] mais déjà ici, selon la remarque de M. d'Escayrac , la tâte se rétrécit aux tempes , et s'allonge à l'occiput. On rencontre la même physionomie générale, quoique modifiée, dans cet enseiodble de tribus plus ou moins barbares répandues sur les côtes nubiennes de la mer Rouge , et que quelques ethnographes comprennent sous le nom de famille troglodyte.
En traversant le Senaar, laissant l'Âbyssinie i gauche , et gagnant cette partie de l'Afrique centrale qu'arrose le Nil-Blanc , nous rencontrons ' ■.---.—
(1) Ledyard's Beobachtungen, in den Berichten der afri^ kanischen GeselUchaft,
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une population très-divisëe qui nous offre un crâne long et étroit, un nez large , surtout aux narines , des lèvres renversées en dehors , une chevelure laineuse , des bras très - longs , des jambes peu musclées, en un mot le type nègre assez complètement réalisé. C'est sous ces traits que M. d'Escay* rac nous dépeint les habitants d'un plateau situé au sud du Kordorfan , et ce sont aussi là , plus ou moins, les caractères physiques des nègres du Shilouk , dit Bérat , de tout le pays arrosé par le Mil-Blanc et ses divers affluents, contrées d*où pro« viennent , en majeure partie , les esclaves noirs transportés en Egypte. A partir de cette région, nous suivons le type éthiopien dans les deux di* rections de TEst et de l'Ouest , et nous le voyons subir de nombreuses modifications , soit dans le sens de son exagération, soit dans celui d'un retour vers te type caucasique.
Maees du Soudan et de la Sénégambie. Â l'ouest, du Darfour à l'océan Atlantique, nous parcourons d'abord une zone de nations que le mahométisme a arrachées à la vie sauvage , et qu'il a plus ou moins initiées à la civilisation. Nous constatons un rapport frappant entre l'état social de ces peuples et leurs caractères physiques. Dans le Soudan comme dans la Sénégambie ^ le type nègre se
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proportionne à l'ëtat inculte ou civilisé et au genre de vie de la population. Il est bien prononcé dans le royaume de Bornou , l'un des grands États les moins avancés de cette région ; il l'est plus encore chez les farouches habitants des montagnes du Mandara. Les Mandingues et les Jolofs, peuples industrieux et agricoles , ne conservent , au contraire , du type nègre, que des lèvres un peu fortes , des cheveux laineux , et la couleur de la peau, qui même est du plus beau noir chez les Jolofs. Les Peuls ou Poules, Fouhias du Sénégal, et les Fellatas du Soudan, qui appartiennent à une même race , pourraient aussi fournir d'intéressants exemples de l'incoDstance des types, s'il était bien prouvé que les tribus peules à cheveux frisés et à traits plus ou moins africains ne sont pas mêlées de sang nègre. M. d'Eichthal a fait ressortir avec beaucoup de bonheur les caractères qui distinguent celte race de celles au milieu desquelles elle a étendu ses conquêtes ; mais peutêtre a-t-il admis d'une manière trop absolue qu'elle n'avait rien d'africain. Nous avons vu le type nègre s'effacer d'une manière notable chez les autres peuples indigènes du Sénégal : chez les Fouhias , il se transforme encore davantage ; les cheveux tendent à devenir lisses, la peau s'éclair^ cit en prenant une teinte rougeâtre ; en un mot, le
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retour à des formes supérieures fait un pas de plus; c'est ce qui ressort de plus incontestable des différences que nous venons de rappeler (1).
Races guinéennes. On sait, ne fût-ce, hélas!
que par l'histoire de la traité des noirs , on sait que la Guinée nourrit une multitude de peuplades nègres , les unes sauvages et toujours guerroyantes, les autres parvenues à divers degrés de civilisation. La Guinée est le pays nègre par excellence. C'est ici que le type , tel que nous l'avons caractérisé, le vrai type éthiopien, atteint tout son développement. Mais il ne s'ensuit pas que tous les habitants de cette région, si distante de notre point de départ , soient jetés dans le même moule. L'empreinte est ici plus générale qu'ailleurs , et elle est aussi plus complète et plus profonde ; mais il s'en faut qu'elle ait partout la même intensité, il s'en faut même que les tendances vers d'autres types manquent toujours.
En dépit des frontières, nous prendrons nos premiers exemples de nègres guinéens sur les bords
(1) Quant à la parenté que M. d'Eichlhal admet entre les Foublas et les Polynésiens Je suis très-disposé à Faccepter, mais moins comme fait spécial que dans le sens général qui ressort du trayail de notre savant ethnographe sur l'histoire primitive des races océaniennes , et qui rattache les Polynésiens aux nations camites {Bulletin de la Soc. çihnol., 1. 1 et II ). Nous verrons que M. de Froberville a retrouvé , de son c6té, les nègres océaniens parmi les types nègres de l'Afrique orientale.
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du Cafltmiancai au sud de la Gambie. Là «rit au milieu des bois, un peuple dont les traits rappellent» dit-on , par leur régularité , ceux des Indous ; ce sont les Féloupes. A peu de distance , les Papels et les Balantes nous offrent au contraire une exagération du type nègre, et, en face du rivage qu'ils babitent, les Bissagos, groupés sous plusieurs cbefe dans un petit archipel , n'auraient , au rapport de Durand , ni le nei écrasé ni les grosses lèvres de leurs voisins. Les Tymanis , plus policés que les précédents, païens comme eux, mais vivant plus avant dans les terres , sont au nombre des nègres les mieux faits, et contrastent sous ce rapport avec les peuplades du littoral , qu'ils auraient , dit-on, cbassées devant eux en conquérants venus de l'intérieur du continent.
Les nombreux petits États de la côte d*Or nous offriraient des exemples semblables i ceux que nous venons de citer. Ici cependant on remarque une race prédominante, dont les autres sont sujettes ou tributaires ; cette race est celle des Âshantis. Tandis que les Fantis, branche du même tronc, se distinguent par leur développement musculaire joint à un visage assez saillant et à tous les caractères typiques du crâne éthiopien, les Ashantis auraient , au rapport de Bodwich , les traits du type caucasien. A cet égard, du reste, les classes supérieures se distinguent très^vanta-
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geusement de la multitude. Les Âshantis se ratta^ chent néanmoins au type nègre par les caractères de leur tête osseuse : ils ont la mâchoire supérieure ostensiblement projetée en avant , le front proportionnellement étroit , et sur un crâne dont M. Prichard donne le dessin , nous voyons les grandes ailes du sphénoïde s'arrêter avant d*at* teindre les pariétaux , dont le temporal les sépare. En échange , ce dernier caractère des crânes africains manque sur plusieurs des dessins que je trouve dans les décades de Blumenbach, et notam* ment sur des crânes de nègres de Guinée.
Les naturels de la côte des Esclaves ont généralement tous les traits du type éthiopien , et plusieurs tribus semblent en représenter Textréme développement. Le portrait du nègre qui a fourni à M. d'Âvezac les matériaux de son intéressant travail sur les Yebous offre un trait remarquable , c'est la division longitudinale du front en trois jsones saillantes , par suite d'un renflement des deux temporaux. Ces Yebous sont païens et pratiquent la circoncision ; ils s'adonnent à Tagriculture , à plusieurs industries , au commerce ; leurs mœurs et leur culte contrastent avec ce qu'on raconte de l'état social et religieux de leurs malheureux voisins du royaume de Dahomey. Les nègres de Bénin sont encore au nombre des plus caractérisés de toute la Guinée. M.Prichard^ qui a eu
Foccasion de voir dans la collection de M. Goates le crâne d*un de ces noirs (connus aux colonies sous le nom dlbos] , ne Ta trouvé ni plus épais ni plus pesant que la majeure partie des [crânes européens ; il l'a même trouvé plus léger que celui d'un Gypsie , de la même collection.
Nègres du Congo. Passons la ligne , nous arrivons , en suivant la côte ouest de l'Afrique , aux races du Gongo. Ici nous retrouvons la physionomie nègre , mais modifiée. Le changement qu'elle subit cette fois est plutôt dans le sens mongole que dans le sens européen ; il nous prépare un peu au type mixte des tribus nomades. du plateau de l'Afrique australe. Ghezles populations du Loango , d'Angola et du Benguela , la tête éthiopienne , tout en gardant ses caractères fondamentaux, son prognatisme y commence à s'élargir aux pommettes et à la région des orbites; en s'élargissant , elle s'aplatit au bas du front , à la naissance du nez , et prend , des tempes au vertex , un peu de la forme pyramidale, conséquence d'un grand développement latéral de l'arcade zygomatique. La partie supérieure du crâne est aussi plus arrondie et moins étroite que chez le nègre de Guinée.
Hottentots. Arrivés à l'extrémité du continent africain , nous rencontrons enfin des peuples no-
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mades chez lesquels les caractères mongols tendent à prévaloir sur ceux du nègre : ce sont les Hottentots, ou comme ils se nomment eux-mêmes, lesQuaiquâs. Leurs tribus descendaient jadis jusqu'au cap de Bonne-Espérance , et beaucoup de noms de lieux qui appartiennent à leurs idiomes prouvent qu'elles occupaient, à Test, le pays des Gafres bechuanas et amakosas. Refoulés de ces deux points vers le plateau sud-ouest, c'est là que nous trouvons aujourd'hui les malheureux restes d'une race jadis nombreuse et vraisemblablement moins dégradée qu'elle ne Test maintenant. Le plus misérable d'entre les rameaux de cette souche est celui des Saabs , ou Houzouanas , ou Buschmans , Bosjemens (hommes des buissons], habitants d'un pays aride situé à la limite de la colonie du Gap et du pays cafre. G'est à ce rameau qu'appartenait la fameuse Vénus hottentote, morte à Paris en 1815, et sur laquelle G. Guvier a publié une notice trèsdétaillée. Aux Buschmans, dépossédés de leurs troupeaux , et réduits à vivre de déprédations et de quelques mauvais produits du sol , opposons les Goranas, leurs mortels et redoutables ennemis, qui, possesseurs d'un bétail nombreux , promènent leurs bœufs et leurs brebis de station en station le long du cours supérieur du fleuve Orange et de ses affluents; puis les Namaquas, qui errent avec leurs troupeaux sur les rives du même fleuve , à
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Touest. Les Coranas et les Namaquas nous offrent le vërilable type physique et moral qu'on peut appeler Hottentot. Les Boschimans s'écartent à plusieurs e'gards de ce type, et en représentent une modification spéciale , différence qui concorde avec celles du genre de vie et avec celle du langage , car les Hottentots proprement dits et les Boschimans s'entendent difficilement.
Le Hottentot a la tête plus longue encore que le nègre, et cet excès portant sur la région occipitale, celle-ci étant en même temps assez abaissée, son articulation avec le cou se trouve reportée un peu en avant et dans la position la plus favorable à l'équilibre. Les tempes sont aussi plus redressées et le front plus bombé que dans le vrai type éthiopien. Des pommettes très-saillantes n'en donnent pas moins à la tête vue de face cette forme un peu lôsangîque qui nous frappe chez un Kalmouk ; mais , chez le Hottentot , l'angle supérieur du losange est trèsouvert et tronqué à son sommet , tandis que celui qui se termine au menton est, au contraire, beaucoup plus fermé que dans les races mongoles. Des joues très-relevées allongent et remontent sensiblement la partie externe des paupières. Le nez est large à sa racine, étalé à son extrémité inférieure, et la largeur de la cloison des narines rejette celles-ci très en dehors. Quant aux dents incisives, elles sont peu inclinées , et les lèvres n'ont rien de
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très-exagéré. Les cheveux sont courts et laineux , le teint est d'un fauve un peu rougeâtre, Tifis brun clair y couleurs significatives lorsqu^on les rapproche de la latitude de l'Afrique australe et surtout de la hauteur du pays sur lequel errent , depuis des siècles, ces tribus de souche éthiopienne. Le Hottentot nomade et pasteur est d'une taille avantageuse et bien proportionnée ; son naturel est doux 9 bienveillant , ouvert , mais apathique.
Les Boschimans , sans troupeaux et menant une vie précaire , se nourrissant de chasse , et réduits souvent à des racines , à des insectes ou des reptiles, sont de petits hommes, à membres grêles, chex qui les traits mongoles se prononcent Jusqu'à une extrême laideur ; les tempes s'inclinent et font ressortir la saillie des pommettes , les yeux s'étirent, le ne2 s'épate, les dents ^'avancent, et les lèvres se développent et font la moue bien plus que chez le Hottentot ; ici néanmoins le menton s'efface, au lieu de s'avancer ; les cheveux sont laineux mais peu abondants , et distribués par petites mèches tordues ; en général, les Boschimans sont les moins velus de tous les hommes. Quant à leur caractère, il est, comme leur regard l'annonce, défiant et rusé ; leur intelligence est éveillée par le besoin . On ne peut se dissimuler enfin , quand on compare les Hottentots aux Boschimans , que les différences qui les
distinguent oe soient précisément celles qui doi-
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vent distinguer des peuples qui tirent des ressources assurées de leurs troupeaux, et qui sont rarement soumis à des privations, d'autres peuples sans moyens réguliers d'existence, et qui ont pris l'habitude d'une vie aventureuse.
On a signalé chez les races hottentotes et boschimans , comme d'une haute valeur, trois caractères que nous devons encore rappeler : le premier est la perforation de la fosse olécrânienne de l'humérus ; on l'a aussi retrouvée chez les Guanches de Ténériffe, et ce n'est pas plus un fait constant qu'un caractère propre aux peuples dont il s'agit. Les loupes graisseuses, qui altèrent si fort la tournure des femmes buschmanes , non-seulement ne se rencontrent pas plus fréquemment chez elles que chez les Hottentotes, mais on en retrouve des exemples jusque chez des peuples de la côte de Mozambique. Parmi les autres détails rapportés dans la notice de Cuvier sur la Vénus hottentote , il n'en est aucun, quelque singulier qu'il soit, qui ne se résolve en dernière analyse dans un simple fait de développement, exagéré sans doute, mais dont les premiers degrés se retrouvent ailleurs, et notamment dans toutes les races africaines.
Somme toute , celles que nous venons de caractériser, et qui, au premier abord, semblent s'écarter du type nègre au point de constituer un type spécial , les races hottentotes, en un mot, ne sont,
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i vrai dire, que des races camites qui, à l'extrémité du continent, ont subi plus ou moins des modifications analogues à celles qui composent le caractère des peuples nomades de la haute Asie. Mais, au fond, le cachet de l'Afrique est celui qui prédomine et dans les formes de la tête , et dans les traits du visage, et dans les caractères des cljevïçux.
Revenons maintenant à cette régions-voisine des sources du Nil , d'où nous sommes partifr pour suivre le développement occidental du type nègre , et cette fois parcourons les côtes orientales du continent africain. Ici nous nous éloignons moins du point de départ , qui est aussi le point de contact des nations sémites et des nations camites.
Gallas. Au sud de TAbyssinie et jusqu'à Téquateur, peut être encore au delà , l'Afrique orientale est habitée par la race nomade et guerrière des Gallas, qui, d'après ses propres traditions, serait venue d'une région plus méridionale. Ces Gallas, groupés en tribus nombreuses et indépendantes, la plupart encore païennes, sont des nègres, mais différents à plusieurs égards de ceux de Touest. Us ont le nez déprimé à sa racine , court et large mais droit , les yeux petits et enfoncés , les lèvres médiocrement épaisses ; ils sont de grande taille et d une certaine corpulence. Leurs cheveux sont très-frisés, mais abondants. Évidemment nous
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retrouTons encore chez eux quelque chose des types copte et nubien ; plus , ces yeux enfonces que M. d'Àbbadie fait entrer dans sa description des Nubiens de Souakin , et qui se remarquent chez les Arabes ; sous ce double rapport , et quelqu*ait été leur précédent établissement ^ les Gallas se rattachent aux nations de l'Afrique orientale , et pré* sentent un premier exemple du développement modéré et spécial que le type éthiopien va nous offrir dans toute cette région.
Les Somaulis , habitants des côtes entre le cap Gardafuy et la ligne , nous sont représentés par M. d'Abbadie comme des noirs à grosses lèvres , à cheveux frisés mais abondants , offrant d'ailleurs d'assez belles formes. Plus civilisés que les Gallas, ils ont aussi des traits plus réguliers ; du reste les peuplades qu'on rencontre des rives de la mer Rouge à la côte de Zanguebar présentent, à des degrés assez différents, la couleur et la physionomie africaine.
Mozambiques. Au sud de Téquateur, cette physionomie se prononce encore davantage. Là M. de Froberville nous signale l'existence de trois groupes ostro-nègres échelonnés de la ligne aux frontières de la Cafrerie ; tous trois se rattachent à des types qui existent ailleurs dans tout leur développement. L'un d'eux rappelle d'une manière
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frappiat6 les nègres que nous rencotitreFons bien loin de cette région , dans' rOcéanie ; le second reproduit, plus ou moins dans TAfrique orientale, les types du Congo , et même ceux de la Guinée ; le troisième se ressent du voisinage des Gafres. On avait déjà signalé les rapports des noirs de Moiambique avec les vrais nègres d'une part, et avec les Gafres de Tautre. Ghez les tribus sau« vages , qui rappellent celles de la côte de Guinée , la tête semble atteindre un degré de prognatisme moins prononcé que sur la côte occidentale , et le front a plus de développement ; tel est le peuple des Makuas. Plus au sud» nous passons graduellement et sous le rapport des traits, et sous celui des idiomes, anx tribus de la Gafrerie proprement dite , et ce sont même des peuples mozam-^ biques qui ont reçu les premiers ce nom de Kafirs^ dont nous avons fait Gafres, et qui signifie infidèles. Les cbeveux , dans cette race de transition , sont plutôt frisés que laineux et peuvent être natés.
Cafres, On réunît sous ce nom un assez grand nombre de peuplades qui appartiennent encore, à différents degrés , au type nègre, mais avec des modifications particulières. Quelques-unes des plus septentrionales et voisines de la côte offrent, d'une manière frappante, les caractères de ce type ; elles sont dans un état social inférieur, et représentent
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à tous égards un peuple subjugué et déchu. Les Amazulas , qui les ont vaincues , se distinguent , au contraire , non*seulement par leur belle taille , mais par un caractère de physionomie plus régulier et qui s'éloigne à quelques égards des traits éthiopiens , quoique Owen qualifie ces Cafres de beaux nègres , expression qu'il ne faut prendre ici que dans un sens très-général. Ce nom conviendrait moins encore aux Bechuanas , et en général aux tribus de l'intérieur.
Les Cafres sont plus ou moins nomades et guerriers. Ils forment quelques nations assez nombreuses 9 cultivent un peu la terre , mais vivent surtout de leurs troupeaux. Quoique demi-nomades y quoique leurs villes ne soient que de grands camps, qu'ils quittent ou déplacent avec beaucoup de facilité, on les trouve initiés à plusieurs arts industriels ; ils fabriquent des poteries , travaillent le cuivre et le fer. Ils ont la notion d'un Dieu suprême, celle de l'immortalité de Tâme , et joignent à cela des superstitions qui rappellent un peu celles de rÉgypte , sacrifiant par crainte aux grands animaux, à l'éléphant, au bœuf, ou plutôt aux esprits, qu'ils croient exister en eux. Lés traits des Cafres sont une combinaison de ceux des nègres avec ceux des races caucasiques , et avec les traits mongols des Hottentots ; c'est-à-dire que la physionomie cafre est supérieure à la fois à celle des
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nègres proprements dits ,.et à celle de leurs voisins de Touest ; les plus civilisés sont en même temps ceux qui physiquem^t s'éloignent le moins de notre type.
Résumon&>nous.
1 . Au nord de Téquateur, les races africaines, en s'éloignant de la Nubie , atteignent, par une dégradation plus ou moins rapide, tout l'ensemble du type nègre le plus prononcé , mais ne vont pas au delà du prognathisme de la face , du rétrécissement du crâne et des traits qui s'y rattachent. Au sud de la ligne, ce même type subit une modification qui ajoute aux traits éthiopiens quelques traits mongols , surtout l'élévation et l'écartement latéral des pommettes qui diminue l'angle externe de l'œil , et finit par le rendre plus élevé que l'interne.
2. Le plus haut développement du type nègre se montre à l'ouest , sur la côte de Guinée , partie du continent africain la plus éloignée du point de départ pour l'hémisphère nord. C'est également sur la cote occidentale, et en tout cas à l'extrémité sud de l'Afrique et sur les terres élevées de cette région , que la modification mongole du type nègre arrive à son dernier terme. A l'est , les races sus et sous-équatoriales se dégradent beaucoup moins.
3. En général, le développement du type est moins rapide et moins complet dans l'intérieur des
terres que sur les rivages de la mer, qui , en i^fnque , isolent plus qu'ils ne mêlent les populations. Ce développement porte tous les caractères d'une dégradation ; il s'arrête ou même il rétrograde partout où des relations plus faciles et le grand courant^des migrations amènent des mélanges.
4. Pour le type nègre , on remarque un rapport assez constant entre Tétat social , le genre de vie, les aptitudes d'une part, et le développement de ce type. Quant à la modification moogole du sud, elle coïncide avec une vie plus ou moins nomade, partagée entre la guerre et le soin des troupeaux, sur un plateau d'une fertilité très-inégale.
& Rappelons enfin qu'au sein des tribus les moins éloignées du type caucasique, au milieu des peuples de la Nubie , du Soudan , de la Sénégamhie, et dans le sein des nations cafres, on rencontre un certain nombre d'individus qui , sans mélange de sang étranger, représentent isolément le type nègre le plus caractérisé.
Après avoir pris note de ces observations générales, passons à d'autres types moins accentués que les précédents.
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