‹ De l'Huile d'Olives: Traitement de la Colique SaturnineChapitre 13 sur 14 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La colique des peintres, dont la nature a complètement échappé aux anciens, fut considérée par Tauwy comme une douleur péritonéale ; Willis la met sous la dépendance du cerveau, Astruc de la moelle. Dubois croit que le siège de la douleur est dans le mésentère où s’est amassé le plomb absorbé par l'estomac ; Henckel en fait une infiammation de l'intestin ; Dehaen place le siège du mal dans le grand sympathique ; Gombalusier croit que le plomb agit mécaniquement par son propre poids sur les tuniques intestinales ; Gardane prend la constipation pour la cause et non pour l'effet de la maladie ; Desbois Rochefort attribue la constipation à un dessèchement de la muqueuse intestinale. Mérat est tenté d’en faire une paralysie du tube intestinal et, cependant, il en signale la contracture. Giacomini et Briquet incriminent la contracture des muscles abdominaux ; Kussmaul et Mayer pensent que le plomb agit en amenant d’abord l’hypertrophie, puis l’atrophie des éléments glandulares et musculaires de

l'intestin.

Tanquerelet Segond attribuent les symptômes observés à une irritation du sympathique produite par l’inflammation chronique du tissu cellulaire ambiant.

Vulpian se demande s’ils ne résultent pas d’une action du plomb sur les nerfs sécréteurs intestinaux.

Harnack croit à une irritation des ganglions des parois intestinales, Teissier fait agir le plomb sur les fibres lisses de l’intestin.

Quoi qu’il en soit du mécanisme interne, que le plomb agisse sur le système nerveux central, sur lesympathique, sur les ganglions intestinaux ou sur les fibres lisses ellesmêmes, on admet généralement aujourd’hui que la colique de plomb est le résultat d’une contracture de l'intestin, d’une crampe, qui amène la constipation et la douleur. C’est une phase de l’intoxication plombique absolument semblable à celle qui se montre sur les vaisseaux, le cœur, l'utérus, la vessie, les parois abdominaies, sous forme de contracture. Maintenant, s'agit-il d’une lésion primitive des fibres lisses sur laquelle le plomb s’est fixé à état de sulfure, ou d’une irritation d’origine nerveuse. C’est ce qui n’est pas encore résolu.

Comment agit l’huile sur cette crampe, quel est le mécanisme de son action thérapeutique. Cest ce qu'il nous reste à examiner. |

Donnée à la dose d’un verre ou deux, l'huile dans un intestin normal est incomplètement attaquée par le suc pancréatique et, selon Rabuteau, produit mécaniquement une hypérsécrétion des glandes de Lieberkühn amenant presque exclusivement, sinon totalement, les évacuations. Elle a une action cholagogue manifeste, commel’ont montré les expériences de Rosenberg. Chez des chiens munis

ere d'une fistule biliaire et dont on recueillait la bile par un dispositif spécial, la secrétion du foie augmentait dans des proportions considérables sous l'influence de l’huile. Cette augmentation débute trente à quarante-cinq minutes après l’ingestion, quelquefois seulement dans la deuxième heure pour atteindre son maximum dans la troisième ou la cinquième.

Les matériaux solides sont augmentés d’une facon absolue, mais la bile est relativement plus liquide.

Il faut toutefois remarquer que les animaux, à l’état de jeûne, ont, au contraire, une diminution de la sécrétion, ce qui explique les expériences, en apparence contradictoires, de Bidder et Schmidt.

Les résidus de la digestion de l’huile, prise à hautes doses, se retrouvent dans les selles sous forme de corps ovoïdes à facettes, mous, blanchâtres ou verdâtres, solubles dans l’éther et le chloroforme et qui se composent, d’après Villejean, d’une très faible quantité de cholesté-rine, de 21,4 pour 100 d'acides gras (surtout acide palmitique), de 14,93 pour 100 d’oléineet de 63,67 pour 100 de palmitine.

En somme, l’huileest généralement considérée comme un de ces médicaments «qui entrent dans les canaux écartent leurs parois les unes des autres et les ramollissent en les humectant ».

Pour Boerrhaave, «elle émousse les particules âcres de nos humeurs non pas en changeant leur figure, mais en les enveloppant et les enfermant pour ainsi dire dans une boëte. Ainsi, quand un étui ou une gaisne contient des aiguilles,un couteau et d’autres instruments piquants ou «anchants, on peut dire, en quelque sorte, qu’elle adou-

cit leur âcreté ». {Traité de la vertu des médicaments).

Mais nous croyons de plus à une action spéciale sur l’élément douleur. Elle nous semble bien prouvée par nos observations où la diminution des souffrances a presque toujours précédé la débâcle critique et aussi par l’observation de dysenterie traitée par l’huile d'olives, comme le faisait d’ailleurs autrefois Boerrhaave.

Nous admettrions volontiers que, si la douleur disparait, c’est parce que la contracture diminue sous l'influence de l'huile. S'agit-il d’une action spéciale sur les extrémités sensitives amenant par réflexe l’excitation du trisplanchnique ou la paralysie du pneumogastrique, c’est ce que nous ne pouvons dire. Mais la chose ne nous paraît pas impossible.

Déjà Villemin étudiant l’action de l’huile dans la colique hépatique (Bull. thér., 1891) instruit par les expériences de Chauffard et Dupré montrant que l’huile ne pouvait remonter dans le canal cholédoque pour dissoudre les canaux biliaires, pénétré de cette idée qu’elle calmait le plus souvent les douleurs bien avant l’action cholagogue, avait émis l’opinion qu’elle agissait par action réflexe sur la contracture du canal cholédoque.

La contracture,n’est-ce pas l’essence même de la colique de plomb comme de la colique hépatique et n’est-il pas permis de supposer que dans les deux cas l’huile agit pareillement ?

Cette hypothèse, nous avons voulu la soumettre au contrôle de l’expérimentation.

Mais nous nous sommes heurté à des difficultés techniques presque insurmontables. Il est en effet impossible d'obtenir par les moyens physiologiques ordinairement

employés la contracture de l'intestin, comme on obtient celle des muscles de la vie de relation. Nous avons voulu toutefois apprécier l’action de l’huile sur un péristaltisme exagéré. Grâce à M. le professeur Morat qui s’est gracieusement mis à notre disposition nous avons pu recueillir le tracé des contractions intestinales chez le chien avant et après la section du splanchnique, nerf modérateur des mouvements de l'intestin, et après l’ingestion d'huile. Malheureusement, l’irrégularité naturelle du tracé normal qui est extraordinaire, nous a empêché de tirer une con. clusion sérieuse de nos expériences. L’ingestion de l’huile ou mêmeson injection directe dans l'intestin onthien amené une accalmie et ur repos au milieude contractions violentes, de même que, répandue sur les flots, elle fait succéder, à ce que je me suis laissé dire, le calme plat à la tempête. Mais ces périodes se retrouvent sans que l’huile soit administrée et on ne peut en tirer de conclusion ferme.

D'ailleurs, combien nous étions loin des conditions cli-niques ! 11 faudrait pour s’en rapprocher, saturniser des animaux, des chiens de préférence, qui offrent plus souvent des coliques sous l'influence du plomb. Il est vrai que l’appareil symptomatique de la colique saturnine est impossible à réaliser entièrement chez les animaux qui présentent presque toujours de la diarrhée au lieu de constipation. Mais ce n’est pas une objection capitale contre l’étude expérimentale de l’huile et, au moins, pourrait-on juger de son action analgésique.

. Chez ces animaux en proie à la douleur, on prendrait le tracé de la péristalse intestinale avant et après l’ingestion de l’huile. Nous croyons que ce serait là un point intéressant à étudier, et nous regrettons que le temps ne

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nous ait pas permis de l’aborder, au’ moins pour; le moment.

Quoi qu’il en soit de l'explication, l'effet anodin persiste. Convaincu avec Littré « qu’il n’est pas de développe ment, le plus avancé de la médecine contemporaine, qui ne se trouve en embryon dans la médecine antérieure », nous avons secoué la poussière des vieux auteurs et nous avons pu voir le grand cas qu'ils faisaient des huileux contre la douleur.

Mais nous n’avonspas été peu surpris deles voir conseillés comme préservatifs, par Dehaen. Cet auteur raconte que, en treize ans, il n’a pas vu survenir une colique dans une usine où l’on travaillait le plomb, depuis qu’ony avait commencé l’usage du lard comme aliment. Nous nous sommes alors.rappelé les études de Ghapuis (th. Lyon, 1879) qui a montré que l’arsenic associé aux corps gras, au beurre notamment, était difficilement absorbé et rapidement éliminé. Girardin (Chimie générale) prétend qu’on fait prendre chaque jour deux petits verres d'huile d’olives aux criminels chargés de la fabrication de l’acide arsénieux.

Est- ce qu’un rapprochement ne s'impose pas? Nous ne voulons point assurer que Le plomb se comporte vis-à-vis des corps gras comme larsenic, n'ayant fait aucune recherche à ce sujet, mais la chose à priori ne parait pas impossible et mérite d’être étudiée.

D’ailleurs, ce rôle préservatif serait-il illusoire, que l’huile resterait une excellente méthode de traitement dans la colique saturnine. Elle nous a paru réaliser à souhait ce vieil adage de Gelse : Guérir cito, éulo et jucunde.

Nous l’avons toujours employée pure afin de pouvoir

étudier son action isolée, mais nous sommes loin de rejeter avec mépris des médicaments qui ont fait leurs preuves et qui ont de bons états de service. L'association de l’huile à la belladone, selon la méthode des médecins américains, nous parait en particulier excellente.

Nous n’avons employé que l’huile d'olives, mais Phuile d'amandes douce, l’huile de lin nous sembleraient aussi efficaces et l’on doit s’en rapporter, à ce point de vue, au goût ou à la convenance du malade.

GONGLUSIONS

I. Le traitement de la colique saturnime par l'huile se montre d’une efficacité évidente.

II. Les douleurs sont soulagées rapidement, dès le premier jour. Ge sont surtout les paroxysmes violents qui disparaissent presque instantanément. Les douleurs continues, s’atténuent, s’assourdissent, mais ne s’effacent que le second ou le troisième jour.

III. La constipation cède après les grandes douleurs. Les selles se montrent abondantes dès le second ou le troisième jour. À ce moment, les coliques se suppriment complètement et, avec elles, tous les troubles de la sensibilité, hyperesthésies, anesthésies, etc.

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