‹ De l'Huile d'Olives: Traitement de la Colique SaturnineChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Guidés par les théories les plus diverses sur la pathogénie de la colique saturnine, les auteurs ont proposé contre elle les médications les plus variées, les uns se contentant de lutter contre la douleur ou la constipation, les autres s’attachant à combattre la cause morbide elle-même.

Nous rangerons donc les médications en deux classes, les symptomatiques et les spécifiques ; le premier groupe comprendra les évacuants et les calmants, le second les antiphlogistiques, l’électricité, les moyens chimiques et la méthode éliminatrice. Nous les exposerons successivement et isolément, quoiqu’elles aient été le plus souvent associées, même par les auteurs qui les ont expérimentées.

Méthode évacuante. — La constipation est le symptôme dominant de la colique de plomb. C'est à elle que les malades rapportent toutes leurs souffrances. C’est à elle que les médecins se sont tout d’abord attaqués. Les anciens,

Re pee qui w’avaient que des idées très vagues sur l’intoxication saturnine et ses accidents, bornent là leur thérapeutique. Celse, Dioscoride, Paul d’Egine, Ætius recommandent à la fois les vomitifs et les purgatifs. Avicenne y ajoute les diurétiques. Mais c’est à la Charité que cette médication se systématise et atteint son apogée. Les religieux qui fondérent cet hôpital avaient apporté d'Italie un médicament décoré du nom bizarre de macaroni et composé d’une partie de verre d’antimoine (oxysulfure d’antimoine fondu) pour deux de sucre, le tout pulvérisé et bien mêlé. Les succès qu'ils en obtinrent engagèrent les médecins qui prirent leur place à en continuer l’usage, tout en variant le nom et les formules. Ils en arrivèrent à une réglementation systématique du traitement, dont Mérat nous a laissé la description. Dès l’entrée, le malade prend le lavement purgatif des peintres.

Electuaire diaphænix, 30 grammes.

Poudre de jalap, 4 grammes.

Sirop de nerprun, 30 grammes.

Infusion de 15 grammes de séné dans 900 gr. d’eau.

Pour boisson, dans la journée, eau de casse avec les grains (casse 60 grammes, eau 1000 grammes, tartre stibié 15 centigrammes, sel d'Epsom 30 grammes). Le soir, lavement anodin (huile de ricin 180 grammes, vin rouge 360 grammes), puis, à huit heures, bol calmant (thériaque 4 à 6 grammes, opium 5 à 7 centigrammes).

Deuxième jour. — Le matin, eau bénite (tartre stibié 30 centigrammes, eau tiède, 240 grammes) à prendre en deux fois à une heure de distance.

Le reste du jour, tisane sudorifique simple (gaiac, squine, salsepareille, aa 30 grammes ; eau 2000 ; à réduire

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à 1000 grammes par ébullition ; puis sassafras 30 grammes, réglisse 15 grammes). Le soir, lavement anodin et bol calmant, ut supra.

T'roisième jour. — Le matin, deux verres de tisane sudorifique laxative (tisane sudorifique simple 1000 grammes, séné 30 grammes). Dans la journée, tisane sudorifique simple. À 4 heures, lavement purgatif des peintres. Le soir, comme le premier jour.

Quatrième jour. — Le matin, potion purgative des peintres (différant du lavement en ce que l’infusion de séné est faite avec 8 grammes dans 250 grammes d’eau), puis tisane sudorifique simple.

Le soir, comme le premier jour.

Cinquième jour, comme le troisième jour.

Sixième jour, comme le quatrième jour.

Septième jour, comme le cinquième jour.

Diète pendant tout le traitement.

En général, on commence à donner du bouillon le quatrième ou le cinquième jour. Si, au bout de la semaine, la guérison n’est pas arrivée, on reprend le traitement des derniers Jours.

Et ce n’est là que la formule de Mérat déjà très simplitiée! Est-ce qu'en relisant cette médication où les purgatifs succèdent aux vomitifs, aux sudorifiques et aux diurétiques, harcelant sans trève, sans repos, Le malheureux patient, il ne revient pas à l'esprit cette phrase de je ne sais quel sceptique : « Il est quelquefois étonnant de voir comme le malade résiste à notre médication » ?

D'ailleurs, ce traitement ne tarda pas à se modifier. Desbois-Rochefort avait ajouté les calmants. Le macaroni devenu mochlique avait fait place au tartre stibé. Celui- ci

TO fut détrôné à son tour par la famille des drastiques qui régnèrent en maitres pendant longtemps, soutenus par Mérat, Rayer, Andral, Tanquerel des Planches. En même temps disparaissaient les sudorifiques et les vomitifs.

L'huile de croton tiglion, surtout, à la dose d’une goutte, associée aux calmants et aux lavements purgatifs, fut préconisée par,Tanquerel des Planches. Mais ses nombreux insuccès, la longue durée du traitement, six jours en moyenne, l’y firent bientôt renoncer.

L'eau de Sedlitz a échoué dans les coliques intenses.

L'huile de ricin a réussi dans les cas légers,mais pour Tanquerel son efficacité est plus que douteuse dans les cas graves.

Si nous voulons maintenant apprécier la valeur de la médication évacuante dont le traitement de la Charité au moins au début reste le type, nous voyons, d’après les statistiques fournies, qu’ils amènent presque toujours la liberté du ventre et la cessation des douleurs en huit ou neuf jours (Gombalusier). Mais nous sommes loin de partager l’enthousiasme des Chomel, des Tanquerel, des Mérat qui en faisaient un préservatif de tous les accidents saturnins. « Le traitement de la Charité est le véritable triomphe de la médecine, s’écrie ce dernier. Que n’en possède-t-on un plus grand nombre ; il est infaillible ! »

Outre la lenteur de la guérison, avouée par la formule même de la Charité, ces purgatifs violents ajoutent à l’atrocité des douleurs, au moins pour un moment et peut on dire que leur action irritante et répétée soit toujours inoffensive pour la muqueuse gastro-intestinale ! Les accidents à la suite de cette médication ne sont malheureusement pas rares.

Calmants. — Ils se trouvent associés aux autres remèdes dans presque toutes les formes de traitement.

Citois, Tronchin y ont recours, le premier sous forme de laudanum et de cynoglosse, le second sous forme de camphre associé à l’opium. Mais c’est Stoll qui fut le véritable vulgarisateur de la médication opiacée. Ille donnait à fortes doses et longtemps, y associant le plus souvent les vomitifs et les purgatifs.

Brachet, en 1827, recommande encore l’opium, mais il administre seul. Bouvier et Martin-Solon lui substituent la morphine et obtiennent des guérisons au bout de trois à six jours. Il est vrai qu’ils se servent concurremment des purgatifs et des lavements.

Tanquerel est aussi partisan de l’opium qui, selon lui, abrège souvent la maladie et prévient les paralysies et les rechutes. Et cependant, il avoue avoir vu des coliques lui résister pendant quatorze jours.

Pauthel (Memorabilien, 1862) recommande, on ne sait trop pourquoi, d'associer le sous-nitrate de bismuth à Popium.

L’opium, malgré l’avis de Tanquerel des Planches, augmente la constipation et, de ce fait, la durée de la maladie. Cest pour cela que Stoll, Payen, Wolf, Hillary ont essayé la Jusquiame. Mais elle n’a pas réalisé Les espérances qu'ils en attendaient,

La belladone, au contraire, employée tout d’abord par Ranque à l’hôpital d'Orléans (1825), dans une formule compliquée de liniment antinévralgique, a été plus ou moins remarquée par Guéneau de Mussy, Fonssagrives, Beaujon. Delmas, de Montpellier, qui l’a employée dans dix cas, à vu les douleurs diminuer au bout d’un jour, un

Pie CR jour et demi, et la constipation disparaître au bout de trois ou quatre Jours.

C’est à M. le professeur Bondet qu’on doit l’adoption définitive de la belladone comme traitement classique de la colique saturnine. Ses idées ont été exposées dans la thèse de son élève, le D' Gauch. M. Bondet donne le premier jour 10 centigrammes d’extrait de belladone, par pilule de 1 centigramme. En même temps, frictions plusieurs fois répétées sur l’abdomen avec la pommade suivante : Axonge, 30 grammes ; extrait de belladone, 4 grammes. Si le lendemain la douleur persiste, la dose est élevée à 14 et même 16 centigrammes. Bains sulfureux après la cessation des douleurs où même dès le début. Toniques.

S'il observe des symptômes toxiques : sècheresse de la gorge, constriction du pharynx, délire, cauchemars, dilatation de la pupille, troubles de l’accommodation, il diminue les doses. Il ne croit pas qu'il y ait avantage, comme le prétend Fonssagrives, à aller jusqu’à l’effet toxique.

L’atropine a un effet immédiat, mais peu durable.

Parla belladone les douleurs disparaissent complètement en moyenne trois Jours et demi après le début du traitement, la constipation cesse à peu près en même temps. On n’observe guère de récidives, mais le médicament a peu d’action quand il y a eu de nombreuses attaques antérieures.

Ïl agit à la fois en diminuant la douleur et la contracture musculaire.

Le chloroforme, essayé par Blanchet de Tours, ne fut vulgarisé comme traitement de la colique saturnine que par Aran.

Il met sur l'abdomen des compresses imbibées de chloroforme, et ordonne chaque jour deux lavements et une potion, renfermant chacun 80 à 50 gouttes de chloroforme. En même temps bains sulfureux.

Les douleurs disparaissent du deuxième au cinquième jour.

Les selles se rétablissent deux ou trois jours après cet amendement.

Sur 21 cas, 3 insuccès et une entérite. Graves, Stokes ont employé sans succès les lavements de tabac.

MM. Devic et Chatin ont publié, dans la Province médicale du 5 novembre 1892, trois observations de traitement de la colique saturnine par l'antipyrine. Ils ont obtenu au bout de deux jours la sédation des douleurs dans deux cas, mais ont échoué dans le troisième. Ils reconnaissent la supériorité de la belladone.

Les pulvérisations d’éther sur l’abdomen (Moutard- Martin), l’application de vessies de glace (Constantin Paul), les affusions froides et les douches en pluie (Monneret) n’ont pas réussi davantage.

Tous ces calmants encourent le même reproche : c’est que la cure resle lente, si le malade est assez vite soulagé. Ce calme artificiel n’est souvent pas de longue durée et il faut presque toujours avoir recours en même temps’ aux purgatifs et aux lavements.

Méthode antiphlogistique. — Née d’une erreur ana tomo- pathologique, cette médication a trouvé dans Astruc, Dehaen, Tronchin, Broussais, des partisans convaincus. La saignée est près d'eux en grand honneur.

Un religieux, cité par Bordeu, pense qu” « après la sixième, il en faut une septième, parce qu’il y a sept jours

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dans la semaine, une huitième pour faire le compte rond, puis la neuvième parce que numero Deus impare gaudet. »

Les sangsues, les vésicatoires, les lavements émollients, les cataplasmes sur le ventre, les bains sulfureux, les tisanes émollientes complétaient le traitement.

On conçoit que des malades, déjà anémiés et affaiblis par l’intoxication saturnine, se soient trouvés assez mal d’une pareille médication. Ils ne guérissaient guère qu’au bout d’une semaine et encore avec l’aide des purgatifs et des lavements.

Le D° Wilson de Middlesex a préconisé les lavements d’eau chaude donnés sans interruption dans un bain tiède. IL rapporte six cas de guérison sans rechute obtenus en moyenne après sept jours de traitement.

Rappelons en passant que le professeur Raymond Tripier a conseillé dans la colique saturnine les lavements chauds à 45 ou 48 degrés. 3

Les grands bains ont été très employés par Comba lusier qui en fait le plus grand éloge.

Electricité. — Depuis très longtemps préconisée contre les paralysies saturnines, elle n’a été appliquée à la cure de la colique de plomb qu’en 1850 par Briquet. Convaincu que cette affection est une myosalgie des muscles abdominaux contracturés, il fut naturellement amené à les faradiser. Avec l’appareil de Duchenne ou de Morin et Legendre, il promène sur l'abdomen le pinceau métallique incliné au début, puis perpendiculaire à la surface cutanée à la fin de l’opération. Le conducteur à éponge est appliqué sur un point quelconque de la surface du corps. Malgré les brillants résultats qu’il en a obtenus, faisant

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disparaitre la douleur au bout d’une séance ou deux et la constipation après quatre jours, malgré la thèse de Willette, ce traitement n’a pas survécu, condamné dès son origine par ce fait qu’il est. atrocement douloureux. « Les hommes, dit Briquet lui-même, s’agitent et vocifèrent à un tel point qu’on en serait effrayé. » Etil ajoute : « Peut-être lespèce peintre en bâtiments sur laquelle J'ai opéré est-elle une espèce plus criarde et plus agitée que d'autres. » Il va jusqu’à proposer la chloroformisation pour faire accepter un remède pire que le mal.

Les courants continus dont l’action paralysante a été bien mise en relief par Valentin, ont été employés avec succès contre la colique de plomb par Hiffelsheim et Remak. Mais la sédation est peut-être due plutôt à leur action purgative qu’à l'effet produit sur la contracture des fibres lisses.

Méthode chimique. — Cette médication se propose de transformer les composés solubles de plomb qui se trouvent dans le tube digestif ou l'organisme, en composés insolubles qui seront éliminés avec les fèces ou, devenus inoffensifs, resteront au sein des tissus.

L’alun surtout a été préconisé par Kapeler et Montanceix qui en avaient fait la base du traitement de Saint- Antoine et lui attribuaient des résultats trop souvent dus aux lavements et aux potions qui l’accompagnaient.

Gendrin expliquait son action en supposant que l’acide sulfurique du sel donnait avec le plomb contenu dans les tissus un sulfate insoluble, inoffensif selon lui. Réaction impossible à concevoir dans l’organisme et inutile même, puisque le sulfate de plomb est un sel éminemment toxique quoiqu’insoluble.

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