‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 108 sur 216 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

« tent pas désormais plus de deux cents ans jus- « qu'à la fin des siècles ( i ). w Enfin il s'explique nettement sur la base de cette opinion, en disant que « Dieu ayant créé le monde en six jours, ce a monde ne durera, tel qu'il est, que six jours, qui « sont six mille ans, parce que le grand jour, à ce l'égard de Dieu, est dé mille ans (2). »

Telle était donc l'identité de la foi au Messie et de la foi à une époque pa linge nésique, tel était le rapport profond du Christianisme et de l'antique astrologie judiciaire qui donnait au monde des périodes de fin et de renouvellement, qu'à mesure que les six mille ans fuyaient derrière eux sans que le monde s'écroulât, les Chrétiens reprenaient incessamment leurs calculs, pour se persuader que les six mille ans n'étaient pas encore passés. Et voilà peut-être la raison profonde qui a fait que S. Jérôme, au cinquième siècle, a donné conscien-

(i) « Jam superius ostendi, compieti$ aDDorum. sex miilibus, muta- « tionem islam fieri oporlere, et jam propinquare summum illum confu- *• sionis extremœ cUem.... Quando tamen compleatur bsec summa, dorenl « ii qui de temporibus scripserunt , colligentes ea ex Litteris saactis et ex « variis historiis , quantus sit numerus annorum ab exordio mundi. Qui « licet varient , et aliquantulum numeri eorum siimma dissentiat , omnis «• tameD expectatio non àmplius quam ducentorum videtur annorum. » ( Instit, Divin, y lib. VIT, c* 25. )

(a) « Quoniam sex diebus cuncta Dei opéra perfecta sunt , per saecula « sex , id est annorum sex miilia , manere boc statu mundum necesse est. •• Dies enim magnus mille annorum circulo terminatur, sicut indicat Pro- « phela , qui dicit : Ante oculos titos , Domine , mille anni tanquam dies « unus. » ( Ibid.) c. i4> )

7^.8 vh l'huaianitë.

cieusemeiit la main aux Juifs pour propager l'altéra tion (les nombres de Moïse dans sa traduction de la Bible, et reporter ainsi en avant quelques siècles qui permettraient à la prophétie de la fin des temps pour le sixième millénaire de subsister encore. Incertain entre deux points tout à fait inconciliables, il aima mieux, voyant le Christianisme bien décidément posé, laisser croire que Jésus avait paru au commencement du cinquième millénaire ( bien que primitivement on n'eût cru en Jésus que sur la supposition qu'il était venu à la fin du sixième), que de montrer si manifestement que la venue du Christ n'avait pas eu les suites qu'on attendait, et que la prophétie de la fin et du renouvellement du monde était une chimère. Voilà peut-être, dis-je, la raison pourquoi l'Eglise, non plus, n'a jamais rien décidé sur cette question capitale des temps, et qu'elle aussi a donné la main aux rabbins juifs, pour faire le monde plus jeune de près de deux mille ans que toute l'antiquité chrétienne ne l'a cru (i). Ce qui est certain, c'est qu'à l'époque où S. Jérôme propageait le calcid des Juifs , qui remettait la fin du monde, et suivant eux la

(i) Scaliger, le plus grand défenseur de la clironologie suivant le texte hébreu, avoue sincèrement que toute l'antiquité chrétienne a suivi les Septante. Parlant de Jules Africain , il dit : « Rursus quod omnes uno oie » ab Adam ad Christuin quinquies mille quingeutus annos pularent , huic « quoque parti Africanus déesse uoluil » {Pro/egom, in Chron. Eitsvbii.)

venue du Messie, à quinze cents ans en avant, S Augustin, sentant trop bien que la foi à Jésus- Christ était liée à cette période palingénésique , cherchait encore à prolonger pour lui-niênie Tilliision du sixième millénaire. Il soutenait que de son temps on touchait au terme de cette grande année j mais qu'elle n'était pas encore accomplie ( I ).

Les Juifs, dans la suite, n'ont pas été moins embarrassés que les Chrétiens de cette fameuse période qui les séduisit si longtemps. Car enfin , suivant leurs calculs mêmes , et en rejetant les Septante pour adopter le texte hébreu qu'ils nous présentent , nous avons aujourd'hui dépassé le sixième millénaire (2). Est-il étonnant que les Talmudistes aient pris l'avance, en lançant des imprécations contre ceux qui comptent les années et supputent les époques : « La mort, s'écrient-ils , la « mort à ceux qui supputent les périodes de « temps! Les hommes, trouvant par leurs calculs « que le temps des promesses est arrivé, et que <' cependant on n'entend point parler du Messie, « sont portés à croire qu'il ne viendra jamais (3;. »

(i) « Cum, ex Litteris sacris, ab institutione hominis iiondum compléta « annorum sex millia computemus.» ( De Civitat. Dei, lib. XV, c. i3. )

(2) SuivaQl le calcul des Juifs, ce sixième millénaire a fini en 1 780.

(3) « Rumpantnr ossa eorum qui periodos temporuin computant. » ( Talrnud, tract. Sanhédrin. y c. 1 1 . ) — «« Solel enini ita conlingere, ul, cuni « adest (erniimis, nec venii promissio, tioiuines dicanl uunquam veulurani.» fMaimunid., cap. ult. Operis Magni.)

73o DE l'humanité.

C^'est encore dans cette vue que, parmi les trene articles de foi qu'ils nomment Iccarim , il y en a un qui regarde le Messie et qui est conçu en ces termes : a Je crois d'une foi complète que le Messie « viendra; et, quoiqu'il tarde à paraître, je J'ai' « tendrai toujours jusqu'à ce qu'il vienne (i ). »

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