LIVRE SIXl^.MB
nifestement dans la Bible à l'état de vide ou de virtualitésans manifestation^ à l'état de sentiment j et par conséquent désigne l'homme du sentiment j comme Gain désigne l'homme de la sensation^ comme Seth désigne l'homme de la connaissance. Nous aurions pu conclure, sans autre preuve étymologique, que Japhet, dans la triade de Noé, répondait à Abel dans la triade d'Adam; et nous avons vu en effet que toutes les paroles de la Bible le prouvent. Mais qu'arrive-t-il ici ? C'est que non seulement le sens de la Bible prouve ce rapport , mais qu'une nouvelle détermination étymologique, donnée par la Bible elle-même, ^îent encore combler la preuve. Car ce n'est pas vainement sans doute que la Bible nous dit que le nom de Japhet signifie espace, expansion. Or, remontant à la métaphysique source primitive de toutes ces déterminations, nous trouvons que le terme Akasa^ signifiant espace ou expansion^ est précisément synonyme dans cette métaphysique de Sunja\f qui signifie vide. Il ne manque donc pas le moindre trait à ce tableau comparatif; et les étymologies, aussi bien que les raisons tirées du fond même des choses, prouvent ce que nous avons voulu démontrer. Ajoutons que la signification profonde du nom de Japhet s'est conservée jusque dans les fables des poètes grecs sur Japet. Admettez, en effet, que le sens de Japet est Y espace ^ Veocpan-
sion^ V étendue j comme la Bible le dit de Japhet, et la fable grecque de Japet et de son fils Prométhée s'éclaire et s'explique. Or, il n'y a pas grande difficulté à reconnaître que Japet et Japhet sont le même nom , puisque Bérose avait traduit le Japhet oriental par le nom même que. les Grecs donnaient à Japet (i). Japet exprimant donc Vespace y on conçoit pourquoi dans la fable grecque il est fils du Ciel et de la Terre. Il engendre à son tour des fils qui participent de cette double origine : Prométhée représente l'aspiration vers le ciel 9 Epiméthée est l'homme de la terre , avide de sensation et de jouissance. Prométhée y comme son nom l'indique (2)9 est doué de sentiment ^ de pressentiment y de désir ^ de prophétie. C'est l'artiste par excellence , l'artiste tourné vers la connaissance. Il crée l'humanité; il invente la forme humaine^ et ravit le feu du ciel pour animer son ouvrage. Par opposition, son frère ne sait les choses qu'après qu'elles sont arrivées ; il est passionné, mais sans idéal (3). Tandis que Prométhée est le symbole de l'inspiration et du progrès , Epiméthée, au contraire, est le type de l'homme du
(i) « lapetus poetanim , Cœli et Terne 6Uiis , cum Hebneo Japliei est « idem. Nam et Berosus Cbaldœus vocat lapetum. Est autem Japhet tan- • tumdein ac latitudo,{J, Fungeri Dlctionn, Etymologicum,) »
(a) n^o{i.v)6eùc , celui qui voit d'avance, qui prévoit , qui pressent.
(3) ÉirtfAViOtuc , celui qui voit après , qui prend conseil et soin après révénement , qui s'avise trop tard.
fait : il se laisse trompera Fapparence; il s'éprend de cette Pandore où les dieux ont caché tant de pièges sous l'image trompeuse de tous les dons^ et il ne s'aperçoit de son erreur qu'après qu'il ressent amèrement tous les maux que cette belle statue sans cœur est venue lui apporter (i). Epiméthée et Prométhée sont donc deux types dans l'humanité, l'homme épris du fait, l'homme épris de l'idéal. On sait les développements qu'Eschyle surtout a donnés à cette figure de Prométhée. Dans Eschyle, Prométhée est l'esprit humain qui , animé par le désir de l'infini , cherche et toujours cherche. Prométhée , dans Eschyle , a inventé tous les arts (2), et poursuit son étemelle prophétie, attaché au rocher et sous les coups du vautour qui le dévore, (i'est qu'il est fils de Japet , c'est-à-dire symboliquement de l'étendue, de l'espace infini qui unit le ciel à la terre. Aussi les poètes se plaisent a rappeler cette origine caractéristique : iaireTovi^Tiç , éiî^ TTaïc ia'TreToto, dit toujours Hésiode en parlant de Prométhée ; audax lapeti genus y dit Horace. C'est une épithète que les poètes ne donnent qu'à lui seul, jamais à son fi*ère. Proclus et d'autres anciens , sans connaître l'étymologie de la Bible ,
(i) AÙTOtp d ^e^fUvo<, 5tc ^^ xducôv elx\ èvoviat. (Ûésiode, Opéra et Dies ^ V. 89.)
(9) n«(rat Wx^flu ëpoToîaiv bi» fl^oftioOéoc. {Eschyie.)
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avaient compris que Japet, le père de Prométhée, est le mouvement , l'expansion , Tétendue , ou plutôt ridée d'étendue sous ses deux formes d'espace et de temps. Proclus dérivait ce nom de deux radicaux grecs exprimant le mouvement (i). Cette étymologie , tout indirecte qu'elle soit , se rapporte bien aux radicaux hébraïques et à Féty moiogie positive de la Bible. De tous côtés donc il ressort une lumière qui nous montre que dans la triade d'Adam et dans la triade de Noé, le type humain est considéré sous ses trois divisions fondamentales, sensation, sent/ment^ connaissance , et qu'à la prédominance de sensation répondent les noms de Caïn et de Cham , à la prédominance de sentiment les noms d'^bel et de Japhet, et enfin à la prédominance de connaissance les noms de Seth et de Sem. Ces trois types sont, en d'autres termes, V indiutriel , \ artiste^ et le suivant. Au surplus la valeur de ces noms symboliques serait encore confirmée au besoin par le sens du mot Chanaan , nom donné au fils de Cham, et que Noé, dans sa malédiction , prononce au lieu de celui de Cham : « Maudit soit Chanaan, il servira ses frères. » Ce mot, en hébreu , signifie, dans une de ses accep-
(i) «« lapetus nihil aliud est , ut sensit Proclus (in Platonem) , nisi ce- « Irrrimus motus cœli et htiju^ univrrsi : qui vocatus est lapetus apud « Grxcos àub tou leodat xat usTeodat , a motu scilicet et volata. » (Natalis Comilis Mythohgia , lib. IV, c. 6.)