‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie] (volume 2)Chapitre 76 sur 216 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

de la dégrader. Voilà ce que la Bible exprime admirablement dans son style lyrique : « Japhet diri- « géra sa demeure vers les tabernacles de Sem. » Les commentateurs de la Bible n'ont pas pu comprendre le sens de ce verset, et l'un d'eux déclare que c'est une énigme indéchiffrable. 11 faut, en effet , pour comprendre cela , savoir que Japhet est l'homme du sentiment, le poëte, l'artiste.

Tout ce mythe de Noé, ou de l'humanité nouvelle et mieux équilibrée, qui succède à l'humanité primitive, me paraît si clair, que je n'ajouterai qu'un mot sur Tétymologie des trois noms de Sem, Cham, et Japhet. Le premier n'est que le nom de Seth modifié par le signe hébreu qui, placé en amiexe à la fin des mots, exprime la réunion, le collectisme(i). Le second me parait, de la même façon et dans le même sens, une modification du nom de Caïn. Quant à Japhet , ce nom est synonyme, pour le sens, du nom d'Abel. C'est la Bible elle-même qui nous met sur la voie de ce rapport. En effet n'avons-nous pas vu que, dans la métaphysique orientale, l'état potentiel de l'être, l'état opposé à l'état de manifestation est positivement appelé le vide ou Vespace indifféremment, par opposition au plein, qui est l'état de manifestation (2).

(i) Voyez l(i Grammaire de Fabre d'Olivet, pag. 39 et 75. (1) Voyez rhap. V de ce Livre, paj». 4H7 et siiiv.

\ M espace dans cette langue métaphysique des Orientaux, signifie évidemment Y expansion. L'être se concentre et rentre en lui-même, il est vide; il sort et se manifeste, il est plein. Passer de l'un de ces états à l'autre, c'est s'épandre^ se dilater^ et ce phénomène est causé par \ expansion. Voilà ce que les Bouddhistes entendent encore aujourd'hui quand ils disent que Dieu est le Vide, Snnjray ou l'Espace, Akasa. Or n'est-il pas remarquable que la Bible, qui d'ailleurs, comme nous avons eu occasion de le dire (i), porte, dès sa première ligne, la marque incontestable de cette métaphysique, nous donne, dans cette langue métaphysique même, l'interprétation du nom de Japhet ? En effet Noé, dans sa bénédiction, explique le nom de Japhet en disant : « Dieu dilatera Japhet ; » en hébreu : /apheth Mlohim /'iepheth. Tous les hébraïsants savent que c'est comme si la Bible disait : Japheth signifie dilatation , expansion , espace (2). Et en effet les Lexiques traduisent Japhet par dilatatus, « celui qui se dilate , qui s'épand. » Japhet veut donc dire V espace y ï expansion , comme Abel voulait dire le vide. Seulement le nom de Japhet, expansion , convient mieux ici que le nom primitif d' Abel. J^e sentiment à l'état ô! expansion^

(1) Chap. II (le ce Livre, pag. 3u5.

(2) C'est Tiisage coiistanl de la Bible (l'expliqiur les noms en y joignant ie verbe (|ui se rapporte à leur étymoiogie.

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la virtualité prête à se révéler, et non uniquement latente j non à Tétat de vide complet et indéfini, devait être le mot indicatif ici , de même que Sem n'est pas la connaissance isolée, ou Setb, mais la connaissance aspirant à la communion , la connaissance dans l'unité , et que Cham n'est pas la manifestation isolée, ou Gain, mais l'activité unie au sentiment et à la connaissance. On peut donc afiirmer, sans craindre de s'égarer dans de chimériques étymologies, que la Bible elle-même contient la preuve positive du rapport que nous établissons entre ces noms symboliques d'Abel et de Japhet. S'il est certain , en effet , et il l'est, que les métaphysiciens orientaux emploient comme synonymes les deux termes Sunjra et Akasa^ dont l'un signifie littéralement le ^videy et dont l'autre signifie littéralement Yespace^ comment ne pas reconnaître que le nom ^ Abel^ qui en hébreu veut dire le vide^ et le nom de Japhet , qui en hébreu veut dire expansion , dilatation , espace^ ont précisément entre eux la même connexion et le même rapport que les deux termes Sunya et Akasa? La Bible ne porte-t-elle pas, je le répète , dès son premier verset , le signe incontestable de la distinction métaphysique que l'on retrouve encore aujourd'hui en Orient entre l'état de plein et l'état de vide^ l'état de manifestation et l'état de virtualité? N'est-ce pas elle-

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même aussi qui nous a donné la signification positive des trois noms de la triade humaine d'Adam et de la triade humaine de Noé ? N'a-t-elle pas déterminé elle-même que le nom de Gain se rapportait à l'état de manifesfatùm , que Gain était l'homme de la sensation. Nous n'avons eu qu'à rapprocher de ce nom ainsi déterminé celui de Cham dans la triade de Noé. N'est-ce pas elle aussi qui a déterminé le sens du nom de Seth, en le portant à Yétre considéré en lui-même , indépendamment soit de Tétat de manifestation^ soit de l'état de virtualité , et par conséquent en le rapportant à la connaissance j qui saisit l'être sous ses formes, à travers la muabilité de ces formes, et par laquelle l'être aussi se saisit lui-même dans sa nature essentielle ; en sorte que c'est encore la Bible qui nous a dit positivement que, dans la triade d'Adam , Seth était l'homme de la connaissance. Nous n'avons eu qu'à rapprocher de ce nom ainsi délerminé celui de Sem dans la triade de Noé. Enfin, c'est la Bible qui nous a servi à déterminer le sens du nom d'Abel. Quant à ce dernier, elle ne l'indique pas, il est vrai, directement, mais seulement par opposition avec celui de Caïn ; mais la langue hébraïque ne laisse d'ailleurs aucun doute sur cette détermination. Abel , dont le nom répond au terme Sunja des philosophes de l'Inde, et signifie comme ce terme le vide^ se rapporte ma-

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