G-)0 DE L HUMANITÉ
Moïse. Enfin ]es Chrétiens disent qu'il a fait une nouvelle alliance avec Jésus, ou qu'il a donné au inonde , par Jésus , le signe d'une nouvelle alliance. Qu'est-ce qu'un tel contrat entre Dieu et un homme particulier appelé Abraham, ou Isaac, ou Jacob? Quel sens profond y a-t-il dans un pacte qui, en apparence, ne concerne qu'un homme, n'est fait qu'en vue d'un homme, et n'a pour but que de récompenser la vertu d'un homme, lequel homme encore est un prédestiné ! Qui ne ^oit que ce n'est pas là l'idée de Moïse , et que cet homme particulier avec qui Dieu fait alliance, c'est F humanité dans cet homme :. « Je te ferai devenir une #c grande nation , dit Dieu à Abraham ; je te béni- « rai , et je rendrai ton nom grand , et tu seras béné- « diction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je « maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les
« FAMILLES DE LA TEK RE SERONT BÉNIES EN TOI (f ). »
Ainsi Abraham , ce n'est pas un homme particulier: aux yeux de Dieu , c'est C homme-peuple , destiné à devenir l' homme-humanité : a Je te ferai devenir « une grande nation; et toutes les familles de la tf terre seront bénies en toi. » La même réversibilité qui faisait d'Adam, homme particulier, l'humanité tout entière , fait , dans cette alliance , d'Abraham , homme particulier, l'humanité tout entière, ('/est
(i) Genèse ^çhvk^, XII, vers. a-5.
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toujours la même doctrine de rhuiiianité collective, de l'unité, de la communion. L'humanité est dans Abraham , comme elle était dans Adam , comme elle était dans Noé. Dieu élit un homme dans lequel il voit par prescience la réalisation du type qu'il a donné à l'homme, c'est-à-dire à l'humanité. Il dit donc à cet homme : Tu es l'humanité, parce que , par mes lois éternelles , tout homme est virtuellement l'humanité, contient virtuellement l'humanité; et tu seras en fait l'humanité, parce que, étant plus conforme que tout autre au type que j'ai donné à ton espèce, et t'approchant plus de la vie véritable^ qui est l'unité de cette espèce, l'espèce viendra dans le temps se rejoindre et se rattacher à l'idée que tu représentes. Je te déclare par avance l'humanité, parce que tu as lu loi de la vie; et c'est pouixjuoi je te ferai peuple d'abord , pour te faire ensuite humanité.
Mais est-ce là tout, est-ce la seule idée qui soit marquée dans ce pacte par lequel Dieu promet à cet homme particulier l'humanité pour héritage? Non; l'idée inverse est aussi, quoiqu'en germe seulement, dans la pensée de Moïse, à savoir que cet homme particulier Abraham , Isaac, ou Jacob, revivra réellement dans l'humanité.
Il est bien vrai que ce second côté de l'idée n'a pas été développé par Moïse; mais il l'a été, comme je vais le montrer tout-à-l'heure, par les disciples
de Moïse, ou du moins par deux des trois sectes qui constituèrent le Mosaïsine. Les Pharisiens et les Esséniens méditèrent , après Moïse et d'après lui, sur l'individualité de chaque homme considérée relativement à l'espèce; et, tandis que Moïse avait surtout enseigné l'unité de cette espèce et le lien étemel , au point de vue virtuel et divin, de l'individu, dans sa vie présente et en tant que vivant actuellement, avec cette espèce, ils ont fait pour ainsi dire aux hommes particuliers ou aux individus la répartition de la vie spécifique et collective, affirmant non seulement ce que Moïse avait affirmé, c'est-à-dire l'unité de vie entre Tindividu et l'espèce, mais encore la vie éternelle de l'individu dans l'espèce. Ce qui était en germe dans la Bible se développa plus tard dans lés deutéroses.
Mais ni les Pharisiens, ni les Esséniens , ni Jésus, qu'on peut appeler le dernier des Esséniens, ni S. Paul , qu'on peut appeler le dernier des Pharisiens, ne sortirent de la voie ouverte par Moïse, c'est-à-dire de l'unité et de la communion, unité éternelle, communion éternelle , qui est aussi bien la loi de la vie présente que la loi de la vie future.
Je suis donc tout à fait de l'opinion de Lessing; mais je vais plus loin que lui. Je dis que ce n'est pas seulement par induction que nous pouvons renvoyer Moïse et la Bible de Taccusation qu'on porte ordinairement contre eux au sujet de ce