II A BÉRANGER
déle que nous donne Horace d*un écrivain honnête et ami du vrai, qui présente son livre à ses amis en leur disant : « Je me suis servi de ce que vous m'avez appris , et voici ce que j'ai trouvé à mon tour. Si vous savez quelque chose de mieux, dites-le-moi; sinon, profitez avec moi de ce que je vous apporte :
Vive, vale; siqûid novisti rectius istis, Candidus imperti ; si non , hiê utere mecum, »
Le doute qui règne aujourd'hui sur les questions fondamentales de la philosophie et de la religion est un supplice si grand et si général , que j'aurais pitié d'un homme qui ne saurait pas se mettre au-dessus du sentiment de l'imperfection de son œuvre , et que cette mauvaise honte empêcherait de faire ce que son cœur lui dicterait.
Vous ne partagez pas Terreur de ceux qui divisent en lambeaux et mutilent à plaisir la connaissance humaine ,.et qui se sont fait de l'art une idole à part de l'humanité. Ce n'iest pas vous, ami, qui me direz dédaigneusement que votre poésie n'a rien à démêler avec des recherches de métaphysique et d'histoire. Mais si quelqu'un de vos admirateurs trouvait étrange cette dédicace , je lui dirais à mon tour qu'il n'a pas compris ^tre poésie , et qu'il a pu s'en enivrer follement sans savoir en nourrir son âme. Hoti, cet admirateur de votre génie ne tsait pas qui vous êtes ; il ne sait pas c[ue vous avez avec la philosophie bien des liens de famille.
Vous êtes, en poésie comme en réalité, le fils de cette grande génération de la fin du dix-huitième siècle, qui fit la Révolution. Je pense souvent à cett^ sublime scène oùFrancklin présenta son petitfils à Voltaire, et où le grand philosq)he incrédule se leva, ému, plein d'enthousiasme, et, la main tendue vers le ciel, bénit le petitfils de Francklin au nom de Dieu et de la liberté : God and Lib&tyl Je me trompe peut-être , mais il me semble que cette alliance entre Voltaire et Francklin fut aussi une sorte de réconciliation entre Voltaire et Jean-Jacques : j'entends entre leurs génies divers, entre les pensées et les tendances dont ib avaient été les représentants; car