‹ De l'humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vrais définition de la religion et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaisme et du christianisme. [Première partie]Chapitre 3 sur 60 · A BÉRANGER. III · texte numérisé non relu

A BÉRANGER. III

je découvre en partie Rousseau sous l'image de Francklin. Cette entrevue me paraît ainsi une sorte de scène finale du dix-huitième siècle. Voltaire , si près de sa tombe ; Francklin , Timprimeur Francklin, qui venait 'd'apporter à la France l'acte de déclaratidn des droits de l'homme et du citoyen , promulgué en Amérique après avoir été pensé en Europe ; et un enfant entre ces deux vieillards : quel spectacle ! Or supposez que ce petit-fils de Francklin , ainsi béni par Voltaire , soit devenu un grand poète : que serait-il arrivé ?

Ce poète se serait toujours souvenu avec piété de Voltaire , son parrain , et serait resté fidèle à la tradition du siècle émancipateur. Il aurait été , comme ce siècle , impitoyable pour toutes les hypocrisies , pour tous les mensonges , pour toutes les superstitions. L'esprit de la satii*e et de la comédie lui aurait été donné , pour achever de faire tomber tous les masques , et pour détruire les dernières impostures d'un ordre social faux et condamné par la Providence. Tandis qu'en d'autres pays que la France d'autres pbètes n'auraient senti que là tristesse de cette mort de toutes les antiques croyances et l'effroi inévitable attaché à-cette fin d'un vjeux monde condamné , lui , il aurait continué l'œuvre d'initiation de la France, l'œuvre du dix-huitième siècle. Il aurait raillé encore, alors que ces autres poètes ne savaient que gémir et pleurer. Il aurait paru , en face de ces Héraclites , avoir le rôle de Démocrite. Il aurait ri , mais non pas de ce rire désolé que l'on reproche à Voltaire. Fils de Francklin , béni par Voltaire au nom de Dieu et de la liberté , l'enthousiasme se serait mêlé à l'ironie dans l'âme de ce poète. Au milieu d'un monde corrompu et atteint de désespoir , il aurait été beau d'espérance , ayant pour lui Dieu et la liberté; et sa satire, animée d'un sentiment lyrique, serait devenue votre chanson.

Le culte de l'humanité fut le culte de Voltaire. Sur les ruines entassées autour de lui et par lui, sur les débris amoncelés de toute religion positive. Voltaire retrouvait parfois dans son cceur la religion , rindestructible religion : il l'appelait HUMANITÉ. Le poète que je suppose aurait eu , comme Voltaire , le culte de l'humanité ; mais il n'aurait pas eu cet aveuglement contre le Christianisme, nécessaire

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