VERS LA TERRE
Non, nous ne croyons pas avilir notre âme ni abaisser nos regards , pour les tourner, comme nous faisons, vers ce qu'on
nomme la terre. Les tourner vers ce qu'on nomme la terre , ce n'est pas les tourner vers quelque chose d'inime et de misérable. En regardant ce qu'on nomme la terre , nous rencontrerons aussi bien la perspective de l'infini et le champ de l'idéal divin, qu'en dirigeant vainement nos yeux vers ce qu'on nomme le ciel, soit vers le ciel objectif que nous offre le firmament, soit vers le ciel mystique dont on parle sans s'en faire et sans pouvoir s'en faire aucune idée.
Le ciel, le véritable ciel, c'est la vie, c'est la projection infinie de notre vie.
Il y a dans Platon une belle idée sur ce que c'est que le ciel. Malheureusement Platon, trop occupé d'une seule de nos facultés , l'intelligence , a rendu sa pensée incomplète et fausse en bornant le ciel à l'intelligence.
C'est dans la République; un des interlocuteurs de Socrate croit lui plaire , en parlant avec mépris des choses terrestre», et en vantant l'astronomie comme une science <iui nous élève au-dessus de la terre et nous tourne vei^s le ciel « Je vais, » dit-il , la louer d'une manière conforme à vos idées. Car » il est, ce me semble, évident pour tout le monde qu'elle » oblige l'âme à regarder en haut, et à passer des choses de » la terre à la contemplation de celles du ciel. » Mais Socrate l'interrompt.
SOCRATE
c Cela est donc évident pour tout autre que pour moi 7 car » je n'en juge pas tout à fait de même.