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truis , par le raisonnen^nt , les idées fantastiques qu'on s*est faites du del, et je cherche à montrer où est vraiment le ciel. Il faudra bien à la fin que les plus aveugles sachent où est la vraie religion, quand nous aurons prouvé ( ce que pour ma part j'essaie de faire en ce livre) que Christianisme, Mosaîsme, toutes les religions positives, se résument en ce grand mot HUMANITÉ ! Il faudra bien alors que cette humanité règne, comme vous dites, et que vienne son âge. Place, place sur la terre à la famille du genre humain, La terre n*a jusqu'ici servi de piédestal qu'à la statue de Prométhée , à cette statue formée d'argile et restée trop longtemps ai^Ie : mais la terre ellemême se transformera quand cette statue deviendra ce que Prométiiée a voulu la faire, un être puissant, divin, semblable aux dieux. La terre redeviendra l'Éden quand l'homme, chassé de l'Éden par sa faute , comprendra sa faute , et marchera dans la vie étemelle sous la bénédiction de Dieu.
Il est vrai que, comme vous le dites, nous sommes encore dans les ténèbres : Dans l'cmbre à peine on voit poindre le jour. Je vous dédie même ce livre en un moment plus triste que les autres. De toutes parts l'horizon annonce la tempête. A la guerre intestine , ouverte ou déguisée , que les hommes se livrent au sein de chaque nation , va s'ajouter peut-^tre la discorde de l'Europe, la guerre des nations entre elles. Quoi qu'il arrive , que la France songe à la mission que Dieu lui a donnée!
Oui, tous les âéaux qu'engendre la discorde du genre humain régnent encore sur la terre. Mais qu'opposer aux passions, au mal, et à l'erreur, sinon notre inaltérable conviction?
Parce que des frères ( ce que nous voyons trop souvent ) se font la guerre , sont-ils moins frères ?
Le mal existe : qu'importe! la vérité est Ja vérité, et l'erreur ne prévaudra point contre elle. L'erreur et l'égoïsme seront vaincus; et Satan , qui n'est autre que l'erreur et l'égoïsme , sera relégué de plus en plus dans le non-être, dans la mort, dans le néant
Dieu régnera sur la terre quand le but final qu'il s'est proposé dans sa théodicée, en faisant l'homme à son image, et en créant,
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non pas des hommes , mais Thomme , c*est-à--dire l'humanité, quand, dis-je, ce but final sera atteint, par le développement de la charité humaine , de Factivité humaine , de la connaissance humaine , c'està-Hlire par le développement de l'homme, ou des hommes, ou de la conscience humaine. Que ce but soit reculé dans un lointain indéfini et tout à fait mystérieux pour nous, cela est certain : mais doit~il moins pour cela régner dans nos âmes , et n'est-il pas évident d'ailleurs qu'à mesure que nous marcherons vers ce but, de plus en plus aussi se réalisera ce règne céleste sur la terre évangélisé par Jésus, et qui , dans la forme où le Christianisme l'a présenté , n'était qu'une prophétie?
Je cherche donc à prouver dans ce livre que c'est à ce but final que la Providence de Dieu conduit l'humanité. C'est le Dieu inmianent dans l'univers , dans l'humanité , et dans chaque homme , que j'adore. C'est le Dieu dont vous avez dit :
n est un Dieu , devant lui je m'incline.
Ce n'est ni le Dieu des idolâtres, ni le Dieu d'Épicure. Chose remarquable ! tandis qu'au dix-huitième siècle , Bolingbroke et Voltaire avaient tenté, par opposition au dieu des idolâtres, de remettre en honneur le fatalisme , sous le nom de nature , et le fantôme de Divinité impassible d'Épicure , sous le nom de Dieu , ce triste système , qui aboutissait nécessairement à deux autres , à un matérialisme grossier et à un déisme sans conséquence, n'a pu prendre les esprits sérieux ni les cœurs ardents des générations nouvelles. Les religions positives sont revenues ; et , bien qu'elles ne fussent plus que des fantômes, elles n'ont pas eu de peine à foudroyer ces autres fantômes. Mais en même temps le sentiment divin des choses a repris le dessus dans nos cœurs et dans nos intelligences; l'idéalisme s'est révélé.
Le Dieu des idolâtres ressemble assez , par un certain côté, à celui d'Épicure : car il est hors de nous comme celui d'Épicure ; seulement il est méchant, tandis que celui d'Épicure est indifférent Vous les avez mis souvent aux prises l'un avec l'autre , et vous avez employé quelquefois comme personnage comique le Dieu qui occupe je ne
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sais quel lieu dans Téspace, et qui met seulement, comme dans une de vos chansons, le nez à la fenêtre, pour se rire de la folie des hommes.
Ce que la poésie ne doit pas tentera une époque telle que la nôtre, et ce que la phDosophie doit tenter , sonder de nouveau les antiques problèmes de la théologie , parler doctrinalement du vrai Dieu, remettre en honneur le vrai Dieu, et par conséquent la religion, j'ai osé, consultant plus mon zèle et le devoir que mes forces, Tentreprendre.
Dieu, le vrai Dieu , le Dieu incompréhensible et caché bien qu'éternellement manifesté, se communique à nous dans une Révélation étemelle et successive. C'est cette Révélation que j'étudie dans les religions antérieures et dans les philosophies positives; et, si j^ai prouvé qu'une certaine loi suprême, formant le dessein de Dieu sur l'humanité , est le fondement de toutes ces philosophies et de toutes^ ces religions, j'aurai au moins mis à découvert ce que ces anciennes religions et philosophies avaient de plus important et de vraiment divin.
Je cherche à retrouver, sous des formes éphémères, transitoires, caduques, et irrémissiblement tombées aujourd'hui, l'esprit desanciennes religions. Je montre l'idée moderne dans son germe antique, la Révolution dans l'Évangile, et l'Évangile dans la Genèse. Retrouver les titres de la doctrine moderne de liberté , d'égalité , et de fraternité , dans la profondeur des traditions , c'est donner plus d'autorité à cette doctrine.
Accueillez donc avec bonté cet essai de conciliation entre la philosophie moderne et les antiques religions. Conservez-moi toujours l'appui de vos conseils; et, si j'erre dans mes pensées, redressez-moi. Je ne vous demande pas de me conserver votre amitié :
O ET PRAESIDIUM ET DULGB DEGUS MEUM I
Paris, !•' octobre 1840.