C. — Période terminale
A un moment donné, sans cause appréciable, ou sous l’influence d’un changement de position du malade dans son lit, — que ce changement soit calculé ou non (élévation du bassin, Hunter), — ou bien encore à la suite de manœuvres exercées sur la tumeur par un chirurgien ^ (massage, pression sur la tumeur, etc.), les accidents disparaissent, plus ou moins brusquement, mais avec une rapidité qui étonne, qui comble de joie le patient ayan[ déjà subi de semblables crises.
a) État général. — Subitement, c’est une sensation de bien-être indicible. Le faciès revient à la normale et le pouls se ralentit; la température, qui a pu rester pendant l’accès à 39°, 5, 40° même, retombe en quelques instants à 37°. L’état général s’améliore et tous les accidents réflexes, nausées, vomissements, etc.,, s’arrêtent comme par enchantement. Le malade reprend instantanément sa
1. Voir le cas typique de M. Guyon, celui de Landau (cas III), etc.
ÉTUDE CLINIQUE
tranquillité. Désespéré par l’intensité des douleurs il y a quelques instants, il renaît à l’espoir et à une période d’anéantissement véritable succède un calme, un soulagement qui forme un contraste frappant avec l’agitation et les souffrances de l’acmé de la crise.
h) Phénomènes locaux. 1“ Douleurs. — En môme temps les douleurs locales diminuent très rapidement; en quelques heures elles ont cessé et la région rénale n’est plus à peine sensible au palper.
2“ Tumeur. — Pendant que les symptômes subjectifs s’atténuent ainsi, la tumeur se modifie et diminue avec une étonnante facilité, elle qui, il n’y a qu’un moment, était tendue et dure comme du bois. Elle disparaît non pas très brusquement, non pas d’un seul coup comme un vase qu’on débouche — ainsi que cela a lieu dans la majorité des hydronéphroses à évacuation instantanée que nous avons antérieurement décrites — mais semble se vider progressivement, par petits coups, dans le réservoir urinaire inférieur, en plusieurs heures ou même en quelques jours. Bientôt elle n’est plus appréciable car rarement elle ne désemplit que partiellement.
S*" Urmes. — En fait, cette disparition de la tumeur est presque constamment précédée d’un phénomène inévitable, mais qui n’attire pas fatalement l’attention des malades : V évacuation rapide d'une très notable quantité d'urine.
Cette évacuation est, on le conçoit, en rapport avec le volume que présente la tumeur; elle est pour ainsi dire la mesure, aux yeux du clinicien, du bassinet dilaté. Très souvent, elle est précédée de pressantes envies d’uriner plusieurs fois ressenties (Gole, etc.). Pourtant elle peut échapper au patient aussi bien qu’à son entourage, surtout si l’hydronéphrose est légère, si l’attention n’est pas attirée vers cette affection : elle passe inaperçue, les urines, en sortant du rein malade, se mélangeant avec celles fournies par le rein sain avant d’être expulsées de la vessie (Obs. Desnos et Barié, Socin, etc. ^).
Une preuve que les choses se passent bien ainsi, c’est le cas de Socin : on n’avait pas noté à l’examen clinique l’existence de troubles urinaires et cependant l’opération a montré qu’il existait réellement une hydronéphrose, d’ailleurs intermittente.
1. Il ne faut pas s’attendre, dit Landau, même lors de rein manifestement mobile, à pouvoir sentir, après la disparition de la tumeur, le rein d’une façon manifeste. En effet, dès que l’hydronéphrose a atteint certaines dimensions, le parenchyme rénal comprimé s’atrophie (atrophie hydronéphrotique), s’aplatitet l’on ne peut pas sentir par la palpation bimanuelle, même minutieusement faite, les vestiges du rein, pas plus d’ailleurs que la poche formée par le bassinet. Tout se passe comme après une ponction dans un kyste de l’ovaire uniloculaire: les parois du kyste deviennent impossibles à sentir.
2. Voir encore l’observation de Rechter, entre autres, où il devait y avoir une hydronéphrose intermittente sans troubles urinaires.
DE L’hYDRONÉPHROSE INTERMITTENTE
Les tableaux suivants, empruntés à des observations de Braun et de Newman, ayant trait à des hydronéphroses intermittentes pures, montrent d’ailleurs, de la façon la plus nette, dans quelle mesure varie la quantité des urines rendues aux différentes phases de la crise.
Tableau I. — Les urines de plusieurs crises (cas de Braun).
phases de l’accès.