S I. COMMANDEMENT
L'obéissance est passive, les ordres absolus; et cela dit assez quel immense empire, salutaire ou funeste, exerceront les seules dispositions , bonnes ou mauvaises , que prendra le chef d'un corps d'armée ou d'un détachement en marche : « Tant vaut le général, tant vaut l'armée, » a dit Florus^
Chez les anciens, l'hiunanité, la mansuétude envers le soldat étaient regardées comme la première vertu d'un chef d'armée. Les Romains ne louèrent pas moins Trajan pour les soins qu'il donnait aux blessés que pour ses victoires. Et dans les temps modernes, les généraux les plus illustres ont toujours suivi ces traces, en se montrant non-seulement bienveillants, mais affectueux pour leurs compagnons d'armes : tel fut Turenne. Or il n'est guère de pays dans lesquels le genre de vie du soldat ait droit à plus d'intérêt qu'en Algérie; et l'on peut même dire que là, bien souvent, le talent de l'officier ne réside pas moins dans sa bonne administration que dans son savoir militaire.
* Epitom, rer. rom. lib. II, cap. xviii.
Il est vrai qu en temps de guerre et dans les conditions où Ton peut se trouver réduit, rien n'est parfois plus difficile que d'empêcher l'action des causes morbifiques; mais nous savons que d'autres fois il eût été possible de les combattre ou d'en prévenir les eïfets, en s'inspirant de salutaires conseils. Tous les militaires ont vu, en effet, des commandants gouverner si sagement leurs troupes, que la maladie ne pouvait, en quelque sorte, trouver accès. Il en est donc de nos colonnes armées comme de ces vaisseaux en mer, sur le salut desquels le génie des Cook et des La Péroxise exerçait un pouvoir sans bornes. Du reste, s'il ne faut pas seulement au soldat de bons chefs , mais aux chefs de bons soldats, un premier élément de vigueur physique et morale sera toujoiu-s le prix de ces soins.
Nous avons dit les qualités spéciales qu'il faudrait demander au recrutement pour l'Algérie. Cette bonne constitution des troupes fût-elle obtenue, il resterait encore à faire un nouveau choix, au début de chaque expédition, afin de ne mettre en marehe que les plus valides. C'est en n'appelant point à faire campagne les nouveaux débarqués; c'est en éliminant les hommes faibles, ou fatigués par le chmat, que nos expéditions s'accompliront avec le moins de sacrifices possible; car nous n'aurons pas à combattre en même temps les maladies et l'ennemi. Tous les approvisionnements étant assurés, tous les besoins prévus, le signal du départ est donné. Suivons la marche de l'armée.