‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 56 sur 74 · S IX. DÉNOMINATION · texte numérisé non relu

S IX. DÉNOMINATION

Les rapprochements auxquels nous venons de nous livrer tendent à donner gain de cause à la doctrine qui • rallie en faisceau, et rassemble dans une même nature spéciale les trois grandes manifestations morbides que Ton avait faussement appelées typhus d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Mais nous avons établi que la fièvre intermittente, endémique ou épidémique présente des caractères analogues, se comporte généralement comme ces maladies, et n'en diffère que par sa moindre gravité, dans la plupart des cas. Elle dérive de la même souche, puise sa vie aux mêmes racines, et porte des fruits qui n'attestent pas moins la parenté commune. Après avoir eu pour but de mettre ce fait dans tout son jour, il nous sera donc permis de conclure, d'abord que l'infection palustre algérienne doit être assimilée à ces prétendus typhus, et prendre rang avec eux dans les classifications; et ensuite, qu'elle doit se traduire à l'intelligence par une forme de langage qui dénote et consacre ces traits de similitude.

Cela posé, et la dénomination si générale à^ fièvres ne satisfaisant d'ailleurs la science sur aucun point , bien que se rattachant aux idées les plus fondamentales en médecine, on a tenté de lui substituer, poiur la fièvre pernicieuse, le nom générique de typhus ^ Mais, pris dans cette acception, le mot typhus, auquel il faudrait peut-être préférer le vieux nom de peste, doit être rayé tôt ou tard de nos tables nosologiques ; et ce serait abuser étrangement du langage que de l'appliquer à la fièvre paludéenne. Un terme qui nous parait plus convenable, parce qu'il caractérise également toutes les maladies par émanations miasmatiques, et parce qu'il serait approprié, dans l'état actuel de nos connaissances, aussi bien aux endémies de choléra, de peste et de fièvre jaime , qu'aux fièvres intermittentes de tous les pays, c'est celui d'infection palustre, ou, si l'on veut, d^impaludation.

A cette dénomination naturelle il suffirait d'ajouter un nom de lieu, par exemple, poiu* spécifier la manifestation pathologique, laquelle se présenterait avec le type intermittent, rémittent ou continu, sous forme diarrhéique , dyssentérique , comateuse , délirante , simple ou compliquée, légère ou grave, enfin cholérique , pestilentielle , ictérode , suivant les cas. Le terme , du reste , est applicable aussi bien à l'efiet produit qu'à la cause du mal, à l'objet qu'au sujet : nous l'avons adopté, parce que nous accordons aux mots toute l'importance qu'ils ont comme signes des idées; mais nous

* Audouard, Rech. surlacontag. des Jièvr. inienn. p. la, 16, a4-

n insistons pas sur son emploi, que Ton jugera. Nous ajouterons seulement que , de son côté , M. Boudin reconnaît la nécessité de la même réforme , et qu il propose aujourd'hui d'appeler affections limniques, de Xlfivv, marais, toutes les maladies endémiques dans les pays paludéens.

Quoi qu'il en soit, les vues qui précèdent nous semblent prises dans la nature des faits. Elles ne peuvent être dépourvues d'utilité pratique ; et nous faisons des vœux pour qu'elles reçoivent leur application, non-seulement au lit du malade , à la thérapeutique proprement dite , mais à l'amélioration des eaux, à l'assainissement des lieux, aux mesures préventives des épidémies, à la refonte de nos institutions sanitaires; en un mot, à l'hygiène publique.

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