‹ De l'hygiène en AlgérieChapitre 74 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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quoi , dans son mouvement de progression à l'Occident, et dans son mouvement de retour à TEst, certaines localités sont épargnées momentanément et même tout à fait. En ce qui concerne Bône , j'ai indiqué une cause ; pour Tabarque, etc. on trouverait peut-être quelque circonstance analogue , si Ton connaissait mieux l'historique de chaque invasion et la géographie médicale du pays. Si plusieurs faits semblent établir que la contagion a été apportée sur un certain point du littoral par un navire venu d'un lieu infecté, d'autres faits non moins nombreux démontrent que des conununications incessantes et prolongées pendant deux ans, entre des villes dont les unes étaient infectées tandis que les autres ne l'étaient pas, ont eu lieu sans résultats fâcheux pour ces dernières.

Le contact n'est donc pas la seule condition nécessaire pour que la peste se communique. Il faut, en outre, certaines conditions atmosphériques qui prédisposent les individus organisés d'une certaine façon à contracter cette maladie.

Malgré quelques exceptions , il est bien évident qu'aux limites extrêmes de la température la peste cesse de sévir. Elle ne règne généralement pas, ou du moins n'a que peu d'énergie, pendant les grandes chaleurs de l'été et durant les froids de l'hiver. Le printemps et l'automne sont ordinairement les époques de son maximiun d'intensité.

Lorsque la météorologie et la géographie médicale (le l'Algérie seront bien connues, on expliquera sans

doute les circonstances du fléau qui sont encore obscures. Si la côte septentrionale de l'Afrique doit être visitée un jour par cette épidémie, il serait facile maintenant de faire des observations suivies et exactes, qui fourniront peut-être de précieuses données de santé publique , et faciliteront aux nations civilisées le moyen d'attaquer le mal dans les foyers mêmes où il couve toujours soiu^dement. C'est une noble mission à remplir. Après avoir pui^é la Méditerranée de ses pirates, il reste à détruire, dans les contrées musulmanes dont cette mer baigne les côtes, ces germes permanents d'ime afifreuse maladie , dont le souvenir vit encore dans notre plus grande ville de commerce du Midi.

Je ne crois pouvoir mieux terminer ce mémoire qu'en rapportant quelques opinions des indigènes relativement à la peste. Elles n'ont certainement pas une grande valeur scientifique; mais, comme le but que je me suis proposé en écrivant ce qu'on vient de lire a été plutôt historique que médical, il me semble quelles ne sont pas tout à fait déplacées.

Les Algériens considèrent les grands passages de sauterelles sahariennes [locusta migratoria), qui, à des intervalles assez éloignés \ franchissent le Tell et vont tomber jusque sur les côtes d'Espagne, de la France et de l'Italie, comme im indice ou même une cause de peste. C'est probablement parce que l'épidémie de 1817 avait

* Lors du grand passage qui a eu lieu à Alger le 3o avril et les 9 , 10 et l mai i8â6, il y avait trente ans que les sauterelles sahariennes n*y avaient paru.

été précédée par un passage considérable de sauterelles du désert que cette opinion s'est établie. Comme les chroniques locales ne mentionnent le passage de ces animaux qu'une seule fois (en 1 8 1 5) , je n'ai pu vérifier si cette coïncidence existe en effet. Au reste, conune en avril et mai (i 845) des nuages de sauterelles ^ ont paru sur tous les points du Tell en Algérie , et ont été vus en mer à une assez grande distance au nord de nos côtes, nous aurons l'occasion de connaître jusqu à quel point peut être exact le rapport établi par les indigènes entre le passage des sauterelles sahariennes et l'apparition de la peste ^.

Voici maintenant quelles sont les opinions des indigènes sur ce fléau, considéré au point de vue théorique. Le voyageiu* marocain El- Aïachi , dont l'ouvrage m'a fourni plusieurs renseigne^nents curieux cpi'on a vus plus haut, dit dans un endroit de sa narration :

« Nous les trouvâmes tous pensifs (les gens de Khang'a, district des environs de Biskra ) , parce que la peste était dans ce canton, et qu'ils craignaient qu'elle ne vînt dans

' Un observateur placé à la ferme de Khadra , au pied de 1* Atlas et au-dessus de la Metidja« a étudié le passage d'une bande qui a mis quatre jours à franchir la montagne en volant six heures par jour, avec une vitesse de deux lieues à Theure. Il estime que cette bande devait occuper une longueur de cinquante lieues environ.

* M. Drummond Hay , dans son ouvrage sur le Maroc, dit (p. 1 16) que la peste qui éclata en 1799 dansie Maroc avait été précédée par Fapparition des sauterelles sahariennes dans leTell marocain. M. Tulin, vice consul anglais à Alger, qui a résidé longtemps à Tunis, m*a assuré que, dans ce pays comme ici, le passage de sauterelles du désert était iHi indice de peste, au dire des habitants.

leur pays. Us avaient le désir de s'éloigner, et me demandèrent si, légalement, ils pouvaient fuir la maladie avant qu elle fût arrivée chez eux. Je réfléchis à cette question, car je n'avais rien vu de précis dans les livres à cet égard. Enfin, je leur répondis, m'appuyant sur l'autorité d'un docteur en théologie, qu'il était permis de s'en aller quand la peste n'avait pas encore paru au lieu que l'on voulait quitter; mais qu'une fois la maladie déclarée, la retraite n'était plus permise, au point de vue de la loi religieuse. J'ajoutai qu'une autre autorité disait que l'on pouvait fuir, si, en agissant de la sorte, on n'avait pas d'autre but que d'éviter le mal, mais que si, par cette action, on pensait se dérober aux décrets de Dieu et se soustraire à la mort, alors cela était défendu. D'après ces bases, je leur déclarai que rien ne s'opposait à ce qu'ils s'en allassent, du moment que parmi ces diverses opinions il s'en trouvait une qui admettait que la fuite était permise. J'ai vu plus tard, dans le livre de l'imàm El-Hattab, au chapitre intitulé, Sur les épidémies, que cet auteur, en rappelant les deux opinions contraires, ajoute que la bonne est celle qui permet de quitter un lieu infecté par la peste. Dieu sait la vérité. »

Voici maintenant comment les médecins arabes envisagent la peste. Je choisis, parmi les ouvrages que la bibliothèque d'Alger possède sur cette matière, le traité abrégé* de cheikh Da'oud-el-Antaki (le cheïkh David d'Antioche), parce que c'est le seul qui soit étudié par

' Manuscrit numéroté 67.

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le petit nombre d'indigènes qui s'occupent ici de médecine. On lit à la page 2^9 de cet ouvrage .

« Le caractère de la peste est d'empoisonner Tair dans les couches élevées, lors de la conjonction de deux pla* nètes à branches, et, dans les couches inférieures, lorsque la chair des cadavres se gonfle au sein des tombeaux , et qu une vapeur viciée s'en élève. Les causes que nous venons d'indiquer pervertissent les saisons, les éléments, et boideversent leurs essences. Les symptômes de la peste sont la fièvre, la petite vérole, le coryza, le prurit de la peau , et la maladie appelée el-oaram (œdème), dans laquelle le corps s'enfle, se crevasse et laisse échapper une eau jaunâtre. De ces maladies, lorsqu'elles sont régnantes, dérive la peste. Peut-être, dans les années de peste , ces maladies atteignent-elles jusqu'aux animaux, tels que les vaches, les chevaux, avec une force proportionnée à l'altération de l'air. Peut-être même les fruits en sont-ils susceptibles ainsi que les grains. Quant aux hommes, ils en sont plus ou moins malades, selon le degré d'altération de l'air.

« Pour éviter la contagion, si celle-ci arrive au printemps, où le sang abonde dans le corps humain, il faut pratiquer la saignée. — Remèdes : On se débarrasse par un vomitif de l'humeur qui est en excès; on respire des fumigations de styrax ou de bdeliium; on arrose la chambre avec une décoction de myrte et de menthe ; on respire des oignons et autres plantes analogues ; on respire aussi de la menthe et des coings. Il ne faut pas aller beaucoup au bain ; il faut s'abstenir de viandes et d'ali-

ments sucrés. L'usage de ces choses serait mauvais quand même la peste viendrait dans toute autre saison que le printemps; mais il Test surtout quand cette maladie débute au printemps. »

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