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HISTORIQUE

Les propriétés toxiques des solanées vireuses étaient connues dès la plus grande antiquité; quelques personnes ont voulu voir dans la jusquiame le népenlhès d’Homère. Hippocrale l’employait, dit-on, contre la goutte et les douleurs. Dioscoride la vantait beaucoup. L’huile de jusquiame est prescrite pour les douleurs d’oreille (liv. I, c. xxxv). Il indique un mode de préparation de l’huile de jusquiame.

Le même auteur (liv. IV, c. lix) expose l’action physiologique de cette solanée : « Les jusquiames font dormir et induisent en frénésie, par cela l’on condamne communément leur usage. » Il conseille l’emploi de cataplasmes de jusquiame contre les inflammations des yeux, des pieds et de toute autre partie du corps; la

graine rend des services aux catarrheux, aux malades atteints d’ophlhalmie , Il compare l’empoisonnement par la jusquiame à l’ivresse alcoolique (liv. VI. c. xv) et prescrit les mêmes remèdes.

On a voulu voir dans le strychnos manicos de Dioscoride (liv. IV, c. xxxm) le datura stramonium; mais les symptômes de l’empoisonnement qu’il indique (liv. VI c. vi) ne se rapportent pas à cette solanée, « il s’ensuit de continuels sanglots, humidité de la langue, crachements de sang, et disposition de corps avec râclures de boyaux comme il a accoutumé d’advenir en dysenterie. » (Dioscoride, traduction de Mathée.) Celse employait des injections contenant de la jusquiame dans le traitement de l’otite (liv. VI, c. vu).

Les anciens employaient de préférence la jusquiame blanche, qui est plus commune en Orient et a des propriétés identiques, plus faibles suivantDioscoride. Les Arabes, après Galien, ont également employé la jusquiame, mêlée à quantité d’autres remèdes de leur pharmacie si compliquée. Galien fait mention d’un remède très-utile contre la morsure de toute espèce d’animal venimeux, contre les douleurs opiniâtres et la suffocation hystérique. On le compose de la manière suivante : suc de ciguë et de jusquiame, de chacun 4 mitskals; du castoréum, du poivre blanc, du coslus, de la myrrhe, de l’opium, de chacun 1 mitskal; on pulvérise le tout, on verse dessus 3 oncesde vin doux. On expose au soleil la préparation, on la laisse jusqu’à ce qu’elle ait pris de la consistance, on en fait des pilules de la grosseur d’une fève d’Egypte, on prend ensuite

chaque pilule dans 3 onces de vin doux. (Maimonide, Traité des poisons, traduction de Rabbinowicz.)

Les solanées entraient dans la composition de breuvages destinés à procurer ces rêveries, ce délire vague si recherchés des Orientaux. Les Turcs aiment fort leur maslach qu’ils composent d’opium, de semences d’ivraie, de chanvre et de pomme épineuse, de racine de mandragore et de fougère réduits en poudre, ou en électuaire en y ajoutant du miel. (Carlheuser, Matière médicale, sect. XI, c. n.)

Le même auteur ajoute plus loin que les soldats turcs avant d’aller au combat prennent du maslach en grande quantité pour se donner une audace furieuse; mais celte impétuosité tombe de beaucoup sitôt que le principe qui les a mis en mouvement vint à s’exhaler et que tout le corps vient en conséquence à s’affaiblir. (Ibid., loc.sit., c. ni.) L’hyoscyamus datura était employé en Egypte dans la médecine des enfants et servait à préparer des potions calmantes.

Au moyen âge, ces plantes, redoutées des médecins, furent exploitées parles charlatans et leur servaient à frapper les imaginations; de là sont venus les noms d’herbe aux sorciers , d’herbe au diable. Gassendi a vu un berger qui s’introduisait de la jusquiame dans le rectum pour se procurer des rêves fantastiques.

Garidel raconte qu’une femme d’Aix, endormant des jeunes filles qui se trouvaient enceintes sans en avoir conscience, fut condamnée à être brûlée.

Nous lisons dans les Éphémérides des curieux de la nature (2e déc., an VII, p. 299) que les femmes de

l'Inde en font grand usage pour troubler la raison de leurs maris, et tromper facilement leur vigilance.

LesDanoisenivréspar du vin et de la bière contenant de la jusquiame furent massacrés par leurs ennemis. (Plenck, Toxicologia, p. 90.)

D’autres fois, la slramoine servait à falsifier la bière (Ephém. cur. nat., 2e déc., an VI II, p. 299.)

La poudre de stramoine a été souvent employée par les malfaiteurs pour priver leur victime de l’usage de ses sens; un procès célèbre a révélé l’existence d’une bande d' endormeurs , qui offrant à leurs voisins du tabac mêlé de poudre de dalura, les dépouillaient, dès qu’ils les voyaient étourdis et délirants.

Mathée, dans sa tra iuction de Dioscoride (1559), se plaint de l’abandon où est tombée la jusquiame , « elle allège toutes douleurs où les autres remèdes défaillent. » Il vante beaucoup son usage dans la spermatorrhée, les métrorrhagies, les engorgements du sein, etc. (Annot., hv. I, c. xxxv.)

Au 18e siècle, nous trouvons beaucoup de thèses et de mémoires destinés à vulgariser l’emploi des solanées (Weddel, Rosen, Slevogt, etc.). Le travail le plus important est dû à Storck : « Libellus quo demonstrantur stramonium , hyoscyamus aconitum , non solum tulo posse exhiberi usu interno hominibus, verum et esse remedia in multis morbis saluslifera. » (1762. Trad. par Collin, 1763.)

Partant de ce fait que le stramonium fait devenir folles les personnes qui jouissent d’une bonne santé, en leur troublant l’esprit, il se demande si l’on ne

pourrait faire des expériences démontrant que cette plante, par le trouble qu’elle porte dans le cerveau, ne remettrait pas dans l’état sain l’esprit de ceux qui l’ont altéré et qui sont fous; de plus si par le changement qu’opérerait le stramonium dansceux qui ont des convulsions, en les mettant dans un état contraire à celui où ils étaient, il ne les ferait pas cesser. Nous aurons à revenir sur la valeur de ces observations.

il fit aussi un grand éloge de la jusquiame et fut contredit bientôt après parGreding (De extracio hyoscyami viribus et efficacia, præsertim in melancholicis et epilepticis morbis, par J. Em. Greding, in adversaria rnedico practica de Ludwig, t. I, p. 71). Greding, tout en reconnaissant des propriétés merveilleuses à la jusquiame, 'et rapportant l'observation des malades qui ont été soulagés, craint beaucoup les accidents qui pourraient résulter de l’emploi de cette solanée.

A partir de cette époque, les journaux renferment une grande quantité d’observations de guérisons attribuées à la jusquiame et au datura; nous signalerons les plus importantes dans l’élude thérapeutique de ces substances; il nous paraît inutile d’énumérer toutes ces observations. Nous signalerons toutefois une série d’articles de Méglin dans le Journal de Leroux et Corvisart (t. XXIi, XXIII, XXVII, XXXII) et queBreiting ( Journal de Hufeland, t. XXV, D. 149) emploie la jusquiame pour guérir le tic douloureux de la face.

Au commencement de ce -siècle paraissent les travaux des médecins anglais qui rapportent de l’Inde l’usage de fumer des feuilles de datura dans l’asthme

essentiel. (Sims, Edimburgh med. and. surg. journal, l. VIII. Anderson, cité dans le Journal de Hufeland , t. XXXVI, B. 86, etc.)

Fouquier et Ratier {Archives de médecine, 1. 1., p.297) firent un certain nombre d’expériences thérapeutiques à l’hôpital de la Charité pour déterminer les indications de cette solanée ; leurs résultats ne furent pas favorables, sauf la guérison d’une sciatique et une diminution dans les douleurs chez une femme cancéreuse. Ce travail a été mal accueilli par la plupart des auteurs : Mérat et Delens n’acceptent pas l’opinion des deux expérimentateurs; Martin-Solon (Dict. en 15) considère ce mémoire comme ne pouvant fournir aucune conclusion. D’après MM. Trousseau et Pidoux, Ratier semble n’avoir eu d’autre but que de renverser tout ce qui avait été fait en matière médicale. Mais ces expériences, faites sur des malades, qui souvent ne trounaient pas les médicaments prescrits, et dans des maladies où les bons esprits ont rejeté l’emploi de la jusquiame, ne prouvent rien contre les résultats d’une expérimentation sévère et consciencieuse.

Les anciens traités généraux de matière médicale, tels que ceux de Culten, de Schwilgué, contiennent peu d’indications à l’égard de la jusquiame et de la stramoine. Dans Mérat et Delens, dans les articles du Dictionnaire en 80 volumes, dans le Traité de thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux, nous avons trouvé des articles beaucoup plus complets que dans le Traité de matière médicale de Pereira.

Nous étudierons rapidement la découverte de l’hyos-

cyamine et les principaux procédés qui servent à sa préparation.

En 1820, Brandes découvrit l’hyoscyamine et la dalurine; nous trouvons dans le Journal de pharmacie (t. VI, p. 47, 1820), un extrait d’une lettre de van Mons à M. Cadet, annonçant que Brandes a isolé un alcali végétal composé dans la graine de la pomme épineuse, dans la graine et l’huile de jusquiame, dans l’aconit, la belladone et la ciguë.

Il lui donne le nom d’hyoscyama, et l’obtient cristallisé en longs prismes, après l’avoir chauffé au rouge avec des charbons de bois. ( Journal de pharmacie, t. VI, p. 530.)

. En 1824, Runge présenta un mémoire sur les

moyens de découvrir les moindres traces du principe vénéneux dans les animaux empoisonnés par la belladone, la jusquiame et le datura-, ce mémoire fut l’objet d’un rapport de M. Payen. ( Journal de pharmacie. 1824, p. 24.)

L’auteur met à profil les propriétés mydrialiques des alcaloïdes, et propose l’emploi du chat, qui est l’animal le plus sensible pour ces expériences. Il reconnaît également que le mélange des extraits avec des matières animales ou végétales n’altère pas leurs propriétés; celles-ci persistent après la fermentation spontanée.

Il prépare de l’hyoscyamine et obtient un alcaloïde dont les propriétés physiques ne sont pas les mêmes que celles de l’alcaloïde qui est aujourd’hui dans le commerce. Ayant traité la jusquiame ou le suc évaporé

avec de l’alcool absolu, il ramène la solution à consistance d’extrait, et dissout le résidu dans l’eau, afin de séparer la résine. La dissolution aqueuse contient une base salifiable combinée avec un acide particulier. On sépare cet acide au moyen de l’acétate de plomb, qui forme un précipité blanc jaunâtre ; le principe reste dans le liquide combiné à l’acide acétique, dont on peut l’isoler au moyen de l’ammoniaque ou de la potasse, après avoir toutefois enlevé préalablement l’oxyde de plomb par l’acide sulfhydrique. Le principe se précipite lentement sous forme d’une poudre blanche, trèspeu soluble dans l’eau et dans l’huile, plus soluble dans l’alcool; il neutralise les acides et forme des combinaisons plus ou moins solubles et cristal lisables ; tous ces sels dilatent la pupille.

L’acide qui, dans la plante, est combiné au principe actif, ne produit pas de dilatation sensible de la pupille.

Les principes contenus dans les trois plantes diffèrent par leurs propriétés chimiques.

Runge insista beaucoup pour établir l’immunité des herbivores à l’égard dessolanées; un lapin fut nourri pendant huit jours avec de l’herbe des trois plantes, sans en être incommodé, et sans que la pupille changeât; mais l’urine recueillie le troisième jour opérait la dilatation de la pupille du chat. L’animal fut tué le huitième jour : tous les organes étaient sains; la cavité intestinale renfermait de l’alcaloïde; mais le sang des poumons, du foie et de labile était sans action mydriatique.

Les expériences sur l’action de l’hyoscyamine cl de l’atropine furent reprises par Reisinger en 1826 {Archives de médecine, t. XVIII, p. 300, extrait du Medical und chirurgical Zeilung, 1828, février, V). Il constate la dilatation rapide de la pupille chez le chat.

Ces alcaloïdes dilatent la pupille sans que la vision soit diminuée. Les solutions d’extrait de jusquiame irritent la conjonctive.

Ces alcaloïdes furent l’objet de nouvelles recherches en 1833. Geiger et Hesse ( Annales de Chimie et de physique, t. VII) donnent un nouveau procédé de préparation très-complexe, exigeant une trop grande série de manipulations chimiques. Ils obtinrent de l’hyoscyamine sous forme d’aiguilles groupées en étoiles et douées d’un éclat soyeux, souvent sous la forme d’une masse incolore, visqueuse et gluante. Entièrement sèche, elle est sans odeur; mais à l’état humide, et surtout si elle est impure, elle a une odeur désagréable et étourdissante, qui rappelle celle du tabac.

M. Clin a préparé de l’hyoscyamine par un autre procédé. Ayant débarrassé les graines de l’huile fixe qu’elles contiennent, soit en les soumettant à une trèsforte pression après les avoir réduites en poudre, ou, mieux encore, en les traitant dans un appareil à épuisement par du sulfure de carbone très-reclifié, il délaie le résidu dans cinq fois son poids d’alcool à 90° centigrades, aiguisé de deux ou trois centièmes d’acide acétique pur. On chauffe le mélange au bain-marie jusqu’à l’ébullition, pendant vingt à vingt-cinq minutes, et l’on jette le tout sur une chausse, et l’on a

soin d’exprimer la bouillie le plus fortement que l’on peut; on filtre ensuite au papier, et l’on retire environ les deux tiers de l’alcool par la distillation au bainmarie.

Lorsque le résidu de la distillation est refroidi, on y ajoute son volume d’eau, afin de laisser précipiter une matière d’apparence résineuse qu’on laisse déposer en partie et qu’on sépare ensuite par la filtration. Cette matière résineuse ne contient pas d’hyoscyamine, car, essayée physiologiquement, elle est restée sans action sur la pupille. Nous avons constaté de même l’absence de propriétés mydriatiques.

On verse ensuite dans la liqueur filtrée une solution étendue de tannin, qui donne un précipité, mais il faut user de grandes précautions, et s’arrêter au moment où la solution de tannin cesse de donner un précipité. Le principe actif se trouve ainsi entraîné à l’état de combinaison insoluble avec l’acide tannique. On lave à plusieurs reprises le précipité avec de l’eau pure, puis on le mélange intimement avec un léger excès d’hydrate de chaux. Il se fait une double décomposition; la chaux forme avec le tannin un composé insoluble dans l’alcool que l’on emploie pour traiter le mélange, tandis que l’alcaloïde de la jusquiame , devenu libre, reste en dissolution et passe lorsqu’on le filtre. Tl ne reste qu’à le purifier en le traitant successivement par l’alcool et l’èther.

Ce procédé ne nous a donné que des quantités inappréciables d’hyoscyamine; nous en avons obtenu davantage en opérant de la façon suivante :

Les graines de jusquiame sont écrasées et traitées dans un appareil à épuisement par leur poids de sulfure de carbone rectifié, qui enlève une matière grasse ; celle matière est sans action sur la pupille. Le résidu est séché, et repris par de l’eau additionnée de un centième d’acide acétique dans un appareil à déplacement, jusqu’à ce que le liquide passe incolore ; celui-ci est évaporé en consistance d’extrait.

Pour enlever une partie des sels terreux, on traite l’extrait par cinq à six fois son poids d’alcool à 90° centésimaux ; on filtre et l’on ramène la solution alcoolique au tiers, par la distillation au bain marie. Ce résidu est alors additionné de 2 à 3 grammes de potasse caustique et de 30 grammes de chloroforme environ par kilogramme de semences ; on agite, et, après un certain temps de repos, il se dépose à la partie inférieure du flacon une solution d’hyoscyamine dans le chloroforme. Après décantation, on fait évaporer le chloroforme, on reprend l’alcaloïde par l’alcool, et l’on obtient un liquide visqueux, noirâtre, gluant, d’une odeur vireuse, contenant quelques cristaux fragmentés dont il est difficile de déterminer la nature. Par ses propriétés physiologiques, cette hyoscyamine est à peu près analogue à celle de Merck, que l’on trouve dans le commerce. Ludwig avait déjà employé dans la préparation de l’hyoscyamine la potasse et le chloroforme. ( Bulletins de la Société chimique, 1866.) Il a obtenu 0 gr. 9 d’alcaloïde par kilogramme de semences employées.

La daturine est considérée comme ayant la même

composition que l'atropine. Quant à l’hyoscyamine, sa formule a été déterminée par Kletzinsky d’après la composition du cliloraurate d’hyoscyamine; après avoir purifié l’alcaloïde, il l’a précipité par le chlorure d’or, et il donne comme formule CD5H17 Az0, qui répondrait au nilril de l’acide santonique ( Bulletins de la société chimique, 1866).

Ces alcaloïdes n’ont pas de réaction caractéristique : l’iode produit dans les solutions aqueuses un abondant précipité couleur kermès: ils sont précipités par le tannin, par le chlorure d’or, ne le sont pas par le bichlorure de platine.

Dans les recherches médico-légales, la dialyse peut être utile pour constater la présence de la daturine ; quant à Thyoscyamine, il vaut mieux employer le procédé général de recherche des alcaloïdes organiques ; la liqueur à essayer, si elle ne contient que des traces de poison, sera soumise à l’expérience physiologique. C’est ainsi que nous avons retrouvé de l’hyoscyamine et de la daturine dans l’urine d’animaux intoxiqués.

M. Schroff de Vienne a fait l’étude de l’action physiologique et des applications thérapeutiques de ces alcaloïdes, en les comparant à l’atropine. (Schroff, Wochenblait der Zeitschrift der Gesellschaft der Aerzte zu Wien, 1856.)

Voici les principales conclusions de ce travail, que nous aurons à citer plus loin ; elles ne sont pas identiques à celles que nous avons tirées de nos expériences. Ces alcaloïdes déterminent , d’une façon constante,

de la pneumonie chez les lapins, et cet effet est dû à une action spéciale sur le nerf de la huitième paire. Ils dilatent la pupille; l’hyoscyamine a un pouvoir mydriatique supérieur à celui des deux autres alcaloïdes, et sa grande solubilité dans l’eau rend son emploi plus favorable. M. Schroff a refait des expériences pbarmaco-dynamiques qui confirment ses premiers résultats.

Ces alcaloïdes provoquent la sécheresse du pharynx, ainsi que de la muqueuse des voies respiratoires.

A forte dose, ils déterminent des accidents cérébraux, des vertiges, des hallucinations et du délire; le délire causé par la daturine et par l’atropine est furieux, tandis que celui de l’hyoscyamine est calme. L’hyoscyamine aurait donc une vertu hypnotique très-prononcée et trouverait sa principale indication quand il s’agit de calmer le besoin de tousser et de provoquer un sommeil tranquille. Elle a sur la morphine l’avantage de favoriser les selles.

Ces études ont été reprises par M. Lemattre ( Archives de médecine, 1865) d’une façon complète, en ce qui concerne l’atropine; il a fait très-peu d’expériences avec la daturine et surtout avec l’hyoscyamine, et des conclusions de l’expérimentation physiologique il déduit un grand nombre d’indications rationnelles pour l’emploi des alcaloïdes. Les passages les plus importants de ce travail seront reproduits et examinés dans le courant de cette thèse.

En 1868, M. Clin ( De l'hyoscyamine, thèse de phar-

macie) a étudié plus spécialement l’alcaloïde de la jusquiame; après un certain nombre d’expériences thérapeutiques, il a posé des conclusions qui nous paraissent trop absolues.

DE L’IIYOSCYAMINE

Action physiologique.

Pour étudier les effets physiologiques de l’hyoscyamine et de ladaturine, nous avons utilisé les nombreuses observations d’empoisonnement qui sont disséminées dans les journaux et dans les traités de toxicologie; nous avons observé les effets produits sur l’homme dans l’emploi thérapeutique de ces substances; et enfin, une série d’expériences faites en collaboration avec M. Oulmont nous a permis de poser des conclusions précises. Les résultats de ces recherches et la plus grande partie des expériences ont été publiés dans les Archives de physiologie de MM. Brown-Sequard, Vulpian et Charcot; nous recourrons fréquemment à ce travail.

Nous étudierons successivement les phénomènes généraux de l’empoisonnement par les alcaloïdes de la jusquiame et du datura; puis l’action de ces substances sur chacun des systèmes organiques.

Phénomènes généraux de l'empoisonnement par rhyoscya7nine et par la daturin'e.

Quel que soit le mode d’administration des alcaloïdes des solanées, ils déterminent d’une manière constante la dilatation de la pupille et la sécheresse de la gorge. Les autres effets sont variables suivant les doses absorbées.

Lorsqu’on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané d’un homme adulte une dose faible d’hyoscyamine (del à 3 milligrammes), en moins de quelques minutes les pupilles se dilatent, et l’iris est effacé après 20 ou 25 minutes. En même temps, le malade accuse une sécheresse de la gorge et des gencives, qui se traduit par des mouvements involontaires de déglutition et un mâchonnement continuel. La soif est vive et s’accompagne de dysphagie.

11 y a une légère accélération du pouls et de la respiration, ainsi qu’une augmentation faible de la température ; mais cette augmentation n’est pas constante.

Le malade accuse de la lourdeur de tête, une légère excitation avec tendance au mouvement ; mais les jambes vacillent, fléchissent et ne peuvent conduire l'homme qui paraît enivré. Au bout d’une heure ou deux, surviennent des envies de dormir, de la lassitude; quelquefois un léger délire et un sommeil profond succèdent à cette période d'excitation. Le lendemain il ne

reste qu’une sensation de sécheresse à la gorge, et quelquefois la pupille est encore dilatée. Chez les personnes impressionnables, on constate quelquefois des troubles de la vision, de la diplopie par exemple. Quelques-uns de nos malades, après avoir pris de ces faibles doses, ont éprouvé des rêves érotiques insolites, suivis parfois de pollutions. D’après Mérat et Delens, les Hindous se servent de l’extrait de datura pour se procurer un délire gai, fantastique, des songes agréables, ce qui a fait donner à celte plante le nom de Burlado (facétieux) par les Portugais de ce pays ; il paraît que cet extrait agit aussi dans ce cas comme aphrodisiaque.

Une dose plus élevée produit un état tout à fait comparable à l’ivresse ; les troubles de la vision sont plus accentués, l’iris complètement effacé. A la lumière, le malade ne peut plus lixer les objets ; ceux-ci paraissent doubles, frangés sur les bords, entourés d’images colorées; ces phénomènes disparaissent dans la demi-obscurité. Le malade a des hallucinations de la vue; nous trouvons dans une observation de Simon Schultz (. Ephemèrides des curieux de la nature, Déc. I, an IV et V, p. 126), la relation d’un empoisonnement par la jusquiame : quatre jeunes gens mangèrent, par erreur, des racines de jusquiame, et ils furent pris d’un délire furieux ; un autre, nouveau Midas, voyait se changer en or tous les objets placés devant lui, même les mets qu’on déposait sur la table; un troisième, renouvelant le prodige de Circé, voyait changés en porcs les hommes avec lesquels il se trouvait. Ils guérirent tous.

Choquet ( Journal de Leroux et Corvisart , 1813,

t. XXVI, p. 345) raconte ainsi l’empoisonnement de deux soldais par la jusquiame : « Leur aspect devint stupide, leur langue se paralysa, leurs membres s’engourdirent, et cet état, très-analogue aux derniers degrés de l’ivresse, retraça aux nombreux spectateurs une scène qui ne leur est que trop familière. »

Plenck [Toxicologia, p. 87) rapporte, d’après Wepfer, un empoisonnement de moines par la jusquiame ; le lendemain plusieurs malades voyaient les objets colorés en rouge.

Souvent, avec des doses élevées, il se produit un délire furieux ; cet effet est plus fréquent dans l’empoisonnement par le datura. Duguid ( Journal de Vandermonde, t. VII, p. 130; 1757) a vu un malade qui prit par erreur des fruits de pomme épineuse dans une pinte de lait. Après avoir décrit les symptômes ordinaires de l’empoisonnement, il ajoute : « On s’aperçut visiblement que ses membres étaient paralysés. Il devint ensuite furieux au point qu’on pouvait à peine le contenir dans son lit où il s’agitait violemment; il faisait une infinité de signes dont il n’était pas possible aux assistants de comprendre le sens. » Il conclut à ce qu’on n’emploie jamais le stramonium. Nous trouvons une observation analogue dans les Ephèmèrides des curieux de la nature (3e décade, an III, p. 302). — De mania gravi ex clandestinâ et immodicâ Daturœ seminis sxhibitione par Frankenau. Tous les auteurs de traités de toxicologie et de matière médicale rapportent ces effets produits.

La dysphagie survient toujours par l’emploi de doses

élevées; elle s’accompagne d’une sécheresse de la gorge, qui va jusqu’à la sensation de brûlure. En même temps, il existe de la raucité de la voix, et quelquefois une aphonie complète. La respiration s’accélère, devient saccadée, suspirieuse. Les battements du cœur sont précipités; la face devient pâle, les extrémités se refroidissent et se couvrent d’une sueur visqueuse.

11 y a quelquefois des troubles cérébraux dès le début. Le malade, en proie à des hallucinations, appelle les personnes qu’il voit en rêve, se débat dans son lit ; il essaye de se lever, de marcher, et tombe après avoir fait quelques pas en chancelant.

Fodéré (. Médecine légale, t. IV) rapporte un empoisonnement par une décoction de jusquiame donnée en lavement; le malade était dans un état d’engourdissement avec perte de mouvement du bras droit, de la jambe et de la cuisse du même côté ; on constate de la somnolence, une respiration précipitée, beaucoup de difficultés dans les fonctions de l’entendement , enfin presque tous les symptômes qui caractérisent une attaque d’apoplexie, excepté le stertor et la distorsion de la bouche.

En même temps surviennent de fréquentes envies d’uriner, suivies d’efforts de miction; les muscles abdo, minaux en contraction expulsent quelques gouttes d’urine de la vessie qui semble paralysée. Quelquefois on trouve du prapisme. Un certain nombre d’empoisonnements se sont terminés par une diarrhée abondante; dans d’autres cas, on a trouvé des sueurs, une augmentation de la sécrétion urinaire (Greding). Celle période

d’excitation peut durer quatre à cinq heures, est suivie d’un coma dont la durée est plus ou moins longue, et le malade se réveille, n’accusant qu’une soif vive avec céphalalgie.

On a signalé, comme fréquentes, diverses affections cutanées à la suité des empoisonnements parlajusquiame et le datura stramonium. Presque tous les auteurs en citent des observations. Greding a vu de l’urticaire, de l’érythème simple, des éruptions furonculeuses. Nous n’en avons jamais constaté.

L’empoisonnement par le datura présente de plus une particularité très-importante ; sous cette influence, les battements du cœur peuvent devenir intermittents, se suspendre et amener une syncope mortelle.

Nous avons observé des faits de ce genre sur l’homme et sur les animaux; nous rapportons plus loin l’observation d’un de nos malades qui fut pris d’intermittences du cœur très-inquiétantes, et voici celle d’un chien qui eut une syncope mortelle.

Le 2 août 1869, à 1 h. 25 m., on fait une injection de 11 centigrammes de daturine à la patte supérieure d’un gros chien, bien musclé : à 1 h. 26 m., dilatation des pupilles, qui est complète à 1 h. 30 m. L’animal est pris de tremblement, plus prononcé dans le train postérieur. A 1 h. 45 m., injection nouvelle de 4 centigrammes de daturine ; l’animal est pris de convulsions, et vomit quelques matières alimentaires, peuabondandantes. Quelques instants après, on le fixe sur une table pour prendre le tracé de sa carotide ; il meurt subitement avant toute opération.

A l’autopsie, nous trouvons les méninges injectées sans hémorrhagie; la substance cérébrale ne présente pas de lésion appréciable, ainsi que la moelle. Le cœur est flasque, rempli de sang noir à demi coagulé. Les poumons, d’une belle teinte rosée, paraissent entièrement sains.

Un des tracés cardiaques, que nous reproduisons plus loin, indique également des intermittences du cœur.

John Short ( Dublin medical Press , novembre 1863, et Gazette hebdomadaire, 1864, p. 95) a eu l’occasion de faire l’autopsie de deux individus morts à la suite d’empoisonnement par le stramonium. Dans un cas, un bralime de 45 ans mange des fruits de pomme épineuse; aussitôt se déclare un délire violent suivi de coma qui se termine par la mort au bout d’une heure. A l’autopsie, l’auteur a trouvé une congestion de la muqueuse gastro-intestinale; tous les autres viscères étaient sains, mais le fait le plus notable était la vacuité et la flaccidité du cœur.

Dans le second cas, une jeune fille de 18 ans mourut dans des attaques de convulsions après avoir mangé des fruits de datura. Ou trouva une congestion de la muqueuse digestive , une injection considérable du cuir chevelu et des méninges, une fermeté et une sécheresse insolites du cuir chevelu. Le cœur présentait les mêmes caractères que chez le premier malade; il était vide, flasque et mou.

En expérimentant sur les animaux, nous avons retrouvé le même ensemble de symptômes que chez

l’homme ; nous avons même pu les rendre plus manifestes. Un des premiers phénomènes que l’on retrouve, c’est la dilatation de la pupille qui s’accompagne de sécheresse de la gorge ; l’animal a eu un mâchonnement continuel; il essaie de boire, mais ne peut avaler. Si l’injection a été faite après un repas, on a souvent des vomissements de matières alimentaires.

L’animal pousse des cris rauques; la respiration s'accélère au point qu’on ne peut plus compter les mouvements du thorax. La sensibilité périphérique s’émousse, on peut pincer les narines du chien sans provoquer de mouvements. La cornée conserve sa sensibilité. Si l’on fait lever l’animal, il ne peut se tenir debout qu’en s’appuyant contre un objet; après quelques instants, il s’affaisse sur le train de derrière qu’il semble oublier. En poussant l’animal, on lui fait faire quelques pas, il court, puis les mouvements deviennent incoordonnés, et il retombe.

L’animal fuit la lumière, il se tient à l’ombre, y reste couché pendant quelques heures, au bout desquelles il se remet complètement. L’appétit revient, la dysphagie disparaît; toutefois on observe pendant quatre ou cinq jours la dilatation des pupilles.

L’empoisonnement par la daturine produit une agitation beaucoup plus grande dès le début; plus tard, on voit souvent des mouvements convulsifs.

L’affaiblissement du train postérieur se remarque chez le chien, même lorsqu’on injecte des doses faibles d’alcaloïde. Ce phénomène se manifeste dans d’autres intoxications et même dans les affections ver-

-mineuses. M. Cl. Bernard l’a signalé dans l’empoisonnement par la morphine, et a comparé la démarche du chien à celle d’une hyène. Orfila avait donné cette semi-paralysie comme un des effets de l’extrait de jusquiame. • Chez le chat, elle devient très-sensible quand l’animal veut sauter. Les observations d’empoisonnement par lessolanées nous montrent le même phénomène chez l’homme.

Avec des doses plus considérables, cet affaiblissement s’étend aux membres antérieurs, et l’animal tombe dans un profond coma.

Les autopsies sont rares à la suite de l’empoisonnement par les solanées. Barrère ( Observations anatomiques) a constaté l’injection des méninges et du cerveau, ainsi que quelques taches rouges dans l’estomac. J’ai cité plus haut les lésions constatées par John Short.

Chez les animaux que nous avons sacrifiés soit par hémorrhagie, soit par insufflation d’air dans le cœur, car la mort survient rarement, nous avons trouvé une injection très-lorte des méninges et du cerveau, souvent des suffusions sanguines à la base de l’encéphale et de véritables hémorrhagies dans l’épaisseur de la pie-mère. M. Lemattre ( Archives de médecine, 1865, t. VI, 6* série) les a signalées également.

Les poumons étaient toujours sains; quelquefois nous avons trouvé des congestions chez les animaux maintenus longtemps dans le décubitus dorsal. Schroff ( Wochenblalt der Zeitschrift der Gesellschaft der Aertzte %u Wien, 1856) a donné 0,30 centigrammes d’hyoscya-

mine à un lapin ; la respiration, d’abord ralentie, s’accéléra. L’auscultation fit percevoir des deux côtés du thorax une respiration bronchique très-forte, accompagnée de râles. A l’autopsie, il trouva de la pneumonie. Sur un autre lapin, il trouva la même lésion. 11 considère cette phlegmasie comme une lésion constante de l’empoisonnement par l’hyoscyamine. Lemaître ne l’a jamais rencontrée; il a vu de petits points d’hypérémie partielle se réunissant pour former des groupes plus nombreux à la surface que dans l’intérieur du poumon, régulièrement disséminés, et occupant la base aussi bien que le sommet. Quelques-unes de ces plaques présentaient des hémorrhagies.

Jamais nous n’avons trouvé d’altération au point où l’injection avait été pratiquée.

Orfila ( Traité de toxicologie , t. 11), qui, dans ses expériences, introduisait de l’extrait de jusquiame dans le tissu cellulaire sous-cuiané, au moyen de larges incisions, a fait la même remarque; de plus, lorsqu’il faisait pénétrer de la jusquiame dans l’estomac, il ne se produisait aucune lésion dans ce viscère.

Ces alcaloïdes ont-ils une influence sur la nutrition, et leur usage prolongé peut-il donner lieu à des altérations anatomiques? Nous n’en avons jamais trouvé. Toutefois, deux chiens qui, à différentes reprises, avaient subi des injections d’hyoscyamine, périrent subitement pendant qu’on leur administrait du chloroforme, pour les mettre en expérience. L’un d’eux n’avait pas inspiré 10 grammes de chloroforme. Y a-t-il là une simple coïncidence, ou bien les alcaloïdes or-

ganiques sont-ils pour quelque chose dans les morts par le chloroforme? Nous ne saurions résoudre la question, et nous croyons qu’il faudrait de nouvelles observations.

Après cette étude, nous allons examiner l’action des alcaloïdes sur chacun des grands appareils organiques, en commençant par l’appareil circulatoire.

Action «or 1» circulation.

Des modifications très-importantes dans la circulation se remarquent chez les animaux soumis à l’influence des alcaloïdes des solanées. Nous avons à étudier successivement les troubles produits dans la circulation capillaire, tels que nous avons pu les constater sur la membrane interdigitale de la grenouille, les modifications de la tension artérielle et l’action directe des médicaments sur le cœur.

Système capillaire.

On dispose la membrane interdigitale d’une grenouille pour l’examen microscopique, et l’on verse sur cette membrane quelques gouttes d'une solution d’hyoscyamine au centième; on voit d’abord la circulation s’activer. Au centre de la préparation se distingue un vaisseau artériel assez volumineux, dont le

calibre se rétrécit; de six divisions micrométriques, il descend à moins de cinq ; la circulation périphérique persiste. Au bout de quatre minutes, le vaisseau central se rétrécit encore, en présentant des nodosités de distance en distance, et dans toute la partie qui avait subi le contact de l’hyoscyamine, la circulation est arrêtée. Cinq minutes plus tard, le vaisseau reprend peu à peu sa forme normale et la circulation se rétablit.

Dans quelques circonstances, nous avons vu le calibre des vaisseaux diminuer de près de moitié (de cinq divisions descendre à moins de trois).

Les mêmes phénomènes se sont produits avec la dalurine, tout en offrant une durée plus grande.

Pour éviter les objections que l’on pourrait baser sur le fait de l’aclion réflexe provoquée par le contact du liquide avec la peau de la grenouille, nous avons sectionné d’abord le nerf sciatique, puis circulairement la peau de la patte de la grenouille, afin d’abolir toute communication entre la membrane interdigitale et les centres nerveux, et nous avons obtenu les mêmes résultats, seulement ils ont été plus longs à se produire et plus lents à disparaître.

On peut opérer la diminution et même l’arrêt presque complet de la circulation d’une manière beaucoup plus nette, en injectant une solution d’hyoscyamine ou de daturine sous la peau de la grenouille, et à une distance assez grande de la patte que l’on examine.

On voit se produire les phénomènes ordinaires de l’empoisonnement chez la grenouille, c’est-à-dire un peu de paresse du côté du membre injecté, une cer-

taine immobilité de l’animal qui, lorsqu’il est tourné sur le dos, ne peut se relever, elc. Si alors on examine la circulation de la membrane interdigitale, on voit une lenteur excessive dans le courant sanguin des capillaires rétrécis et d’un aspect moniliforme. Cet état persiste encore au bout d’une heure et même d’une heure et demie.

Les mêmes phénomènes ont été observés sur le mésentère d’un cochon d’Inde auquel on avait injecté un centigramme d’hyoscyamine.

Souvent nous avons instillé dans l’œil des malades des collyres à l’hyoscyamine ; cette instillation ne causait aucune douleur et n’a jamais amené de modifications dans la vascularisation, ni dans la couleur de la muqueuse oculaire.

La sécheresse de la bouche s’accompagne très-souvent de pâleur de la muqueuse, surtout chez le chien. Sur un malade que nous avons observé, à la suite d’une injection de six milligrammes de dalurine, les téguments étaient d’une pâleur très-grande, avec sueur froide et visqueuse aux extrémités. Nous reviendrons, du reste, sur l’histoire de ce malade.

Circulation du sang dans les arères.

La tension artérielle et le nombre des pulsations augmentent avec des doses faibles d’hyoscyamine ou de daturine; au contraire, la tension diminue et le nombre des pulsations augmente avec de fortes doses

d’alcaloïde. La daturine détermine souvent des mouvements convulsifs qui donnent des tracés de circulation très-irréguliers.

Nous allons reproduire les résultats d’un certain nombre d’expériences, les tracés qui ont été pris dans la carotide, ainsi que les mesures des tensions par la hauteur de colonne mercurielle qui leur fait équilibre.

1° Le 29 janvier, nous injectons 6 milligrammes

Fig. II.

d’hyoscyamine à une chienne très-agitée , après avoir pris le tracé normal A (fig. !)(*); l’injection a été faite à 3 h. 53, et le tracé B a été pris à 4 h. 24.

(*) Ces expériences et les gravures qui s’y rapportent sont reproduites du Mémoires de MM. Oulmont et Laurent ( Archives de physiologie., de MM. Brown-Sequard et Charcot. 1870).

Fig. III.

Mesure des tensions.

Maximum.

Minimum.

Nombre de pulsation

Avant l’injection.

1 8Gmm

116mm

Après l’injection.

CO

cr>

1 52mm

2° Le 27 janvier, nous prenons le tracé A (fig. 2) dans la carotide gauche d’un lapin. On injecte 25 milligrammes d’hyoscyamine à 2 h. 25.

Tracé B pris à 2 h. 60.

Tracé C — 3 h. 35.

Nous faisons une nouvelle injection de 25 milligr. , et l’on prend le tracé D.

Maximum.

Minimum .

Nombre de pulsations

96mm

gO-nir.

100mm

\ K mm

92inm

7ginm

74mm

3° Le 28 janvier, injection de 35 milligrammes d’hyoscyamine à un chien vigoureux à l h. 52 après avoir pris le tracé normal A (fig. 3L A 2 h. 37, 45 min.

après l’injection nous

prenons le tracé B.

Maximum.

Minimum. Nombre de pulsatioi

A. 1 90mm

1 46mm

B. 1 52mm

1 i0mm

4° 1" février. Chien, tracé de la carotide droite (fig- 4).

A. Tracé normal. Injection de G milligrammes de dalurine dans la cuisse droite à 3 h 15.

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