C. Tracé pris à
Le tracé B est très-remarquable par les arrêts du coeur que l’on y rencontre. A l’auscultation, on entendait très-bien les intermittences dans les bruits du cœur. Après le moment où nous avions pris le tracé C, le doigt appliqué sur la carotide la sentait à peine
battre.
Maximum,
Minimum.
Nombre de pulsation*.
180mm
146mm
182mm
i 40mm
1 2'2mm
5° 2 février, le tracé A (fig. 5) représente le tracé
fiifc v..
normal de la carotide dlun lapin,. On lui injecte daeutirgramraes de daturine dans, la* tissui cellulaire, souercutana», eu l’om p remit la* tracé- Bé
Maximum. Minimum.. Nombre, do pulsations.,
AV. 941"» 84!"» 23g’
lit 70mra 70mm 280, ‘
La tension artérielle et le nombre des pulsations
augmentent de la même manière après la seclion des pneumogastriques. Il était intéressant d’étudier l'action des alcaloïdes sur la circulation, après la section des deux nerfs dépresseurs de Cyon; nous avons fait des recherches à ce sujet, et nous reproduisons ici deux tracés graphiques.
6° Le 13 janvier, nous prenons le tracé A (fig. 6), qui est le tracé normal de la carotide gauche. Nous isolons les nerfs dépresseurs, et nous les coupons après nous être assurés que nous n’avions pas commis d’erreur dans la recherche des nerfs; le tracé B représente l’effet obtenu par la galvanisation du dépresseur gauche, le tracé C, l’effet obtenu par la galvanisation du dépresseur droit. Le tracé D est pris à 2 h. 40 et suivi d’une injection sous-cutanée de 25 milligrammes d’hyoscyamine. Le tracé E a été pris vingt minutes après l'injection.
mHB
F..\ vi.
Max. Min.
Nous avons recherché ensuite l’influence des fortes doses, et, à cet effet, après avoir coupé les deux dépresseursd’un lapin, nous lui avons injecté 5 centigrammes de daturine. Nous avons pris les mêmes précautions pour nous assurer des nerfs que nous devionssectionner.
7° 19 janvier, lapin vigoureux ( voir fig. 7).
Fig. VU.
A. Tracé normal.
B. Effet produit par l’excitation du dépresseur gauche.
B’. d° droit.
C. Tracé pris dix minutes après la section des deux dépresseurs.
Nous faisons une injection de 5 centigrammes de daturine, et, 5 minutes après cette opération, nous prenons le tracé C\ puis le tracé H 22 minutes après. Les tensions mesurées sont représentées par
140tnm
\ 2 jmm
0 mm
46 m ni
Ainsi, dans le premier cas, la tension artérielle s’est relevée après l’injection d’une faible dose d’hyoscyamine; dans le second cas, au contraire* après l’injection d’une assez grande quantité de daturine, la dépres*sion a continué. Dans le premier cas, l’effet de la section a été corrigé, et cela s’explique par l’excitation du grand sympathique et la contraction des capillaires; une dose plus forte au contraire ayant paralysé les vaso-moteurs, la diminution de tension est devenue plus considérable.
Nous avons pris un assez grand nombre de tracés dans des conditions diverses, et même sur des animaux curarisés. Dans tous ces cas nous avons toujours trouvé une forme commune. Quelle que soit la tension artérielle, après l’injection de l’alcaloïde, il y a un& diminution dans l’amplitude des oscillations. Il suffit de- jeter un coup d’œil sur les tracés que nous avons reproduits, pour se convaincre de l’exactitude de cette proposition.
Le même phénomène se remarque dans des tracés sphygmographiques pris sur des malades après l’injection de faibles doses d’hyoscyamine ou sur des malades
qui avaient pris à l’intérieur des pilules d’hyoscyamine ou d’extrait dejusquiame.
Voici les tracés pris de quart d’heure en quart d’heure chez un malade atteint de sciatique. Le premier tracé a été pris avant l’injection; le sphygmographe fixé convenablement, on fait une injection de 5 milligrammes d’hyoscyamine, et on prend les autres tracés de quart d’heure en quart d’heure ( voir fig. 8). Tracé du n° 19, Saint-Charles, 27 août.
Fig. VIII.
Ces tracés ont une forme commune avec ceux que nous avons pris sur les animaux; on y voit bien la diminution dans l’amplitude des oscillations.
Action sur le cœur.
En appliquant directement de Fhyoscyamine ou de la daturine sur le cœur d’une grenouille mis à découvert, on obtient toujours une diminution assez rapide dans le nombre des pulsations.
En 8 minutes, avec 2 milligrammes de daturine, les battements du cœur d’une grenouille tombent de 32 à 18 par minutes, après avoir subi au début une légère augmentation.
Sur de jeunes chats âgés de huit jours, on obtint de même une diminution rapide succédant à une accélération.
Le Ie’ août, sur deux chats âgés de huit jours, le cœur est mis à découvert sans hémorrhagie ; on verse sur l’un 2 milligrammes de daturine, et sur l’autre 2 milligrammes d’hyoscyamine dans des solutions au vingt-cinquième, et voici les ré?ultats obtenus dans ce cas.
Daturine. Uyoscyamiiie.
Avant le contact, . 60 puis, par minute. 72 puis.
Après le contact. .64 — 72
Dix minutes après. 44 — 5 2
Le même phénomène se produit sur des cœurs excisés.
Pour connaître l’influence des alcaloïdes sur les battements du cœur, après avoir soustrait cet organe à l’action du système cérébro-spinal, tout en conservant la circulation, nous avons employé le procédé suivant qui nous a été indiqué par mon collègue et ami M. Carville.
On place une forte ligature sur le cou d’une grenouille, puis, après avoir coupé la tête, on détruit la moelle épinière au moyen d’un stylet introduit dans le canal rachidien. Le cœur est mis à découvert, et peut être facilement observé ; la circulation persiste sans que la grenouille ait perdu de sang.
Voici les résultats comparatifs de ces expériences. La lettre A désignera la grenouille qui a subi la mutilation sans injection d’alcaloïde, la lettre B la grenouille qui a reçu 4 milligrammes d’hyoscyamine, et la lettre C celle qui a reçu 5 milligrammes de daturine.
Avant l’opération.
Après.
injection.
injection.
Le lendemain les cœurs,
qui
avaient été recouverts
de linges mouillés, offraient encore des pulsations. Ainsi, après avoir présenté une diminution rapide au début, chez les grenouilles intoxiquées, le nombre des pulsations est devenu sensiblement le même chez les trois animaux et la diminution égale.
L’injection d’hyoscyanime accélère les mouvements du cœur, ainsi qu’on peut le voir dans nos tableaux; la
daturine agit de la même manière, mais elle détermine des arrêts dans les mouvements du cœur. Nous avons déjà parlé de cette particularité intéressante dans l’étude des phénomènes généraux de l’empoisonnement par les alcaloïdes des solanées; nous nous contenterons de rapporter ici ce que nous avons observé chez un malade couché au n°l de la salle St-Charles, à l’hôpital Lariboisière, entré dans le service pour un zona auquel succédèrent des douleurs névralgiques rebelles. Le 3 juillet, au soir, on lui avait injecté 4 milligrammes de daturine, sans obtenir de résultat bien appréciable. La douleur persistant, le lendemain, à 5 heures, on fit une injection de 6 milligrammes; à 5 heures 55,1e pouls avait monté de 68 à 84, en restant régulier; il s’était produit une légère augmentation de température (de 36° 6 à 37).
On constate une dilatation modérée des pupilles, persistant devant la lumière; la soif est vive, la gorge sèche; il y a peu de raucité de la voix, pas de dysphagie ; la tête est lourde, le malade n’accuse pas de bourdonnements d’oreille.
A huit heures du soir, le malade était dans un étal de pâleur extrême; pouls petit, irrégulier; 96 pulsations; extrémités froides, couvertes d’une sueur visqueuse; pupilles toujours dilatées, aphonie complète, respiration irrégulière et suspirieuse. Les battements du cœur sont intermittents, il manque souvent une pulsation sur 2 ou 3; ils sont précipités par moment. Le malade ne répond plus aux questions. La température axillaire n’avait, pas varié depuis 5 heures 55, elle a été
toujours de 37e. Des sinapismes promenés sur les extrémités inférieures et du café ramenèrent bien vile le malade.
Le 5 juillet, au matin, le pouls était retombé à 64; les intermittences du cœur persistaient, et de tous les symptômes sérieux qui avaient paru la veille, il ne restait qu’une soif vive et delà céphalalgie. Les battements du cœur sont restés irréguliers pendant plusieurs jours.
Ces alcaloïdes exercent donc une action directe sur le cœur, puisqu’elle se produit sur des cœurs excisés.
A la suite des intoxications par la jusquiame, Greding (. Adversaria medico practica de Ludwig, t. I, p. 71), et d’autres auteurs, ont signalé des flux abondants, tels qu’une diurèse exagérée, ou une diarrhée ou des sueurs, profuses. Cette exagération dans les excrétions peut s’expliquer par l’augmentation delà tension vasculaire, comme l’ont démontré Werber et Ludwig pour la sécrétion urinaire.
Ces alcaloïdes sont rapidement éliminés et surtout par les reins ; nous en avons retrouvé des traces dans l’urine.
Action sur la respiration.
Le nombre des inspirations est légèrement augmenté par de faibles doses d’hyoscyamine ou de daturine. Chez un chien, après une injection de 4 milligrammes d’hyoscyamine, le nombre des inspirationss ’est élevé de 18 à 30 par minute.
Un autre chien avait 18 inspirations par minute, après une injection de 4 milligrammes de daturine, le nombre des inspirations s’est élevé à 30.
Dans l’administration de doses très-fortes, la respiration ne peut plus se compter.
IlestprobablequeremphysèmeconstatéparLemattre est dû à cette accélération de larespiration et aux efforts que fait l’animal.
Les sécrétions bronchiques sont diminuées. Nous n’avons jamais constaté de lésions du parenchyme pulmonaire, ni chez des animaux qui avaient pris de faibles doses d’alcaloïde pendant un certain temps, ni chez ceux qui avaient été intoxiqués.
Deux lapins auxquels on faisait tous les jours une injection de 3 milligrammes d’hyoscyamine, un lapin recevant chaque jour 3 milligrammes de daturine furent sacrifiés au bout de quinze jours, et à l’auptosie il n’y avait pas de lésion appréciable. Il en fut de même de quatre cochons d’Inde, dont deux prenaient 2 milligrammes d’hyoscyamine par jour, et les deux autres 2 milligrammes de daturine.
L’accélération de la respiration se produit encore après la section des pneumogastriques. Le 23 août, on coupe les deux pneumogastriques à un chien vigoureux; le nombre des inspirations est de 8 par minute. Quinze minutes après l’injection de vingt centigrammes d’hyoscyamine, l’animal faisait 19 inspirations par minute.
Ainsi, sous l’influence des alcaloïdes des solanées, le nombre des inspirations augmente, et cette augn.en-
tation se produit encore après la section des pneumogastriques.
Action sur le système nerveux.
Le système nerveux de la vie de relation n’est pas impressionné directement par les alcaloïdes des solanées : ni la motricité, ni la sensibilité ne sont modifiées par les doses thérapeutiques. D’après Lemattre, les alcaloïdes agissent en détruisant l’excitabilité des nerfs, et en conservant l’irritabilité musculaire quelque peu affaiblie; l’excitabilité sensitive disparaît d’abord, puis l’excitabilité motrice. La destruction de l’excitabilité des nerfs a lieu de la périphérie au centre. Ces résultats ne sont pas les mêmes que ceux de nos expériences. Du reste, plus loin, il ajoute que l’action de ces poisons s’exerce sur les centres de la perception consciente, cerveau et protubérance annulaire, puis sur la moelle épinière, car il arrive un moment où l’excitation de la peau ne déterminait plus de sensation perçue, mais seulement une convulsion réflexe, résultat d’une perception inconsciente. Ces alcaloïdes agissent sur l’excitabilité de la moelle et ne lèsent que secondairement l’excitabilité des nerfs sémitifs.
Nous avons cherché à résoudre cette question, et voici quelques-unes des expériences qui nous ont permis d’arriver à des conclusions.
Le 21 juillet 1869, sur un chien de moyenne taille, on détruit cinq à dix centimètres de moelle épinière
— 4fi
dans la portion dorso-lombaire. L’animal a été chloroformé et a perdu peu de sang; la plaie est suturée, et on laisse reposer le chien de huit heures du matin à deux heures de l’après-midi. A ce moment, l’animal étant bien revenu à lui-même, on injecte dans le tissu cellulaire d’une patte antérieure quinze centigrammes d’hyoscyamine. Les phénomènes ordinaires de l’intoxication ne tardent pas à apparaître, sécheresse de la gorge, dilatation de la pupille, voix rauque. Vingt minutes après, on met à nu le nerf sciatique, et dans cette opération les muscles fessiers ont donné peu de sang. On excite alors ce nerf soit avec la pointe d’un scalpel, soit avec une pince de Pulvermacher, et au moindre contact, il se produit des contractions trèsvives. Ainsi l'excitabilité nerveuse persiste, malgré l’injection d’une dose considérable d’hyoscyamine; deux heures après l’injection, la moindre excitation du nerf sciatique produisait encore des contractions musculaires. En portant l’excitation directement sur le bout central de la moelle épinière, on déterminait chez l’animal des cris et des mouvements convulsifs, même en touchant très-légèrement les cordons postérieurs. Les nerfs du plexus brachial mis à nu étaient restés très-sensibles.
Le même expérience a été faite avec la daturine, et les résultats ont été identiques. Vingt centigrammes de daturine, injectés à un chien, n’ont pas produit de modification dans la motricité, ni diminué la sensibilité dans les nerfs mixtes ou dans les cordons postérieurs de la moelle.
— kl —
Sur un chien, auquel on avait injecté trente-cinq milligrammes d’hyoscyamine et déterminé ainsi une diminution très-forte dans la pression artérielle, le lingual était resté très-sensible. Tous les animaux , qui ont été mis en expérience, ont gardélasensibilité intacte. Nous avons souvent répété ces expériences sur des grenouilles, en variant les doses, le lieu de l’injection et les nerfs destinés à être étudiés, et toujours les résultats ont été les mêmes, sauf les cas où l’on examinait les animaux à un moment rapproché de la mort; alors la sensibilité avait beaucoup diminué.
Ainsi, on injecte sous la peau du dos d’une grenouille moyenne, cinq milligrammes d’hyoscyamine à 1 heure 30. L’animal a de la peine à sauter, son train postérieur est devenu paresseux. A trois heures, la moindre excitation portée sur le nerf sciatique mis à nu, déterminait néanmoins des contractions très-fortes dans les muscles de la patte; l’animal cherchait à se sauver pour éviter la douleur. La daturine a donné les mêmes résultats.
Sur des grenouilles préparées par la méthode de Claude Bernard, nous n’avons pas trouvé de modifications dans les propriétés du système nerveux. Fixant la grenouille par les quatre pattes, on met les nerfs lombaires à découvert; puis une ligature appliquée sur les parties sous-jacentes supprime la circulation entre le train antérieur et le train postérieur. L’expérience étant ainsi disposée , on injecte -trois milligrammes d’hyoscyamine dans une patte antérieure; deux heures après, les nerfs sciatiques sont encore très-excitables.
Les injections de dalurine n’ont pas changé davantage l’excitabilité nerveuse.
Sur des grenouilles, nous avons déposé de l’hyoscyamine et de la daturine sur le cerveau mis à nu, sur la moelle mise à découvert; ces expériences ne nous ont pas donné de résultats bien appréciables.
La dalurine à dose élevée produit souvent des convulsions. Nous n’en avons jamais observé dans les injections d’hyoscyamine.
L’action stupéfiante de ces alcaloïdes paraît due aux modifications de la circulation. A doses faibles, on produit une olighémie dans les centres nerveux qui se manifeste par du délire, des hallucinations, l’affaiblissement du train postérieur ; à ce moment les perceptions sont modifiées, et sous l’influence de cette olighémie, l’excitabili té de la moelle diminuée. A dose plus élevée, les congestions des méninges et des centres nerveux, les hémorrhagies qui les accompagnent donnent lieu aux phénomènes convulsifs, à la diminution dans la sensibilité périphérique et au coma qui succède à l’ensemble de ces symptômes. Nous étudierons l’action produite sur le grand sympathique, en cherchant les causes de la dilatation pupillaire, et l’action des alcaloïdes sur les mouvements de l’intestin.
Action sur le système musculaire.
L’excitabilité des muscles striés n’est pas modifié chez les animaux auxquels on administre de l’hyoscyamine ou de la daturine. Nous avons vu toutefois que
ces alcaloïdes portés directement sur le cœur ralentissent son action; que la daturine produit des intermittences du cœur, que dans les autopsies de malades empoisonnés par cet alcaloïde, on a trouvé le cœur en diastole et complètement flasque, de soi te que le muscle cardiaque semble faire exception. Pour Lemattre, l’action directe à dose concentrée, tant sur le muscle de la vie de relation que sur le muscle cardiaque, est de détruire complètement à la fois et l’excitabilité des nerfs et l’excitabilité des muscles. Ne peut-on admettre une paralysie du grand sympathique consécutive à des doses toxiques d’alcaloïde, et par suite perte de l’action excito-motrice qui fait contracter le cœur?
Ayant injecté du curare à quatre chiens, nous les avons soumis ensuite à l’action de l’hyoscyamine et de la daturine, et nous n’avons pu constater de modifications dans l’excitabilité musculaire. Ainsi, le 29 octobre, on injecte sous la peau d’un chien 15 centigrammes de curare de Para qui nous avait été donné par M. Liouville; on entretient la respiration artificielle et l’on injecte dix centigrammes de daturine; une demi-heure après, les muscles se contractaient vivement au moindre contact et surtout avec l’excitation d’une pince électrique. L’injection avait été faite à la face interne de la cuisse gauche, et les adducteurs se contractaient aussi vivement que les autres muscles de l’économie. Dans toutes les autres expériences, les résultats furent semblables. L’affaiblissement que l’on rencontre chez les animaux intoxiqués, nous paraît tenir à l’état des centres nerveux.
Jamais nous n’avons trouvé dans les muscles d’altération résultant du contact de l’hyoscyamine et de la daturine; nous avons souvent examiné les fibres mustulaires, et toujours les stries étaient très-nettement conservées, sans dégénérescence graisseuse.
Les muscles de la vie organique ne résistent pas de même à l’action médicamenteuse. Nous avons étudié les contractions de l’intestin par le procédé de MM. Legros et Omnius qui ont bien voulu nous aider de leurs conseils.
A dose faible, l’hyoscyamine et la daturine activent les contractions intestinales; à dose forte, elles paralysent l’intestin. Les deux observateurs que nous avons cités plus haut ont mentionné cet effet de l’atropine dans leurs recherches sur les contractions de l’intestin .
Voici quelques-unes de nos expériences et la reproduction des tracés graphiques des mouvements intestinaux.
Le 3 février 1870, on introduit une sonde munie d’une ampoule un peu longue dans l’intestin grêle d’un lapin; la paroi abdominale est suturée avec soin et recouverte d’un linge pour éviter le refroidissement; l’intestin est resté très-peu de temps exposé à l’air. Les tracés A (fig. 9) montrent tous des contractions intestinales assez étendues. A 4 h. 5 m., une injection de 1 centigramme d’hyoscyamine est poussée dans le tissu cellulaire de la cuisse gauche. Le tracé B, pris à 4 h. 25 m. reproduit des contractions plus rapprochées et plus rapides. A 4 h. 29 m. on fait une nouvelle injection de 1 centigramme d’hyoscyamine, et sur le
Iracé C, pris à 4 h. 44 m./’on voit des contractions irrégulières et plus lentes.
A 4 h. 55, nous coupons le nerf grand splanchni-
Fig. \ %.
que, et nous excitons le bout périphérique. Le tracé D est pris à 5 h. 10 m.
Les contractions redeviennent rapides.
Le 3 février, on introduit dans l'intestin grêle d’un
chat chloroformé, à 10 h. du malin, une sonde munie d’une petite ampoule eu caoutchouc ; la plaie de l’abdomen est suturée avec soin et la paroi abdominale recouverte de linges pour empêcher le refroidissement. L'opération a été faite rapidement, les viscères qui avaient fait hernie ont été réduits sans peine. Un point de suture fait à la plaie intestinale empêche la sonda
de glisser; l’ampoule se trouve à 7 ou 8 centimètres de cette plaie. On laisse reposer l’animal jusqu’à il h. 30 m. On prend le tracé A (fig. 10), sur lequel on observe des séries de contractions intestinales assez lentes et assez régulières.
A 11 h. 45 m., injection de 1 centigramme dhyoscyamine dans le tissu cellulaire de la cuisse ; puis on prend les tracés suivants :
'M h. 50, tracé B.
I l h. 55, tracé C.
12 h. 05, tracé D.
2 h., tracé E.
Comme le chat est excessivement sensible à l’action du médicament, dès le tracé B,] on ne trouve plus que des contractions faibles et éloignées. Les autres tracés
Fig. x.
se réduisent à des lignes droites, ce qui indique une absence totale de contractions. A l’autopsie, nous avons trouvé l’intestin flasque, aplati sur lui-même, ne présentant nulle part de contracture. L’ampoule n’avait pas varié de position , et l’appareil n’avait aucune fuite.
La même expérience a' été répétée avec de la daturine le 5 février ; c’est encore un chat qui a été employé. Le tracé de la fig. 11 est à peu près le même que le précédent.
Fig. xi.
Ainsi, à petites doses, nous obtenons une accélération des mouvements intestinaux ; à forte dose, au contraire, nous voyons une paralysie complète, qui cède encore à l’excitation directe du nerf grand splanchnique.
MM. Brown-Sequard, Schiff, Legros et Onimus ont constaté que l’arrêt de la circulation artérielle augmentait les contractions intestinales ; les alcaloïdes n’agiraient-ils que comme modificateurs de la circulation? ou bien y a-t-il une action directe sur le. grand sympathique qui se traduirait par une excitation au début, ou par l’emploi de faibles doses, et une paralysie consécutive à des doses plus fortes? Nous croyons que c’est à cette dernière opinion qu’il faut se ranger.
Action sur la pupille;
La mydriase est un effet constant des alcaloïdes que nous étudions , quel que soit leur mode d’administration. Suivant Schroff, l’hyoscy amine a, sous ce rapport, une action plus rapide, plus persistante et plus intense que l’atropine elle-même; et d’ailleurs, comme l’hyoscyamine est soluble dans l’eau, l’instillation est moins douloureuse. Lemattre a repris ces expériences, et est arrivé à des conclusions différentes. Agissant toujours sur le même animal, il a vu que l’atropine a un pouvoir mydriatique supérieur à celui de la daturine, et celle-ci, à son tour, un pouvoir mydriatique supérieur à celui de l’hyoscyamine, tant sous le rapport de la rapidité que de la durée d’action. Schroff expérimentait sur plusieurs personnes, de sorte qu’il n’a pu tenir compte des différentes susceptibilités individuelles.
Lorsque la 'pupille est dilatée, l’iris est complètement insensible à la lumière, même à la lumière solaire. Les courants d’induction appliqués sur la sclérotique font encore contracter l’iris.
Nous n’avons jamais pu obtenir la dilatation de la pupille sur les yeux enlevés de l’orbite par l’injection directe de solutions d’hyoscyamine ou de daturine dans la chambre antérieure.
Le 20 janvier, nous enlevons rapidement les deux yeux d’un chien vivant, et nous les plaçons tous deux de façon à ce que la pupille fût exposée à la lu-
mière; une injection de 2 milligrammes d’hyoscyamine est poussée dans la chambre antérieure de l’un d’eux. Il se produit un léger trouble dans l’humeur aqueuse ; vingt minutes après, les deux pupilles étaient également dilatées. En appliquant des courants d’induction directement sur les deux globes oculaires, les deux iris se contractaient avec la même facilité.
Voici la relation d’une autre expérience :
Le 18 janvier, les deux yeux d’un lapin vivant sont enlevés rapidement à 2 h. 20 m., et placés tous deux devant une fenêtre, l’iris exposé à la lumière. Une injection de 2 milligrammes d’hyoscyamine est poussée dans la chambre antérieure de l’un des yeux ; il s’écoule quelques gouttes d’humeur aqueuse. Les deux pupilles étaient également contractées ; pendant l’injection, l’iris au contact de la solution s’est contracté.
A 2 h. 40 m., il ne s’est pas produit de la dilatation ; à 3 h. 5 m. ,1a pupille de l’œil non injecté est plus dilatée que l’autre. Nous faisons une nouvelle injection de 2 milligrammes.
A 4 heures, aucune modification n'a eu lieu.
Nous avons souvent renouvelé ces essais et toujours avec le même résultat.
A dose thérapeutique, la rétine ne paraît pas influencée ; en effet, si le malade accuse une amblyopie légère, quelquefois de la diplopie, s’il voit des images irisées, il peut très-bien lire à travers une carte percée d’un petit trou au moyen d’une épingle. L’accomodation s’exerce encore dans une certaine étendue ; en plaçant le malade dans la demi-obscurité, pour éviter
des impressions trop vives, on peut faire varier la distance du livre à l’œil de 50 à 15 centimètres, sans que le malade cesse de lire d’une façon courante. Les phosphènes sont très-bien conservés. A l’ophthalmoscope on ne perçoit aucun changement du côté de la rétine. Nous avons examiné la rétine d’animaux qui avaient pris de fortes doses d’hyoscyamine, et nous n’avons pas trouvé de lésion nettement accentuée.
La conjonctive, la cornée conservent encore toute leur sensibilité, celle-ci diminue quand on fait prendre aux animaux des doses toxiques. Le contact direct du liquide avec la muqueuse oculaire détermine du larmoiement qui n’est pas de longue durée.
La mydriase se produit également à la suite des frictions sur les paupières avec de l’extrait de jusquiame ou de l’extrait de belladone. M. Liouville a fait quelques expériences à ce sujet (Thèse de Clin, De l'hyoscyamine ). L’extrait de belladone et l’hyoscyamine ont été employées en frictions sur les paupières, et, pour bien mesurer leur énergie d 'action, lorsqu’on a pensé leur effet complet, on a traité les deux yeux par l’extrait de fève de Calabar, également en frictions sur les paupières; puis, pour contrôler l’effet produit, on a interverti les substances relativement aux yeux, et on a cette fois encore employé la fève de Calabar.
Sur l’œil, soumis à l’hyoscyamine, la dilatation de la pupille s’est faite moins rapidement, mais elle est arrivée dans un temps variable à devenir sensiblement égale à la dilatation de la pupille de l'œil traité par les préparations de belladone.
Ouand la fève de Calabar a été appliquée, la contraction de la pupille s’est toujours faite plus rapidement dans l’œil traité par la belladone, celui traité par l’hyoscyamine résistant plus longtemps à l’action de l’antimydrialique.
Dans ces expériences, la dilatation s’est produite, sans que la substance employée se soit trouvée en contact direct avec la muqueuse oculaire.
Nous’avons à étudier maintenant le mécanisme de la dilatation pupillaire. Les théories les plus diverses ont été mises en avant; nous n’avons pas le dessein de les discuter ici ; nous nous bornerons à rapporter quelques-unes des expériences que nous avons faites pour chercher à élucider celte question si controversée.
Sur un chat de force moyenne, on arrache le ganglion cervical supérieur du côté gauche; puis on injecte dans le tissu cellulaire de la cuisse un centigramme d’hyoscyamine. Une minute après, on voit la pupille du côté droit complètement dilatée, l’iris effacé, tandis que du côté gauche, après quinze minutes, la pupille était à peine dilatée et avait atteint tout au plus le tiers de la pupille du côté opposé.
Si au lieu d’arracher le ganglion cervical supérieur, on coupe le filet sympathique qui unit ce ganglion au ganglion cervical inférieur, le même phénomène se produit ; en galvanisant alors le bout supérieur du nerf, on produit la dilatation complète du même côté.
Nous avons répété plusieurs fois cette expérience sur des chats, des chiens, des lapins, et elle a toujours réussi, à la condition de ne pas employer des do-
ses excessives. Mais, dans ce cas, n’y aurait-il pas une action sur les parties supérieures du grand sympathique, ou sur le ganglion ophthalmique lui-même?
Ce résultat avait été constaté par Kramer, M. Trasbot, etc.
Si, après avoir injecté de l’hyoscyamine ou de la daturine à un lapin ou à un chat, et avoir obtenu la dilatation des deux pupilles, on coupe alors le grand sympathique d’un côté, la pupille correspondante' se contracte , sans revenir à ses dimensions primitives , alors que l’iris du côté opposé est complètement effacé. La galvanisation du bout supérieur du nerf ramène la dilatation.
La section du nerf optique, celle du trijumeau dans le crâne, que nous avons faites plusieurs fois, n’ont jamais modifié les conditions de la dilatation pupillaire.
Ces expériences démontrent que le grand sympathique est l’agent de la dilatation pupillaire. Agit-il seul ou avec le concours de la 3e paire ? C’est la question que nous avons cherché à résoudre par des expériences directes.
Le nerf de la 3e paire ne peut guère être atteint que dans le crâne. Voici comment nous avons procédé sur un lapin : Nous avons enlevé lavoûte crânienne, coupé les lobes olfactifs entre deux ligatures pour éviter l’hémorrhagie trop abondante, et soulevé le cerveau avec précaution ; on peut alors suivre le nerf moteur oculaire commun dans son trajet des pédoncules cérébraux à la oaroi du sinus caverneux. La galvanisation
de la 3e paire produit la contraction de la pupille ; sa section la dilatation.
Ayant injecté deux centigrammes d’hyoscyamine à un lapin, les deux pupilles étant largement dilatées, on excite dans le crâne le nerf de la 3e paire, aussitôt la pupille du même côté se contracte; quand on cesse la galvanisation, la dilatation se reproduit en moins d’une minute. On peut obtenir une contraction en excitant avec la pointe d’un scalpel le bout périphérique du nerf préalablement coupé. La contraction, dans ce cas, se produit même lorsque l’animal a reçu des doses considérables d’hyoscyamine ou de daturine, ce qui montre que l’agent toxique n’exerce pas une action bien grande sur le nerf lui-même, puisqu’il conserve si bien toute son excitabilité. Du reste, les autres nerfs moteurs de l’économie ne sont pas influencés par ces alcaloïdes, ainsi que nous l’avons démontré plus haut.
Si, après avoir coupé le nerf de la 3e paire dans le crâne, et avoir obtenu une certaine dilatation de la pupille du côté correspondant, on injecte de l’hyoscyamine ou delà daturine dans le tissu cellulaire sous-cutané de l’animal, la dilatation pupillaire augmente, et avec une dose suffisante va jusqu’à l’effacement complet de l’iris. Nous avons plusieurs fois répété cette expérience, et toujours le résultat a été le même. Du reste, celte augmentation de la dilatation par l’atropine après la paralysie de la troisième paire avait été constatée par Ruette, M. Cl. Bernard, etc. '
Ainsi il faut, pour le moment, accepter l’action di-
recle du mydriatique sur le muscle dilatateur, et cette action s’exerce par l’intermédiaire du grand sympaque, excité directement par les alcaloïdes que nous étudions, et le nerf moteur oculaire commun est étranger à la mydriase.
Action sur la calorification.
A petite dose, l’hyoscyamine et la daturine produisent souvent une augmentation légère de la température, qui paraît en rapport avec la fréquence des pulsations ; mais cette augmentation n’est îpas constante, ainsi qu’on peut le voir dans la relation de quelquesunes de nos observations.
1° Chien.
Température rectale, 39°, 84 pulsations.
injection sous-cutanée de 1 centigr. d’hyoscyamine. Trente minutes après nous trouvons :
Température rectale, 39°, 2, 11 G pulsations.
2° Chien.
Température rectale, 39°, 4.
Injeclion de 1 cent, d’hyocyamine.
3° Chien.
Température rectale, 38J,4,
76 pulsations.
Injection de 1 cent, de daturine, trente minutes après. Température, 38u,7. 108 pulsations.
4° Chien.
11 h., température rectale, 39°, 6.
Injection de 1 centigr. de daturine.
12 h. 30, température rectale, 39°, 6.
1 h. température rectale, 39°, 5.
Les résultats observés chez l’homme sont absolument les mêmes. Voici quelques relevés de température.
27 août 1869. N° 19. Saint-Charles.
9 h. 15, température axillaire, 37°. 60 puis,
injection de 7 milligrammes d’hyoscyamine.
4° 15 bis. Salle Saint-Charles.
Jt; C» *
injection de 21 1|2 milligr. d’hyoscyamine après le re pas.
27 avril. Même malade.
Injection de 4 milligrammes d’hyoscyamine.
28 avril. Même malade.
Injection de 5 milligrammes d’hyoscyamine.
3 juillet. N° 30. Saint-Charles.
Injection de 4 milligrammes d’hyoscyamine.
4 juillet. Même malade.
Injection de 6 milligrammes d’hyoscyamine.
Voici les résultats obtenus par l’injection de datU' rine :
3 juillet. N. 1. Saint-Charles.
Injection de 4 milligrammes de daturine.
4 juillet. Même malade.
Injection de 6 milligrammes de daturine.
Ainsi, on trouve presque toujours une augmentation légère de la température avec accélération du pouls; quelquefois la température ne varie pas. Chez un malade, n° 15 bis, Saint-Charles, que nous avons cité plus haut, nous avons toujours obtenu un ralentissement du pouls, sans modification de la température.
A doses élevées, on obtient un abaissement de température, qui est plus notable avec la daturine.
28 janvier 1870. Chien.
4 h. 47, température rectale, 39,4.
1 h. 62, injection de 35 milligrammes d’hyoscyamine.
2 h. 47, température rectale, 39.4.
L’animal est très-agité.
1" février. Chien.
Température rectale, 38.4 .
3 h. 45, injection de 6 milligrammes de daturine dans la cuisse 3 h. 40 38.7
Injection de 10 centigrammes de daturine.
Injection de 7 centigrammes de daturine.
Ainsi les variations de température ne sont pas les mêmes suivant les doses employées; en général, de petites quantités d’alcaloïde déterminent une augmentation légère dans la température; celle-ci diminue dans les intoxications.
Conclusions.
1° L’hyoscyamine et la daturine exercent spécialement leur action sur le système du grand sympathique.
2° De faibles doses diminuent la circulation capillaire; des doses fortes déterminent une paralysie vasculaire.
3° La tension artérielle augmente par l’administration de faibles doses ; au contraire, elle diminue avec des doses toxiques. Ces résultats ne sont pas modifiés par la section des nerfs pneumogastriques.
4° Le nombre des pulsations augmente et leur amplitude diminue.
5° L’hyoscyamine régularise les mouvements du cœur; la daturine produit souvent des intermittences et des arrêts du cœur. Portés directement sur cet organe, ces alcaloïdes diminuent la fréquence des batements et produisent un arrêt complet du cœur.
6° Ils accélèrent toujours la respiration.
7° L’hyoscyamine et la dalurine n’ont pas d’action directe sur le système nerveux de la vie de relation. La sensibilité et la motricité ne sont pas modifiées. A dose toxique, la sensibilité périphérique est émoussée.
8° Ces alcaloïdes n’ont aucune action sur l’excitabilité des muscles à fibres striées. Ils ne modifient pas leur structure.
9° A faible dose, ils accélèrent les mouvements de l’intestin; à forte dose, ils les paralysent.
10° Les phénomènes généraux que l’on observe sont dus aux modifications survenues dans la circulation. Ils disparaissent rapidement. Ces alcaloïdes s’éliminent vite, surtout par les urines où on peut les retrouver.
11° La dilatation de la pupille est due à l’excitation du grand sympathique; le nerf de la 3e paiye est étranger à la mydriase.
12° De faibles doses déterminent, en général, une augmentation légère de la température; de fortes doses diminuent la température centrale.
APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES
Il est peu de maladies dans lesquelles la jusquiame et lastramoine n’aient été essayées et recommandées; depuis les phlegmasies jusqu’aux hémorrhagies et aux affections les plus diverses du système nerveux, tout le cadre nosologique était rempli d’indications pour l’emploi de ces substances. L’empirisme seul présidait à leur usage.
Après avoir étudié les effets physiologiques de l’hyoscyamine et de ladaturine, nous essaierons de préciser les indications qui en dérivent logiquement. Et d’abord une grande prudence sera nécessaire dans l’emploi de la daturine pour éviter les accidents cardiaques que nous avons signalés. De plus, pour obtenir une action thérapeutique certaine, il est indispensable de n’administrer que des petites doses de médicament. M. Gubler (Dict. encyclopédique des sciences médicales, art. Atropine) fait remarquer qu’il est prudent de débuter par
des prises d’un demi-milligramme d’atropine el d’en administrer une seule la première journée, sauf à en multiplier graduellement le nombre, de manière à atteindre la dose efficace déterminée par l’apparition des phénomènes physiologiques. L’hyoscyamine et la daturine peuvent, sans inconvénient, être administrées à la dose de 1 ou 2 milligrammes le premier jour, sauf à élever graduellement les doses, s’il n’y a pas d’effet produit; en procédant ainsi, on évitera les intoxications, et on connaîtra exactement la susceptibilité individuelle de chaque malade.
On peut utiliser l’action mydrialique de ces alcaloïdes, leur influence sur le système musculaire lisse et sur le système vasculaire.
1° Comme mydriatiques, l’hyoscyamine et la datu- . rine peuvent servir à favoriser l’examen de l’œil au moyen de l’ophlhalmoscope,' ou les opérations chirurgicales. Elles contribuent à rendre la vision plus nette chez les sujets affectés de myosis accidentel. Poulingon de Montpellier, dans un cas de cataracte double avec myosis, conseilla l’emploi de la jusquiame blanche; on débuta par 1[6 de grains augmentant les doses jusqu’à 10 grains par jour, et au bout d’un mois l’opération fut pratiquée. Saissel, dans un cas de myosis, employa la jusquiame blanche de la même manière que Poulingon ( Journal de médecine de Corvisartet Leroux, t.XlV, p. 136).
Schmidt devienne (Bibl. méd. t. XXTII p. 105\ anrès avoir opéré un malade d’une cataracte double, reconnu le 11e jour un irilis dans l’œil gauche. Il fit prendre
au malade chaque jour 4 grains d’exirait de jusquiarne etinslilla dans l’œil un collyre composé de 1 gros d’extrait de jusquiarne dissous dans une once d’eau distillée. Au bout de 48 heures, le malade se trouva déjà mieux, et tous les symptômes ayant diminué journellement, le retour de la vue eut lieu le septième jour.
Nous avons employé un collyre à l’hyoscyamine (une solution au centième) dans deux cas d’iritis syphilitique; les deux malades ont guéri sans présenter aucun phénomène particulier.
Ces alcaloïdes trouveront leur usage lorsqu’on voudra s’opposera la formation de synéchies, ou en déterminer la rupture; qu’on craindra une hernie de l’iris, etc. (Journal de Hufeland, t. XXXIX, A. 110).
Nous avons déjà dit que, d’après les expériences de Schroff, l’instillation de l’hyoscyamine était moins dou- . loureuse que celle de l’atropine. Sauf cette circonstance particulière, l’emploi de ces alcaloïdes ne présente pas d’indications spéciales ; ils peuvent sans inconvénient se suppléer l’un l’autre.
Enfin les propriétés mydriatiques de ces alcaloïdes seront utilisées en médecine légale, dans la recherche de ces poisons à la suite de crimes. Déjà, en 1822, Runge ( Journal de pharmacie, 1824, p. 22) publiait un mémoire sur les moyens de découvrir les moindres traces du principe vénéneux dans les animaux empoisonnés par la belladone, la jusquiarne et le datura; il se sert de la dilatation de la papille et propose l’emploi du chat qui est l’animal le plus sensible pour ces expériences. MM. Tardieu et Roussin conseillent également
cette méthode qui est d’une sensibilité exquise ( Élude medico-lègale sur l empoisonnement, p. 774).
II. L’influence des alcaloïdes sur le système musculaire lisse a été utilisée dans un nombre de cas assez restreint. Ils peuvent répondre aux indications dans lesquelles la belladone a été employée.
L’hyoscyamine et la dalurine rendront des services dans les cas où l’on voudra obtenir un effet hypnotique sans produire de constipation. Stork avait remarqué que les jours où il prenait de l’extrait de jusquiame il avait le ventre plus libre; Greding, de son côté, a constaté les effets laxatifs de la jusquiame. Il en résulte que l’on pourrait s’en servir dans le cas de constipation ; car, à faible dose, il se produit une excitation des fibres musculaires lisses et une accélération dans les contractions intestinales.
Chanel ( Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. Il), a utilisé cette action sur l’intestin pour aider à la réduction des hernies étranglées; on pourrait invoquer aussi l’action sur le système vasculaire qui diminuerait la congestion des parties engagées dans l’anneau et faciliterait leur rentrée dans la cavité abdominale.
On a donné la jusquiame dans l’incontinence d’urine, afin de réveiller la contractilité du col de la vessie, ou à dose plus forte de diminuer la tonicité du plan musculaire. Cette solanée a été employée également pour combattre la spermatorrhée.
Ces alcaloïdes pourront servir de succédanés à l’atropine comme relâchants musculaires ou hypocinéti-
ques, pour vaincre les résistances offertes à l’accouchement ou à l’issue des règles par la rigidité du col de l’utérus, ou bien à l’introduction des sondes par le spasme de la région membraneuse de l’urèthre. M. Hirtz a obtenu de la jusquiame une action très-favorable dans les vomissements idiopathiques et symptomatiques (Elude clinique de quelques médicaments usuels ).
Pour obtenir ces effets, il faudra donner ces médicaments à une dose assez élevée, de façon à produire les phénomènes de l’intoxication; en étudiant leur action sur les libres musculaires lisses, nous avons vu que si, à faible dose, ils provoquaient des contractions en plus grande quantité, ils amenaient une paralysie complète.
III. L’influence de l’hyoscyamine et de la daturine se fait remarquer d’abord sur le système capillaire; nous étudierons les applications qu’on a faites à la thérapeutique de cette action sédative de la circulation et des modifications apportées aux fonctions du système nerveux.
1° L’action sur les capillaires, qui, à petite dose, se manifeste par un ralentissement delà circulation, a fait songer à l’emploi de ces substances dans les phlegmasies et dans les hémorrhagies.
2° La diminution des sécrétions a été utilisée dans un certain nombre de cas que nous aurons à examiner plus loin.
3° Les modifications que les alcaloïdes des solanées impriment à la circulation cérébro-spinale, et consécutivement aux centres de la perception consciente,
les ont fait employer avec succès dans les névroses douloureuses et convulsives, dans les affections congestives de l’encéphale et des méninges, etc.
1° Lajusquiame surtout a été employée fréquemment pour résoudre des inflammations.
Mathée (1559) préconisait l’usage de la jusquiame dans les apostèmes des parties génitales de l’homme et de la femme, etc. Les feuilles de jusquiame mêlées des cataplasmes faits de mie de pain et de lait, amènent la résolution des tumeurs inflammatoires des mamelles, des gonflements rhumatismaux ( Plenck , Toxicologie).
Nous avons déjà vu son emploi dans l’irilis. Tribolet de Berne [Bibliothèque médicale, t. 58, p. 116) a publié trois observations de croup guéri par la jusquiame. Seulement la guérison du premier enfant en 2 heures par quatre grains d’extrait de jusquiame, du second en 12 heures par 20 grains, me font douter du diagnostic. Du reste, il dit que lajusquiame doit être administrée avant la formation des concrétions polypeuses, sans quoi le traitement serait nuisible. I! promet de publier une série d’observations sur l’action de la jusquiame dans d’autres affections inflammatoires, c'est-à-dire sur la propriété de cette plante de diminuer l’excitabilité du système artériel ; mais je n’ai pu retrouver l’indication bibliographique de ces observations.
Vaidy ( Journ . gèn., t. LXXIV, p. 367) a employé, sans succès, la jusquiame dans le traitement de la pneumonie aigu .
La jusquiame, ainsi que le datora stramonium, ont
été employés dans le traitement du rhumatisme et même du rhumatisme articulaire aigu ; Zollickoffer (Berne médicale, XI, 469) et Van Nuffel ( Noua . Bibl. mèd. II, 451) ont préconisé l’usage interne et externe du datura dans le rhumatisme chronique. M. Lebreton, MM. Trousseau et Pidoux ont employé le datura dans le rhumatisme articulaire aigu. M . Lebreton fait prendre aux malades 1 cent, et demi d’extrait de semences toutes les trois heures jusqu’à ce que le délire survienne; ce phénomène obtenu, il diminue la dose de façon à laisser persister le délire au même degré pendant deux à quatre jours, puis il cesse tout à coup. Par cette médication , qui, d’après les expériences de MM. Trousseau et Pidoux, est tout-à-fait exempte de dangers, il prétend guérir en peu de jours les rhumatismes synoviaux fébriles et généralisés. Il faut donner concurremment les purgatifs drastiques et les solanée vireuses à haute dose. Il serait intéressant de continuer ces expériences en employant les alcaloïdes des solanées.
Les hémorrhagies ont été souvent traitées par la jusquiame. Plater l’avait vantée dans les flux hémorroïdaux immodérés ( Praxis medica, 635). Storck l’a employée chez un tuberculeux qui eut une hémoptysie légère, des crachats stries de sang (obs. VI) ; dans un autre cas (obs. VII) chez une dame de 47 ans atteinte d’hémoptysie à la suite a un accès de colère, il donna de la jusquiame et de l’opium apres avoir fait des saignées.
On s’est emparé de ces deux t-uservations, dont on
a exagéré l’importance pour préconiser la jusquiame dans les cas d’hémoptysie.
Hartz (Bibl. germ., t. VI, p. 240) vante les propriétés de la jusquiame comme hémostatique. Caisergues mèd., LXV, 407) l’a employée dans des hémoptysies. S. Hahnemann considère cette solanée comme très-utile contre les hémorrhagies, surtout les épistaxis- et les métrorrhagies (Journal de Hufeland, t. TI, p. 487). Dans le cas de métrorrhagie, il se peut très-bien qu’à l’action sur le système artériel, se joigne une contraction des fibres musculaires.
M. Clin (Thèse citée) a vu employer l’hyoscyamine comme succédané de l’ergot de seigle; il n’en a obtenu aucun résultat satisfaisant, et il pense que cette préparation peut être mise de côté dans tous les cas de ce genre.
Il est inutile d’insister sur l’emploi de la jusquiame dans les hémorrhagies; la matière médicale nous fournit tant d’hémostatiques, en lesquels on peut avoir toute confiance, qu’il serait imprudent de compter sur celui-ci.
La jusquiame a été employée comme moyen de guérir certains érythèmes. Tourneforl (Histoire des plantes des environs de Paris, t. I, 382) recommande d’exposer à la fumée des semences projetées sur des charbons les parties attaquées d’engelure.
2° On a proposé l’emploi de la jusquiame pour diminuer la sécrétion salivaire dans les cas de stomatite mercurielle, Clauderus vantait son action favorable dans la dysenterie.
Nous avons essayé de combattre les sueurs nocturnes des phthisiques à l’aide de la jusquiame ; l’extrait de semences administré seul n’a produit aucun résultat sur la peau, alors que les sécrétions bronchiques étaient beaucoup diminuées; des malades, qui remplissaient trois ou quatre crachoirs par jour, voyaient cette quantité de matières, rendues par l’expectoration, se réduire au tiers ou au quart.
Pour rendre l’action hypocrinique plus efficace, nous avons associé la jusquiame à l’acétate de plomb et les résultats que nous avons obtenus sont trop variables pour qu’on puisse en tirer des conclusions précises.
Cette action peut être utilisée dans les cas de bronchorrhée. Nous avons donné de l’hyoscyamine et de la daturine à des emphysémateux, atteints de sécrétion bronchique exagérée ; l’expectoration était beaucoup diminuée.
Les alcaloïdes devront être employés à dose faible ; car nous avons vu que dans les intoxications on produisait des effets inverses, soit des sueurs profuses ou une polyurie passagère.
3° Les cas où l’emploi des solanées a rendu des services incontestables sont fréquents dans les affections du système nerveux. Frank préférait la jusquiame à l’opium dans les névroses et les névralgies; Plenck disait : Alvum non constipât ut opium , hinc ei ut narcoticum prœferendum. (Toxicologia).
Dans tous les auteurs, nous voyons préconiser l’usage des solanées contre le symptôme douleur. La jusquiame été souvent prescrite pour calmer les dou-
leurs des otiles, des ophthalmies (Celse, Dioscoride loc. cit), les odontalgies, etc. La décoction de racine de jusquiame faite en du vinaigre est bonne (en se lavant la bouche) pour les douleurs de dents ( Dioscoride , liv. IV, p. 59). Troubine ( Bullet . des sciences mêd. de Fèrussac, XVII, p. 290) emploie les semences en vapeur produites par leur projection sur des charbons enflammés, et conseille de respirer cette vapeur dans les cas de douleur occasionnée par des dents cariées.
L’huile de jusquiame et le baume tranquille sont d’un usage très-répandu et dont il est difficile de retrouver l’origine. Kirchoff ( Bullet . des sciences mèd. de Fèrussac, XI, p. 197), conseille des frictions de teinture de feuilles de dalura sur le trajet des névralgies ; il cite quatre cas dont le siège était dans différents points du corps, et il obtint la guérison par ce moyen. MM. Trousseau et Pidoux recommandent l’emploi de la teinture de dalura ou d’une pommade composée de parties égales de cératet d’extrait alcoolique de datura; de plus l’application du médicament doit être longtemps continuée, lors même que toute douleur a cessé.
C’est après les travaux de Storck que l’usage interne de la jusquiame et du datura s’est répandu. Les journaux du commencement de ce siècle renferment une grande quantité d’observations de névralgies guéries par l’emploi des solanée's. Nous nous contenterons de rappeler quelques-unes des observations répondant à des indications précises. Lenlin ( Journal de Hufeland, t. IX) préconise la teinture de stramoine dans le tic douloureux de la face. Breiting [Journal de Hufeland ,
t. XXV, D 149), préfère la jusquiame. Méglin donne la formule des pilules qui portent son nom et rapporte treize cas de guérison de névralgie faciale ( Journal de Leroux et Corvisart , t. XXII, XXIII, XXVII, XXXII et Recherches et observations sur la névralgie faciale ou sur le tic douloureux de la face , 1816) ; ces pilules n’agissent que par la jusquiame qu’elles contiennent (Burdin). Seux ( Bibl . mèd.y mai 1817) en a retiré des avantages dans la même maladie. M. Hirtz ( Etude clinique de quelques médicaments usuels ), dans un cas de névralgie occipitale très-rebelle, a donné la stramoine jusqu’à l’hallucination et a guéri le malade. Il l’a donnée avec succès comme moyen préventif de la migraine et plusieurs fois avec bon résultat contre des accès de colique hépatique calculeuse.
M. Clin a donné de l’hyoscyamine dans un cas de névralgie faciale invétérée ; il débuta par deux granules d’un milligr. d’hyoscyamine de Merck ; puis au bout de peu de jours, il en donna trois, puis quatre, puis cinq. Dans ce cas, l’agitation de la malade devint extrême. Le matin, la malade était plus calme et la névralgie avait diminué assez notablement. On dut supprimer le médicament pendant trois jour pour le reprendre à la dose de deux granules et n’aller que jusqu'à trois.
Cette femme a été très-soulagée, mais seulement d’une manière momentanée : les granules ont dû bientôt être mis de côté à cause des accidents qu’ils déterminaient vers les muqueuses. Dans nos observations, nous n’avons jamais eu l’occasion de constater d’accidents sur le système des muqueuses.
Marcet ( Journal de pharmacie, t. VI, 1820, p. 96), a guéri plusieurs sujets atteints de douleurs nerveuses rebelles à tous les autres moyens, en leur faisant prendre trois fois par jour 1/4 ou 1/2 grain d’extrait de semences de dalura.
Dans les névralgies, nous avons employé l’hyoscyamine et ladaturine; ces deux alcaloïdes ont répondu à toutes les indications de la jusquiame et du datura. Ils sont plus faciles à manier, et par l’usage des injections sous-cutanées, on obtient des effets plus certains et plus rapides. Nous rapportons à la fin de ce travail un certain nombre de guérisons de névralgies par l’emploi de ces alcaloïdes.
Stoll prescrivait la jusquiame blanche pour calmer les douleurs de la colique de plomb; l’hyoscyamine pourrait être bien employée dans ce genre de maladies. Woltje (Murray, App. méd., t. I, p. 666) l’a employée dans le même cas ; elle a l’avantage, tout en calmant les douleurs, de ne pas augmenter la constipation. Ces alcaloïdes trouveront encore leur application dans le traitement des viscéralgies ; nous avons employé avec succès des injections sous-cutanées d’hyoscyamine dans un cas de névralgie du col de la vessie.
Quelque soit le mode d’administration des alcaloïdes, ils exercent une influence salutaire sur le symptôme douleur. Si les médicaments introduits dans l’estomac n’ont pas une action constante, c’est qu’ils ne sont pas toujours absorbés, ou du moins leur absorption devient très-lente; cette circonstance explique l’immunité des lapins pour les feuilles des solanées,
leur tube digestif étant toujours rempli de matières alimentaires, l’absorption est très-lente, et le principe toxique s’élimine à peu près au fur et à mesure qu’il est absorbé. Par les injections sous-cutanées, au contraire, on est sûr de la dose administrée, et le médicament rapidement introduit dans la circulation produit ses effets physiologiques. Nous avons vu que les alcaloïdes des solanées n’agissent pas directement sur la sensibilité ; chez un animal qui a pris de fortes doses d’hyoscyamine ou dedaturine, les nerfs mixtes, ou les nerfs sensitifs, les racines postérieures de la moelle, les cordons postérieurs ne peuvent être excités sans provoquer une douleur très-vive. Ce n’est qu’en produisant une intoxication assez grave que l’on arrive à émousser la sensibilité périphérique, de façon à piquer les naseaux d’un chien sans le faire souffrir, et cependant les faits cliniques nous démontrent, d’une manière évidente, une action rapide des alcaloïdes sur le symptôme douleur.
Dans les névralgies, nous voyons la douleur disparaître d’abord dans les branches périphériques du nerf; peu à peu la sédation se produit dans les grosses ramifications, et enfin dans le tronc du nerf lui-même. On ne peut pas invoquer l’action locale du médicament, car il agit aussi bien introduit dans le tube digestif, que poussé dans la circulation par une injection sous-cutanée. De plus, l’action du médicament doit être continuée; si le premier jour on produit une amélioration, celle-ci n’est que passagère, et ne devient définitive qu’après plusieurs injections. Il faut élever
les doses jusqu’à produire une légère intoxication qui se manifestera par un délire de peu de durée; après deux ou trois jours, suspendre pendant quarante-huit heures l’administration du médicament pour recommencer de la même façon jusqu’à cessation des douleurs.
Pour expliquer ces effets, il nous faut admettre des modifications dans les centres de perception, modifications consécutives à l’action du médicament sur le système vasculaire, qui disparaissent dès que le poison est éliminé.
Y a-t-il des indications spéciales pour l’hyoscyanime ou la daturine dans le traitement des névralgies? La question est très-difficile à résoudre. Les alcaloïdes que nous étudions guériront des névralgies qui auront résisté à la belladone ou à l’opium ; dans d’autres cas ils ne rendront aucun service, tandis que la morphine mettra un terme aux douleurs du malade. Dans l’observation Yl, par exemple, nous voyons un malade atteint de sciatique, soulagé par des émissions sanguines locales (ventouses scarifiées) ne ressentir aucune amélioration par l’usage de la belladone; il a été guéri par l’hyoscyamine. L’observation VIII nous montre une sciatique qui a résisté aux médications les plus diverses et modifiée par des injections d’hyoscyamine faites d’une façon méthodique.
L’hyoscyamine a un avantage sur l’alcaloïde de la -belladone et du datura; ce dernier peut donner lieu à des accidents redoutables du côté du cœur, tandis que l’atropine détermine très-facilement, et quelquefois à
dose très-faible des phénomènes d’intoxication inquiétants, surtout chez les enfants, ce qu’il faut, autant que possible, chercher à éviter. L’hyoscyamine se manie plus facilement; après l’avoir employée beaucoup, nous n’avons jamais eu d’accident à constater; le poison s’élimine rapidement et le délire disparaît pour faire place à un sommeil calme.
Si maintenant nous cherchons les moyens thérapeutiques dirigés contre les névroses convulsives, nous trouvons fort en usage la jusquiame et le datura. Storck, le premier, après beaucoup d’hésitation, (tant les propriétés toxiques de ces plantes inspiraient de crainte aux médecins) employa les solanées dans le traitement de l’épilepsie ( Libell . quo dtmonstrantur, etc). Ayant préparé de l’extrait de datura et de l’extrait de jusquiame, il en prit lui-même d’abord un, puis plusieurs grains et se sentit peu incommodé; il se demanda alors si par le changement qu’opérerait le stramonium dans ceux qui ont des convulsions, en les mettant dans un état contraire à celui où ils étaient, il ne ferait pas cesser les accidents convulsifs.
Il traite deux épileptiques par l’extrait de stramonium; ces deux malades sont cités dans l’obs. III et dans l’obs. Y; cette dernière surtout est remarquable. Il s’agit d’un jeune homme de20 ans, épileptique, ayant de 4 à 7 accès par jour. Storck lui fit prendre 3 fois par jour 1/2 grain, puis un grain d’extraitde stramonium, et es accès s’éloignèrent Le même auteur essaya égale- |ment la jusquiame dans le traitement decette névrose. Ainsi dans l’observation X, il dit qu’une épileptique de
18 années, sujette à des accès fréquents, fut calmée pendant trois mois à la suite de l’administration de l’extrait de jusquiame.
Greding a repris ces expériences et est arrivé à des résultats moins favorables; toutefois, dans ses observations 29, 31, 34, 33, on trouve une amélioration passagère. Les dix autres malades n’ont rien présenté de particulier à ce sujet.
Gilibert aussi a conseillé la jusquiame dans l’épilepsie. Odhélius, de Stockholm, sur quatorze épileptiques traités par le dalura, a obtenu huitguérisons; toutefois, comme les malades n’ont pas été tenus en observation pendant un temps suffisant, on ne peutsavoir s’il n’y a eu qu’une amélioration passagère ou un succès définitif.
Nous n’avons pas eu l’occasion de faire des expériences directes sur des séries de malades; cependant l’analogie entre les propriétés des solanées et les succès obtenus par l’usage de la belladone engagent à faire de nouvelles expériences à ce sujet, en employant les alcaloïdes du datura et de la jusquiame, soit en pilules, soit en injections sous-cutanées, en procédant par faibles doses et suspendant par intervalle l’usage du médicament.
Tout en n’espérant pas une guérison complète dans la plupart des cas, on peut s’attendre à un soulagement d’une durée plus ou moins grande, en raison de l’action des alcaloïdes sur la circulation des centres nerveux. Dans un as d’épilepsie grave, avec accès subintrants et délire , nous avons essayé des injections
sous-cutanées d’hyoscyamine, mais sans aucun résultat; les accidents cérébraux ont persisté et le malade dût quitter l’hôpital. Il est vrai que les autres indications ne furent pas plus heureuses.
Les applications du dalura stramonium à la chorée n’ont pas été suivies de succès; Storck, dans un cas, a vu la maladie aggravée à la suite de l’administration de cette solanée.
Dans les observations des auteurs qui l’ont employée, ou qui se sont servis delà jusquiame, nous ne trouvons que des insuccès à noter.
Le datura a été employé avec succès dans le traitement de la coqueluche par Krimer (Nouveau journal de Médecine, VII, 265), par Ward (B ibl. médicale, LX. 271). Les bons résultats obtenus par l’usage de la belladone faisaient prévoir les succès du dalura. A la place des extraits, que l’on administre dans ce cas, on pourrait donner aux petits malades un sirop contenant de la daturine ou de l’hyoscyamine.
De tous les remèdes employés pour combattre l’asthme, celui qui réussit habituellement le mieux, c’est le datura stramonium. On fume ses feuilles desséchées seules ou mêlées à de la sauge, soit dans une pipe, soit roulées dans du papier sous forme de cigarettes, ou bien encore on les brûle dans la chambre du malade. D’une manière générale, toutes les solanées vireuses possèdent plus ou moins les mêmes propriétés; elles entrent toutes dans la confection des cigarettes Espic, qui ont joui longtemps d’une grande renommée dans le traitement de l’asthme essen-
tiel et du catarrhe pulmonaire compliqué d’accidents nerveux. Cet usage vient des Indes orientales; le docteur Busseuil l’a vu également à Java. MM. Trousseau et Pidoux n’ontjamais eu à se louer de l’usage interne du datura dans les cas de dyspnée, que lorsqu’ils l’employaient suivant la méthode conseillée par Bretonneau pour la belladone; c’est-à-dire qu’on débute par un centigramme d’extrait pris en une seule dose, soit le malin, soit le soir; on augmente tous les deux jours d’un centigramme, jusqu’à ce que les accès soient notablement amendés. Si, après quelques jours, le mal reste stationnaire, on augmente encore, de manière toutefois à ne jamais produire d’effets toxiques. Si, avec la même dose, on voit le mal rétrocéder, on diminue graduellement. Nous n’avons pas eu l’occasion de soigner de malade atteint d’asthme; la daturine nous paraît destinée à rendre les mêmes services que l’extrait de datura ; de plus elle présente l’avantage d’être une préparation fixe et bien définie.
Des emphysémateux ont pris de la daturine et de l’hyoscyamine à la dose de 3 à 6 milligrammes par jour; la dyspnée a été peu modifiée; la sécrétion bronchique a été beaucoup diminuée. M Hirtz a remarqué que l’action thérapeutique de l’extrait dejusquiame s’est montrée efficace dans la toux des phtisiques et dans la toux nerveuse, plus efficace que l’aconit dans les accès d’asthme.
Les solanées ont été employées dans le traitement de différentes maladies mentales; Storck, Greding, Brindt ont fait beaucoup d’expériences thérapeuli-
ques; nous ne discuterons pas ici ces observations. Nous rappellerons seulement les travaux de M. Moreau (de Tours) sur l'emploi de la stramoine. M. Hirtz a administré deux fois l’extrait de semences de datura à des femmes hypocondriaques dont le trouble cérébral allait presque jusqu’à la lypémanie suicide, et dans ces deux cas, le résultat a été très-favorable, au point qu’on put dater de ce moment la marche décroissante de la maladie. Les alcaloïdes des solanées répondent à toutes les indications qui nécessitent l’emploi des extraits.
Il est certaines formes de paralysie dans lesquelles l’hyoscyamine ou la daturine peuvent rendre de grands services.
Nous rapportons plus loin l’observation d’un malade atteint de paralysie faciale, qui fut guéri par l’emploi de l’hyoscyamine à l’intérieur (Obs. X.) Dans les paraplégies réflexes, ces alcaloïdes ralentissant la circulation de la moelle, diminuent son excitabilité et peuvent rétablir les fonctions des membres malades.
Nous avons mis à profit chez deux ataxiques celle propriété de l’hyoscyamine dediminuerles congestions spinales (Obs. XI et XII). Dans les deux casjamarche est devenue plus facile, les douleurs moins fortes.
Naturellement, le succès devient plus rare et plus incertain lorsque la maladie est ancienne, car alors la congestion n’est plus qu’un élément secondaire dans le cours d’une altération organique des centres nerveux. 11 importe de prolonger l’usage de l’hyoscyamine en suspendant de temps en temps pendant deux
ou trois jours son emploi; il faudra également n’administrer que des doses faibles, de façon à ne produire aucun phénomène d’intoxication.
Ces propriétés sédatives de l’hyoscyamine ont été utilisées dans le tremblement et dans la paralysie agitante. Deux malades atteints de tremblement mercuriel, soumis à ce traitement, ont été améliorés d’une façon notable, alors que d’autres médicaments , tels que le bromure de potassium, l’opium, les bains sulfureux, avaient complètement échoué. (Obs. XIII et XIV.) La daturine nous a donné des résultats moins avantageux. (Obs. XV.) Le tremblement sénile est modifié par l’usage de l’hyoscyamine. (Obs. XVI.)
M. Charcot a employé l’hyoscyamine dans le traitement de la paralysie agitante (Ordenstein, sur la paralysie agitante et sur la sclérose en plaques généralisée); cet alcaloïde a été employé dans trois cas, et a donné lieu à une amélioration notable dans deux de ces cas.
James Begbie ( Transact . of the médico-chirurgical Society of Edinburgh, t. I, p. 285) a employé le dalura dans un cas de tétanos, et a guéri le malade. Nous ne mentionnerons que pour mémoire les faits rapportés par Eletorre et Brera en faveur de l’usage du datera dans le traitement de l’hydrophobie.
Ainsi, les cas où ces alcaloïdes rendront le plus de services se rapportent d’abord au symptôme douleur, puis aux névroses convulsives et aux affections congestives de la moelle.
Conclusions.
1° L’hyoscyamine et la daturine sont les principes actifs de la jusquiame et du datura.
2° Ces deux alcaloïdes ont des propriétés analogues à celles de l’atropine, et peuvent lui servir de succédanés.
3° La daturine ne doit être employée qu’avec de grandes précautions, au lieu que l’hyoscyamine peut être maniée sans inconvénient, avantage qu’elle possède également sur l’alcaloïde de la belladone.
4° Dans l’administration de ces médicaments, il faut presque toujours se servir de doses faibles, et éviter les phénomènes toxiques, qui sont au moins inutiles.
5° Leur action mydriatique peut être utilisée dans tous les cas où la belladone a été recommandée, et ne présente pas d’indication spéciale.
6° L’influence que ces alcaloïdes exercent sur le système musculaire lisse, quand ils sont administrés à petite dose, peut être utilisée dans les cas d’incontinence d’urine, de constipation, etc.
7° L’usage de ces alcaloïdes pour combattre les inflammations et pour arrêter les hémorrhagies ne saurait être recommandé.
8° L’hyoscyamine et la daturine seront employées avec avantage lorsqu’on voudra diminuer des sécrétions exagérées.
9° Ces alcaloïdes et surtout l’hyoscyamine combat-
tent d’une façon très efficace les névroses douloureuses.
10° Par les modifications qu’ils impriment à la circulation des centres nerveux, ils peuvent rendre des services dans le traitement des névroses convulsives, des affections spasmodiques, et des affections congestives de la moelle lorsqu’il n’y a pas encore d’altération organique avancée.