OBSERVATION V
(Service de M. le Professeur PAvIoT)
B... Emile-Stanislas, 67 ans, manœuvre.
Hypertrophie cardiaque. Mort par œdème aigu du poumon. Pas d'hypertension. Albuminurie cardiaque.
Autopsie : cœur de 480 gr., avec infarctus ancien, coronaires perméables, athérome minime, reins et viscères cardiaques.
Antécédents héréditaires et collatéraux nuls. Ethylisme moyen. Nie la syphilis.
Bonne santé habituelle, cependant il a été soigné :
A 28 ans, à l’hôpital de la Croix-Rousse, pour une affection impossible à préciser.
A 38 ans, à Saint-Pothin, pendant un mois, pour des palpitations.
A 58 ans, à l’Hôtel-Dieu, pour un accident,
En janvier 1921, à 67 ans, il a toussé violemment pendant plusieurs jours, mais n’a pas interrompu son travail,
A partir de mars 1921, la dyspnée augmente progressivement et le malade se plaint de palpitations.
Le 11 avril 1921, il entre dans le service du Professeur Paviot, n’ayant interrompu son travail que depuis cinq jours, pour des crises de dyspnée nocturne-progressive, de la dyspnée d’effort très accentuée, de la toux fréquente avec expectoration aérée muco-purulente. On constate les symptômes suivants :
1° un gros cœur, avec pointe dans le VI° espace, à 2 doigts en dehors de la ligne mamelonnaire. Choc de grande surface rappelant assez le choc en dôme, avec ébranlement
étendu de la paroi, Ni bruits anormaux, ni souffle. Cependant, au sthétoscope, on a parfois l'impression d’un rythme de galop. Le 2° bruit est bref, sans éclat, sans clangor.
2° un pouls régulier à 96 avec une tension prise au Pachon, par la méthode oscillatoire de 160/100.
3° un gros disque d’albumine dans les urines, pas de sucre.
4° un léger œdème, strictement limité, aux malléoles.
5° ni gros foie, ni grosse rate.
6° une température de 38°2.
Le 13 avril 1921, le cœur et le pouls sont réguliers à 104, les urines sont rares (600 gr)., elles renferment beaucoup moins d’albumine. Matité des deux bases plus accusée à gauche, avec de ce côté, de gros râles humides assez confluents, s'étendant de la base à la partie moyenne. A droite, gros râles ronflants remontant un peu moins haut. Œdème mou à godet de la jambe gauche.
Le 14 avril 1921, on trouve le malade assis à côté de son lit, le tronc penché en avant. La pointe du cœur est presque sur la ligne axillaire moyenne. Le cœur est rapide à 108, parfaitement régulier. Toux aboyante. Crachats muqueux. Cheyne-Stokes net avec pauses respiratoires totales où le malade s’endort. Diurèse 600 gr., avec taux d’albumine très diminué. 6 sangsues précordiales ont un peu soulagé le malade. On donne 2 gr. de théobromine.
Le 19 avril 1921, la diurèse est plus abondante, sous l’influence de la théobromine : 2600 à 3000 gr. Œdème prétibial persistant. La pointe du cœur est nettement remontée d’un espace : elle bat dans le V° espace sur la ligne mamelonnaire. La température est normale. Les urines sont très claires : vues chaque jour, elles ne renferment plus que des traces d’albumine, décelables seulement par la chaleur et l'acide acétique. A la radioscopie : on voit un gros cœur, touchant la paroi latérale avec ombre empiétant dans l’espace médiastinal inférieur.
Le 21 avril 1921, sensation épigastrique douloureuse, Vers 15 heures, sensation de constriction thoracique, dyspnée extrême, expectoration rosée et spumeuse ; le malade se meét
à quatre pattes.
L’interne de garde fait le diagnostic d’œdème pulmonaire aigu, mais trouve le malade dans un tel état qu’il ne pratique pas de saignée.
Décès à 17 heures.
AUTOPSIE : un litre d’ascite, quelques grammes de liquide citrin dans le péricarde, sans aucune trace de péricardite ancienne ni récente.
Cœur : 480 gr., hypertrophié avec proportions conservées des deux ventricules. Les coronaires sont perméables. Le muscle cardiaque paraît sain à la coupe, mais on trouve, sur la paroi antérieure du ventricule gauche, à 3 cm de la pointe, en plein muscle, un petit territoire triangulaire à base antérieure sous-péricardique, À sommet central, de teinte feuille morte, constituant un infarctus. Aucune lésion valvulaire.
Aorte très peu lésée, quelques taches d’athérome.
Reins : 115 gr. et 130 gr., état d’intégrité absolue.
Poumon gauche : spume rosée emplissant surtout le lobe supérieur, petite adhérence du sommet, avec sillons, dans l’intervalle desquels on trouve de l’emphysème alvéolaire. Nombreuses adhérences filamenteuses de la base, au niveau de la partie postérieure du lobe inférieur. Nodule fibreux, non caséeux, avec travées anthracosiques, dans le lobe supérieur.
Poumon droit : aucune adhérence, aucune lésion ancienne. Spume abondante, surtout dans le lobe supérieur.
Foie : 1180 gr., muscade en partie. Aucune lésion ancienne ou récente, ;
Rate normale, un peu dure, sans périsplénite.
Capsules surrénales absolument normales.
Pancréas normal, Rien au tube digestif,
Cerveau, protubérance, bulbe, cervelet : rien à signaler. Toutes les artères de la base, vues soigneusement (vertébrales, hexagone de Willis, sylviennes, cétébrales postérieures) sont perméables et exemptes d’athérome, l
EXAMEN HISTOLOGIQUE
Myocarde : la paroi du ventricule gauche est normale, l’infarctus est difficile à trouver : il est constitué par une ou deux taches de dimensions très inégales, dans lesquelles les fibres