‹ De l'hypochondrie et du suicide. Considerations sur les causes, sur le siege et le traitement de ces maladies, sur les moyens d'en arreter les progres et d'en prevenir le developpementChapitre 12 sur 16 · Madame*** ne veut pas même boire de l'eau · texte numérisé non relu

Madame*** ne veut pas même boire de l'eau

20. Elle paraît moins occupée de ses idées délirantes ; elle fait ouvrir la croisée de son appartement pour mieux respirer ; sommeil de quatre heures pendant la nuit.

2 1 . Trois selles fétides.

22. Madame *** est calme dans sa promenade , se sent mieux, reconnaît qu'elle a eu des idées extravagantes , que quelques unes Vont abandonnée , et que celles qui restent se dissiperont aussi. Elle mange assez bien. Lavement émollienl.

23. Après avoir dormi toute la nuit, madame*** est agitée, ne croit pas être chez le docteur Esquirol, qu'elle voit et ne veut pas reconnaître, à moins que quelqu'un de sa connaissance lui certifie qu'elle se trompe. Elle crie , appelle à son secours , trouve affreux qu'on prolonge son existence. La face, un peu animée, offre une teinte jaune, le pouls est dur et fréquent, sentiment de pesanteur aux lombes, constipation opiniâtre, le vésicatoire est rouge et presque sec; seize sangsues à la parlie interne des cuisses; un lavement laxatif et un émollient. Le soir, madame *** est plus calme; elle dort bien pendant la nuit.

24. Madame*** est visitée par son médecin ordinaire, qui ne peut la convaincre de son erreur relativement à M. Esquirol. C'est horrible , tout le monde s"1 entend pour me tromper. Elle demande un prêtre, qui ne trahira point la vérité.

25. Un ecclésiastique qu'elle désigne vient la voir, il n'est pas plus heureux. Il lui remet une lettre de son père et de son frère. Elle reconnaît l'écriture de celui-ci , mais non celle du premier. Elle se plaint de tous les soins dont on l'entoure, elle les regarde comme des tonrmens, est toute tremblante; le prêtre a beaucoup de peine à se séparer d'elle. Après son départ, madame*** s'agite, pousse des cris prolongés pendant une heure , après quoi elle tombe dans l'accablement, et, jusqu'au 28, reste calme, morose, comme honteuse de la scène du a5.

28. Jeudi, madame *** prend un bain tiède, après lequel elle reste calme toute la journée, sur la promesse formelle que lui donne M. Esquirol, de lui laisser voir, le dimanche suivant, celui des siens qu'elle désignera : elle préfère voir son mari avant son père, qui, étant encore malade, exciterait trop sa sensibilité ; elle reconnaît quelle a eu une maladie grave, des idées erronées qui la rendaient malheureuse. Elle a une grande obligation à la per^ sonne qui ta guérie , que ce soit le docteur Esquirol ou un autre. La nuit, sommeil interrompu par le besoin d'aller à la garde-robe.

29. Madame*** est riante, impatiente d'être au dimanche , pour s'assurer qu'on lui tiendra parole.

30. Madame *** est accablée, sa physionomie est sombre, triste; des chimères, des craintes

troublent son esprit. Bain le soir, lavement émoilient; sommeil.

3 1 . Madame *** est inquiète , incertaine dans sa volonté, se tourmente de ne pas voir son mari; il arrive enfin, ellel'accable de reproches, déraisonne complètement, et s'irrite de sa contenance ferme et peut être un peu réservée. Cependant elle passe assez bien le reste de la journée, et dort pendant la nuit, avec l'espoir de voir son père le lendemain.

Ier avril. Madame *** reçoit son père , son frère et son mari; elle repousse celui-ci avec horreur, se plaint à son père de tous les soins qu'on lui a prodigués, et exige qu'il la conduise à la Salpêtrière, où on lui montrera le vrai docteur Esquirol. En vain son père contente cette bizarrerie ; madame *** veut aller chez lui , et , croyant qu'il achèvera de la guérir en raisonnant avec elle , il se rend à ce dernier veau, malgré les observations qui lui sont faites. Madame*** n'est pas plus tôt dans la maison de son père, qu'elle délire de nouveau, qu'elle veut convoquer plusieurs médecins, ainsi que M. Esquirol, pour reconnaître enjîn le vrai docteur Esquirol. Le jour de la réunion est fixé au 4 avril , à une heure. Madame *** déraisonne de plus en plus; le 3 elle ne veut plus voir son mari , s'ennuie chez son père, désire retourner dans la maison d'où elle est sortie ; les menstrues paraissent. Le lendemain à midi , alors que ses parens

la croyaient très raisonnable, elle se précipite d'un troisième étage dans la rue : sa tête est fortement meurtrie. Après cette chute , elle menace ses parens d'en faire bien d'autres. Le délire augmente. Le 8, les symptômes d'épanchement dans le crâne se manifestent; et la mort a "lieu le 14. 11 me reste à regretter de n'avoir pu faire l'ouverture du corps.

Quelques jours après , M. Esquirol et M. le docteur Mitivié, son neveu, qui le seconde dans la direction des malades confiés à ses soins, acquièrent la conviction que cette dame était depuis long-temps en bulle à une affection morale.

Observation dix-huitième.

Prédisposition héréditaire , regret de ne pas se marier , crainte d'être obligée de travailler pour vivre. — Rose Charlotte P. est âgée de vingt-trois ans; elle compte dans sa famille, i°.une grartd'tante aliénée ; 2°. un oncle paternel mélancolique ; 3°. un cousin-germain en démence; sa mère se laisse facilement entraîner à des mouvemens décolère.

Rose-Charlotte P. eslrachilique et d'une petite stature ; elle a les yeux grands , bleus ; sa physionomie est très mobile. Rose-Charlotte P. est douée d'une grande sensibilité ; elle est colère ; elle éprouve souvent un sentiment de frayeur pour les causes les plus légères ; elle est remplie de vanité et d'amour-propre.

A treize ans , elle reçoit un coup au sommet de la tête, assez violent pour donner lieu à un phlegmon, qui s'est terminé par suppuration. Depuis cette époque, céphalalgie, rêves affreux pendant le sommeil ; Piose-Charlolte P. s'en affecte beaucoup,

A dix sept ans, le flux menstruel commence par des hémorragies utérines. Pendant plusieurs années il a toujours été très abondant et est revenu régulièrement tous les quinze jours.

Dix-huit ans. Angine tonsillaire; même affection les deux années suivantes.

Vingt-deux ans. Gencives fongueuses, gercées, facilement saignantes.

A vingt-deux ans et demi, Rose-Charlotte P. a des inquiétudes sur la fortune de son père; elle craint de ne pas se marier, et d'être réduite à travailler pour fournir à ses besoins. Les menstrues ne font que paraître; elles sont irrégnlières pendant quatre mois.

Vingt-trois ans. Au mois de septembre , grande tristesse, insomnie. Rose-Charlotte P. invoque la mort, forme le projelde se détruire; mais bientôt après elle s'accuse d'être un monstre, d'être colère , insensible, elle se croit punie par le ciel.

8 novembre. Elle ne dort pas , abandonne toute espèce de travail; elle parle seule et refuse de répondre aux questions qu'on lui adresse ; elle répèle tour à tour qu'elle est damnée, qu'elle voudrait être folle; fréquemment elle se met en colère,

ïo décembre. L'insomnie continue; Rose-Charlotte P. pleure souvent, et mange plus qu'à son ordinaire; retour du désir et des efforts de suicide. Les sangsues au cou lui procurent un peu de calme; les pédiluves synapisés ont augmenté son irritation.

27 décembre. Délire général, pleurs continuels.

2 janvier i8i5. Rose-Charlotte P. est triste, mais elle ne déraisonne pas ; le flux menstruel paraît , et revient le 8 avec assez d'abondance ; la céphalalgie cesse; le sommeil est meilleur; son état est très satisfaisant jusqu'au 20 septembre 181 5.

Alors , Rose-Charlotte P. , à la suite de chagrins causés par le mauvais état de ses affaires, est tourmentée d'insomnie; elle est triste, et refuse de prendre des alimens ; elle s'ennuie beaucoup ; elle ne peut pas travailler; il faut qu'elle marche continuellement ; elle éprouve de la douleur dans toute la tête, et des étourdissemens fréquens; elle croit ne pas être faite comme les autres personnes de son sexe; elle s'afflige de ne pouvoir répondre convenablement aux interrogations qu'on lui fait.

Ier octobre. Les menstrues ne paraissent point.

5 octobre. La malade ne veut pas manger; elle reste immobile; elle ne parle point. Tremblement des membres, mouvemens convulsifs des muscles de la face.

il octobre. Il faut l'habiller ; elle continue à ne pas prendre de nourriture; elle garde le silence le plus profond ; elle ne change pas de place et ne profère aucune parole ; elle ne dort pas et maigrit considérablement. Il ne se manifeste aucun signe de lésion dans les organes de la poitrine et du bas-ventre ; seulement, Rose-Charlotte P. éprouve de la constipation.

Cette mélancolie profonde a duré quinze jours; après ce Japs de temps , excitation maniaque qui a persisté tout l'hiver; l'appétit est bon, et la constipation beaucoup moindre; toutes les autres fonctions se font bien , à l'exception de la menstruation.

i5 mars. La tristesse reparaît; Rose Charlotte P. désespère de son salut, le courroux du ciel s'est appesanti sur elle ; mais elle ajoute qu'elle le mérite bien; elle s'imagine que tout le monde devine ses pensées , ce qui l'afflige beaucoup , parce que , dit-elle , le diable lui en inspire de bien mauvaises. Sa situation était \\n peu améliorée par l'emploi des bains lièdes et de doux purgatifs, lorsqu'elle sortit del'hôpital delà Salpêtriére le 29Juillet 1816.

Après sa sortie, les idées de damnation se sont dissipées très promptement. Rose-Charlotte P. s'occupe beaucoup de toilette ; elle croit être une personne fort importante et douée de qualités supérieures.

Cependant elle éprouve une pleurésie liés intense au commencement de décembre de la même année; je lui donnai les premiers soins, mais cette maladie ayant pris un caractère de gravité, elle fut conduite à l'hôpital Saint- Antoine , où elle a succombé à un hydrolhorax suivi d'anasarque.

Observation dix-neuvième.

Prédisposition héréditaire , sentiment de jalousie. — M... D..., issue d'une mère mélancolique, est douée d'une constitution très nerveuse; son enfance a été exempte de maladies graves, et le flux menstruel s'établit à quinze ans sans aucun accident. A quinze ans et demi elle contracta, à l'insu de ses parens , une liaison intime avec un jeune homme de son âge : depuis trois ans ils vivaient dans une parfaite intimité lorsque la jalousie vint s'emparer de M... D..., lui suggérer les pensées les plus lugubres, et même celle d'attenter à son existence. Pendant six mois , lutte intérieure, des idées religieuses font diversion, mais M... D... éprouve une vive céphalalgie et desirrégularités dans le sommeil , sans qu'au reste il se manifeste aucun trouble dans les fonctions nutritives. Depuis un mois elle ne pouvait pas se livrer à ses travaux ordinaires , elle restait quelquefois assise des heures entières sans penser à rien , sans pouvoir fixer son attention, lorsque la jalousie

35a DU SUICIDE.

recul un nouvel accroissement de la conduite de son amant à son égard ; dès lors le projet de suicide est décidément arrêté. M... D... se transporte dans un lieu isolé pour se jeter dansla Seine : sa vue se trouble , l'ouïe est d'une finesse inaccoutumée; M... D... se précipite après avoir demandé au ciel que personne ne vienne à son secours : cependant on l'aperçoit et on parvient à la retirer de l'eau malgré les efforts qu'elle oppose ; elle est ramenée chez ses parens. Deux jours après, l'indifférence bien marquée de son amant la plonge dans un nouveau désespoir ; elle se jette à l'eau pour la deuxième fois. L'état de la vue et de l'ouïe est le même qu'à la première tentative. Retirée de l'eau, M... D... éprouve une grande tristesse et une forte propension au sommeil. Une fois dans son lit , violent mal de tête à l'intérieur et à l'extérieur - battemens très forts dans les artères de cette partie, yeux hagards et injectés ; le cœur bat si fortement que la malade en souffre horriblement; sommeil pendant deux heures , souvent interrompu par des rêves; il lui semble toujours être sur le point de se précipiter, et cette idée la réveille fréquemment.

Dans la même journée, douleur aiguë, superficielle dans tout le corps, vive surtout vers le sternum. Crainte d'être poitrinaire, envie de manger inaccoutumée; M... D... ressent tantôt de lâcha-

leur, tantôt du froid , et quelquefois l'une et l'autre sensation simultanément dans les parties les plus opposées du corps. Après avoir recommandé aux personnes qui l'environnaient, d'avoir pour elle les plus grands égards , après m'être efforcé de lui prouver à elle-même que son amant était indigne de son affection , je lui fis appliquer dix sangsues derrière les oreilles. Nuit agitée , mêmes rêves que pendant le jour. 3o août, dans la matinée, sentiment de lassitude générale, douleur de tête plus considérable; elle cherche à tromper la surveillance de ses païens, elle court aux croisées, dans l'intention de se précipiter. Nouvelle application de dix sangsues sur les parties latérales du col; cependant le sang, par intervalles, faisant encore irruption vers la tête, je lui conseillai de longues promenades en l'entourant des précautions nécessaires; à son retour le mal de tête est diminué , la sensibilité est moins exaltée ; il y a une éruption de petits boutons sur toute la surface du corps, et principalement à la tête. Nuit assez bonne, sommeil interrompu par des rêves; tantôt elle se croit morte, tantôt elle croit voir à côté d'elle des noyés qui lui inspirent une grande frayeur. Toutes les fois qu'elle se réveille , elle accuse un violent mal de tête et une douleur assez vive dans le sternum. 3i août, lassitude générale, moins de mal à tête, mais la circulation cérébrale

est toujours très active, quelques petits boutons existent encore sur le front et sur le sternum ; le pouls est naturel, la respiration et la digestion sont dans un bon e'tat. Ier septembre, même situation. 2 septembre, tristesse plus grande sans que la malade puisse en assigner le motif : mouvemens d'étonnement, de frayeur dans certains momens, sans cause appréciable; la persistance de la douleur au sternum confirme M... D... dans l'idée qu'elle est poitrinaire. Sensibilité très grande dans tout le corps, et surtout à la plante des pieds. M... D... ne peut quelquefois faire un pas sans éprouver un sentiment pénible : il y a cbaleur dans certaines régions du corps et froid dans d'autres. Nuit meilleure que les précédentes , les rêves sont moins tristes et occupent moins souvent son esprit. 3 septembre , mal de tête affreux, yeux injectés, vue trouble, lassitude, fièvre violente; la douleur du sternum diminue, le système digestif est en bon état. Quinze sangsues sont de nouveau appliquées sur les parties latérales du col ; infusion de tilleul el de feuilles d'oranger; nuit tranquille, mais sans sommeil. 4 septembre, moins de mal à tête, la douleur n'existe plus au sternum , mais dans la région épigastrique : l'appétit diminue; la malade fait une longue promenade après avoir pris clans la matinée trois verres d'eau de Sedlilz ; la nuit suivante

se passe dans un sommeil tranquille ; depuis lors M... D... va progressivement de mieux en mieux; elle reprend son travail accoutumé ; ses tristes idées se dissipent , le mal de tête est le seul symptôme qui persiste pendant huit jours. A cette époque paniît le fluxmenstruel pour revenir avec régularité les mois suivans. Trois mois se sont écoulés depuis la tentative de suicide, et il ne s'est manifesté aucun signe de récidive; je fais remarquer seulement que la malade ne peut supporter la vue de l'eau qu'avec un sentiment de peine et de frayeur.

Observation vingtième.

Mélancolie-suicide produite par la seule persuasion d'une, prédisposition héréditaire. — Une femme âgée de trente-cinq ans, d'une constitution éminemment nerveuse, éprouve depuis quelque temps seulement des symptômes de phthisie pulmonaire, affection pour laquelle elle réclame mes soins. Son enfance a été exempte de maladies graves. La menstruation s'établit chez elle à quatorze ans et demi sans aucun accident fâcheux. A dix-neuf ans, elle apprit qu'un oncle, du côté paternel , s'était donné volontairement la mort : cette découverte l'affligea beaucoup; elle avait ouï dire que la folie était héréditaire, et l'idée qu'elle pourrait un jour tomber dans ce triste état usurpa bientôt toute son

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attention. Elle cacha soigneusement à sa mère le» lugubres ide'es qui l'obsédaient continuellement, mais elle les confia à un ecclésiastique, qui fit des efforts inutiles pour la distraire. Cependant comme ses entretiens lui procuraient quelque calme, elle continua à le voir de temps en temps pendant deux ans environ. Elle était dans cette triste position lorsque son pi étendu père mit volontairement un ternie à son existence. Dès lors Mmc *** se croit loulà-fait dévouée à une mort violente ; elle rejette toute espèce de consolation, elle ne s'occupe que de sa fin prochaine, et mille fois elle répèle : Je dois donc périr comme mon père et comme mon oncle .' mon sang est donc corrompu !

Celle dernière pensée acquit un très haut degré de certitude dans son esprit , lorsqu'à l'époque menstruelle qui suivit de près , elle vit que le sang était en moindre quantité et beaucoup moins coloré.

Elle ne douta plus que son sang ne fût entièrement décomposé. Vivement tourmentée par cette crainte, elle prend la résolution de se noyer ; elle laisse dans la chambre de sa mère un billet pour lui apprendre son funeste sort, et elle court se précipiter dans la rivière ; elle en est retirée surle-champ et rendue à la vie.

La nuit qui suivit cet acte de désespoir fut très agitée. Des douleurs intolérables , surtout dans la région frontale , l'empêchèrent de se livrer au

sommeil avant une heure du matin. A son réveil, qui eut lieu deux heures après , la malade ne reconnaît plus le lieu où elle se trouve , ni les personnes qui l'environnent. Elle a un délire général , mais elle ne profère aucune parole qui retrace sa primitive mélancolie. Une chose digne d'être notée , c'est que celte malheureuse qui était très réservée dans ses discours, et habituée à faire ses devoirs de religion , se plaît à ne dire que des obscénités.

A ce délire maniaque , qui dura trois jours , succéda la mélancolie avec penchant au suicide. La céphalalgie reparut de nouveau, mais avec moins d'intensité. Mme *** éprouva aussi des nausées accompagnées de vomissemens peu abondans de matières jaunâtres, qui se dissipèrent promptement. Son embonpoint diminua sensiblement en très peu de temps; le flux menstruel devint irrégulier. Il était moins abondant et revenait contre l'ordinaire tous les vingt jours à peu près.

Le plus sombre désespoir était peint sur la physionomie de Mme***; elle ne pouvait se regarder dans un miroir , sans avoir un sentiment de frayeur, ce sont ses propres expressions.

Tel était son état lorsqu'elle invoqua de nouveau les secours de la religion qui allégea un peu ses souffrances , mais qui fut toujours insuffisante pour les dissiper complètement.

Cependant la mère de cette infortunée s'occupait de lui ménager une entrevueavec son véritable père. Après des démarches inutiles à rapporter pour notre objet, et qui durèrent trois mois, le jour fut enfin pris,- on avertit la malade; cclle-çi refuse d'abord de croire au récit qui lui est fait; cependant elle finit par consentir à voir l'homme qu on lui dit être l'auteur de ses jours. La ressemblance physique fut si frappante que la malade vit tous ses doutes se dissiper à l'instant même. Dès lors jYjme *** renonce à tout projet jg destruction , sa gaîté revient progressivement , et avec elle le rétablissement de sa santé. La menstruation seule conserve son irrégularité pendant trois mois. Quatorze ans se sont écoulés depuis sa tentative de suicide. M"' ***, dans cet intervalle , est devenue mère de trois enfans, et quoique après son mariage elle ait été plus malbeureuse que chez sa mère, quoiqu'elle ait été réduite à une très grande misère ( elle m'a été adressée par le bureau de cbarité de Qe arrondissement ), jamais elle n'a senti se renouveler son affreux penchant au suicide. Elle jouit du libre exercice de toutes ses facul lés intellectuelles; et d'après les renseignemens que j'ai obtenus , elle élève ses enfans avec la plus grande tendresse.

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