Les hystériques, Paris
ayez l’air de ne pas vous en apercevoir, et l’enfant, chez qui l’intelligence est le plus souvent intacte comprendra vile qu’il est dans son tort; et tout à coup, sortant aussi vite de sa torpeur qu’il y était brusquement tombé, il redeviendra lui-même et cela, à l’occasion du prétexte le plus banal, spontanément quelquefois. Puis quelques jours après, le lendemain, peut-être le jour même, l’équilibre cérébral manquant toujours, le même phénomène pourra se reproduire, tout aussi marqué, mais en sens contraire. Ce sera alors un débordement intempestif de rires, toutes les manifestations de la joie la plus folle, le tout cessant bientôt comme dans le cas précèdent.
Souvent, le motif qui a déterminé l’accès n’est même plus palpable : il n’existe quelquefois pas du tout. A propos de rien, l’enfant entre dans une colère atroce, tout l’irrite : il éprouve un continuel besoin de quereller, de chicaner et si on ne lui cède pas, il entre dans des périodes d’excitations où il ne connaît plus rien, rendant l’existence pénible à tous ceux qui l’entourent, ou il tombe dans une dépression telle, qu’il devient un sujet d’inquiétude pour tous ceux qui lui portent intérêt.
11 peut encore arriver que ces poussées de colère ou ces accès de gaieté, se spécialisent sur un individu : et alors on voit naître des sympathies que rien n’explique, dés antipathies que rien ne justifie, les unes et les autres aussi soudaines qu’irréfléchies. L’enfant qui ne veut plus écouter ni son père ni sa mère, par exemple, obéit aveuglement à un autre de ses parents, à un ami quelquefois : c’est à lui seul qu’il parle, c’est lui qu’il veut dans ses moments de colère, c’est à lui qu’il veut confier sa tristesse ou sa joie.
Peugniez 5
Puis, un beau jour toute celte sympathie disparaît, faisant quelquefois place à la haine ou à la défiance contre la même personne.
La versatilité la plus grande préside, on le voit, à tous les sentiments affectifs de l’enfant hystérique et comme à cet âge de la vie ces sentiments ont toute leur intensité, n’ayant point encore été émoussés par l’expérience, leurs manifestations sont plus bruyantes, et s’ils sont troublés, il en résulte une mise en scène plus tapageuse.
Dans bien d’autres manifestations des sentiments affectifs se retrouvent cette indécision, cette brusquerie d’allure.
Le malade est incapable d’une attention soutenue. Ce qui, il y a une heure à peine, l'intéressait au plus haut point, le laisse maintenant indifférent et froid. 11 est incapable d’une application durable et tout travail, quel qu il soit, s'il est long, est impossible pour lui. Toujoursses idées manquent de suite et la réflexion est aussi peu constante chez lui que l’attention y était mobile ; un rien suffit pour détourner l’une et l’autre et les porter sur un autre sujet.
Quant à la volonté, elle n’existe pas, ou plutôt, elle apparaît subitement, par crises, avec une intensité étonnante, pour disparaître ensuite aussi brusquement. Le malade veut encore, mais pendant quelques instants seulement, avec fureur, puis presque aussitôt, il cède, soit par fatigue, soit par indifférence, soit par oubli. Celte volonté s’exercera en très peu de temps sur les sujets les plus disparates sans que rien puisse expliquer ces changements : ses caractères principaux sont donc d'être indécise, capricieuse, fantasque.
Tels sont les détails moraux, que présentent les enfants i hystériques : en somme, doués d’une extrême susceptibi-
lité, s’offensant de tout, se piquant pour rien, passant avec une incroyable rapiditié de la joie à la tristesse, ils présentent un défaut d’équilibre entre les facultés morales su- ; périeures, la volonté, la conscience,et les facultés inférieures, instincts, passions, désirs.
Mais on le voit, dans ce triste tableau, nous n’avons pas réservé de place aux troubles intellectuels proprement dits. C’est qu’en effet, chez les malades qui nous occupent, les facultés intellectuelles sont intactes, souvent même elles sont exaltées. Les jeunes hystériques * se distinguent" dans toutes les études, surtout sur la musique, le dessin et" possèdent un talent naturel d’imitation. Elles pratiquentvolontiers le mensonge et jouent d’instinct la comédie. »- (Jules Simon) Cette tendance au mensonge est très marquée chez les jeunes hystériques : ils racontent des histoires qu’ils ont forgées de toutes pièces et cela dans le seul but de les raconter : ils mentent pour ainsi dire « pour l’amour de l’art » toujours aussi leurs récits sont exagérés, préparés, pour exciter l’attention de ceux qui les écoutent.
Quelquefois cependant, leur mensonge a un but, celui de se rendre intéressants en exagérant leurs souffrances vraies ou imaginaires. En voici plusieurs exemples.
Une petite fille de dix ans est atteinte d’une céphalalgie frontale très vive qui dure plusieurs mois et résiste à tous les calmants, l’hydrothérapie, même, et qui cède un beau jour brusquement au moment d’une attaque de spasme pharyngo-laryngé avec toux rauque et une sorte d’aboiement. Or, dans ce cas, plusieurs médecins consultés n’avaient pas hésité à porter un pronostic très grave, puisqu’ils admettaient une affection des centres nerveux. —
Une autre petite fille de six ans, jalouse de son petit frère se dit atteinte de douleurs de tête : elle accuse du vertige, des douleurs névralgiques vagues, de la photophobie ; elle refuse tout aliment, craint le moindre bruit, redoute l’impression de la lumière ; le pouls est accéléré au moment des visites... ; au quatrième jour, on s'aperçoit de la supercherie, on contraint la petite comédienne de se lever, de marcher et de manger, et tous ces symptômes qui avaient un moment éveillé quelques inquiétudes, disparaissent comme par enchantement. Or, cette enfant est devenue jeune fille ; elle a maintenant seize ans, et elle est assez souvent atteinte de spasmes, de mouvements convulsifs sur la nature hystérique desquels il n’est même pas permis d’hésiter (1).
Un enfant de treize ans observé par West se plaint pendant neuf mois, de céphalalgie avec photophobie, il a une hyperesthésie du cuir chevelu, de l’inappétence de la constipation ; il accuse une certaine difficulté dans la marche, etc..., et cependant, on découvre que l’enfant exagère tous les symptômes douloureux lorsque 1 on observe ; or, après un traitement moral pendant lequel l’indifférence des parents et du médecin joue le principal rôle, le petit malade guérit complètement. — Une petite fille qui avait eu à dix-huit mois des convulsions, à six ans une toux spasmodique avec sensibilité considérable de l’épiglotte, accuse depuis huit ans et demi jusqu’à dix ans et demi une céphalalgie très intense ; elle s’en plaint surtout lorsqu’elle est l’objet de l’attention de sa mère et du médecin; elle présente des bizarreries et une irritabilité de caractère