INTRODUCTION
Peu de maladies ont eu autant de peine qne l’hystérie à prendre place comme entité morbide bien définie dans le cadre nosologique. Lorsqu’on commença à l’étudier, elle sembla vouloir se dérober à toute espèce de classification ; il semblait impossible de créer un type auquel on put ensuite comparer les diverses formes qui se présentaient aux observateurs et qui n’en auraient été que des dérivés : comme un Proièe insaisissable, elle défiait toute description, apparaissant toujours sous de nouvelles formes, semblant varier dans ses manifestations symptomatologiques avec chaque individu qu’elle frappait.
Et cependant, à l’époque actuelle, l’hystérie a définitivement pris rang dans la pathologie nerveuse : ce n’est plus un mot abritant tout un ensemble non classé d’états morbides plus ou moins bizarres et mystérieux : c’est une maladie dont les caractères, maintenant bien déterminés la séparent nettement des autres névroses. Il suffit
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de lire les observations publiées, tant en France qu’à l’étranger ponr se convaincre qne toutes sont calqnees pour ainsi dire sur le même modèle; ça et là, quelques variantes, mais une étude un peu approfondie permet tou- ^ jours de retrouver le type primitif derrière les modifications apportées par le caractère, la situation 1 habitus, moraie de tel ou tel malade.
C’est surtout grâce aun travaux de M. Charcot et de ses élèves qu’est apparue clairement au monde scientifique cette unité de la grande névrose : e’est surtout grâce a l’étude clinique approfondie que ces auteurs en ont faite qu on a pu la reconnaître et l’étudier là où ne la soupçonnaient même pas les médecins de la Renaissance et du moyen âge : chez l’homme et chez l’enfant. 1
Et cependant elle existait à cette époque, aussi bruyâ»te| aussi étrange qu’aujourd’hui : on accuse notre siecte d’être le siècle du nervosisme et de 1 hystene. * Il n y a iamais eu, dit-on, autant de nerveux, autant d'hystériques qu'aujourd’hui. » Les statistiques sur ce point sont difficiles à faire Mais n’est-ce point plutôt parcequ’on sait mieux
retrouver la névrose là où elle existe, qu’elle paraît plus
fréquente? Combien de,cas d’hystérie ont été méconnus ou mis sur ce compte du surnaturels du merveilleux, avant les travaux modernes? 11 suffit de bref les descriptions laissées par les médecins anciens pour se convaincre que la plupart d’entr.e eux étaient en. présence d’hystériques. Leurs descriptions n’était pas faites de parti pris, avec des idées préconçues et cependant tous les caractere-s aujourd’hui connus de la névrose s’y retrouvent avec une vivacité frappante., Et c’est encore là une preuve de la similitude
que présentent entre eux tous les malades qui nous occupent à quelque pays, à quelquerace, à quelqu époque qu ils appartiennent.
Il y a plus : ce que les médecins du siècle dernier avaient remarqué et décrit, les peintres en avaient été frappés et dans plusieurs tableaux de la Renaissance, représenlant des saints exorcisant des possédés, chassant des démons, on retrouve dans l’attitude du malheureux possédé une des j phases de l’attaque décrite si minutieusement, par M. Charcot. Il n’est pas jusqu’aux convulsions de ia face qu 1 ' n’aient été pour ainsi dire saisies sur le vif et nous avons
remarqué dans la collection de M. Charcot une esquisse de
Rubens représentant une démoniaque, dans laquelle on voit nettement tout le soin qu’a mis l’artiste à rendre le gonflement caractéristique du cou, le prolapsus de la langue, la déviation des yeux, et les gestes par lesquels la malheureuse cherche à arracher de sa gorge, l’étreinte affreuse qui l’étouffe, tous symptômes caractéristiques au plus haut point de l’attaque hystéro-épileptique. Une autre fresque du Dominicain est aussi instructive surtout au point de vue spécial qui nous occupe. Le peintre y a représenté un saint guérissant un possédé, et c est un enfant, un jeune garçon que l’artiste a pris pour sujet, pour malade. Et ce n’est pas un malade de fantaisie qu’il a fait, c’est'un hystérique, dans une des attitudes caractéristiques de l’attaque classique ; on le voit, les bras étendus en croix, les yeux convulsés en haut, et, caractère pathognomonique tout le corps en ôpist&thanas, décrivant une courbure à concavité située du côté du rachis, les pointes des pieds seules touchant le sol, tandis qu’un autre personnage sou-
tient le haut du corps. C’est « l’arc de cercle » de la troisième période de l’attaque hystéro-épileptique.
Ainsi donc, de tout temps, il y a eu des hystériques : on a d’abord cru que c’était aux femmes qu’était réservé le triste apanage d’être frappé par la névrose. Les travaux modernes ont fait justice de ces erreurs. L’homme peut en être atteint. L’enfant lui-même n’en est pas exempt. Déjà un certain nombre de thèses inaugurales, ont dans ces derniers temps attiré l’attention sur l’hystérie chez les petites filles avant la puberté. 11 nous a paru intéressant de grouper dans un travail d’ensemble les symptômes de la névrosé chez les jeunes garçons et chez les petites filles et dedire quelques mots de l’hystérie infantile en général. Apres avoir fait l’étude des symptômes que présente l’hystérie chez l’enfant, nous verrons quel parallèle on peut établir entre la maladie atteignant l’homme au début de la vie et celle qui le frappe à l’âge adulte, et nous essayerons de résumer les principaux symptômes qui permettent de soupçonner la névrose chez l’enfant en voie de développement. Mais avant de poursuivre plus loin cette étude qu’il nous soit permis d’adresser nos remerciements sincères à M. le professeur Charcot à qui nous devons l’idée de celte these inaugurale et dont les savants conseils ne nous ont jamais manqué dans le cours de nos études médicales. Qu il veuille bien recevoir ici l’expression de notre profonde reconnaissance.
Nous tenons à remercier également M. Marie pour la bienveillance avec laquelle il a mis à notre disposition les matériaux qui nous ont servi à notre étude.