Richer. Loc. cit. p
longtemps dans cette attitude. Si vous essayez de donner aux membres du malade une nouvelle situation, ils se laissent conduire, gardant les positions que vous leur donnez : cet état peut durer plus ou moins longtemps. Comme tout à l’heure pour la léthargie, la catalepsie peut se montrer seule sans qu’une attaque l’ail précédée ou l’ait suivie. Voici encore un exemple de cette variété d’attaque.
Observation XIV
Enfant de treize ans. Extase cataleptique.
Une jeune personne de treize ans, qui demeurait dans le village de Saint-Sébastien, près d’Alais, fut affligée pendant près de deux mois de la maladie suivante : elle resta assise durant tout ce temps, le jour et la nuit sans parler et sans donner le moindre signe de vie. Elle mangeait très peu, aussi était-elle extrêmement maigre, froide et presque sans pouls. D’une minute à l’autre, elle étendait ses bras en forme de croix et s’écriait en langue vulgaire : « Jean, Jean, ouvremoi les portes du paradis. » Elle criait ensuite une minute, posait ses mains sur ses genoux, restait tranquille durant deux minutes ; après quoi elle recommençait le même manège. Les bras étaient raides lorsqu’elle les étendait ; mais les doigts étaient flexibles et ne conservaient point les positions imprimées. Les paysans du lieu attribuaient cette maladie à un charme (1).
Enfin, le somnambulisme lui-même peut venir s’ajouter aux phénomènes convulsifs décrits tout à 1 heure. S il survient au moment d'une attaque, c’est généralement pendant la phase de délire qu’il apparaît. L’enfant qui commence
i. Richer. Loc. cit., p. 284.
à reprendre connaissance, continue à délirer ; peu à peu le regard devient de plus en plus vague, on voit le malade fixer des objets imaginaires ; puis peu à peu les yeux se ferment : le malade se lève d'un mouvement automatique et commence une série d’actes raisonnés ou plutôt qui n’ont du raisonnement que l'apparence, car tout ce que va faire désormais le sujet, il n’en a pas conscience. II est en pleine attaque de somnambulisme. Ce que nous disions tout à l’heure de la léthargie et de la catalepsie peut s’appliquera ces attaques de somnambulisme, elles peuvent survenir d'emblée sans être précédées d’attaques.
Nous donnons ici quelques exemples de celte variété somnambulique de l’attaque hystéro-épileptique infantile.
Observation XV
Hystérie chex une enfant de neuf ans. Attaques de sommation se terminant par des convulsions.
Mademoiselle X...., américaine, a quitté les Grandes-Antilles à l’âge de 8 ans, vers la fin de l’année 1849, pour venir habiter Paris avec toute sa famille. Enfant gâtée, capricieuse, emportée.
En juin 1850, maladie du grand-père, qui meurt le 9 juillet. Sa petite fille l’aimait passionnément.
Du 1 er au 25 juillet, fièvre typhoïde de l’enfant.
Janvier-février 1851. — Premiers symptômes nerveux. Modification du caractère, tristesse, dégoût du travail et des amusements. Il semble que quelques accès de catalepsie soient passés inaperçus, car il est dit qu’elle restait souvent immobile, sans mot dire, les yeux fixes, et puis sortait de cet état d’extase pour pleurer. Le plus souvent, elle demeurait étrangère aux conversations qui avaient lieu devant Peugniez 11
elle, ou n’y prenait pari qu’accidentellement et brusquement comme si elle sortait d’un rêve.
Alors surviennent les attaques de sommation (avril).
Quatre, cinq ou six fois par semaine, en plein jour et jamais pendant la nuit, k jeûn comme après le repas, toujours à la maison, jamais dans la rue, l’enfant était prise d’un besoin irrésistible de dormir, fermait les yeux et perdait complètement Tusage de ses sens. Le plus souvent, le sommeil continuait quoi qu’on fît, et l’enfam rêvait tout haut de son grand-père qu’elïe aimait tant, puis plus tard de sa tante, dont le souvenir pendant la veille était toujours plus ou moins, uni à celui de son grand-père. Le retour à l’état normal spontané ou provoqué était toujours signalé par des convulsions cloniques, générales ou partielles des pleurs ou des sanglots.
A la date du 27 mai, une de ces attaques est décrite tout au long.
Véritable scène de somnambulisme. La malade, après s’être endormie, ouvre les yeux, se lève, marche, poursuit une hallucination, etc... Insensibilité absolue.
Au 15 juillet. — Amélioration par un traitement ferrugineux ; les attaques cessent pour faire place à une toux convulsive, qui résiste à tout traitement.
16 août. — Retour des accès de somniation, semblables à ceux du commencement de la maladie (1),
Le 25 août. — Les règles apparaissent; les attaques de somniation continuent. Bientôt s’y joignent des attaques plus franchement hystéro-épileptiques, avec arc de cercle.
Observation XVI
Hystérie chez un jeune garçon. Crises à forme somnambulique
P. G..., né en 1865. Sa mère a eu pendant sa grossesse et l'allaitement des’attaques d’hystérie auxquelles elle était sujette. Le développement physique de l’enfant ne présenta rien de particulier, mais-
t. Richer. I.oc. eit., p. 312.
son caractère se montra bientôt violent, irascible, querelleur, batailleur, malgré un grand fonds de bonté et de sensibilité.
A sept ans, rhumatisme articulaire aigu qui le tient un mois au lit.
En 1879 (à l’âge de quinze ans) P. G..., qui suivait avec succès les classes d’un lycée, se plaint quelquefois de ne plus aussi bien ■comprendre, de sentir sa tête vide, d’y avoir comme une boule flottante. Il trébuche souvent en marchant et même il tombe plusieurs fois., toujours sur le dos. Il grandit rapidement et maigrit.
A la fin de février 1880, il ne va plus au lycée qu'avec répugnance; il accuse des douleurs dans les articulations. Le 28 du même mois il prend le lit et tout aussitôt se débat, récite avec goût de longs morceaux littéraires, improvise même, puis passe à des chants bizarres ou lugubres, pousse des cris, tout cela dans un état évidemment inconscient. Les jours suivants surviennent des crises violentes^ surtout le soir. Il essaie de briser les objets environnants, de se tuer, de se jeter par la fenêtre.
La crise finit par le retour soudain et complet de l’intelligence. Dans les nuits qui suivent les crises, il y a généralement des manifestations de somnambulisme.
Dans la journée, il se met souvent, sans motif, à fuir et cherche à se cacher.
IL tombe parfois comme une masse inerte, semble ne pouvoir se relever et reste des heures entières, poussant des grognements si on veut le relever ou le déranger de sa position.
On constate l’anesthésie de toute la surface cutanée, l’achromatopsie des deux yeux, excepté pour le rouge, et (suivant la relation que nous transcrivons) la langue est souvent paralysée.
Du 28 février au 8 avril. — Il est traité par le bromure de potassium, les affusions froides, l’exercice et le séjour à la campagne, sans résultat.
On a alors recours à l’électrisation statique. Des crises d’un nouveau genre viennent s’ajouter aux anciennes. P. G... imite tout ce qu’il voit ou entend, mais avec calme et gravité.
De juillet à octobre. — Il se produit un mieux sensible; plus de
crises seulement des caprices, des exigences déraisonnables, des brusqueries, des goûts bizarres. Il y a toujours, à un certain degré de la céphalalgie frontale, de l’insomn.e, des cauchemars.
En octobre, il peut reprendre ses études au lycée dans la classe supérieure, et avec succès après une interruption de sept mois. Mais le 28 février 1881, un an après le début de la maladie, les mêmes symptômes réapparaissent quoiqu’avec moins de gravité. La rechute est attribuée h une punition injuste. Les éludes sont de nouveau interrompues, et le traitement par l'électricité est suivi régubèrement jusqu’au mois d’octobre. L’amélioration s’accentue tellement que d’octobre 1881 à octobre 1882, le traitement n’a lieu que par intervalle, et que les études ne souffrent plus un seul jour d’interruption.
Mais le 12 octobre, à l’occasion d’une série d’opérations sur les dents, il survient une crise violente qui dure deux heures. La céphalalgie’ l’insomnie, l’anesthésie reparaissent, l’aptitude au travail diminue. Cependant, les études ne sont pas absolument suspendues. La modification favorable du caractère persiste. P. G... est plus doux, plus affectueux envers les siens.
Dans le courant de janvier 1883, la sensibilité cutanée est complètement rétablie et l’état général est satisfaisant. P. G... a repris le cours de ses études ; son intelligence et sa mémoire sont complètement conservées.
Ce qui précède est la reproduction textuelle d’une note qui nous a été remise par le père du malade. Nous aurons à revenir plus lard sur les détails du traitement. Pour le moment, nous nous bornerons à ajouter quelques traits à la description de la maladie et quelques réflexions sur son origine probable.
Nous avons été témoin de plusieurs crises. Le malade devenait sombre et taciturne, puis il commençait à se livrer à des actes désordonnés ; il voulait s’enfuir, aller dans la rue ou se roulait par terre sans proférer une parole. Alors, la moindre opposition provoquait de sa part une lutte énergique, mais silencieuse, avec les personnes qui voulaient le contenir. Cette agitation ne semblait pas avoir de but déterminé; c’était plutôt ia réaction contre toute contrainte qu’une
manifestation agressive. Pendant ce temps, la face était plutôt vultueuse (en raison surtout des efforts), et le regard vague.
Dans les crises d’imitation, dont il est parlé dans la note ci-dessus, P. G... après être resté quelque temps préoccupé et silencieux, se mettait tout à coup à répéter machinalement les paroles qui lui étaient adressées, en leur donnant même intonation, puis il reproduisait tous les gestes et attitudes de son interlocuteur ou de telle autre personne qui parvenait à attirer son attention. Il mettait à cela une attention et une étude vivement accusée par l’expression de sa physionomie.
D’autres fois, les actes automatiques étaient suggérés par les objets qui tombaient entre ses mains. Ainsi, se trouvant sur le tabouret électrique, il prenait un des excitateurs muni de sa chaînette et passait une heure ou deux dans l’attitude d’un pêcheur à la ligne, sans dire un mot.
Dans l’intervalle des crises, l’intelligence était parfaitement nette. Le malade ne conservait pourtant aucun souvenir et ne s’apercevait pas de la lacune qu’elles laissaient dans son existence.
Bien que notre attention se soit portée de ce côté, nous n’avons relevé aucun fait qui puisse faire attribuer à l’éveil de l’activité génitale une influence appréciable sur le développement de la maladie. Il paraît acquis que le jeune P. G..., (simple externe au lycée) n’a jamais eu d’habitudes vicieuses : mais il aurait eu pour la première fois des relations sexuelles peu de temps après le début de la maladie sans que la marche de celle-ci en ait été modifiée.
En revanche, les études, ou pour mieux dire, le système d’études suivi par P. G... semble devoir être incriminé. P. G. a toujours été, au lycée, considéré comme un très bon élève. Il est très studieux, plein d’émulation et de goût pour ses études littéraires. C’est avec un réel chagrin qu’il se sentait incapable de les continuer et voyait compromis les projets d’avenir de sa famille. Or, avec le régime du lycée, un élève zélé se trouve astreint à un travail intellectuel de douze à quinze heures par jour, dont une partie se passe dans des salles où l’éclairage et l’aération sont également défectueux. Pour les classes littéraires, ce travail porte sur des sujets abstraits, le plus souvent au-
dessus des facultés d’uu enfant ou d’un adolescent. Ainsi, en nous enquérant des occupations du jeune P. G.nous avons noté des sujets de dissertation de philosophie ou d’histoire qui auraient mieux convenu à des thèses de doctorat ou aux concours pour la carrière diplomatique, nul doute qu’une éducation intellectuelle ainsi réglée et sans aucun souci d’ailleurs du développement somatique, ne doive être une cause active de névrose, même chez des sujets non prédisposés à 1 hystérie (1).
Observation XVII
Hystérie chez un jeune garçon de quatorze ans. Somnambulisme.
Antécédents héréditaires. — Une sœur du malade qu’on amène ■en même temps que lui (7 avril 1883) aurait eu deux attaques, à la suite desquelles le bras et la jambe du côté droit auraient été paralysés.
Le dos du pied est renversé en dehors quand elle marche ; les membres du côté droit ne sont pas plus grêles que ceux du côté gauche.
Antécédents personnels. — Fièvre typhoïde en octobre 1882 avec rechute.
Il y a trois semaines, on a trouvé le malade, la nuit, à terre, hors de son lit. Le médecin lui a fait prendre du bromure de potassium. Il y a quinze jours, sa mère l’aperçut la nuit, il s’était encore levé ; il avait les yeux ouverts et fermés successivement. Il demanda du papier et un crayon, écrivit le nom de V. Hugo et fit des vers. Quand on l’approchait il disait : « Allez-vous-en, vous me faites du mal. »
La crise de somnambulisme a duré une heure environ.
Le lendemain, il va à son bureau comme de coutume, puis le soir il est pris d'une attaque de petite hystérie, il aurait fait l’arc de cercle.
Durant ces derniers quinze jours, il a plusieurs crises hystériques.
Il y a trois jours, une nouvelle crise de somnambulisme (3 avril
■ 1. Richer. Loc. cit. p. 390. Obs. communiquée par le D r Romain Vigoureux.
1883). Etant couché, il se lève, menace ses camarades et, quand on veut le toucher, crie : « Allez-vous-en , vous me faites du mal. » L’attaque est revenue tous les jours depuis trois jours , presque dès que le malade est endormi.
Le malade revient nous voir aujourd’hui samedi.
— Dans la nuit du mercredi au jeudi, s’est levé deux fois, se mettait à genoux, demandait du papier et un crayon « pour faire une machine pour ses camarades » petite crise qui consistait à se déchirer et à crier. Le matin, il paraissait très contrarié. La nuit de vendredi à samedi, il a répété le même manège ; puis s’est endormi pour se lever au matin à dix heures. En se levant, il est tout étonné d’apprendre ce qui s’est passé ; et quand on lui présente ses manuscrits il est très contrarié.
Sensibilité. —Sur le côté gauche se trouve une plaque hyperesthésique s’étendant depuis l’épine iliaque jusqu’à la huitième côte, sur une largeur de dix centimètres. Une plaque analogue se trouve sur le pariétal gauche.
Il est à remarquer que, lorsque le malade va avoir une attaque, il sent au niveau des poumons des points hypéresthésiques (tête et colé) un picotement qui le fait s’écrier : « Dépêchons-nous, je vais tomber (7 av. 83) (I).
Nous voici arrivé au terme de celte étude de l’hystérie convulsive chez l’enfant. On voit que d’étroites analogies la relient à l’hystérie convulsive de l’adulte. Comme chez lui, la grande attaque peut être divisée en ses quatre périodes, épileptoïde, grands mouvements, attitude passionnelle, délire ; la période épileptoïde elle-même se dédouble chez l’enfant comme chez l’adulte en ses trois phases tonique, clonique et de résolution. S’il fallait, au milieu de ces liens étroits qui rattachent l’affection évoluant chez l’adulte