Paul Richer. Loc. cit., p
2. Cité par Richer, Loc. cit. p. 451. Journalde Corvisart. Vendémiaire an XI, 1803, T. V p. 218.
taies peu développés pour son âge, sensible et très irritable, avait joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de treize ans; seulement, elle avait éprouvé de temps en temps quelques rhumes légers et des accès fébriles de vingt-quatre heures. Ce fut à cette époque et sans cause connue comme sans symptômes précurseurs qu’elle éprouve tout à coup Hn sentiment de strangulation avec menace de suffocation et des palpitations légères. (Depuis ce moment les palpitations reviennent fréquemment, mais elles sont de peu de durée). Huit jours après elle éprouva des hoquets continuels pendant deux ou trois heures ; ils se répétèrent plusieurs fois à des époques indéterminées et à des intervalles de dix, douze, ou quinze jours.
Pour les apaiser, le médecin conseilla les bains. La jeune malade en avait pris neuf, lorsqu’elle éprouva une attaque de convulsions très forte qui revint tous les huit ou dix jours.
Ensuite, pendant quatre mois consécutifs, elle eut tous les jours des convulsions accompagnées de hoquets et de cris effrayants; puis les accès devinrent plus rares, mais plus forts. Ils furent accompagnés de convulsions de tous les muscles du tronc et des extrémités.
Ces affections spasmodiques ont duré jusqu’au 13 germinal del’anX, jouroùje fus appelé et où je fus témoin d’un accès qui, au rapport des parents, fut le plus long et le plus violent de tous ceux quelle avait éprouvés. En effet, il dura depuis huitheures du soir jusqu’à trois heures du matin, avec quelques rémissions momentanées. Les symptômes furent très variés, et on ne peut s’empêcher d’y reconnaître la plupart de ceux qui caractérisent l’hystérie, l’épilepsie, la manie et même l’hydrophobie.
L’invasion fut subite et sans symptômes avant-coureurs. La jeune personne tomba tout à coup et resta sans mouvements et sans paroles. Il y eut ensuite contraclian vive des muscles masséters, grincement de dents, rire apparent et mouvement irrégulier de tous les muscles soumis à l'empire de la volonté. Bientôt après, des éclats de rire immodérés se manifestèrent et furent suivis d’une raideur tétanique des extrémités inférieures, dans laquelle la pointe des pieds était fortement tournée en dedans.
Après quelques instants de rémission, les symptômes devinrent plus violents. Le cœur battait tumultueusement, le pouls était plus fréquent, petit et irrégulier. Les contractions musculaires étaient si fortes, qu’à peine trois ou quatre personnes pouvaient contenir la malade. Elle poussait par intervalles des cris aigus ; lorsque ses mains étaient libres, elle se meurtrissait violemment ; lorsqu’elles étaient retenues, elle cherchait à se frapper la tête contre les objets environnants. Les courts instants de rémission étaient marqués par une grande sensibilité. Elle embrassait sa mère et la caressait tendrement. Mais à ce calme succédèrent bientôt de nouveaux accès, signalés par des symptômes différents, tels que des grimaces, des contorsions ridicules, des mouvements convulsifs des doigts, des pieds et des mains, le resserrement total de l'œsophage, les yeux hagards, la pupille dilatée; tantôt l’impossibilité d’ouvrir la bouche, tantôt celle de la fermer ; enfin la perte entière de la sensibilité et la mort apparente. La respiration n’était plus sensible, et le pouls avait cessé. Cet état dura une heure après laquelle toutes les fonctions se ranimèrent insensiblement par l’application de deux sinapismes. Alors les convulsions recommencèrent avec la même violence qu’auparavant. Elles cessèrent enfin et la jeune personne parut bien calme; seulement elle se plaignait d’un grand picotement aux pieds. Elle éprouvait une fatigue et un malaise général. Elle demanda ii boire et à manger; le resie du jour fut assez tranquille.
Le lendemain, nouvelle attaque ; elle fut moins forte que celle de la veille ; entre beaucoup de symptômes pareils à ceux des accès précédents, j’en observai de nouveaux. Dans les rémissions, elle montrait la plus grande insensibilité aux caresses de sa mère ; quelques instants après, elle feignait vouloir l’embrasser, et tâchait de la surprendre pour la mordre ; elle rendit involontairement beaucoup d’urine et de vents.
Enfin, le 15 germinal au soir, accès nouveau ; il devança l’heure de celui du 14, il fut aussi moins long, et fut encore marqué par quelques symptômes nerveux : l’écume lui vint à la bouche ; elle était d’une extravagance extrême, commandant tour à tour Vexer-
voix
cice militaire, et les figures et la danse ; tantôt avec une douce, tantôt avec un son aigu, d’autres fois rauque ressemblant à un hurlement, mais sans ordre ni justesse. L'accès finit par une horreur pour sa mère, telle qu'elle ne voulait ni la voir, ni l'entendre, qu’elle cherchait à la frapper, à la mordre, et lui disait de se retirer. ensuite elle se calma un peu. Alors, succéda un raisonnement assez juste et suivi ; elle se mit à pleurer, se plaignant de sa mère, de sa cruauté pour elle, qu’elle lui refusait tout, qu’elle était lasse de vivre, qu’elle voulait mourir, qu’elle se jetterait sous le Pont-Neuf. En effet, je m’étais aperçu que pendant les deux derniers accès du 4 5, elle avait cherché à se nuire, en prenant vivement le conduit aérien dans l’espace triangulaire situé au-dessus du sternum. A force de caresses et de lui tout promettre, je parvins à apprendre que cette aversion pour sa mère, qu’elle aimait et caressait si tendrement dans les premiers accès du 13, tenait à ce qu’elle lui avait refusé l’avant-veille une montre en or qu’elle lui avait promise et qu’elle désirait ardemment.
Aussitôt je la lui fit donner. Bientôt elle fut aussi calme, aussi douce, aussi caressante qu’auparavant. Pendant les accès, j avais tenté inutilement de lui faire prendre quelques cuillerées d’une potion calmante, et un lavement avec un gros d’assa fœtida dissous dans l’eau. Lorsqu’elle eut obtenu la montre, elle se soumit à tout. Le lavement fut bientôt rendu avec des matières fécales d’une puanteur et d une odeur de choux pourris insupportable, avec des vents de même nature. J’ordonnai des lavements avec une infusion de tilleul, n’osant les rendre purgatifs dans la crainte d’irriter et de nuire. Je continuai la potion calmante, quoique je fusse bien persuadé que 1 accès du 16 n’aurait pas lieu, la cause existante étant détruite, mais je dirigeai le traitement contre les causes prédisposantes que je crois avoir assez détaillées au commencement de cette observation pour n’en pas faire ici mention.
Observation XIII
Hystérie chez une enfaut de 8 ans. Attaque de léthargie
(Sauvages, Nosologie méthodique, t. V. in-12). Au mois de juillet 1757, une fille de huit ans qui était à l’Hôpital général, eut plusieurs accès de catalepsie (?) ; lorsque je la vis, elle se plaignait de maux d'estomac, de douleurs vagues dans le bas ventre ; elle sentait une espèce de corps qui lui remontait vers Vœsophage. Je lui ordonnai dix grains de mercure doux (protochlorure de mercure), et elle ne les eut pas plus tôt pris, qu’elle tomba dans un état de catalepsie qui dura douze heures. Je fus la voir le lendemain, et je la trouvai qui pleurait les yeux fermés. Je voulus lui relever la paupière, mais je sentis une résistance accompagnée d’un clignotement continuel. Elle avait les mâchoires collées, ses bras et ses jambes restaient dans la position où je les mettais, mais ils conservaient quelque peu de mouvements et ne restaient pas longtemps dans la posture que jeteur avais fait prendre: elle n’avait, d’ailleurs ni sentiment, ni mouvement, et ne répondait à aucune des questions que je lui faisais. Ou lui donna une seconde dose de mercure doux ; elle guérit et s’est toujours bien portée depuis.
Comme le fait remarquer M. P. Richer (I) qui cite cette observation, c’est bien plutôt là une attaque de léthargie que de catalepsie vraie. Les yeux étaient fermés et les paupières animées d’un clignotement continuel.
Au lieu de phénomènes léthargiques, on peut avoir affaire à des symptômes rappelant l’état cataleptique. Au milieu de la phase des attitudes passionnelles, par exemple, le sujet reste dans l’attitude que l’hallucination provoquée par l’attaque lui avait fait prendre et le voilà immobilisé pour